‹ Œuvres de RacineChapitre 48 sur 197 · S CENE V · texte numérisé non relu

S CENE V

ALEXANDRE, TAXILE, CLEOFILE.

Alexandre h Taxile.

SEigneur , eft-il donc vrai qu'une Reine aveuglée Vous préfère d'un Roi la valeur déréglée ? Mais ne le craignez point. Son Empire eft à vous. )'une ingrate à ce prix fléchiflèz le courroux, ''aître de deux Etats, Arbitre des liens mêmes,

Allez

Allez avec vos vœux offrir trois Diadèmes.

Ah! c'en eft trop , Seigneur, prodiguez un pe |j moins. . . .

Alexandre.

Vous pourrez à loiilr reconnoître mes foins. Ne tardez point. Allez où l'amour vous appelle» I Et couronnez vos feux d?une palme fi belle.

ALEXANDRE, CLEOFILE.

Alexandre.

MAdame, à fbn amour je promets mon appu I Ne puis-je rien pour moi quand je puis toi I

pour lui ?

Si prodigue envers lui des fruits de la Victoire, N'en aurai-je pour moi qu'une fterile gloire ? I Les Sceptres devant vous ou rendus ou donnez , I De mes propres Lauriers mes Amis couronnez, I Les biens que j'ai conquis- répandus fur leurs tête! I Font voir «que je fbûpirc après d'autres Conque I

tes.

Je vous avois promis que l 'effort de mon' bras M'approcheroit bien-tôt de vos divins appas : Mais dans ce même temps fouvenez-vous , M; I

dame, Que vous me promettiez quelque place en vôtî I

ame.

Je fuis venu. L'amour a combattu pour moi; La Victoire elle-même a dégage ma foi.

Tout cède autour de vous. C'eft à vous de voi

rendre,

TRAGEDIE. îif

/ôtre cœur l'a promis , voudra-t-il s'en défendre ?

't lui leul pourroit-il échapper aujourd'hui

V l'ardeur d'un Vainqueur qui ne cherche que lui ?

^on , je ne prétens pas que ce cœur inflexible îarde fèul contre vous le titre d'invincible. e rends ce que je dois à l'éclat des vertus ^ui tiennent ibus vos pieds cent Peuples abbatus. >es Indiens domptez ibnt vos moindres ouvrages. rous infpirez la crainte aux plus fermes courages. )t quand vous le voudrez. , vos bontez à leur tour )ans les cœurs les plus durs inspireront l'amour, 'lais, Seigneur, cet éclat, ces victoires , ces charmes,

le troublent bien fbuvent par de juftes allarmes. e crains que fàtisfait d'avoir conquis un cœur , rous ne l'abandonniez à fà trille langueur ; Mi'infènlible à l'ardeur que vous aurez caulee, rôtre ame ne dédaigne une conquête ahee. >n attend peu d'amour d'un Héros tel que vous. a Gloire fît toujours vos transports les plus doux, ■t peut-être , au moment que ce grand Cœur foû-

pire , -a Gloire de me vaincre efr. tout ce qu'il defire.

Alexandre.

Vue vous connoiflèz mal les violens defirs 'un amour qui vers vous porte tous mes ibûpirs. 'avoûrai qu'autrefois au milieu d'une Armée Ion cœur ne ibûpiroit que pour la Renommée, .es Peuples & les Rois devenus mes Sujets , ■toient iéuls à mes vœux d'aflèz dignes objets. ! -es Beautez de la Perfe à mes yeux preléntées, iufïî-bien que fès Rois ont paru fùrmontees. Ion cœur d'un fier mépris armé contre leurs

traits

>'a pas du moindre hommage honoré leurs attraits.

Amou-

ïi6 ALEXANDRE.

Amoureux de la Gloire, 8c par tout invincible, Il mettoit fbn bonheur à paroître infènfible. Mais helas ! que vos yeux , ces aimables tyrans , Ont produit fur mon cœur des effets dirïerens ! Ce grand nom de Vainqueur n'efl plus ce qu'i

fbuhaitte, Il vient avec plaifir avouer fà défaite. Heureux ! fi vôtre cœur le laifïànt émouvoir , Vos beaux yeux à leur tour avoûoient leur pou

voir.

Voulez - vous donc toujours douter de leur victoire Toujours de mes exploits me reprocher la gloire Comme fi les beaux nœuds où vous me tenez pris , Ne dévoient arrêter que de foibles efprits. Par des faits tout nouveaux , je m'en vais vous ap

prendre Tout ce que peut l'amour fur le cœur d'Alexandre. Maintenant que mon bras engagé fous vos lois Doit fbûtenir mon nom 8c le vôtre à la fois, J'irai rendre fameux par l'éclat de la Guerre Des Peuples inconnus au refle de la Terre, Et vous faire drefîèr des Autels en des lieux Où leurs fàuvages mains en refufènt aux Dieux. .

Oui , vous y traînerez la Victoire captive, Mais je doute, Seigneur , que l'amour vous y fuive Tant d'Etats , tant de Mers qui vont nous des-uni M'effaceront bien-tôt de vôtre fbuvenir.

Quand l'Océan troublé vous verra fur fbn onde Acheter quelque jour la conquête du Monde ; Quand vous verrez les Rois tomber à vos genoux Et la Terre en tremblant fè taire devant vous , Songerez-vous, Seigneur, qu'une jeune Princefîè Au fond de fes Etats vous regrette fans cefie, Et rappelle en fbn cœur les momens bienheureux Où ce grand Conquérant l'affuroit de {es feux?

Au

TRAGEDIE. uj

Alexandre.

Hé quoi ? vous croyez donc qu'à moi-même barbare

J'abandonne en ces lieux une beauté fi rare ? Mais vous - même plutôt voulez-vous renoncer Au Thrône de l'Alie où je vous veux placer ?

Seigneur , vous le fàvez , je dépens de mon Frère.

Alexandre.

A.h! s'il difpofbit ièul du bonheur que j'elpere, Tout l'Empire de l'Inde aller vi fous les loix Bien-tôt en ma faveur iroit briguer fbn choix,

Vlon amitié pour lui n'eft point interefïee. ^ppaifez feulement une Reine ofténfée, Et ne permettez pas qu'un Rival aujourd'hui Pour vous avoir brave fbit plus heureux que lui.

Alexandre.

Porus étoit fans doute un Rival magnanime , Jamais tant de valeur n'attira mon eftime. Dans l'ardeur du combat je l'ai vu , je l'ai joint , Et je puis dire encor qu'il ne m'évitoit point. Mous nous cherchions l'un autre. Une fierté fi

belle Alloit entre nous deux finir nôtre querelle, Lors qu'un gros de fbldats fè jettant entre nous Nous a fait dans la foule enfèvelir nos coups.

SCEJ

Ii8 ALEXANDRE.

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