Lettre insérée dans le Moniteur du 28 août
résume, en substance, sa réponse à Uebecqui, dans le Tableau des opérations de la Convention nationale publié à la suite des Lettres à ses commettants : « Je commence par remercier nos accusateurs. La calomnie sert la chose publique lorsqu'elle se démasque par sa propre adresse. Vous n'attendez pas, sans doute, que je m'abaisse à me justifier d'une inculpation contradictoire et extravagante, dont ceuxmêmes, qui ont consenti à en être l'organe, rougissent déjà, j'en suis sûr; car j'aime à leur croire quelque pudeur. La seule justification qui pourrait rae^con venir serait ma vie entière. Celui qui, non content de détendre les principes de l'égalité et les droits du peuple contre toutes les factions qui se sont succédé, a repoussé, loin de lui, tous les objets de l'ambition et les récompenses même du patriotisme par le double décret qui interdisait aux memnres de l'Assemblé** constituante, et l'accès du ministère, et l'entrée de la seconde législature; celui-là, dis-je, ne peut être réduit à se disculper du reproche d'une ambition coupable autant qu'insensée. Je ne puis pas même appeler des calomniateurs, les hommes en délire qui ont présenté cette idée. Quand ces hommes pourraient concevoir quelque possibilité d'attacher les quatre-vingt-trois départements qui composent cet empire immense, au joug d'un simple citoyen sans trésors, sans armées, sans autorité, qui compte autant d'ennemis qu'il existe en France d'aristocrates et d'intrigans, coanaissent-ils quelque moyen de faire qu'un défenseur de la liberté voulût descendre jusqu'à la dictature, c'est-à-dire, jusqu'à la puissance absolue? Autant vaudrait dire que les destructeurs des rois pourraient consentir à se souiller, en s'asseyant sur un trône. » Quelques voix se font entendre : « Robespierre ne nous parle point de ta vie passée, contentetoi de nier le fait qu'on t'impute. » « Qu'ai-je fait autre chose que le nier? Je n'en avais pas besoin sans doute; car, pense-t-on que je me regarde ici comme accusé? Non, ce serait à moi d'accuser. Car, qu'est-ce autre chose que cette
prétendue dénonciation, si ce n'est le résultat grossier de la plus lâche de toutes les intrigues? Ce serait à moi de vous dévoiler la coalition criminelle qui, depuis longtemps, ne cesse de faire circuler Terreur et l'imposture dans les quatre-vingt-trois départements, par le canal des papiers périodiques dont elle dispose, et qui déjà, peut-être, avait armé un grand nombre d'entre vous de préventions sinistres, avant que vous fussiez arrivés sur ce théâtre de la révolution. C'est elle qui cherche à semer la division dans le sein de cette assemblée, en déclarant une guerre absurde aux membres qui la connaissent et qu'elle craint. C'est elle qui cherche à déchirer la république, en calomniant sans cesse le peuple de Paris et tous les mandataires qu'il a honorés de sa confiance; c'est elle, en un mot, qui s'attache à vous faire regarder les bons citoyens comme une faction, pour empêcher que l'on aperçoive la seule faction véritable qui s'oppose encore à l'établissement de la liberté. D me suffit, dans ce moment, de vous inviter à observer avec attention toutes ces démarches; ne jugez les hommes et les choses que par ce que vous aurez vu et entendu vousmêmes; prévenez au moins, par une sage impartialité, les conséquences funestes d'un système d'intrigue et de calomnie, qui semble nous présager les plus grands maux. Occupez-vous uniquement du bonheur d'un grand peuple et de l'humanité. Combien de lois salutaires auraient pu enfanter ces séances perdues et déshonorées par des déclamations imbéciles contre la ville de Paris, c'est-à-dire à peu près contre la vingt-cinquième partie de la population qui compose le peuple français! Commencez dès ce moment par décréter l'unité et l'indivisibilité de la république, comme on vous l'a déjà proposé. Décrétez même, si vous le jugez convenable, la peine de mort contre ceux qui pourraient proposer la dictature ; et parcourons ensuite d'un pas rapide, la carrière glorieuse où le peuple nous a appelés. » Barbaroux monta ensuite à la tribune pour prouver la
dénonciation faite contre Robespierre. Il raconte qu'avant le 10 août, lorsqu'il vint à Paris à la tête des Marseillais, on les invita à venir chez Robespierre; là, on leur dit qu'il fallait se rallier aux citoyens qui avaient acquis le plus de popularité : « Le citoyen Panis nous désigna nommément Robespierre comme l'homme vertueux qui devait être le dictateur de la France. Nous lui répondîmes que les Marseillais ne baisseraient jamais le front ni devant un roi, ni devant un dictateur. Voilà ce que je signerai, et ce que je défie Robespierre de démentir. » Ce fut Panis qui se chargea de démentir le récit de Barbaroux : « Je ne lui ai jamais dit un mot de dictature, ni de Robespierre. Je ne sais ce que je dois admirer le plus ou de la lâcheté, ou de l'invraisemblance, ou de la fausseté de sa délation ! Quelles sont les preuves qu'il vous a données? quels sont ses témoins? (Moi! s'écria Rebecqui 1 .) Vous êtes Tami de Barbaroux et de plus dénonciateur, je vous récuse. «L'incident en resta là, Marat ayant pris la parole pour se disculper à son tour des accusations dont il avait aussi été l'objet.
Séance du 29 octobre. — Le ministre de l'intérieur Roland lit un rapport sur la situation de Paris, dans lequel il signale l'état anarchique entretenu par les anticipations de
(1) Rebecqui avait ouvert le feu contre Robespierre : il avait pris si à cœur cette lutte que le 9 avril il envoya sa démission de la Convention par la lettre suivante :
« 11 existe une loi qui condamne à la mort quiconque oserait porter atteinte à la liberté, en vous proposant un roi. Eh bien ! Robespierre vous a proposé un chef, un régulateur, et Robespierre n'a pas porté sa tête sur l'échafaud. Vous avez porté la peine de mort contre quiconque attenterait à la représentation nationale. Eh bien, le 27 décembre 1792 et le 10 mars 1793, on a formé aux Jacobins le projet d'assassiner les représentants du peuple, et tous ces crimes sont impunis. Comme je ne puis, ni ne veux siéger plus longtemps dans une assemblée qui n'a pas le courage de frapper les coupables, je donne ma démission. » La démission de Rébecqui fut acceptée, sans discussion.
la Commune sur les autorités constituées : « L'idée de la souveraineté du peuple, disait Roland, rappelée avec affectation par les hommes qui ont intérêt à persuader au peuple qu'il peut tout pour lui faire faire ce qu'ils veulent; cette idée, mal appliquée, détachée de la suite des principes dont elle fait partie, a familiarisé avec l'insurrection, et en a inspiré l'habitude comme si l'usage devait en être journalier ; on a perdu de vue qu'elle est un devoir sacré contre l'oppression, mais une révolte condamnable dans l'état de liberté. » Roland termine son rapport en donnant lecture d'une lettre adressée au ministre de la justice, qui indique le dessein de renouveler contre certains membres de la Convention les massacres de septembre. Il était dit à ce su/et dans cette lettre : « Buzot, Vergniaud, Lasource, etc., voilà ceux que l'on nomme pour être de la cabale Roland ; ils ne veulent entendre parler que de Robespierre. » On demande l'impression du rapport et son envoi aux départements. Robespierre s'y oppose en soutenant que ce rapport n'est qu'un roman diffamatoire contre la Commune de Paris. Les murmures couvrent sa voix; il s'élève contre le président qui ne veut lui conserver ni la parole, ni le silence. Il parvient à obtenir un peu de calme. Il porte à tous ses collègues le défi de l'accuser en face, en articulant des faits positifs contre lui. — A ces mots, Louvet s'écrie : « Je demande la parole pour accuser Robespierre.»— Et nous aussi, s'écrièrent Barbaroux et Rebecqui. — Voici comment Robespierre rend compte lui-môme de cet incident : a Robespierre s'écrie qu'il est temps d'arrêter enfin un système de calomnie dont le ministre Roland est un des principaux artisans, et dont le but est de favoriser les projets d'une coalition qui cherche à démembrer la république. La coalition déploie toutes ses forces pour étouffer sa voix. Il somme tous les complices de la diffamation de monter à la tribune pour articuler des faits précis. Louvet se présente et tire de sa poche un discours volumineux; il parle deux heures
contre les Jacobins, contre la Commune, contre toutes les autorités constituées de Paris, contre la députation de ce département, et surtout contre Robespierre qu'il accuse formellement devoir aspiré à la dictature. Robespierre demande qu'il lui soit fixé un jour pour répondre. L'Assemblée ajourne la discussion au lundi suivant... »1I résulte du Moniteur que c'est lui-même qui, après avoir demandé la parole, redoutant sans doute la disposition où se trouvait l'Assemblée, réclama un ajournement à huitaine.
