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trie, alors qu'on se fait un jeu cruel d'avilir ceux qui tiennent le timon des affaires, d'entraver leurs opérations, iîe calomnier leur conduite... Je le déclare, il est impossible que dans cet état de choses, le Comité puisse sauver la chose publique, et si on= me le conteste, je rappellerai combien est perfide, combien est étendu le système de nous avilir et d<* nous dissoudre, combien les étrangers et les ennemis de l'intérieur ont d'agents payés à cet effet; je rappellerai que la faction n'est point morte, qu'elle conspire du fond de ses cachots, que les serpents du Marais ne sont point encore écrasés. (On applaudit)... a Je prends l'engagement, dit-il en terminant, de ne jamais décrier les patriotes, mais je ne comprends pas parmi le3 patriotes, ceux qui n'en ont que le masque, et je dévoilerai la conduite "de deux ou trois traîtres qui sont ici les artisans de la discorde et de la dissension. Je pense donc que la patrie est perdue, si le gouvernement ne jouit d'une confiance illimitée, et s'il n'est composé d'hommes qui la méritent. »
Séance du 3 octobre. — Sur le rapport d'Amar, la Convention décrète la mise en accusation de Ducos, de Fonfrôde, d'Isnard, de Vigée, de Richon et autres dont l'affaire est jointe à celle des Girondins. Le décret d'accusation est rendu sans qu'il soit possible à aucun des membres décrétés de se justifier. Toutes leurs tentatives sont interrompues par ces mots : « Vous répondrez au tribunal. » — Robespierre prend la parole : « Le décret qui vient d'être rendu honore à jamais ia Convention et fera passer le nom de ses membres à la postérité ; ce n'est plus un tyran dont elle était ennemie naturelle qu'elle a frappé, ce sont plusieurs de ses membres qui, lâchement perfides, ont fait tourner contre le peuple les armes qu'il leur avait confiées pour # sa défense. * Mais, poursuit Robespierre, la Convention ne doit pas chercher à multiplier les coupables; il doit lui suffire d'avoir atteint les chefs de la faction ; la punition des chefs épouvantera les traîtres et sauvera la patrie. Il re-
pousse donc la proposition d'Osselin qui voulait que Ton mit en accusation tous ceux qui avaient signé des protestations contre le 31 mai; plusieurs, dit-il, ont été égarés, il en est d'autres dont les signatures ont été surprises. Il demande donc que la Convention laisse les choses dans l'état où elles sont jusqu'après le rapport de son comité; « et, ajoute-t-il, s'il se trouve encore de nouveaux coupables, on verra alors si je ne serai pas le premier à appeler sur leurs tôles toute la vengeance des lois *. »
Séance du 9 octobre. — Il demande que la Convention ordonne l'arrestation de tous les Anglais et la saisie provisoire de leurs propriétés : « Citoyens, lorsque cette mesure vous a été proposée il y a six semaines, on vous a dit : Nous ne sommes pas en guerre avec le peuple anglais, mais bien avec son gouvernement. Ce discours m'a fait frémir, car on eût dit qu'on voulait favoriser les marchands anglais, au moment où il faut asseoir sur leurs ruines la prospérité de la République française. » La proposition de Robespierre est adoptée au milieu des applaudissements 2 .
Séance du 16 octobre. — Saint-Just présente, au nom du
4. Peu de jours auparavant, le 28 septembre, Robespierre avait renouvelé aux Jacobins ses plaintes sur la lenteur du tribunal révolutionnaire : « On laisse en arrière tous les moyens d'attérer les ennemis du peuple, de toutes parts on les voit relever une tête insolente et se promettre le succès. Les patriotes dorment, les sans-culottes sont engourdis ; la hache nationale repose, et les traitres respirent pour le malheur du peuple et la ruine de la nation. Le tribunal actuelle nient en exercice semble encourager les coupables par son inertie et son inactivité. Aujourd'hui ils n'ont pas tenu séance, et les conspirateurs ont dormi tranquilles et ont pu se promettre l'impunité*. »
2. A ce sujet M. Léonard Gallois, l'éditeur de la Réimpression de Vancien Moniteur, observe que sous le consulat, et après la rupture du traité d'Amiens, une mesure semblable fut prise par le gouvernement français, en représailles de la capture des navires français pris en pleine paix : « Personne, si ce n'est les individus intéresséi et
