‹ Œuvres de RacineChapitre 8 sur 197 · A 6 II · texte numérisé non relu

A 6 II

il LES FRERES ENNEMIS,

II elpéroit par lui de voir Thebes en cendre,

L'amour eut peu de part à cet hymen honteux,

Et la feule fureur en alluma les feux.

T'riebes ma couronné pour éviter fes chaînes ,

Elle s'attend par moi de voir finir les peines.

Il la faut acculer II je manque de foi ,

Et je fuis fon Captif, je ne luis pas lbn Roi.

Dites, dites plutôt, cœur ingrat 8c farouche, Qu'auprès du Diadème il n'eit rien qui vous touche.

Mais je me trompe encor , ce rang ne vous plaît

pas, Et le crime tout feul a pour vous des appas. Hé bien ! puis qu'à ce point vous en êtes avide, Je vous offre à commettre un double parricide. Verièz le làng d'un Frère : Et li c'elt peu du lien* Je vous invite encore à répandre le mien. Vous n'aurez plus alors d'ennemis à foumettre,, D'obflacle à iurmonter ni de crime à commettre? Et n'aïant plus, au Thrône un fâcheux concurrent* De tous ies Criminels vous ierez le plus grand.

Hé bien, Madame, hé bien, il faut vous îâiiâfaire*

li faut fortir du Thrône & couronner mon Frère, II faut, pour féconder vôtre injufre projet, De lbn Roi que j'étois devenir ion Sujet, Et pour vous élever au comble de Ja joye , ï\ Eut à fa fureur que je me livre en proye , Il faut par mon trépas

Ah Ciel ! quelle rigueur !

Que vous pénetrezi mal dans le fend de mon

cœur !.

Je ne demande pas que vous quittiez l'Empire. Regnei toujours, mon Fils, c'elt ce que je délire.

Mais

TRAGEDît. i£

Mais il tant de malheurs vous touchent de pitié , Si pour moi vôtre cœur garde quelque amitié , Et il vous prenez, foin de vôtre gloire même, Aiîbciez un Frère à cet honneur iùprème. Ce n'eft qu'un vain éclat qu'il recevra de vous , "Vôtre règne en iera plus pu i fiant & plus doux. Les Peuples admirant cette vertu fublim'e , Voudront toujours pour Prince un Roi ii magia-

nime , Et cet illuftre effort, loin d'affoiblir vos droits, Vous rendra le plus jufte Scie plus grand des Rois. Ou s'il taut que mes vœux vous trouvent inflexible, Si la Paix à ce prix vous paroît impoffible, Et ii le. Diadème a pour vous tant d'attraits , Au moins conibiez-moi de quelque heure de paix. Accordez cette grâce aux larmes d'une Mère. Et cependant, mon Fils, j'irai voir vôtre Frère, La pitié dans Ion ame aura peut-être lieu , Ou du moins pour jamais j'irai lui dire adieu. Dès ce mefme moment permettez que je forte, j'irai jufqu'à là tente , £t j'irai iàns efeorte. Par mes juftes fbupirs j'efpére l'émouvoir.

Madame, {ans ibrtir vous le pouvez revoir. Et ii cette entrevue a peur vous tant de charmes, ïl ne tiendra qu'à lui de fufpendre nos armes : Vous pouvez dès cette heure accomplir vos fou-

haits , Et le faire venir juiques dans ce Palais. J'irai plus loin encore , Se pour faire connaître Qu'il a tort en effet de me nommer un traitre, Et que je ne fuis pas un Tyran odieux, Que l'on fafïè parler Se le Peuple Se les Dieux. : Si le Peuple y confent , je lui cède ma place. Mais qu'il fe rende enfin , ii le Peuple le chailè :

A 7 Je

Je ne force peribnne , & j'engage ma foi De laiflèr aux Thebains à fè choilir un Roi*

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