Robespierre répondit à Louvet dans la séance du 5 novembre. Les accusations dirigées contre lui étaient vagues: il lui fut facile de les repousser. On l'accuse d'avoir conspiré pour parvenir au pouvoir suprême. Mais n'avait-il pas le premier, avant le 10 août, appelé la Convention comme le seul remède des maux de la patrie. Cette accusation d'ailleurs est invraisemblable. Où étaient ses trésors? où étaient ses armées? où était la force qui l'eût rendu capable d'exécuter un pareil projet? On lui reproche ses rapports avec Marat ; mais ils n'ont eu ensemble qu'une unique entrevue, au mois de janvier 1792, et ils furent si loin de s'entendre, que Marat écrivit en toutes lettres dans son journal, « qu'il l'avait quitté, parfaitement convaincu qu'il n'avait ni les vues, ni l'audace d'un homme d'État K » On lui reproche d'avoir exercé aux Jacobins un despotisme d'opinion qui ne pouvait être regardé que comme l'avant-coureur de la dictature. Mais qu'est-ce que le despotisme de l'opinion, à moins que ce ne soit l'empire naturel des principes 1 Or cet empire n'est point personnel à tel homme qui les énonce; il appartient à la raison universelle et à tous les hommes
(1) Voici en quels termes Marat s'exprimait à ce sujet : t Cette entrevue me confirma dans l'opinion que j'avais toujours eue de lui, qu'il réunissait aux lumières d'un sage sénateur l'intégrité d'un véritable homme de bien et le zèle d'un vrai patriote, mais qu'il manquait également et des vues et de l'audace d'un homme d'État. •
qui veulent écouter sa voix. Ça a été la force de la société des Jacobins d'avoir dénoncé les ennemis de la patrie, abattu le despotisme. Et s'il était vrai qu'il eût en effet obtenu aux Jacobins cette influence qu'on lui suppose gratuitement, que pourrait-on en induire contre lui? Élevant le débat à la véritable hauteur où il eût dû rester, il justifie le conseil, général révolutionnaire de la Commune de Paris, aux actes duquel il était fier de s'être associé. « Citoyens, voulez-vous une révolution sans révolution? quel est cet esprit de persécution qui est venu réviser pour ainsi dire celle qui a brisé nos fers? Mais comment peut-on soumettre à un jugement certain les effets que peuvent entraîner ces grandes commotions? Qui peut après coup marquer le point précis où devaient se briser les tlots de l'insurrection populaire? A ce prix, quel peuple pourrait jamais secouer le joug du despotisme? Car s'il est vrai qu'une grande nation ne peut se lever par un mouvement simultané, et que la tyrannie ne peut être frappée que par la portion des citoyens qui est plus près d'elle, comment ceux-ci oseront-ils l'attaquer, si après la victoire les délégués, venant des parties éloignées de l'Etat, peuvent les rendre responsables de la durée ou de la violence de la tourmente politique qui a sauvé la patrie? Us doivent être regardés comme fondés de procuration tacite pour la société tout entière. Les Français, amis de la liberté, réunis à Paris, au mois d'août dernier, ont agi à ce titre au nom de tous les départements; il faut les approuver ou les désavouer tout à fait. Leur faire un crim de quelques désordres apparents ou réels, inséparables d'une grande secousse, ce serait les punir de leur dévouement. Ils auraient droit de dire à leur juges : si vous désavouez les moyens que nous avons employés pour vaincre, laissez-nous les fruits de la victoire. Reprenez votre constitution et toutes vos lois anciennes : mais restitueznous le prix de nos sacrifices et de nos combats. Rendez» nous nos concitoyens, nos frères, nos enfants qui son*
morts pour la cause commune. Citoyens, le peuple oui vous a envoyés a tout ratifié. Votre présence ici en est la preuve; il ne vous a pas chargés de porter l'œil sévère de l'inquisition sur les faits qui tiennent à l'insurrection, mais de cimenter par des lois justes la liberté qu'elle lui a rendue. L'univers, la postérité ne verra dans ces événements que leur cause sacrée et leur sublime résultat; vous devez les voir comme elle. Vous devez les juger, non en juges de paix, mais en hommes d'État et en législateurs du monde. Et ne pensez pas que j'aie invoqué ces principes éternels, parce que nous avons besoin de couvrir d'un voile quelques actions répréhensibles. Non, nous n'avons point failli, j'en jure par le trône renversé, et par la république qui s'élève. »
On lui reproche d'avoir eu part aux massacres de septembre : « Ceux qui ont dit qu'il avait eu la moindre part à ces «événements sont des hommes ou excessivement modestes ou excessivement pervers. Quant à l'homme qui, comptant 6ur le succès de la diffamation dont il avait d'avance arrangé tout le plan, a cru pouvoir imprimer impunément que je les avais dirigés, je me contenterais de l'abandonner au remords, si le remords ne supposait une âme. Je dirai pour ceux que l'imposture a pu égarer, qu'avant l'époque où ces événements sont arrivés, j'avais omis de fréquenter le conseil général de la Commune; l'Assemblée électorale dont fêtais membre avait commencé ses séances; je n'ai appris? ce qui se passait dans les prisons que par le bruit public; et plus tard que la plus grande partie des citoyens, car j'étais habituellement chez moi ou dans les lieux où mes fonctions publiques m'appelaient. » Mais ces événements aussi, tout déplorables qu'ils puissent paraître, il faut les envisager d'un point de vue plus élevé : « On assure qu'un innocent a péri, on s'est plu à en exagérer le nombre; mais un seul c'est beaucoup trop, sans doute; citoyens, pleurez cette méprise cruelle, nous l'avons pleurée dès longtemps ; c'était
un bon citoyen; c'était donc l'un de nos amis. Pleurez même les victimes coupables réservées à la vengeance des lois, qui ont tombé sous le glaive de la justice populaire; mais que votre douleur ait un terme comme toutes les choses humaines. Gardons quelques larmes pour des calamités plus touchantes. Pleurez cent mille patriotes immolés par la tyrannie ; pleurez nos citoyens expirants sous leurs toits embrasés; et les fils des citoyens massacrés au berceau ou dans les bras de leurs mères. N'avez-vous pas aussi des frères, des enfants, des épouses à venger? La famille des législateurs français, c'est la patrie, c'est le genre humain tout entier, moins les tyran3 et leurs complices. Pleurez donc, pleurez L'humanité abattue sous leur joug odieux. Mais consolez-vous, si, imposant silence à toutes les viles passions, vous voulez assurer le bonheur de votre pays et préparer celui du monde. Consolez-vous, si vous voulez rappeler sur la terre l'égalité et la justice exilées, et tarir, par des lois justes, la source des crimes et des malheurs de vos semblables. La sensibilité qui gémit presque exclusivement pour les ennemis de la liberté m'est suspecte. Cessez d'agiter sous mes yeux la robe sanglante du tyran, ou je croirai que vous voulez remettre Rome dans les fers. En voyant ces peintures pathétiques des Lamballe, des Montmorin, de la consternation des mauvais citoyens, et ces déclamations furieuses contre des hommes connus sous des rapports tout à fait opposés, n'avez-vous pas cru lire un manifeste de Brunswick ou de Condé? Calomniateurs éternels, voulez-vous donc venger le despotisme ? voulez-vous flétrir le berceau de la république? voulez-vous déshonorer aux yeux de l'Europe la révolution qui Ta enfantée, et fournir des armes à tous les ennemis de la liberté? Amour de l'humanité, vraiment admirable, qui tend à cimenter la misère et la servitude des peuples, et qui cache le désir barbare de se baigner dans le sang des patriotes ! » D'accusé, Robespierre se fait accusateur à son tour. 11 termine en ces
termes : « Vous saurez un jour quel prix vous devez attacher à la modération de l'ennemi que vous vouliez perdre. Et croyez-vous que si je voulais m abaisser à de pareilles plaintes, il me serait difficile de vous présenter des dénonciations un peu plus précises et mieux appuyées? je les ai dédaignées jusqu'ici. Je sais qu'il y a loin du dessein profondément conçu de commettre un grand crime à certaines velléités, à certaines menaces de mes ennemis, dont j'aurais pu faire beaucoup de bruit. D'ailleurs, je n'ai jamais cru au courage des méchants. Mais réfléchissez sur vous-même; et voyez avec quelle maladresse vous vous embarrassez vousmêmes dans vos propres pièges Vous vous tourmentez
depuis longtemps pour arracher à l'assemblée une loi contre les provocateurs au meurtre: qu'elle soit portée; qu'elle est la première victime qu'elle doit frapper? N'est-ce pas vous qui avez dit calomnieusement, ridiculement, que j'aspirais à la tyrannie? N'avez-vous pas juré par Brutus, d'assassiner les tyrans? Vous voilà donc convaincu par votre propre aveu, d'avoir provoqué tous les citoyens à m'assassiner. N'ai-je pas déjà entendu de cette tribune môme, des cris de fureur répondre à vos exhortations? Et ces promenades de gens armés, qui bravent au milieu de nous l'autorité des lois et des magistrats! Et ces cris qui demandent les têtes de quelques représentants du peuple, qui mêlent à des imprécations contre moi, vos louanges et l'apologie de Louis XVI! Qui les a appelés! qui les égare! qui les excite ! Et vous parlez de lois, de vertu, d'agitateurs Mais sortons de ce cercle d'inÉamies que vous nous
avez fait parcourir, et arrivons à la conclusion de votre libelle. Indépendamment de ce décret sur la force armée, que vous cherchez à extorquer par tant de moyens, indépendamment de cette loi tyrannique contre la liberté individuelle et contre celle de la presse, que vous déguisez sous le spécieux prétexte de la provocation au meurtre, vous demandez pour le ministre une espèce de dictature
militaire, vous demandez une loi de proscription contre les citoyens qui vous déplaisent, sous le nom d'ostracisme. Ainsi vous ne rougissez plus d'avouer ouvertement le motif honteux de tant d'impostures et de machinations; ainsi vous ne parlez de dictature que pour l'exercer vous-mêmes sans aucun frein ; ainsi vous ne parlez que de proscriptions et de tyrannie, que pour proscrire et tyranniser; ainsi vous avez pensé que, pour faire de la Convention nationale l'aveugle instrument de vos coupables desseins, il vous suffirait de prononcer devant elle un roman bien • astucieux, et de lui proposer de décréter sans désemparer, la perte de la liberté et son propre déshonneur! Que me reste-t-il à dire contre des accusateurs qui s'accusent euxmêmes?... Ensevelissons, s'il est possible, ces méprisables manœuvres dans un éternel oubli. Puissions-nous dérober aux regards de la postérité ces jours peu glorieux de notro histoire, où les représentants du peuple, égarés par de lâches intrigues, ont paru oublier les grandes destinées auxquelles ils étaient appelés. Pour moi, je ne prendrai aucunes conclusions qui me soient personnelles; j'ai renoncé au facile avantage de répondre aux calomnies de mes adversaires par des dénonciations plus redoutables. J'ai voulu supprimer la partie offensive de ma justification. Je renonce à la juste vengeance que j'aurais le droit de poursuivre contre mes calomniateurs. Je n'en demande point d'autre que le retour de la paix et le triomphe de la liberté. Citoyens, parcourez d'un pas ferme et rapide votre superbe carrière. Et puissô-je, aux dépens de ma\ie et de ma réputation même, concourir avec vous à la gloire et au bonheur de notre commune patrie ! »