Comité de salut public, une loi qui étend ù. tous les étrangers avec les gouvernements desquels la République est en guerre les mesures prises contre les Anglais. — Chabot observe qu'il serait trop dur d'atteindre de vrais amis de la liberté qui sont venus en France pour se soustraire au despotisme, et i'i demande qu'il soit nommé un tribunal pour examiner la conduite de tous les étrangers depuis qu'ils sont en France, leurs principes et leurs fortunes, afin que ceux qui sont vraiment patriotes ne soient pas confondus avec les coupables. Robespierre demande la question préalable sur toute exception : « La mesure est rigoureuse, elle pourra atteindre quelques philosophes amis de l'humanité; mais cette espèce est si rare, que le nombre des victimes ne sera pas grand. D'ailleurs, cette espèce est si généreuse et si magnanime, qu'elle ne s'aigrira pas contre les mesures qui doivent assurer la prospérité de la France, le bonheur du genre humain et de la terre même qui leur a donné le jour, et où la tyrannie domine encore. »
Séance du 24 octobre. — Il demande le rapport du décret qui enjoint de publier les motifs des arrestations : « Sans doute, il faut protéger la liberté individuelle, mais s'ensuitil qu'il faille, par des formes subtiles, laisser périr la liberté publique? S'ensuit-il qu'il faille faire autant de procédures par écrit qu'il y aura de personnes arrêtées? Le décret qu'on vous a fait rendre, n'eût-il pour objet que d'ordonner aux comités révolutionnaires de dresser des procès-verbaux en forme, eût dû porter, comme il Ta fait, le découragement chez tous les citoyens généreux qui avaient le courage de s'exposer à toutes les fureurs de l'aristocratie. Ces hommes simples et vertueux, qui ne connaissent pas les subtilités de la chicane, voyant opposer à leurs travaux cette astuce contre-révolutionnaire, ont laissé ralentir leur zèle. Quel est
le ministère anglais, ne blâma cet acte sévère, mais provoqué par l'Angleterre. 9
donc, en effet, le citoyen étranger à l'intrigue, dépourvu de toutes les ressources que donne aux ennemis de la liberté une éducation plus soignée, qui pourrait lutter avec avantage contre ces ennemis, s'il faut qu'il réponde par la chicane à ceux qu'il a fait arrêter? Lorsque la notoriété publique accuse un citoyen de crimes dont il n'existe point de preuves écrites, mais dont la preuve et dans le cœur de tous les citoyens indignés, ne va-t-on pas rentrer dans Tordre judiciaire avec le premier décret? N'anéantit-on pas totalement la sagesse des mesures révolutionnaires?... 11 n'est pas temps de paralyser l'énergie nationale; il n'est pas temps d'affaiblir les grands principes. Généreux représentants du peuple, vous avez, par la constance de vos efforts, gravi au sommet du rocher de la liberté; gardez-vous de faiblir, car il retomberait sur vous en éclats, et vous précipiterait au fond de l'impur marais. Soyez doux, humains pour l'innocence et le patriotisme ; mais soyez inflexibles pour les ennemis de la patrie. » Le décret est rapporté
Séance du 29 octobre (8 bmmaire). — Robespierre provoque un décret pour rendre la procédure du tribunal révolutionnaire plus rapide : « Je propose de décréter qu'après trois jours de débats, le président du tribunal demandera aux jurés si leur conscience est assez éclairée; s'ils répondent négativement, l'instruction du procès sera continuée
1. On pourra juger de la susceptibilité de Robespierre parce fait: La société de Montbard fut dénoncée aux Jacobins pour avoir dit que la Convention étant une comme la République, il ne devait point y avoir de côté droit, tousses membres étaient également dignes d'hommages et de respect : — t Dire qu'il n'existe et qu'on ne reconnaît qu'un parti dans la République et dans la Convention, s'écrie Robespierre, c'est dire qu'il n'existe aucune différence entre les aristocrates et les patriotes, les républicains et les royalistes, les étrangers ennemis de la France et les amis du peuple français. » Sur sa proposition, cette société fédéraliste est rayée de la liste des affiliées do la société môle.
jusqu'à ce qu'ils déclarent qu'ils sont en état de prononcer. » La proposition de Robespierre est décrétée, malgré l'opposition d'03selin, qui observe que « les jurés^ doivent faire k*ur déclaration sans qu'elle ait été provoquée. Ils ne peuvent arrêter les débats que lorsqu'ils sont convaincus, et la conviction ne se provoque pas. »
Séance du 17 novembre (27 brumaire). — Robespierre lit un rapport, fait au nom du Comité de salut public, sur la situation politique de la République
Séance du 4 décembre (U frimaire j. — Bourdon (de l'Oise) réclamait la suppression des minist es, comme un rouage inutile. — Robespierre s'oppose à ce qu'on tienne compte de cette motion. Sous l'empire de la Constitution, les ministres ne peuvent abuser de l'autorité dont ils sont revêtus, et ce sont des instruments dont le Comité de salut public peut se servir avec uiilité.
