‹ Œuvres de RacineChapitre 66 sur 197 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

JE fais ce que tu veux. Je confèns qu'il me voy< Je lui veux bien encore accorder cette joye. Pylade va bien-tôt conduire ici fès pas. Mais fi je m'en croyois , je ne le verrois pas.

Et qu'eft-ce que fa vue a pour vous de funefte? Madame, n'eft-ce pas toujours le même Oreite, Dont vous avez cent fois fbuhaité le retour , Et dont vous regretiez la confiance 6c l'amour?

C'eft cet amour payé de trop d'ingratitude , Qui me rend en ces lieux là prelence li rude. Quelle honte pour moi! Quel triomphe pour lui: De voir mon infortune égaler ion ennui? Eft-ce là , dira-t-il , cette fiere Hermiône ? Elle me dédaignoit, une autre l'abandonne. L'Ingrate qui mettoit fbn cœur à ii haut prix , Apprend donc à*fon tour à lbuffîir des mépris? Ah Dieux !

Ah ! dillîpez ces indignes allarmes Il a trop bien fènti le pouvoir de vos charmes. Yous croyez qu'un Amant vienne vous infulter ?

! vous rapporte un cœur qu'il n'a pu vous ôtcr. lais vous ne dites point ce que vous mande un Père.

)ans fès retardemens iï Pyrrhus perfèvere, k la mort du Troyen s'il ne veut consentir, Ion Père avec les Grecs m'ordonne de partir.

ïé bien, Madame, hé bien, écoutez doncOrefte^ yrrhus a commencé , faites au moins le refte. our bien taire , il faudroit que vous le prévinff.ez, >e m' avez- vous pas dit que vous le haïffiez ?

i je le hais Cleone? Il y va de ma gloire, .près tant de bontez dont il perd la mémoire, aii qui me fut li cher , 6c qui m'a pu trahir ? th! je l'ai trop aimé pour ne le point haïr.

Cleone.

'uyez-le donc , Madame. Et puis qu'on vous adore.. . -s H E R M I O N E.

m ! laine à ma fureur le temps de croître encore, Contre mon Ennemi laine-moi m'afîèurer.

>leone , avec horreur je m'en veux ièparer. 1 n'y travaillera que trop bien l'Infidelle.

Cleone.

^uoi! vous en attendez quelque injure nouvelle? Umer une Captive, 6c l'aimer à vos yeux, rout cela n'a donc pu vous le rendre odieux? Iprès ce qu'il a fait, que fàuroit-il donc faire? 1 vous auroit déplu, s'il pouvoit vous déplaire.

Dourquoi veux-tu , Cruelle , itriter mes ennuis ? Je crains de me connoître, en l'état où je luis. De tout ce que tu vois tache de ne rien croire. Croi que je n'aime plus. Vante moi ma victoire.

Croi

Croi que dans Ion dépit mon cœur eil endurci > Helas ! 6c s'il fe peut , fai-le moi croire auiîi. Tu veux que je le fuyc. Hé bien, rien ne m'arrête Allons. N'envions plus ion indigne conquête. Que fur lui ià Captive étende fon pouvoir. Fuyons. Mais fi l'Ingrat rentroit dans fbn devoir Si la foi dans fbn cœur retrouvoit quelque place! S'il venoit à mes pieds me demander ià grâce! Si fous mes loix, Amour, tu pouvois 1 engager, S'il vouloit ! . . . Mais l'Ingrat ne veut que m'ou

tracer.

Demeuronj toutefois , pour troubler leur fortune Prenons quelque plaifîr à leur être importune ; Ou le forçant de rompre un nœud fi iblemnel, Aux yeux de tous les Grecs rendons-le criminel» J'ai déjà fur le Fils attiré leur colère. Je veux qu'on vienne encor lui demander la Men Rendons-lui les tourmens qu'elle me fait foufirir Qu'elle le perde , ou bien qu'il la fàflè périr.

Vous penfèz que des yeux toujours ouverts au: larmes ,

Se plaifènt à troubler le pouvoir de vos charmes ?

Et qu'un cœur accablé de tant de déplaiiirs ,

De fbn perfècuteur ait brigué les fbûpirs ?

Voyez- il ià douleur en paroit fbulagée.

Pourquoi donc les chagrins où ion ame eft plongée?

Contre un Amant qui plaît pourquoi tant de fierté?

Helas! pour mon malheur je l'ai trop écouté. Je n'ai point du lilence aflfecle le rnyftere. Je croyois fans péril pouvoir être iincere. Et fans armer mes yeux d'un moment de rigueur Je n'ai, pour lui parler, coufùké que mon cœur.

Et

: qui ne le lèroit comme moi déclarée,

ir la toi d'une amour fi làintement jurée ?

e voyoit-il de l'œil qu'il me voit aujourd hui ?

a t'en louviens encor , tout conlpiroit pour lui.

a famille vengée , & les Grecs dans la joye,

os Vai fléaux tout chargez des dépouilles de Troye ,

•s Exploits de Ion Père , efràcez. par les liens ,

s feux que je croyois p'us ardens que les miens,

jn cœur, toi-même enfin de là gloire éblouie.

'ant qu'il me trahît, vous m'avez, tous trah'e.

ais c'en eft trop, Cleone, &• quel que loit Pyrrhus ,

ïrmione eft îcnilble, Orcfte a des vertus.

lait aimer du moins , 8c même làns qu'on l'aime, peut-être il l'aura le faire aimer lui-même.

Ions. Qu(il vienne enfin.

Cleone.

Madame, le voici.

i ! je ne croyois pas qu'il tût li près d'ici.

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