Louvet voulut répliquer, mais il ne put obtenir la parole. Barbaroux se présenta à son tour pour dénoncer Robespierre. « Il signera sa déclaration, il la gravera sur le marbre,') dit-il. On refuse également de l'entendre. Il descend à la harre pour soutenir son accusation en qualité de pôti-
tionnaire et réclame la faculté que Ton accorde à tout simple citoyen. Un grand tumulte s'élève dans l'Assemblée. Une voix s'élève dans le bruit : a Si Robespierre était pur, il demanderait la parole pour ses adversaires! » Barère propose de décréter l'ordre du jour, motivé ainsi qu'il suit: « Considérant que la Convention nationale ne doit s'occuper que des intérêts de la république, etc. » « Je ne veux pas de votre ordre du jour, s'écria Robespierre, si vous mettez un préambule qui me soit injurieux! » La Convention • adopte Tordre du jour pur et simple, après avoir voté f impression du discours de Robespierre ; et le soir, les Jacobins célébrèrent le triomphe de Robespierre. Robespierre dit dans ses Lettres à ses commettants, en rapportant les incidents de cette séance de la Convention que « sa justification fut éclatante et le triomphe de la vérité complet. »
L'instruction du procès du roi devant la Convention fut commencée dans la séance du 7 novembre, par un rapport de Mailhe présenté au nom du comité de législation. Des débats qui se prolongèrent pendant plusieurs séances, s'engagèrent d'abord sur cette question : le roi peut-il être jugé? Ce fut dans la séance du 30 novembre, à l'occasion d'une discussion sur les moyens de rétablir la tranquillité publique, que Robespierre opina pour la première fois dans le procès : « Je demande qu'au sein de cette Assemblée reviennent pour jamais l'impartialité et la concorde; je demande de proposer un moyen sûr de confondre les complots de tous les ennemis de la Convention nationale, c'està-dire de tous les partisans du royalisme et de l'aristocratie!... Ce moyen, le voici. Je demande que demain le tyran des français, le chef, le point de ralliement de tous les conspirateurs, soit condamné à la peine de ses forfaits. Je demande à prouver en dix minutes que tant que la Convention différera la décision de ce procès, elle réveillera toutes les factions; elle ranimera toutes les espérances des amis de la royauté. Après demain vous concilierez les droits
de la propriété avec la vie des hommes , vous prononcerez sur les subsistances ; le jour suivant vous poserez les bases de toute constitution libre. Alors tous les ennemis de la liberté tomberont à vos pieds ! Mais étouffons les petites passions, car c'est là que nous donnons le signal de la discorde. »
• Séance du 2 décembre. — Discours sur les subsistances. Robespierre repousse la théorie de la liberté absolue dont les auteurs, dissertant plus sur le commerce des grains que sur la subsistance, du peuple, n'ont mis aucune différence entre le commerce du blé et celui de l'indigo. Si les denrées qui ne tiennent point aux besoins de la vie peuvent être abandonnées aux spéculations les plus illimitées du commerçant, la vie des hommes ne peut être soumise aux mômes chances. Nul homme n'a le droit d'entasser des monceaux de blé à côté de son semblable qui meurt de faim : « Quel est le premier objet de la société? C'est de maintenir les droits imprescriptibles de l'homme. Quel est le premier de ces droits ? celui d'exister. La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d'exister; toutes les autres sont subordonnées à celle-là ; la propriété n'a été instituée ou garantie que pour la cimenter; c'est pour vivre d'abord que l'on a des propriétés. 11 n'est pas vrai que la propriété puisse jamais être en opposition avec la subsistance des hommes. Les aliments nécessaires à l'homme sont aussi sacrés que la vie elle-même. Tout ce qui est indispensable pour la conserver est une propriété commune à la société entière. H n'y a que l'excédant qui soit une propriété individuelle et qui soit abandonné à l'industrie des commerçants. Toute spéculation mercantile que je fais aux dépens de la vie de mon semblable n'est point un trafic, c'est un brigandage et un fratricide. D'après ce principe, quel est le problème à résoudre en matière de législation sur les subsistances? le voici : assurer à tous les membres de la société la jouissance
— Sodé la portion des fruits de la terre qui est nécessaire à leur existence; aux propriétaires ou aux cultivateurs le prix de leur industrie, et livrer le superflu à la liberté du commerce. Je défie le plus scrupuleux défenseur delà propriété de contester ces principes, à moins de déclarer ouvertement qu'il entend par ce mot le droit de dépouiller et d'assassiner ses semblables. Comment donc a-t-on pu prétendre que toute espèce de gêne, ou plutôt que toute règle sur la vente du blé était une atteinte à la propriété, et déguiser ce système barbare sous le nom spécieux de la liberté du commerce. » Il demande donc que des précautions soient prises contre le monopole : « J'ai déjà prouvé que ces mesures et les principes sur lesquels elles sont fondées sont nécessaires au peuple. Je vais prouver qu'elles sont utiles aux riches et à tous les propriétaires. Je ne leur ôte aucun profit honnête, aucune propriété légitime; je ne détruis point le commerce, mais le brigandage du monopole; je ne les condamne qu'à la peine délaisser vivre leurs semblables. Or, rien sans doute ne peut leur être plus avantageux; le plus grand service que le législateur puisse rendre aux hommes, c'est de les forcer à être honnêtes gens. Le plus grand intérêt de l'homme n'est pas d'amasser des trésors, et la plus douce propriété n'est point de dévorer la subsistance de cent familles infortunées. Le plaisir de soulager ses semblables, et la gloire de servir sa patrie, Talent bien ce déplorable avantage. À quoi peut servir aux spéculateurs les plus avides la liberté indéfinie de leur odieux trafic? à être ou opprimés, ou oppresseurs. Cette dernière destinée, surtout, est affreuse. Riches égoïstes, sachez prévoir et prévenir d'avance les résultats terribles de la lutte de l'orgueil et des passions lâches contre la justice et contre l'humanité. Que l'exemple des nobles et des rois vous instruise. Apprenez à goûter les charmes de l'égalité et les délices de la vertu; ou du moins contentezvous des avantages que la fortune vous donne, et laissez
au peuple du pain, du travail et des mœurs. C'est en vain que les ennemis de la liberté s'agitent pour déchirer le sein de leur patrie : ils n'arrêteront pas plus le cours de la raison humaine, que celui du soleil; la lâcheté ne triompher^ point du courage; c'est au génie de Pintrigue à fuir devant le génie de la liberté. Et vous, législateurs, souvenez-vous que vous n'êtes point les représentants d'une caste privilégiée, mais ceux du peuple français, n'oubliez pas que la source de l'ordre, c'est la justice, que le plus sûr garant de la tranquillité publique, c'est le bonheur des citoyens, et que les longues convulsions qui déchirent les États ne sont que le combat des préjugés contre les principes, de Pégoïsme contre l'intérêt général; de l'orgueil et des passions des hommes puissants contre les droits et conrre les besoins des faibles. »
Séance du 3 décembre. — La discussion sur le procès du roi est rouverte. Il n'y a plus de doute sur ce point : que le roi peut être jugé et qu'il doit l'être par la Convention. 11 s'agit d'examiner quelles seront les formes du procès. Robespierre monte à la tribune pour développer son opinion sur le parti à prendre à l'égard de Louis XVI.
Séance du 4 décembre. — Philippeaux demande que la Convention se déclare en permanence jusqu'à ce qu'elle ait statué sur le sort de Louis XVL Pôtion s'y oppose, mais il demande que chaque jour on s'occupe du procès du roi depuis midi jusqu'à six heures. Robespierre demande la parole. 11 ne l'obtient qu'à grand' peine, et il commence soa discours par dénoncer, aux applaudissements des tribunes, la violation qui a été faite plusieurs fois en sa personne du droit de représentant, par des manœuvres multipliées pour étouffer sa voix. Il dénonce Pintention où Pon parait être de mettre le trouble dans l'Assemblée, en faisant opprimer une partie par l'autre. Puis, arrivant au sujet de la discussion, il dit que la mesure que l'on doit prendre, c'est de juger Louis XVI sur-le-champ, sans désemparer. 11 ne s'agit
pas de faire un procès d'après les règles ordinaires. Il faut, « d'après les principes, condamner Louis XVI sur-le-champ à mort en vertu d'une insurrection. »
Sêanee du 28 décembre. — Discours de Robespierre contre l'appel au peuple. Il insiste de nouveau sur la nécessité de prendre une décision sans délai. Il déclare qu'il partage avec le plus faible toutes les affections particulières qui peuvent s'intéresser au sort de l'accusé : « Inexorable quand il s'agit de calculer, d'une manière abstraite, le degré de sévérité que la justice des lois doit déployer contre les ennemis de l'humanité, j'ai senti chanceler dans mon cœur la vertu républicaine en présence du coupable humilié devant la puissance souveraine. La haine des tyrans et l'amour de l'humanité ont une source commune dans le cœur de l'homme juste qui aime son pays. Mais, citoyens, la dernière preuve de dévouement que les représentants du peuple doivent à la patrie, c'est d'immoler ces premiers mouvements de la sensibilité naturelle au salut d'un grand peuple et de de l'humanité opprimée. Citoyens, la sensibilité qui sacrifie l'innocence au crime, est une sensibilité cruelle; la clémence qui compose avec la tyrannie, est barbare. Citoyens, c'est à l'intérêt suprême du salut public que je vous rappelle. Quel est le motif qui vous force à vous occuper de Louis? ce n'est pas le désir d'une vengeance indigne de la nation ; c'est la nécessité de cimenter la liberté et la tranquillité publique par la punition du tyran. Tout mode de le juger, tout système de lenteur qui compromet la tranquillité publique contrarie donc directement votre but ; il vaudrait mieux que vous eussiez absolument oublié le soin de le punir que de faire de son procès une source de troubles et un commencement de guerre civile. Pour reiarder votre jugement, on vous a parlé de l'honneur de la nation, de la dignité de l'Assemblée. L'honneur des nations, c'est de foudroyer les tyrans et de venger ] 'humanité avilie! La gloire de la Convention nationale