Séance du 5 décembre (15 frimaire). - Rapport de Robespierre au^ nom du Comité de salut public, suivi d'un projet d'adresse eu réponse aux manifestes des rois ligués contre la République. — Dans la même séance, Robespierre engage la Convention à protéger la liberté des cultes, en défendant aux autorités constituées de servir, par des mesures irréflécbies, les ennemis de la Révolution qui se proposent de troubler la tranquillité de l'intérieur, et d'aliéner les peuples à la nation française, en se servant de la philosophie pour détruire la liberté. 11 veut donc qu'aucune force armée ne puisse s'immiscer dans ce qui appartient aux opinions religieuses, sauf dans le cas où elle serait requise pour des mesures de police, et que la Convention engage solennellement le3 citoyens à mettre de côté les disputes* dangereuses pour ne s'occuper que du salut de la patrie
Séance du 20 décembre (30 frimaire). — Un grand nombre de citoyennes, admises à la barre, réclament la liberté
i. Quelques jours auparavant (le 1« frimaire, 21 novembre), Robespierre s'était exprimé dana lo nieme sens aux Jacobins ; « On a
de louis parent?, dont elles attestent l'innocence. — Robespierre dit que c'est l'aristocratie qui a conduit à la Conventioi, cette ailluence de citoyennes. Sans doute par une suite des mesures révolutionnaires nécessitées par les circonstances, quelques innocents ont pu être frappés : « Il est possible que, parmi les femmes qui réclament, il en soit qui n'aient été portées à cette démarche que par la persuasion où elles sont de l'innocence de leurs maris. Mais ce* femmes devraient séparer leur cause de celle de l'aristocratie... Est-ce ainsi que des républicaines réclament la liberté
dénoncé des prêtres pour avoir dit la messe; ils la diront plus longtemps si on les empêche de la dire. Celui qui veut les empêcher est plus fanatique que celui qui dit la messe. » Après avoir montré que ce n'était point le fanatisme qui aujourd'hui devait être le principal objet des inquiétudes des patriotes, il dénonce le philosophisme, qui veut faire une religion de l'athéisme lui-même, et il renouvelle sa profession de foi religieuse : < On dira peut-être que je suis un esprit étroit, un homme à préjugés ; que sais-je, un fanatique. J'ai déjà dit que je ne parlais, ni comme un individu, ni comme un philosophe systématique, mais comme un représentant du peuple. L'athéisme est aristocratique; l'idée d'un grand être, qui veille sur l'innocence opprimée, et qui punit le crime triomphant, est touto populaire (Vifs applaudissements.) Le peuple, les malheureux m'applaudissent; si je trouvais des censeurs, ce serait parmi les licheset parmi les coupables. J'ai été, dès le collège, un assez mauvais catholique; je n'ai jamais été ni un ami froid, ni un défenseur infidèle de l'humanité. Je n'en suis que plus attaché aux idées morales et politiques que je viens de vous exposer : « Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer. • Je parle dans uno tribune où l'impudent Guadct osa me faire un crime d'avoir prononcé le mot de providence. Et dans quel temps ! lorsque le cœur ulcéré de tous les crimes dont nous étions les témoins et les victimes ; lorsque versant des larmes amères et impuissantes sur la misère du peuple éternellement trahi, éternellement opprimé, je cherchais à m'élever au dessus de la courba impure des conspirateurs dont j'étais environné, en invoquant contro eux la vengeance céleste, au defaut de la foudre populaire. •
des opprimés?... Des épouses vertueuses et républicaines prennent une route bien différente; elles s'adressent en particulier et avec modestie à ceux qui sont chargés des intérêts de la patrie. Pourquoi vient-on avec ce grand appareil?... » On voudrait faire rétrograder le mouvement révolutionnaire ; on voudrait faire croire que les patriotes sont persécutés ; jamais un innocent n'a en vain réclamé la justice de la Convention. Robespierre propose que les Comité de salut public et de sûreté générale nomment des commissaires pour rechercher les moyens de mettre en liberté les patriotes qui auraient pu être incarcérés. Les noms de ces commissaires demeureront inconnus du public pour éviter les dangers de» sollicitations. « Cette mesure débarrassera les antichambres des Comités de sûreté générale des intrigantes qui l'assiègent; et nous ne verrons plus les épouses vertueuses des citoyens patriotes gémir, confondues avec les femmes méprisables que l'aristocratie lâche parmi nous. » Le décret proposé par Robespierre est adopté au milieu des applaudissements.
Séance du 25 décembre (6 nivôse). — Robespierre fait, au nom du Comité de salut public, un rapport sur les principes du gouvernement révolutionnaire.
