‹ Œuvres de RacineChapitre 65 sur 197 · Ï A N D RO M A QU E · texte numérisé non relu

Ï A N D RO M A QU E

Et vous prononcerez un Arrêt li cruel ?

Eft-ce mon intérêt qui le rend criminel?

Helas ! on ne craint point qu'il venge un jour for

Père.

On craint qu'il n'efïuyât les larmes de là Mère. Il m'auroit tenu lieu d'un Père , Se tf un Epoux. Mais il me faut tout perdre , 6c toujours par voî i coups.

Pyrrhus.

Madame , mes refus ont prévenu vos larmes. Tous les Grecs m'ont déjà menacé de leurs ar*

mes} Mais dûfîènt-ils encore , en repailànt les eaux , Demander vôtre Fils, avec mille Vaifleaux: Coûtât-il tout le fàng qu' Hélène a fait répandre , Dûflài-je après dix ans voir mon Palais en cendre, Je ne balance point, je vole à fbn iêcours , Je défendrai fà vie aux dépens de mes jours, Mais parmi ces périls , où je cours pour vous

plaire , Me refufèrez-vous un regard moins fèvere ? Haï de tous les Grecs , preflé de tous cotez , Me faudra-t-il combattre encor vos cruautez ? Je vous offre mon bras. Puis-je efperer encore Que vous accepterez un cœur qui vous adore? En combattant pour vous , me ièra-t-il permis De ne vous point compter parmi mes ennemis ?

Androma q^ue.

Seigneur, que faites-vous, 8c que dira la Grèce? Faut-il qu'un ii grand cceur montre tant de foi-

blefie ?

Voulez-vous qu'un deflèin iî beau, û généreux, Pane pour le traniport d'un efprit amoureux ? Captive, toujours trille , importune à moi- même,

Pou-

mvez-vcus fouhaiter qu'Andromaque vous aime?

jels charmes ont pour vous des yeux infortunez,

des pleurs éternels vous avez comdamnez

on , non , d'un Ennemi reipecter la mifère , uver des mal-heureux , rendre un Fils à fà Mère, i cent Peuples pour lui combattre la rigueur , ns me faire payer fbn fàlut de mon cœur , algré moi, s'il le faut , lui donner un azile, igneur , voilà âes foins dignes du Fils d'Achille.

a quoi? Vôtre courroux n'a-t-il pas eu fbn cours? :ut-on haïr iàns celle? Et punit-on toujours? ri fait des mal heureux , faut doute, 8c la Phry-

gie 3nt fois de vôtre fàng a vu ma main rougie.

ais que vos yeux fur moi le font bien exercez!

u'ils m'ont vendu bien cher les pleurs qu'ils ont

verfèz !

e combien de remords m'ont-ils rendu la proye? : fouffre tous ks maux que j'ai faits devant

Troye.

aincu , chargé de fers , de regrets confùmé , :ûié de plus de feux que je n'en allumai, ant de foins , tant de pleurs , tant d'ardeurs in-

quiettes . . .

elas! fus-je jamais fi cruel jque vous l'êtes! fais enfin , tout à tour , c'eft allez nous punir, os ennemis communs devroient nous reunir, ladame , dites-moi feulement que j'eipere, ; vous rends vôtre Fils , 8c je lui "fers de Père. bPinfbnjirai moi-même à venger les Troyens. lirai punir les Grecs de vos maux 8c des miens, limé d'un regard , je puis tout entreprendre. 3tre Iiion encor peut fortir de fà cendre.

l<5ô A N D R O M A STU E.

Je puis en moins de temps que les Grecs ne Pc

pris , Dans fès murs relevez couronner vôtre Fils.

Seigneur , tant de grandeurs ne nous touche

plus guère.

Je les lui promettois tant qu'a vécu Ton Père. Non, vous n'eiperez plus de nous revoir encor Sacrez Murs , que n'a pu confèrver mon Hccloi A de moindres faveurs des malheureux prête

dent, Seigneur. C'eft. un exil que mes pleurs vous d

mandent.

Souffrez, que loin des Grecs , 8c même loin I

vous, J'aille cacher mon Fils , 8c pleurer mon Epoux. Vôtre amour contre nous allume trop de haine. Retournez , retournez à la Filie d'Helene.

Pyrrhus.

Et le puis-je, Madame? Ah, que vous me gêne Comment lui rendre un cœur que vous me ret

nez ?

Je fài que de mes vœux on lui promit l'empire Je fài que pour régner elle vient dans l'Epire. Le fort vous y voulut l'une 8c l'autre amener , Vous pour porter des fers , Elle pour en donner Cependant ai-je pris quelque foin de lui plaire? Et ne diroit-on pas ,. en voyant au contraire , Vos charmes tout-puiflaas , 8c les liens dédaigne: Qu'elle eft ici captive , 8c que vous y régnez ? Ah! qu'un feul des foûpirs, que mon cœur voi

envoie , S'il s'échapoit vers elle, yporteroit de joye?

Et pourquoi vos foûpirs fèroient-ils repouffèz ? Auroit-elle oublié vos fèrvices pafiez ?

Troyc

rïoye , Hc&or , t&ntre vous revoltent-ils fbn ame ?

\ux cendres d'un Epoux doit-elle enfin fa flàme?

Et quel Epoux encore ! Ali ibuvenir cruel ?

ha mort lèulearendu vôu'e Père immortel.

1 doit au fan? d'Hector tout l'éclat de les armes,

£t vous n'êtes tous deux connus que par mes larmes.

Pyrrhus.

lé bien, Madame, hé bien, il faut vous obéir.

! 1 faut vous oublier , ou plutôt vous haïr.

)ui, mes vœux ont trop loin poulie leur violence,

rour ne plus s'arrêter que dans l'indifférence.

longez-y bien. Il faut déformais que mon cœur,

''•'il n'aime avec transport, haïllè avec fureur.

e n'épargnerai rien dans ma jufte colère.

..e Fils me répondra des mépris de la Mère,

La Grèce le demande, ôc je ne pretens pas

vîettre toujours ma gloire à fàuver des Ingrats.

|-ïelas! il mourra donc. Il n'a pour fà défenfè, ^ue les pleurs de fà Mère , & que fbn Innocence, £t peut-être après tout , en l'état où je fuis , ta mort avancera la fin de mes ennuis. jfe prolongeois pour lui ma vie, 8c ma mifère. vlais enfin flir {es pas j'irai revoir fbn Père. \infi, tous trois, Seigneur, par vos foins réunis j>Jous vous. . .

Pyrrhus.

Allez , Madame , allez voir vôtre Fils. Peut-être en le voyant, vôtre amour plus timide, Nie prendra pas toujours fà colère pour guide. Pour fàvoir nos deftins , j'irai vous retrouver. Madame, en l'embrailànt , fbngez à le fàuver.

Fin du premier Acîe.

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