consiste à déployer un grand caractère, et à immoler les préjugés serviles aux principes salutaires de la raison et de la philosophie; elle consiste à sauver la patrie et à cimenter la liberté par un grand exemple donné à l'univers. Je vois sa dignité s'éclipser à mesure que nous oublions cette énergie des maximes républicaines, pour nous égarer dans uu dédale de chicanes inutiles et ridicules, et que nos orateurs, à cette tribune, font faire à la nation un nouveau cours de monarchie. La postérité vous admirera ou vous méprisera selon le degré de vigueur que vous montrerez dans cette occasion; et cette vigueur sera la mesure aussi de l'audace ou de la gouplesse des despotes étrangers avec vous : elle sera le gage de notre servitude ou de notre liberté, de notre prospérité ou de notre misère. Citoyens, la victoire décidera si vous êtes des rebelles ou les bienfaiteurs de l'humanité; et c'est la hauteur de votre caractère. qui décidera la victoire. » « Oui, je le déclare hautement, poursuit Robespierre, je ne vois plus désormais dans le procès du tyran qu'un moyen de vous ramener au despotisme par l'anarchie! C'est pour cela qu'on veut changer toutes les assemblées de canton, toutes les sections des villes en autant de lices orageuses, où l'on combattra pour ou contre la personne de Louis, pour ou comre la royauté; ce projet ne tend qu'à détruire la Convention elle-même : on remettra en question, jusqu'à la proclamation de la'république dont la cause se lie naturellement aux questions qui concernent le roi détrôné. C'est le moyen de provoquer la guerre civile.... C'est se jouer de la majesté du peuple souverain que de lui renvoyer une affaire qu'il vous a chargés déterminer promptement. Et de quel droit faites-vous l'injure au peuple de douter de son amour pour la liberté? » Puis Robespierre dénonce de nouveau qu'il existe un projet d'avilir la Convention et de la dissoudre : « Déjà, dit-il, pour éterniser la discorde et se rendre maître des délibérations, on a imaginé de distinguer l'Assemblée en majorité et minorité;
nouveau moyen d'outrager et de réduire au silence ceux qu'on désigne sous cette dernière dénomination. Je ne connais point ici ni minorité, ni majorité. La majorité est celle des bons citoyens; la majorité n'est point permanente, parce qu'elle n'appartient à aucun parti; elle se renouvelle à chaque délibération libre, parce qu'elle appartient à la cause publique et à l'éternelle raison; et quand l'Assemblée reconnaît une erreur, comme il arrive quelquefois, la minorité 'devient alors ia majorité. La volonté générale ne se forme point dans les conciliabules ténébreux, ni autour des tables ministérielles. La minorité a partout un droit éternel, c'est celui de faire entendre la voix de la vérité ou de ce qu'elle regarde comme tel. La vertu fut toujours en minorité sur la terre. Sans cela, la terre serait-elle peuplée de tyrans et d'esclaves? Hampden et Sidney étaient de la minorité, car ils expirèrent sur un échafaud : les Critias, les Ànitus, les César, les Clodius, étaient de la majorité; mais Socrate était de la minorité, car il avala la ciguë; Caton était de la minorité, car il déchira ses entrailles. Je connais ici beaucoup d'hommes qui serviront, s'il le faut, la liberté à la mode de Sidney et d'ïïampden ; et n'y en eût-il que cinquante, cette seule pensée doit faire frémir tous ces lâches intrigants qui veulent égarer la majorité. En attendant cette époque, je demande au moins la priorité pour le tyran. Unissons-nous pour sauver la patrie, et que cette délibération prenne enfin un caractère plus digne de nous et de la cause que nous défendons. Bannissons du moins tous ces déplorables incidents qui la déshonorent; ne mettons pas à nous persécuter plus de temps qu'il n'en faut pour juger Louis. » Robespierre termine son discours en demandant que la Convention déclare Louis coupable et digne de mort.
AniVée 1793.
Séance du & janvier K — L'ordre du jour appelle la discussion sur la proposition de supprimer la permanènce des sections de Paris. Barôre, président, ayant mis aux voix si le ministre de l'intérieur serait entendu avant Robespierre, celui-ci s'écrie : « La liberté des opinions n'existe-t-elle donc que pour les calomniateurs et les ministres factieux ? » Une partie entière de l'Assemblée se soulève contre l'orateur, et demande qu'il soit censuré. — - On réclame d'un autre côté avec chaleur que Robespierre soit entendu. — Cet état d'agitation dure pendant plusieurs instants. « J'ai le dToit de parler... Sans doute, je n'ai point comme tant d'autres un cœur vénal... (Violents murmures). Les cris des intrigants ne m'imposeront pas... (Le trouble s'accroît). «—Les apostrophes les plus vives sont échangées entre les divers
(1) Dans cette séance du 6 janvier fut lue à l'Assemblée un adresse du conseil général du département du Finistère demandant l'expulsion de Robespierre.
« Représentants, nous voulons la république une et indivisible; nous voulons la liberté et l'égalité et le bonheur du peuple... Nous voulons Tordre et la paix : nous voulons une représentation nationale permanente; mais nous la voulons pure, nous la voulons libre, puissante, respectée, grande comme la nation dont elle est l'interprète, capable surtout de s'élever au-dessus de tous les despotismes, et do faire taire les clameurs insolentes et séditieuses de ce ramas de factieux stipendiés par un parti secret, et peut-être par des despotes étrangers, pour troubler l'ordro de vos séances. Ce n'est pas assez, représentants, de contenir et de réprimer ces vils mercenaires, vos plus grands ennemis sont dans votre sein. Les Marat, les Robespierre, les Danton, les Chabot, les Bazire, les Merlin et leurs complices, voilà les ancarchistes, voilà les vrais contre-révolutionnaires... » — A peu de temps de là, la société populaire d'Amiens envoya à la Convention une adresse conçue dans le même sens.
côtés de l'Assemblée. Les tribunes se lèvent, et mêlent leurs clameurs à celles de l'Assemblée. Le président se couvre. La parole est enfin assurée à Robespierre, qui réclame la permanence des sections. « Dans ce moment-ci, dit-il, les sections, le peuple entier qui ne peut point appartenir à une faction, quelque puissante qu'elle soit, peut seule garantir la tranquillité publique, et assurer le triomphe définitif de la Révolution. »
N Séance du 16 janvier. — Vote motivé de Robespierre dans l'appel nominal sur la peine à infliger à Louis XVI.
Séance du 17 janvier. — IL s'oppose à ce que Ton entende les défenseurs : « Les principes mêmes qui ont dicté votre jugement, vous défendent d'entendre les défenseurs de Louis; vous ouvririez la porte à la réclamation d'une nouvelle procédure, vous ne devez permettre d'élever aucune question nouvelle. * Les défenseurs sont néanmoins entendus, et ils lisent une déclaration du roi qui déclare interjeter appel à la nation elle-même du jugement de ses représentants. Robespierre demande alors que la Convention déclare « que le prétendu appel qui vient de lui être signifié doit être rejeté comme contraire aux principes de l'autorité publique, aux droits de la nation, à l'autorité des représentants, et que Ton interdise à qui que ce soit d'y donner aucune suite, à peine d'être poursuivi comme perturbateur du repos public. »
Séance du 18 janvier. — Il repçusse pareillement tout sursis.
Séance du 21 janvier- — Le jour même où Louis XVI fut exécuté, un ancien garde du corps, pour venger la royauté, frappa à mort Michel Lepelletier, un des membres de la Convention dont les opinions républicaines étaient le plus caractérisées. Robespierre, à la Convention, appuie la motion de Barrère d'accorder à Lepelletier les honneurs du Panthéon. Mais il repousse la proposition de Barère qui voulait que l'on punît de mort quiconque aurait caché l'assas-
sin Pâris ou favorisé sa fuite : « J'attaque le fonds même de la proposition : elle est contraire à tous les principes. Quoi ! au moment où vous allez effacer de votre Gode pénal la peine de mort, vous la décréteriez pour un cas particulier ! Les principes d'éternelle justice s'y opposent. Pourquoi d'ailleurs sortir de la loi pour venger un représentant du peuple? Vous ne le feriez pas pour un simple citoyen ; et cependant l'assassinat d'un citoyen est égal, aux yeux de la loi, à l'assassinat d'un fonctionnaire public. »
Séance du 25 février. — Robespierre se plaint de l'insuffisance de la loi sur les émigrés. Il est nécessaire, dit-il, de revoir cette loi, d'en retrancher toutes les exceptions. De plus, il faut y ajouter des mesures pénales contre les directoires qui conniveraient avec les émigrés, avec les prêtres.
Séance du 5 mars. — Discussion sur la loi des émigrés. Robespierré s'oppose à l'exception que Ton proposait pour les enfants au-dessous de seize ans : « Il est étonnant, dit-il, que lorsque les patriotes se sont indignés de ce que la loi n'était pas assez sévère, on la recommence pour faire des exceptions de cette espèce. Je partage aussi ce sentiment d'humanité qui vous anime. Mais rappeler les fils des émigrés, c'est rappeler les héritiers de leurs crimes, qui ne cesseront de déchirer la patrie jusqu'à ce qu'ils aient vengé leurs pères. Rappeler les fils des émigrés, c'est inoculer dans les veines de la République naissante le poison de l'incivisme. »
.Séance du 8 mars. — Il dit que les échecs subis en Belgique ne doivent pas décourager la République : a Pour un peuple libre et naissant à la liberté, le moment d'un échec est celui qui présage un triomphe éclatant, et les avautages passagers des satellites du despotisme sont les avant-coureurs de la destruction des tyrans... Nous avons éprouvé un échec malheureux. Mais à peine est-il capable de retarder d'un instant la prospérité publique qui croîtra avec nos
victoires, la liberté et l'égalité que nous porterons aux peuples étrangers... La Convention nationale peut hâter cette heureuse révolution. Il lui suffit de dégager le peuple des 5 entraves dont il est environné, de s'élever elle-même à la hauteur du caractère divin dont elle est revêtue ; car c'est bien une mission divine que celle de créer la liberté, de diriger son impulsion toute puissante vers la chute de la tyrannie et la prospérité des peuples. Il lui suffira de tenir sans cesse le glaive de la loi levé sur la tête des conspirateurs puissants, des généraux perfides, de fouler aux pieds tout esprit de parti et d'intrigue, et de ne prendre pour guide que les grands principes de la liberté et du bien public, de balayer tous les traîtres, de tendre des mains protectrices aux amis de la liberté, au peuple qui a fait la révolution, et dont la prospérité ne peut être assise que sur les bases de l'égalité. »
Séance du 4 0 mars. — Il appuie l'abolition de la contrainte par corps, réclamée par Danton.