Séance du 26 décembre (6 nivôse). — Conformément à la proposition de Robespierre, dans la séance du 20 décembre, Barère, au nom du Comité de salut public, présente un décret, établissant qu'il serait formé dans le Comité de salut public une section chargée exclusivement de l'examen et du jugement des motifs d'arrestation des citoyens incarcères par les Comités de surveillance, en exécution de la loi du 7 septembre sur les suspects. — • Robespierre déclare que ce projet est entièrement contraire à l'esprit de sa proposition : « Elle ne demandait pas qu'une partie du Comité fût iniquement occupée des sollicitations de l'aristocratie. Deux membres, dans les moments de loisir, dans des circonstances favorables, sans être importunés, auraient re-
cherché le petit nombre de patriotes qui peuvent se trouver détenus avec les aristocrates. Par ce moyen, le Comité de v sûreté générale n'aurait pas perdu un temps précieux pour la liberté à entendre les sollicitations des mauvais citoyens. Prenez garde de tomber dans de plus grands inconvénients que ceux que vous voulez éviter ; prenez garde qu'à la faveur du décret qu'on vous propose, la liberté ne soit accordée à quelques aristocrates ; qu'il ne nous conduise à l'indulgence à l'égard de l'aristocratie, qui certes ne mérite pas qu'on crée un comité pour s'occuper d'elle; elle ne doit attendre la liberté que lorsque la Révolution aura été cimentée par une paix générale. »
Séance du 28 décembre (8 nivôse). — Robespierre demande que les honneurs du Panthéon soient décernés au jeune Barra, et que cette fête soit célébrée avec une pompe digne de ce jeune héros, qui, âgé de treize ans, a fait des prodiges de valeur dans la Vendée. Entouré de brigands qui, d'un côté, lui présentaient la mort, et de l'autre lui demandaient de crier : Vive le roi! il est mort en chaut: Vive la République! « Les Français seuls ont des héros de treize ans : c'est la liberté qui produit des hommes d'un si grand caractère. Vous devez présenter ce modèle de magninimité à tous les Français et à tous les peuples : aux Français, afin qu'ils ambitionnent d'acquérir de semblables vertus et qu'ils attachent un grand prix au litre de citoyens français; aux autres peuples, afin qu'ils désespèrent de soumettre un peuple qui compte des héros dans un âge si tendre. »
année 1 794.
Séance du 12 janvier (23 nivôse). — Robespierre fait un rapport, au nom du Comité public, sur la situation de l'armée des Pyrénées-Orientales. Il demande les honneurs du Panthéon pour le représentant Fabre (de l'Hérault), qui, abandonné des indignes chefs de l'armée, soutint seul avec
quelques braves tous les efforts de l'ennemi, et se fit tuer héroïquement.
.Séance du 5 février (17 pluviôse). — Robespierre fait, au nom du Comité de salut public, uu rapport sur les principes de morale politique qui doivent guider la Convention nationale dans l'administration intérieure de la République.
Séance du 15 mars (25 ventôse). — A propos de l'arrestation d'Hébert et de ses complices, Robespierre fait un appel énergique au patriotisme. 11' termine en adjurant le peuple « de s'unir à la représentation nationale qui va se lever encore pour sauver la liberté. » « Je l'adjure, dit-il, de se rendre dans ses sections pour étouffer la voix des orateurs mercenaires, des agents des puissances coalisées contre la nation française, qui ne manqueront pas d'y semer des divisions, de s'y former des partis.
Séance du 16 mars (26 ventôse). — Amar fait son rapport sur la conspiration dite de l'étranger, qui conclut à un décret d'accusation contre Chabot, Delaunay (d'Angers), Jullien (de Toulouse) et Fabre d'Églantine. Ce rapport ne satisfait pas Robespierre *. 11 trouve qu'Amar a oublié l'objet le plus important, celui de dénoncer à l'univers le sys-
*. Robespierre avait rédige lui-même un Projet de rapport sur l'affaire Cliabol, qui, probablement ne fut point accepté par ses colle* gués du Comité, et que l'on trouva, écrit de sa main, dans les papiers saisis chez lui après le 9 thermidor. Courtois a publié ce projet, à la suite de son rapport sur les papiers saisis chez Robespierre : Courtois publia également un discours ou projet de rapport sur la faction Fa* bre d'Églantine, qui avait aussi été trouvé dans les papiers de Robespierre. Robespierre préparait de longue main ces accusations personnelles : c'est ainsi qu'on trouva encore chez lui, écrites de sa main, des notes sur différents député de la Convention qu'il notait d'avance d'immoralité et d'incivisme . Dnbois-Crancé , Delmas, Thuriot, Bourdon do (l'Oise), Léonard Bourdon. C'est sur des notes pareillement rédigées par lui qne saint /est fit son rapport à la Con« vemion contre Camille Desmoulins.
tème de diffamation adopté contre les membres les plus ivertueux de la Convention. A ce propos, Robespierre observe que ces épurations successives faites dans le sein de la Convention ne doivent pas déshonorer les représentants du peuple aux yeux du monde : « J'appelle les ityrans de la terre à se mesurer avec les représentants du j îpeuple français; j'appelle à ce rapprochement un homme dont le nom a trop souvent souillé cette enceinte, et que je m'abstiendrai de nommer *; j'y appelle ce parlement d'Angleterre, associé aux crimes iiberticides du ministre que je viens de vous indiquer, et qui a, dans ce moment, " avec tous nos ennemis, les yeux ouverts sur la France, , pour voir quels seront les résultats du système affreux que l'on dirige contre nous. Savez-vous quelle différence il y a entre eux et les représentants du peuple français? C'est que
i. Voici en quels termes Robespierre s'exprimait aux Jacobins le 28 janvier 1794, sur Pitt : • Pitt sera renversé, parce qu'il est un imbécile, quoiqu'on dise une réputation trop enflée. » Et il développait son dire < qui pourrait être un blasphème aux oreilles de quelques Anglais, mais qui était une vérité aux oreilles des personnes raisonnables» : « Le ministre d'un roi fou est un imbécile, parce qu'à moins d'être un imbécile, on ne peut pas préférer l'emploi de ministre d'un roi fou à l'honorable titre de citoyen vertueux. Un homme qui, placé à la tète des affaires d'un peuple chez qui la liberté poussa autrefois des racines, veut faire rétrogader vers le despotisme et l'ignorance une nation qui a conquis ses droits, est à coup sûr un imbécile. Un homme qui, abusant de l'influence qu'il a acquise dans une île jetée par hasard dans l'Océan, veut lutter contre le peuple français; celui qui ne devine pas l'explosion que la liberté doit faire dans son pays; celui qui prétend servir longtemps la ligue de rois aussi.làches «aussi bètes que lui; celui qui croit qu'avec des vaisseaux il va bientôt affamer la France, qu'il va dicter des lois aux alliés de la France, celui-là, dis-je, ne peut avoir conçu un plan aussi absurde que dans la retraite des Petites-maisons, et il est étonnant qu'il se trouve au dix-huitième siècle un homme assez dépourvu do bon sens pour penser à de pareilles folies. »
cet illustre parlement est entièrement corrompu, et que nous comptons dans la Convention nationale quelques individus atteints de corruption ; c'est qu'à la face de la nation britannique, les membres du parlement se vantent du trafic de leur opinion et la donnent au plus offrant; et que, parmi nous, quand nous découvrons un traître ou un homme corrompu, nous l'envoyons à l'échafaud. (Vifs applaudissements.) Cette affaire même, poursuit Robespierre, est un nouveau titre de gloire pour la Convention nationale. La corruption de quelques individus fait ressortir par un contraste glorieux, la vertu publique de cette auguste Assemblée. {Vifs applaudissements.) Peuple, dans quel pays a-t-on vu encore celui qui était iuvesti de la souveraine puissance tourner contre lui-même le glaive de la loi? Dans quel pays a-t-on vu encore un sénat puissant chercher dans son sein ceux qui auraient trahi la cause commune, ei les envoyer sous le glaive de la loi? Qui doue encore a donné ce spectacle au monde? Vous, citoyens i — (La salle retentit d'applaudissements.) Voilà, citoyens, la réponse que je fais en votre nom à tous les tyrans de la terre . »
Séance du 20 mars (30 ventôse). — Robespierre fait rapporter le décret d'arrestation rendu contre Héron. 11 voit dans ce décret surpris à l'Assemblée, « un exemple déplorable des efforts que la malveillance ne cesse de faire pour induire la Convention en erreur *. »
Séance duZi mars (11 germinal). — A propos de l'arres-
1. Il faut observer que le de'cret contre Héron avait été rendu, comme cela avait lieu, sans discussion et sans que le représentant inculpé eût été entendu. 11 fut fort heureux pour Héron que Robespierre et Coulbon se soient portés forts de son innocence : mais c'est le cas de signaler combien était irrégulière la procédure suivie par la Convention pour la mise en accusation de ses membres qui devaient participer pourtant à l'inviolabilité de la représentation nationale. Nous verrons que Robespierre lui-môme s'en trouvera victime à son tour.
talion do Danton, Legendre demande que lui et ceux qui ont été arrêtés avec lui soient mandés à. la barre et entendus ; « J'ai le droit de craindre, dit-il, que des haines particulières et des passions individuelles n'arrachent à la liberté des hommes qui lui ont rendu les plus grands, les plus utiles services. Il m'appartient de dire cela de l'homme qui, en 1792, lit lever la France entière par les mesures énergiques dont il se servit pour ébranler le peuple; de l'homme qui fit décréter la peine de mort contre quiconque ne donnerait pas ses armes ou n'irait pas en frapper l'ennemi. L'ennemi était alors aux portes de Paris : Danton vint, et ces idées sauvèrent la patrie. Je ne puis le croire coupable... » — Robespierre combat la motion de Legendre : « Il s'agit de savoir si quelques hommes aujourd'hui doivent l'emporter sur la patrie... Eh quoi ! n'avons-nous fait tant de sacrifices héroïques, au nombre desquels il faut compter ces actes d'une sévérité douloureuse; n'avons-nous fait ces sacrifices que pour retomber sous le joug de quelques intrigants qui prétendaient dominer... Legendre paraît ignorer les noms de ceux qui>nt arrêtés : toute la Convention les sait. Son ami Lacroix est du nombre de ces détenus. Pourquoi feint-il de l'ignorer? parce qu'il sait bien qu'on ne peut sans impudeur défendre Lacroix. Il a parlé de Danton, parce qu'il croit sans doute qu'à ce nom est attaché un privilège ; non, bous n'en voulons point de privilège ; non, nous n'en voulons point d'idoles! {On applaudit à plusieurs reprises.) Nous verrons dans ce jour si la Convention saura briser une prétendue idole pourrie depuis longtemps ou si dans sa chûte elle écrasera la Convention et le peuple français K »