Séance du 40 mars. — A propos des nouvelles des armées, Robespierre insiste sur la nécessité d'instituer un pouvoir plus unitaire et plus actif que celui du conseil exécutif : * On croit avoir tout fait en ordonnant qu'il serait fait un recrutement dans toutes les parties de la République; et moi je pense qu'il faut encore un régulateur fidèle et uniforme de tous les mouvements de la révolution... Il nous faut un gouvernement dont toutes les parties soient rapprochées. Il existe entre la Convention et le conseil exécutif une barrière qu'il faut rompre, parce qu'elle empêche cette unité d'action qui fait la force du gouvernement... J'ai été amené à développer ces idées, dit-il en terminant, par cette conviction intime que tout le mal vient de ce que nous n'avons pas un gouvernement assez actif. Je conclus à ce que beaucoup de réformes soient faites dans cette partie, parce que c'est la plus grande mesure de salut public que 'ous puissiez prendre, et que sans elle vous irez toujours
de révolution en révolution, et vous conduirez enfin la République à sa perte. »
Séance du li mars. — Discours de Robespierre sur l'organisation du tribunal révolutionnaire : a 11 est important de bien définir ce que vous entendez par conspirateurs : autrement les meilleurs citoyens risqueraient d'être victimes d'un tribunal institué pour les protéger contre les entreprises des contre •révolutionnaires, m Thuriot demande que Robespierre présente son article comme il le conçoit. — Le voici : « La loi défend, sous peine de mort, tout attentat contre la sûreté générale de l'État, la liberté, l'égalité, l'unité et l'indivisibilité de lu République. » Puisque vous avez déclaré révolutionnairement que quiconque provoquerait le rétablissement de la royauté sera puni de mort, je veux que le décret le mentionne. Il faut que tous les écrits.- (Il s'élève des murmures dans une partie de la salle.) Il est étrange qu'on murmure, lorsque je propose de réprimer un système d'écrits publics dirigés contre la liberté, qui attaquent les principes de la souveraineté et de l'égalité... Je veux enfin que ce tribunal punisse les administrateurs qui, au mépris des lois et de l'unité de la République, ont levé une force armée de leur pure autorité privée. » Le 20 mars Robespierre est nommé membre du comité de salut public.
Séance du 27 mars. — Robespierre propose que, pour ranimer l'énergie républicaine et confondre les projets de tous les despotes, deux décrets soient rendus : 1<> pour expulser du territoire français et des contrées occupées par les armées françaises, tous les membres de la famille Gapet; 2 e pour traduire au tribnal extraordinaire et juger incessamment Mane-Antionette d'Autriche, comme prévenue d'être complice des attentats commis contre la liberté et contre la sûreté de la nation 1 .
1. Robespierre avait repoussé très- amèrement cette proposition quand, quelques mois auparavant, elle avait été faite par les Giron-
Séance du 3 avril. — Delacroix et Merlin, de retour de leur mission en Belgique, apportent à la Convention les détails de la conspiration de Dumourie». L'Assemblée se déclare en permanence pour prendre les mesures de salut public que requièrent les circonstances. Robespierre monte à la tribune : « 11 est temps que cette comédie finisse. Ce n'est point par des nouvelles tantôt décourageantes, tantôt plus satisfaisantes qu'on doit endormir lu nation : il faut que la Convention prenne des mesures révolutionnaires... il faut adopter des mesures dictées par la liberté. Mais je dois déclarer que ce ne sera jamais dans le comité de défense générale qu'elles seront proposées; car dans ce comité régnent des principes que la liberté réprouve. » Des murmures s'élèvent dans une partie de l'Assemblée et interrompant l'orateur : le président rétablit le silence. Robespierre poursuit : « Citoyens, dans ce moment-ci je me dois à moimôme, je dois à Ta patrie une profession de foi. Nommé membre du comité de défense générale, mais convaincu que les principes qui doivent sauver la patrie, ne peuvent pas y être adoptés, je déclare que je ne me regarda plus comme faisant partie de ce comité. Je ne suis pas bien con-
dins. Il s'en explique très-vivement dans sa Onizème Uiire à ses coromettanis. « Les intrigants, en la proposant, espéraient se donner un air de républicanisme aux yeux du public... » Un des grands arguments qu'opposait alors Robespierre à cette proposition, c'était l'inviolabilité du caractère de représentait dont était investi Philippe-Égalité : «l'expulsion d'un membre de la représentation nationale était un acte dangereux, quelqu'en fût le prétexte, et un moyen d'éconduire les députés patriotes dans la suite; • enfin « tout ordre arbitraire de proscription lui paraissait un péril éminent qui menaçait la liberté individuelle de tous les ennemis de la liberté. » « Fous moi, disait en terminant Robespierre, je voterai volontiers, avec vous, pour l'exil des Capets; mais garantissez-moi que ce sera le dernier acte de proscription ; garantissez-moi que le lendemain vous nour permettez de proposer de bonnes lois. »
vaincu qu'un système où la royauté serait combinée avec une sorte de constitution aristocratique déplairait à certains membres de ce comité; je ne suis pas bien convaincu qu'un pareil système ne conviendrait pas à certaines gens qui, quelquefois, parlent de patriotisme, mais qui nourrissent et conservent dans leur âme une haine profonde pour, Tégalité. Je ne veux pas délibérer avec ceux qui ont parlé le langage de Dumouriez, avec ceux qui ont calomnié les hommes à qui maintenant Dumouriez déclare une guerre implacable, avec ceux qui, à i'exemple de Dumouriez, ont calomnié Paris et la portion de l'Assemblée vraiment amante de la liberté. S'il ne m'est pas donné de sauver la liberté, je ne veux pas du moins être le complice de ceux qui veu- ' lent la perdre; je ne veux pas être membre d'an comité qui ressemble plutôt à un conseil de Dumouriez qu'à ud comité de la Convention nationale. (Murmures à la droite de la tribune.) » Robespierre développe son accusation, et, Brissot ayant demandé a lui répondre, Robespierre lui applique ses accusations. Il termine en déclarant que la première mesure de salut public à prendre, c'est de décréter tous ceux qui sont prévenus de complicité avec Dumouriez, et notaniment Brissot .
Séance du 10 avril* — Robespierre est mis en demeure par Guadet de nommer les chefs de la conspiration, et de sortir du vague dans lequel se maintiennent toutes les dénonciations qui sèment l'inquiétude dans la Convention et dans le pubMc : « Une faction puissante, dit-il, conspire avec les tyrans de l'Europe pour nous donner un roi avec une espèce de constitution aristocratique ; elle espère nous amener à cette transaction honteuse par la force des armes étrangères et par les troubles du dedans. Ce système plait à tous les aristocrates bourgeois, qui ont horreur de Tégalité, à qui l'on a fait peur, môme pour leurs propriétés.,. La république ne convient qu'au peuple et aux hommes qui ont une âme pure et élevée... Le système aristocratique
dont je parle était celui de Lafayette et de tous ses pareils, connus sous le nom feuillants ou de modérés; il a été continué par ceux qui ont succédé à sa puissance... Le caractère commun à tous les ambitieux qui ont paru jusqu'ici sur le théâtre de la révolution, c'est qu'ils ont détendu le peuple aussi ïogtemps qu'ils ont cru en avoir besoin. Tous ont successivement combattu pour ou contre les Jaeobins, selon les temps et les circonstances. » 11 dénonce les manœuvres des Girondins commencées longtemps avant la Convention : « Ils n'ont rien négligé pour empéctier la révolution du 10 août; dès le lendemain ils travaillèrent efficacement à en arrêter le cours. Le jour môme du 10, ils firent tout ce qui était en eux pour que le ci-devant roi ne fût pas enfermé au Temple ; ils tâchèrent de nous rattacher à la royauté, en faisant décréter par l'Assemblée législative au'ii serait nommé un gouverneur au prince royal. A ces faits, consignés dans les actes publics et dans l'histoire de notre révolution, tous reconnaissez déjà les Brissot, les Guadet, les Vergniaud, les Gensonné, et d'autres agents hypocrites de la même coalition. » 11 énumère longuement les calomnies répandues contre Paris pour exciter la jalousie et la défiance des autres parties de la république; les éternelles déclamations contre la justice révolutionnaire qui immola lesMontmorin, les Senart et d'autres conspirateurs; les retards apportés au procès du tyran; les manœuvres employées durant le cours de cette affaire; les efforts pour sauver Louis XVI ; les trahisons des généraux ; leurs intelligences avec Dumouriez qui vient enfin de lever le masque. Tel était le coupable secret de la conspiration tramée depuis longtemps contre notre liberté. Le chef de la faction Ta dévoilé au moment où il croyait pouvoir l'exécuter avec succès* En effet, tout semblait disposé pour la favoriser. Les amis et les complices deDumouriez, membres du comité de défense générale, connaissaient sans doute ces secrets mieux que personne; mais ils comptaient sur le succès de sa cri-
minelle entremise. « Je demande, termine Robespierre, que les individus de la famille d'Orléans, dite Égalité, soient traduits devant le tribunal révolutionnaire, ainsi que Sillery, sa femme, Valence, et tous les hommes spécialement attachés à cette maison; que ce tribunal soit également chargé d'instruire le procès de tous les autres complices de Dumouriez. Oserai-je nommer ici des patriotes tels que Brissot, Vergniaud, Gensonné, Guadet? »
Séance du 11 avril. — Robespierre réclame la mise en liberté des prisonniers pour dettes, en exécution du décret qui abolit « l'usage inhumain de la contrainte par corps. »
Séance du 13 avril. — À propos delà proclamation de Cobourg, il demande la mise hors la loi de quiconque proposerait de transiger avec l'ennemi, — et la mise à prix de la tête de l'ancien ministre de la guerre, Beurnonville, complice de Dumouriez. 11 justiûe Marat, « dont il n'a point partagé les erreurs qu'on travestit ici en crimes, mais qu'il regarde comme un bon citoyen, zélé défenseur de la cause du peuple 1 . »
Séanee du 24 avril. — Discours sur la propriété, suivi d'un projet complet de déclaration des droits de l'hommo et du citoyen.