1. Quelques semaines auparavant dans la séance du 3 décembre (13 brumaire) Robespierre aux Jacobins avait pris la défense de Danton avec beaucoup de chaleur et avait rendu un témoignage solennel, à son patriotisme :
• Danton, ne sais-tu pas que plus un liommoa de courage et de pa-
Séance du 18 avril (29 germinal). - Robespierre fait exempter de la loi de police générale les acquéreurs de charges qui ennoblissaient : « Si je n'écoutais que l'espèce d'an lipalhie naturelle aux amis ardents de la liberté, contre tout ce qui portait autrefois les apparences môme de l'orgueil et de l'aristocratie, je déclamerais peut-être avec plus de force que ne l'ont fait les préopinants contre tous ceux qui ont voulu sortir de la classe respectable du peuple; mais, citoyens, c'est la justice et l'intérêt du peuple qui doivent toujours diriger les délibérations de l'homme public... Cette censure envelopperait dans la loi une infinité de personnes que vous n'avez pas voulu atteindre... Il existait une foule de charges crées par l'ancien régime, qui
triolisme, plus les ennemis de la chose publique s'attachent à sa perte?... Eh t si le défenseur de la liberté n'était pas calomnié, ce serair une preuve qu» nous n'aurions plus ni prêtres, ni nobles à combattre?... Les ennemis de la patrie semblent m'accabler de louange exclusivement, mais je les répudie... la cause des patriotes esi um, comme celle de la tyrannie; ils sont tous solidaires. Je me trompe peut-être sur Danton ; mais, vu dans sa famille, il ne mérite que des éloges. Sous les rapports politiques, je l'ai observé : une différence d'opinion entre lui et moi me le faisait épier avec soin, quelquefois avec colère; et s'il n'a pas toujours été de mon avis, conclurai-je qu'il trahissait la patrie ? Non ; je la lui ai toujours vu servir avec zèle... Il est évident que Danton a été calomnié; mais je déclare que je vois- 1 1 un des fils les plus importants de la trame ourdie contre tous les patriotes. »
Vers la même époque il rendit un semblable témoignage à Camille Desmoulins. « Il faut considérer avec Camille Desmoulins ses vertus et ses faiblesses. Quelquefois faible et confiant, souvent courageux, toujours républicain, on l'a vu successivement l'ami des Lameth, de Mirabeau, de Dillon; mais on l'a vu aussi briser ces mêmes idoles qu'il avait encensées. Il les a sacrifiées sur l'autel qu'il leur avait élevé aussitôt qu'il a ieconnu leur perfidie. En un mot, ft aimait la liberté par ; nstinct et par sentiment, et il n'a jamais aimé qu'elle, malgré les séductions puissantes de tous ceux qui la trahirent. »
donnaient le titre de nobles à ceux qui les possédaient , et qui cependant avaient pour objet des fonctions utiies % des magistratures nécessaires de Tordre social. »
Séance du 9 mai (Il floréal). — Robespierre fait, au nom du comité de salut public, un rapport sur les rapports des idées religieuses et morales avec les principes républicains, et sur les fêtes décadaires.
Séance du 26 mai (7 prairial). — Discours de Robespierre sur les deux tentatives d'assassinats dont il avait été l'objet de la part de l'Admirai et de Cécile Renault 4 . — « Ce sera un beau sujet d'entretien pour la postérité, c'est déjà un spectacle digne de la terre et du ciel, de voir l'Assemblée des représentants du peuple français, placée sur un volcan inépuisable de conjurations, d'une main apporter aux pieds de l'éternel auteur des choses les hommages d'un grand peuple, de l'autre, lancer la foudre sur les tyrans conjurés contre lui, fonder le première république du monde, et rappeler parmi les mortels la liberté, la justice et les vertus exilées! (Applaudissements.) Us périront, tous les tyrans armés contre le peuple français! elles périront, toutes les factions qui s'appuient sur ieur puissance pout détruire notre liberté ! Vous ne ferez pas la paix, mais vous la donnerez au monde, et vous l'ôterez au crime. Cette perspective prochaine s'offrait aux regards des tyrans épouvantés, et Éis ont délibéré avec leurs complices que le temps était arrivé de nous assassiner, nous, c'est-à-dire la
1. Lad m irai avait projeté d'assassiner Robespierre, il l'attend il des journées entières dans les conloirs du Comité de salut publie. Le hasard lui ayant dérobé sa victime, il se retourna contre Collot d'Herbois, qui n'échappa à ses tentatives que par la courageuse intervention du serrurier Geffroy. Quant à Cécile Renault, c'était une jeune iille de dix-sept ans, qui s'était présentée chez Robespierre et avait éveillé les soupçons par so'n obstination à vouloir lui parler. On trouva sur elle deux petits couteaux, mais rien ne preuve qu'elle eût l'intention d'un crime.