Séance du 6 mai. — Robespierre invite la Convention à appuyer de toute sa force les autorités constituées de Paris : « En vain, dit-il, on forme des complots contre la république, contre la liberté : la liberté, la république triompheront de tous les complots. »
Séance du 8 mai. — Il demande l'arrestation de tous les suspects et l'armement général de tous les citoyens pour repousser les ennemis de la liberté. — Dans la même séance, il prend de nouveau la parole pour dénoncer les agitations contre-révolutionnaires. Il accuse l'Assemblée de protéger
i, Marat fat triomphalement acquitté le 21 avril par le Iribuna révo lu tion n ai re.
à Paris les complices des rebelles, et il fait retomber sur elle la responsabilité « de ce funeste système qui tend à organiser la guerre civile. »
Séance du 10 mai. — Discours sur la constitution. — Le 18 mai, la Convention crée une commission des douaepour contre-balancer le pouvoir de la Commune. C'était un défi. Robespierre y répond le 26 mai, aux Jacobins, par un appel à l'insurrection : « Je vous disais que le peuple doit se reposer sur sa force; mais, quand le peuple est opprimé, quand il ne lui reste plus que lui-même, celui-là serait un Jàcbe qui ne lui dirait pas de se lever! C'est quand toutes Jes lois sont violées, c'est quand le despotisme est à son comble, c'est quand on foule aux pieds la bonne foi et la w pudeur, que le peuple doit s'insurger! Ce moment est arrivé: nos ennemis oppriment ouvertement les patriotes; ils veulent, au nom de la loi, replonger le peuple dans la misère et dans l'esclavage. Je ne serai jamais l'ami de ces hommes corrompus, quelques trésors qu'ils m'offrent. J'aime mieux mourir avec les républicains que de triompher avec ces scélérats. (Applaudi.) — J'exhorte chaque citoyen àconserver le sentiment de ses droits; je l'invite à compter sur sa force et sur celle de toute la nation ; j'invite le peuple à se mettre, dans la Convention nationale, en insurrection contre tous les députés corrompus. (Applaudi.) Je déclare qu'ayant reçu du peuple le droit de défendre ses droits, je regarde comme mon oppresseur celui qui m'interrompt ou qui me refuse la parole, et je déclare que, moi seul, je me mets en insurrection contre le président et contre tous les membres qui siègent dans la Convention. (Applaudi.) » Toute la société se lève et se déclare en insurrection contre les députés corrompus.
Le 28 mai, Robespierre prend la parole à la Convention : « Je réclame votre attention et votre indulgence, parce que ]e suis dans l'impossibilité physique de dire tout ce que m'inspire ma sensibilité pour les dangers de la patrie,
indignement trahie. » Il ne dit que quelques mots pour dteï un passage d'un discours prononcé par Brissot, le 25 juillet ùernier, à la tribune de l'Assemblée législative: « Les royalistes, continue-t-il, ne cessent de conspirer avec les ennemis intérieurs et extérieurs de la république. Voilà la déclaration que je voulais faire avant de voir la faction détestable consommer la ruine de la patrie, si toutefois la patrie pouvait périr sous les coups des plus vils mortels. Maintenant, je laisse ces hommes criminels finir leur odieuse carrière. Je leur abandonne cette tribune ; qu'ils viennent y distiller leur poisons; qu'ils viennent y secouer les brandons de la guerre civile; qu'ils entretiennent des correspondances avec les ennemis de la patrie ; qu'ils finissent leur carrière : la nation les jugera. Que ce qu'il y a de plus lâche, de plus vil et de plus impur sur la terre triomphe et ramène à l'esclavage une nation de vingt-cinq raillions d'hommes qui voulaient être libres! Je regrette que la faiblesse de mes organes ne me permette pas de développer toutes leurs trames. C'est aux républicains à les repltfnger dans l'abîme de la honte. »
Il reprend la parole dans la séance du 31 mai : il demande la suppression de la commission des douze; il dit que ce ne sont pas des mesures insignifiantes qui peuvent sauver la patrie; il s'étend longuement sur les dangers qui menacent la république... a Concluez donc,» lui crie Vergniaud? — « Oui, je vais conclure, et contre vous! contre vous qui, après la révolution du 40 août, avez voulu conduire à ^échafaud ceux qui l'ont faite! contre vous, qui n'avez cessé de provoquer la destruction de Paris! contre vous, ^ui avez voulu sauver le tyran! contre vous, qui avez conspiré avec Dumouriez! contre vous, qui avez poursuivi avec acharnement les mômes patriotes dont Dumouriez demandait la tête ! contre vous, dont les vengeances criminelles ont provoqué ces mêmes cris d'indignation dont vous voulez faire un crime à ceux qui sont vos victimes! Eh
Éieh'f ina- cctociusiôttj - cTest le décret d'accusation contre tous les complices de Dumouriez et contre tous ceux qui ont été désignés par les pétitionnaires. »
Séance du S juin. — A la suite de l'événement du 31 mai, Barrère, au nom du comité de salut public, proposait une série de mesures ayant pour objet: de garantir la justice et la liberté dans le procès des Girondins ; la suppression de tous les comités révolutionnaires pour ramener tous les pouvoirs à la Convention ; le rétablissement de la liberté de la presse : « En vain, dirait-on qu'il est quelques journaux qui se sont plus ou moins écartés du but utile que doit se proposer tout homme qui écrit pour ses concitoyens; la vérité jaillit de la diversité et du choc des opinions, et d'ailleurs, citoyens, que penseriez-vous d'une liberté qui dépendrait de quelques journaux? Que devient la liberté de la presse ? que devient le droit d'écrire et d'imprimer son opinion, si L'imprimé ne peut se distribuer ou se vendre? La police du despotisme usait de ces petits moyens; voudrions-nous imiter les tyrans, nous qui les combattons? Il faut briser ces misérables entraves données à la presse et aux journaux, ce n'est pas avec des entraves et des contraintes que Ton défend la cause de la liberté. C'est avec du courage et de bonnes lois que les calomnies ou les erreurs des journalistes sont sans effet. » Barrère proposait encore qu'il soit envoyé aux départements dont les députés étaient détenus, un nombre égal d'ôtages pris dans le sein de la Convention. C'était le moyen de rendre toute la nation solidaire du mouvement de Paris. « Hommes de la Montagne, s'écriait Barrère, vous ne vous êtes pas placés sans doute sur ce point élevé pour vous élever au-dessus de la vérité. — Quelques persuadés que vous soyez que la France, juge unique et souveraine de cette grande cause, ne désavouera pas votre jugement, vous n'en devez pas moins, pour vous-mêmes et pour le salut de la patrie, prendre cette mesure. Elle est juste, elle est donc néces-
saire ; elle a de la grandeur, elle doit donc vous plaire. Cette mesure est généreuse, elle est propre à toucher une nation qui peut se croire outragée, mais qui est magnanime. Députés, citoyens, hommes, votre Comité de salut public ne découvre pas d'autre moyen de sauver la France... • Chaque ôtage que vous enverrez à un département prêt à s'indigner et à se diviser, est une chaîne sacrée par laquelle vous le retenez lié à Paris et à toute la France. » Cette proposition, appuyée par Danton, fut d'abord accueillie avec enthousiasme. Couthon, un des membres qui avaient motivé le décret d'arrestation, se présenta pour aller à Bordeaux. Mais Robespierre repoussa ce projet comme « de nature à réveiller de dangereuses impressions, à troubler la tranquillité qui désormais doit régner dans cette assemblée et dans toute la république. » La France était asservie aux manœuvres des aristocrates, il ne fallait pas désarmer la révolution. — « Est-ce dans le moment où vous n'avez pas assez de vertu, de sagesse et d'énergie, pour dompter tous les enuemis extérieurs et intérieurs de la liberté, que vous devez chercher à comprimer le zèle, l'effervescence même du patriotisme ? Est-ce dans le moment où les traîtres s'agitent de toutes parts, que vous devez supprimer les comités de surveillance, les comités révolutionnaires que le peuple, fatigué de trahisons, a choisi pour déjouer les complots, et opposer une force active aux efforts de l'aristocratie? » Quant au point relatif à de prétendus ôtages : « Je ne crois pas, dit-il, que cette idée mérite une discussion. »
Séance du 13 juin. — Il fait approuver la conduite de la Commune de Paris, dans l'affaire du 31 mai.
Séance du 16 juin. — 11 demande que l'on prenne des mesures énergiques contre les conspirateurs girondins : « Jusqu'à ce que cette faction soit écrasée, anéantie, nul homme ne pourra être impunément vertueux. Sortez de la léthargie où vous êtes, écrasons tous nos ennemis... Je demande que vous fassiez une adresse au peuple, où tous
les faits qui démontrent la conspiration seront dévoilés; une autre adresse sur les dangers de la patrie, et que le comité de salut public prenne les mesures les plus sévères pour arrêter ces journalistes infidèles qui sont les plus dangereux ennemis de la liberté. »
Séance du 14 juin. — La discussion de la Constitution vient faire trêve un instant à ces agitations passionnées. Robespierre prend la parole contre un article, portant que les assemblées primaires pourraient se former extraordinairement par la réunion de la majorité plus un des membres qui la composent : « L'article soumis à la délibération est si vague, qu'il détruit toute espèce de gouvernement, il établit une espèce de démocratie qui renverse les droits du peuple. En effet, ces assemblées n'ayant pas un objet déterminé, elles pourront faire tout ce qu'elles voudront, et par là vous créez la démocratie pure, une démocratie qui ne sera point tempérée par des lois sages qui peuvent la rendre stable. D'ailleurs, combien de temps durera l'assemblée? Cela n'est point déterminé, les intrigants, les riches prolongeront les assemblées; le pauvre se retirera pour aller travailler, parce qu'il n'a que son travail pour vivre. Les premiers feront tout ce que bon leur semblera.» Il appuie la formation de corps électoraux pour nommer le conseil exécutif, les conseils administratifs et judiciaires, au lieu de les faire élire directement par le peuple : « Je vous prie de remarquer combien il est essentiel à la liberté qu'il ne s'établisse pas une rivalité dangereuse entre le conseil exécutif et le corps législatif, ce qui ne manquerait pas d'arriver, si les pouvoirs du conseil lui venaient immédiatement du peuple comme ceux du corps législatif, car, les tenant de même source, il pourrait se croire égal en puissance, et augmenter encore son ascendant de toute la force dont il est, par sa nature, environné pour l'exécution. »
Séance du 15 juin. — IL trouve trop absolue ladéclara-
tion constitutionnelle « que les représentant*» ne pourront être recherchés, accusés, ni jugés en aucun temps pour les opinions énoncées dans le corps législatif. * Il voudrait que Ton examinât les moyens de les rendre justiciables directement de leurs mandants à la fin de chaque législature.