Convention nationale... Mais s'ils ont cru que pour anéantir votre énergie ou pour changer vos principes, il suffit d'assassiner ceux à qui vous avez spécialement confié le soin de voilier pour le salut de la république, ils se sont trompés... Quand nous serons tombés sous leurs coups, vous voudrez achever votre sublime entreprise, ou partager notre sort; ou plutôt, il n'y a pas un Français qui ne voulût alors venir sur nos corps sanglants jurer d'exterminer le dernier des ennemis des peuples! (L'Assemblée entière se lève par un mouvement spontané pour témoigner son approbation.) Cependant, poursuit Robespierre, leur délire impie atteste à la fois leurs espérances er leur désespoir. Calomnies, trahisons, incendies, empoisonnements, athéisme, corruption, famine, assassinats : ils ont prodigué tous les crimes! Il leur reste encore l'assassinat, ensuite l'assassinat, et puis encore l'assassinat ! Réjouissons-nous donc, et rendons grâces au ciel, puisque nous avons assez bien servi notre patrie, pour avoir été jugés dignes des poignards de la tyrannie ! Mais les destinées de la République ne sont pas encore entièrement affermies et la vigilance des représentants du peuple français est plus que jamais nécessairu'j'ai parlé de la vertu du peuple, et cette vertu, attestée par toute la révolution, ne suffirait pas seule pour nous rassurer contre les factions, qui tendent sans cesse à corrompre et à déchirer la république. Pourquoi cela? C'est qu'il y a deux peuples en France : l'un est la masse des citoyens, pure, simple, altérée de la justice et amie de la liberté; c'est ce peuple vertueux qui verse son sang pour fonder la république, qui impose aux ennemis du dedans et ébranle les trôaes des tyrans ; — l'autre est ce ramas d'ambitieux et d'intrigants; c'est ce peuple babillard et charlatan, artificieux, qui se montre partout, qui persécute le patriotisme, qui s'empare des tribunes et souvent des fonctions publiques, qui abuse de l'instruction*que les avantages de l'ancien régime lui ont donnée, pour tromper
l'opinion publique; c'est ce peuple de fripons, d'étranger?, de contre-révolutionnaires, d'hypocrites, qui se place entre le peuple français et ses représentants, pour tromper l'un et pour calomnier les autres, pour entraver leurs opérations, pour tourner contre le bien public les lois les plus utiles et les vérités les plus salutaires. Tant que cette race impure existera, la république sera malheureuse et précaire. C'est à vous de l'en délivrer par uûe énergie imposante etpar un concert inaltérable. »La Convention décrète par acclamation que « le discours du citoyen Robespierre sera inséré dans le Bulletin; il sera imprimé aussi sous la forme ordinaire et traduit dans toutes les langues. Il en sera donné six exemplaires à chaque membre de la Convention 1 »
i. Robespierre avait prononcé la veille aux Jacobins un discours dans le même sens : « Quel homme sur la terre a jamais défendu impunément les droits de l'humanité? Il y a quelques mois, je disais à mes collègues du Comité du salut public : si les armées de la république sont victorieuses, si nous démasquons les traîtres, si nous étouffons le factions, ils nous assassineront ; je ne suis point dn tout étonné de voir se réaliser ma prophétie. Je trouve même pour mon compte que la situation où les ennemis de la république m'ont placé n'est pas sans avantage; car plus la vie des défenseurs de la liberté est incertaine et précaire, plus ils sont indépendants de la médian cheté des hommes. Entouré de lâches assassins je me suis déjà placé moi-même dans le nouvel ordre des choses où ils veulent m'envoyer; je ne tiens plus à une vie passagère que par l'amour de la patrie et la soif de la justice; et dégagé plus que jamais de toute considération personnelle, je me sens mieux disposé à attaquer les scélérats qui conspirent contre mon pays et contre le genre humain. Plus ils se dépêchent de terminer ma carrière ici-bas, plus je veux me hâter de la remplir d'actions utiles au bonheur de mes semblables. Je leur laisserai du moins un testament dont la lecture fera frémir les tyrans et leurs complices, » — Cette séance des Jacobins fut signalée paiun incident assez singulier. Un membre de la société, du nom Uo Rousselin, fit la motion de rendre les honneurs civiques au citoyen
Le 4 juin (16 prairial), Robespierre à l'unanimité est élu président de la Convention, et c'est en cette qualité que le 8 juin (20 prairial), il présida la féte de l'Être Suprême.
Séance du 10 juin (22 prairial). — - Couthon présente une loi pour la réorganisation du tribunal révolutionnaire, qui supprime les défenseurs officieux. — L'ajournement de la discussion sur cette loi est réclamé par Ruamps et Lecointre. « Si une telle loi était adoptée sans discussion, s'écrie Ruamps, il n'y aurait plus qu'à se brûler la cervelle au pied de la tribune. » Robespierre s'oppose à un îtfournement « qui compromettrait évidemment le salut de la patrie. Depuis deux mois, la Convention nationale est sous le glaive des assassins, et le moment où la liberté parait obtenir un triomphe éclatant est celui où les ennemis de la patrie conspirent avec plus d'audace. Depuis plus de deux mois, le tribunal révolutionnaire vous dénonce les entraves qui arrêtent la marche de la justice nationale. La république entière vous déuonce de nouvelles conspirations et cette multitude innombrable d'agents étrangers qui abondent sur sa surface : c'est dans cette circonstance que le Comité de salut public vous présente le projet de loi dont vous venez d'entendre la lecture. » La Convention court de grands dasgers, et l'opposition que rencontre la loi en est le plus puissant indice. « Car, soyez en sûrs, citoyens, partout où il s'établit une ligne de démarcation, partout où il se prononce une division, là, il y a un danger pour la patrie. 11 n'est pas naturel qu'il y ait une séparation entre
Geffroy, le courageux défenseur de Collot d'Herbois, dans la fête qui devait être célébrée le 20 prairial. Robespierre dit que c'est à un piège inventé par les partisans de la tyrannie, que cette motion insidieuse a pour objet d'attirer sur les patriotes l'envia et la calomnie, en les accablant d'honneur. En conséquence Housselin, l'auteur de cette malencontreuse motion, est exclu des Jacobins et traduit devant Je tribunal révolutionnaire.