Séance du 16 juin. — Il fait substituer cette formule, en téte des décrets des actes publics : Au nom du peuple français, au lieu de : Au nom de la République française.— « Le mot de république caractérise le gouvernement ; le peuple caractérise le souverain. » Il développe de nouveau les idées sur la souveraineté qu'il avait déjà émises à l'Assemblée constituante: «J'observe que le mot de représentant ne peut être appliqué à aucun mandataire du peuple, parce que la volonté ne peut se représenter. Les membres de la législature sont les mandataires à qui le peuple a donné la première puissance ; mais, dans le vrai sens, on ne peut pas dire qu'ils le représentent... La législature fait des lois et des décrets; les lois n'ont le caractère de lois que lorsque le peuple les a formellement acceptées. Jusqu'à ce moment elles n'étaient que des projets ; alors elles sont l'expression de la volonté du peuple. Les décrets ne sont exécutés, avant d'être soumis à la ratification du peuple, que parce qu'il est censé les approuver; il ne réclame pas, son silence est pris pour une approbation. Il est impossible qu'un gouvernement ait d'autre principe. Le consentement est exprimé ou tacite; mais, dans aucun cas, la volonté souveraine ne se représente, elle est résumée, le mandataire ne peut être représentant; c'est un abus de mots, et déjà en France on commence à revenir de cette erreur. »
Séance du 17 juin. — Ducos ayant exprimé l'opinion qu'il était de stricte justice que l'homme qui ne jouit que de l'absolu nécessaire ne paie aucune contribution, Robespierre s'élève contre cette idée : « J'ai partagé un moment l'erreur de Ducos; je crois même l'avoir écrite quelque
part, mais j'en reviens aux principes et je suis éclairé par le bon sens du peuple, qui sent que l'espèce de faveur qu'on lui présente n'est qu'une injure. En effet, si vous décrétez, surtout constitutionnellement, que la misère excepte de l'honorable obligation de contribuer aux besoins de la patrie, vous décrétez l'avilissement de la partie la plus pure de la nation; vous décrétez l'aristocratie des richesses, et bientôt vous verriez ces nouveaux aristocrates, dominant dans les législatures, avoir l'odieux machiavélisme de conclure que ceux qui ne paient point les charges ne doivent point partager les bienfaits du gouvernement; il s'établirait une classe de prolétaires, une classe d'ilotes, et l'égalité et la liberté périraient pour jamais. N'ôtez point aux citoyens ce qui est le plus salutaire, la satisfaction de présenter à la république le denier de la veuve... Ce qu'il y a de populaire, ce qu'il y a de juste, c'est le principe consacré dans la déclaration des droits, que la société doit le nécessaire à tous ceux de ses membres qui ne peuvent se le procurer parle travail. Je demande que ce principe soit inséré dans la Constitution, que le pauvre, qui doit une obole pour sa contribution, la reçoive de la patrie pour la reverser dans le trésor public. »
Séance du 17 juin. — Robespierre revendique l'indépendance des fonctionnaires vis-à-vis du conseil exécutif et il s'oppose à l'arbitrage forcé. Il préfère, dans tous les cas, les juges nommés par le peuple aux arbitres choisis par les r parties.
Séance du ibjuin. — Il s'oppose à un sursisde trois jours démandé par Bazire au nom du comité de sûreté générale, pour deux condamnés à mort dans l'affaire de Bretagne, qui demandent à déclarer des faits importants : « C'est cette faiblesse liberticide qui toujours a été la cause de nos malheurs... Si vous voulez maintenir la liberté, soyez nexorables pour les conspirateurs. » On reprend la suite de la discussion sur la Constitution. Il ne veut pas que le
eorp3 législatif puisse siéger en même temps que la Convention : « Un peuple qui a deux espèces de représentations cesse d'être un peuple unique. Une double représentation est le germe du fédéralisme et de la guerre civile. » 11 ne veut pas non plus qu'on fixe la durée des convention? nationales : «Fixer par la Constitution un terme à la représentation nationale qui vient créer une constitution nouvelle, c'est oublier tous les principes de la souveraineté de peuple... Si cependant une convention prolongeait son autorité au-delà du terme que lui prescrirait l'intérêt public, alors la nation fatiguée la forcerait bien d'abandonner ses fonctions. »
Mercier s'oppose à l'art. 4 du chap. xxv ainsi conçu : « Le peuple français ne fait point la paix avec un ennemi qui occupe son territoire. » « Avez-vous fait, dit-il, un traité avec la victoire. » — « Nous en avons fait un avec la mort, » répliqua Bazire. Robespierre prend la parole pour appuyer Bazire. « Je n aurais jamais cru, dit-il, qu'un représentant du peuple français ôsât professer ici une maxime d'esclavage et de lâcheté.»— Fonfrède demande que dans la garantie des droits soit consacrée expressément la liberté des cultes. Robespierre s'v oppose : « Je crains que les conspirateurs ne tirent de l'article constitutionnel qui consacrera la liberté des cultes le moyen d'anéantir la liberté publique; je crois que les hommes qui voudront former des associations contre-révolutionnaires ne les déguisent sous, des formes religieuses. » Il demande l'ordre du jour, « motivé sur ce que le principe de ia liberté des opinions est consacré à la déclaration des droits. » Fonfrède appuie lui- * môme l'ordre du jour ainsi motivé. *
Séance du 19 luin. — Il n'était pas fait mention du jury dans la Constitution. Cambacérès réclama l'institution de» jurés au civil. Robespierre observe que la différence est moins dans le principe que dans les détails. « Faites attention que si l'institution des jurés nous a paru si intéressante
autrefois, ce fut moins par sa nature que par la position dans laquelle nous étions... Mais raisonnons daifs l'état où nous sommes aujourd'hui. Si vos jurés ne sont pas nommés par le peuple, ils valent moins que les juges actuels ; s'ils le sont, Pinstitution n'a d'autre avantage que de multiplier les juges, d'en donner pour le fait et pour le droit... w La question se réduit donc à ce point simple : Est-il avantageux de donner aux citoyens des juges pour le fait et des juges pour le droit, ou de faire prononcer par une seule espèce de juges sur tous leurs différends. » C'est à ce dernier parti que s'arrêta la Convention, en instituant des arbitres publics élus par les assemblées électorales.
Séance du 21 juin. — 11 repousse le projet d'organisation de l'emprunt forcé présenté par Mallarmé, et demande le renvoi au comité afin qu'il présente un projet plus sage pour concilier les besoins des finances avec ce qui est dû à la tranquilité publique.
Séance du 22 juin. — Un membre demandait que le titre de la déclaration des droits fût ainsi fixé : Déclaration des droits et des devoirs du peuple. — Robespierre rappelle que l'Assemblée constituante à soutenu un combat pendant trois jours contre le clergé pour qu'on n'insérât pas dans la déclaration le mot devoir, a Vous devez simplement poser es principes généraux des droits du peuple, d'où dérivent naturellement ses devoirs. » Le côté droit s'était abstenu de prendre part à la délibération qui consacre la déclaration des droits : « Ce procédé de quelques individus, dit Robespierre, m'a paru si extraordinaire, que je ne puis croire qu'ils adoptent des principes contraires à ceux que nous consacrons, et j'aime à me persuader que, s'ils ne se sont point levés avec nous, c'est plutôt parce «u'ils sont paralytiques que mauvais citoyens. »
Séance du Wjuin. — Ducos demande qu'a van: de traduire en jugement les membres détenus, comme le réclamait Âmar, on présente à la convention le rapport sur les
)gle
faits qui leur sont reprochés. — Quoi î s'écrie Robespierre, il existe ettcore des hommes qui feignent d'ignorer, do douter des faits que la France entière connaît... On a dit qu'on demandait un rapport pour vous-mêmes! Quoi! Ton met en parallèle la Convention nationale et une poignée de conspirateurs! {Applaudissements des tribunes et d'une partie de la salle. De violents murmures se font entendre dans la partie droite.) — Legendre : Je demande que le premier rebelle, le premier de ces révoltés, {en désignant la partie droite) qui interrompra l'orateur, soit envoyé à l'Abbaye. —Robespierre continue son discours sur le môme ton en flétrissant les Girondins et « leurs complices qui siègent encore dans l'Assemblée. » Fonfrède ayant demandé que le lieu de la détention des députés soit positivement désigné dans le décret, est interrompu par plusieurs cris : A l'Abbaye!
Séance du 25 juin. — Jacques Roux se présente à la barre, à la tête d'une dépulation de la section des Gravilliers, et se plaint que l'Assemblée n'ait pas assez fait pour le peuple et pour l'égalité, et n'ait pas pris de mesures notamment pour l'extirpation de l'agiotage et de l'accaparement : « Nous vous déclarons que vous n'avez pas tout fait, dit l'orateur. Vous qui habitez la Montagne, dignes sans culottes, resterez vous toujours immobiles sur le sommet de ce rocher immortel. » Robespierre dénonce l'intention perfide de l'orateur : « 11 veut jeter sur les patriotes une teinte de modérantisme qui leur fasse perdre la confiance du peuple. » Legendre demande que « cet homme soit chassé. » Cette proposition est adoptée.
Robespierre demande ensuite que le décret qui ordonne que le lendemain on lira le rapport sur les détenus, soie rapporté : « 11 me semble que nous nous occupons beaucoup trop de ces misérables individus. »
Séance du 1 juillet. — 11 s'élève contre les bruits, répandus par la malveillance, de l'évasion de Louis XVII, et il y
voit une * nouvelle intrigue de ces lâches conspirateurs qui depuis plusieurs mois s'efforcent dégorger la liberté avec le poignard de la calomnie. »
Séance du 9 juillet. — Le ministre de l'intérieur propose à la Convention de prendre occasion de l'enthousiasme avec lequel tous les départements acceptent la constitution, pour amnistier les administrateurs rebelles qui abjureraient leurs erreurs et se rallieraient à la majorité de la nation qui veut la république une et indivisible. — Robespierre demande qu'il ne soit donné aucune suite à cette proposition : « Loin de nous des idées de faiblesse au moment où la liberté triomphe, et où la république commence à s'asseoir. »
Séance du 13 juillet. — Robespierre donne lecture à la Convention de l'ouvrage posthume de Michel Lepelietier sur l'éducation, afin de prouver, dit-il, « que les implacables ennemis des rois que la tyrannie peint si farouches et si sanguinaires ne sont que les plus tendres amis de l'humanité. »
Séance du 2i juillet. — Le Comité de constitution propose le mode d'exécution du décret qui ordonne la déportation des prêtres réfractaires à la Guyane. A cette occasion Danton est d'avis qu'on pourrait ce contenter de les expulser du territoire, avec défense d'y rentrer sous peine de mort. Lacroix propose de les tenir jusqu'à la paix enfermés dans des châteaux forts. — Robespierre repousse ces adoucissements : « La Convention nationale a rendu un décret sage pour éloigner du soi français la peste contagieuse des prêtres fanatiques; et c'est aujourd'hui qu'on lui propose delà rapprocher de nous ! »
Séance du 2 août. — Il prend la parole pour appuyer Jba mise en accusation de Carra. Le grand crime de Carra que développe Robespierre était d'avoir en 1792 conçu l'idée de placer sur le trône français un prince d'Angleterre. On lui reprochait aussi un article où il Aurait fait l'éloge de
Brunswick. — Carra interrompt Robespierre pour expliquer cet article qui est faussement interprété. — « Ce n'est point aux conspirateurs, dit Robespierre, à interrompre /e défenseur de la liberté. (Vifs applaudissements.) »— Robespierre continue son accusation qu'il termine par l'apostrophe suivante : « Carra, vas devant ce tribunal redoutable aux assassins de leur pays (le tribunal révolutionnaire,) vas sophistiquer, vas commenter, vas mentir avec impudence ; et nous, citoyens, il en est temps encore, sauvons la patrie {Vifs applaudissements.) Guyomard et Pons de Verdun demandent vainement que Carra soit entendu, — a Le décret d'accusation est assez justifié, » dit Robespierre ; et la mise en accusation est décrétée par la Convention.
Séance du 8 août. — La veuve Marat vient à la barre de la Convention, demander justice a des attentats nouveaux contre la mémoire du plus intrépide et du plus outragé des défenseurs du peuple; « elle dénonce en particulier la spéculation mercenaire de Jacques Roux et de Leclerc, qui trompent le peuple, en prétendant continuer la publication du journal de Marat. — Robespierre appuie cette pétition : a La mémoire de Marat doit être défendue parla Convention et par tous les patriotes. »
Séance du 12 août. — Robespierre réclame des mesures énergiques de salut public : a Nous avons trop facilement cru que le génie du peuple suffisait pour rompre les entraves de la trahison. Nous avons été trop indulgents envers les traîtres... Comment déjouer les conspirateurs, s'ils sont sûrs de l'impunité, et s'il faut des mois entiers pour prononcer leur condamnation? Que la tête de Custine tombant sous le glaive de la loi soit le garant de la victoire ! Que le glaive de la loi r planant avec une rapidité terrible sur la tête des conspirateurs, frappe de terreur^leurs complices! Que le peuple lève enfin sa tête triomphante, et les tyrans ne seront plus! Il faut donc stimuler le zèle du tribunal révolutionnaire; il faut lui ordonner de juger les cou-
pables qui lui sont dénoncés vingt-quatre heures après la remise des preuves; il faut plus, c'est de multiplier son action... Que ces grands exemples anéantissent les séditions par, la terreur qu'ils inspireront à tous les ennemis de la patrie »
1. Ce discours de Robespierre, tel qu'il est reproduit au Moniteur, n'est qu'un écho affaibli des discours qu'il prononça aux Jacobins vers la même époque et notamment les il et 25 août. « Il faut, disait-il dans la séance du II août, il faut que le peuple, ranimant son énergie au souvenir de Lacédémone et d'Athènes, jure de s'ensevelir sous les ruines de la république, si elle courait le danger d'être anéantie. Si le peuple entier ne se ranime à l'aspect de nos malheurs; si un citoyen ne se lève pas parmi nous, ne sort pas des rangs pour se consacrer au salut de la patrie par la chute de ses oppresseurs, c'en est fait de la liberté, elle ne survivra pas à notre courage. Il faut aussi que les journalistes, qui sont évidemment les complices de Londres et <le Berlin; ces hommes stipendiés par nos ennemis, qui cachent l'art d'épouvanter le peuple sous l'air de soigner ses intérêts avec plus de zèle; qui trouvent le moyen, par de prétendues vérités, de porter dans son sein, la défiance, la terreur et la consternation ; il faut, dis-je, que ces hommes soient punis : il faut qu'on les enchaîne. Qu'ils le soient aussi, ces conspirateurs qui voient avec une horrible satisfaction arriver le moment où le peuple, obligé de se répandre sur une grande surface, leur permettra de se réunir et de conspirer ouvertement ! Que pas un d'eux n'échappe, et si les patriotes doivent marcher tous, que les aristocrates soient tenus dans les chaînes. Il est une classe d'hommes d'autant plus dangereuse, qu'ils sollicitent la pitié. Il faut enfermer cette foule de gens qui parcourent les rues de la ville, offrant partout l'image de la famine, de l'indigence et de l'aristocratie; car ces hommes sont payés pour séduire le peuple et le rendre dupe de sa crédulité et de sa compassion. » Dans un discours du 2o août il dénonce particulièrement les lenteurs perfides et calculées du tribunal révolutionnaire, t les formes avocatoires dont U s est entortillé : » « i\ ne faut pas qu'un tribunal établi pour faire marcher la révolution la fasse rétrograder par sa lenteur criminelle ; il faut qu'il soit actif autant que le crime ; il faut qu'il soit toujours au niveau des délits. Il faut que ce tribunal soit composé de dix per-
Séance du 13 août. — Il appuie le plan de Lepelletier, . gui joint à l'instruction, l'éducation républicaine, et qui charge la République non-seulement d'instruire mais à la fois de nourrir les enfants des citoyens pauvres.
Séance du 2 h août. — Il est élu président de la Convention nationale.
Séance du 29 août. — Billaud-Varennes demande la création d'une commission chargée de surveiller le pouvoir exécutif dans l'exécution des lois. — Robespierre repousse vivement cette proposition : « Citoyens, je dois le dire avec franchise, ce n'est pas d'aujourd'hui que je m'aperçois qu'il existe un système perfide de paralyser le Comité de salut public en paraissant l'aider dans ses travaux, et qu'on cherche à avilir le pouvoir exécutif, afin qu'on puisse dire qu'il n'y a plus en France d'autorité capable de manier les rênes du gouvernement. »
Séance du 17 septembre. — Par un décret du 9 septembre la Convention avait décidé qu'il n'y aurait désormais dans les sections de Paris que deux séances par semaine et avait alloué aux citoyens indigents une indemnité de 40 sous par séance. Varlet, à la tête d'une députation des commissaires des sections de Paris, vint protester à la barre de la Convention contre ce décret. Il rappelait que la Convention elle-même, dans un autre temps, avait reconnu qu'on ne pouvait supprimer la permanence des sections, sans attenter aux droits du peuple souverain. Mais il protestait surtout contre l'indemnité de 40 sous, qui rétablit une ligne de
tonnes qui s'occupent seulement à rechercher le délit et à appliquer la peine ; il est inutile d'accumuler des jurés et des juges, puisqu'il n'existe qu'une seule sorte de délit à ce tribunal, ce*îui de haute trahison, et qu'il n'y a qu'une seule peine, qui est la mort ; il est ridicule que des hommes soient occupés à chercher la peine qu'il faut appliquer à tel délit, puisqu'U n'en est qu'une, et qu'elle est applicable ipso facto. »
démarcation entre les citoyens. « Ah! vous avez bien peu connu cette classe estimable du peuple, elle rejette vos offres, elle veut rester dans ses sections citoyens volontair res... Ce décret déshonore le peuple de Paris, et le voue au mépris et à l'indignation de tous les peuples libres. » — Robespierre s'élève avec beaucoup de vivacité contre les pétitionnaires; il dit, que le peuple n'a pas dicté cette pétition, qu'il a accueilli avec reconnaissance au contraire le décret de l'Assemblée. « C'est pour anéantir les droits du* peuple que quelques intrigants ont l'air de réclamer pour lui una étendue illimitée. » La permanence des sections n'a d'autre effet que de les livrer aux riches, aux intrigants v aux mu&cadins. Ce n'étaient pas les citoyens vivant du produit de leur travail, qui pouvaient sacrifier leur temps pour assister aux assemblées 1 . Quant à l'indemnité, l'assimilant à celle qui est accordée aux représentants du peuple, il prétend qu'elle est au contraire honorable, et que c'est l'aristocratie seule qui peut s'élever contre elle. Il demande l'ordre' du jour sur la pétition: « au nom de l'honorable indigence, de la vertu laborieuse,, et des droits sacrés de l'homme. »
Séance du 25 septembre. — Il se plaint de l'opposition dont le Comité de salut public est l'objet dan* le sein de la Convention : « Il n'y a que la plus extrême ignorance ou la plus profonde perversité qui puisse prétendre que, dans de pareilles circonstances, on ne soit pas uu ennemi de la pa-
i. Il faut observer que Robespierre en d'autres circonstances s'était prononcé d'une manière toute différente sur la permanence des sections, et avait défendu les mômes argnments mis en avant par les pétitionnaires. Il s'était opposé à la dissolution des sections, réclamée par Barère au nom du Comité du salut public, après le 31 mai, et c'était à propos d'une opinion semblable, émise- à l'Assemblé© constituante, que Mirabeau lui avait reproché. • de prendre l'exaltation des principes pour le sublime des principes. »