des hommes également épris de l'amour du bien public. Il n'est pas naturel qu'il s'élève une sorte de coalition contre le gouvernement qui se dévoue pour le salut de la patrie. Citoyens, on veut vous diviser ; citoyens, on veut vous épouvanter. Eh bien ! qu'on se rappelle que c'est nous qui avons défendu une partie de cette Assemblée contre les poignards que la scélératesse et un faux zèle voulaient aiguiser contre vous f . Nous nous exposons aux assassins particuliers, pour poursuivre les assassins publics. Nous voulons bien mourir, mais que la Convention et la patrie soient sauvées. (Vifs applaudissements.) Nous braverons les insinuations perfides par lesquelles on voudrait taxer de sévérité outrée les mesures que prescrit l'intérêt public* Cette sévérité n'est redoutable que pour les conspirateurs, que pour les ennemis de la liberté et de l'humanité. (Applaudissements.) Je demande, reprend Robespierre, que le projet soit discuté article par article et séance tenante. Je motive ma demande par un seul mot : d'abord cette loi n'est ni plus obscure ni plus compliquée que celles que le Comité vous a déjà soumises pour le salut de la patrie. J'observe d'ailleurs que depuis longtemps la Convention nationale discute et décrète sur-le-champ, parce que depuis longtemps il y a dans sa très-grande majorité un assentiment prononcé pour le bien public. (Vifs applaudisse, ments.) Je dirai donc que des demandes d'attermoiment de la fortune de la république sont affectées dans ce moment; que quand on est bien pénétré des dangers de la patrie et de ceux que courent ses défenseurs, dans quelque lieu qu'ils se trouvent, quelque poste qu'ils occupent, on est plus enclin à porter des coups rapides contre ses ennemis qu'à provoquer des lenteurs qui ne sont que de3 délais
f . Allusion à son discours du 3 octobre par lequel il sauva soixantetreize députes enveloppées dans la conspiration girondine.
pour l'aristocratie, qui les emploie à corrompre l'opinion et à former de nouvelles conspirations »
Séance du 11 juin (23 prairial). — Robespierre prend la parole pour s'opposer à la motion de Bourdon (de l'Oise) qui demande que TinviolaDilitô des représentants soit consacrée dans la loi» votée la veille, et qu'ils ne puissent être traduits devant le .ribunal révolutionnaire que par un décret de la Convention : « Il est bien démontré, dit-il, qu'il n'y avait pas lieu aux plaintes qui ont été faites. Ne voit-on pas que le système des Chabot, des Hébert, des Danton, des Lacroix est resté organisé? On cherche à séparer le comité de la Montagne. La Convention, la Montagne, le Comité, c'est la même chose. (Vifs applaudissements). Tout représentant du peuple qui aime sincèrement la liberté, tout représentant du peuple qui est déterminé à mourir pour la patrie, est de la Montagne. (De nouveaux applaudissements se font entendre, et les membres de la Convention se lèvent en signe d'adhésîon et de dévouement). Oui, Montagnards, vous serez toujours le boulevard de la liberté publique; mais vous n'avez
rien de commun avec les intrigants et les pervers, quels
2. Robespierre avait préludé à la loi du 22 prairial par l'organisation de la commission populaire d'Orange dont il rédigea lui-môme les statuts (21 floréal) : « Les membres de la commission populaire d'Orange sont nommés pour juger les ennemis de la révolution. Les ennemis de la révolution sont ceux qui, par quelque moyen que ce soit et de quelques dehors qu'ils soient couverts, ont cherché à contrarier la marche de la révolution et à empêcher l'affermissement de la république. — La peine due à ce crime est la mort; les preuves requises pour la condamnation sont tous les renseignements, de quelque nature qu'ils soient, qui peuvent convaincre un homme raisonnable et ami de la liberté. — La règle des jugements est la conscience du juge, éclairée par l'amour de la justice et de la patrie ; leur butj, le salut public et la ruine des ennemis de la patrie. > Fouquier Tinville, qui tenait aux formes juridiques, déféra ces dispositions au Comité. On lui répondit que cela regardait Robespierre.
qu'ils soient. S'ils s'efforcent de vous tromper, s'ils prétendent s'identifier avec vous, ils n'en sont pas moins étrangers à vos principes. La Montagne n'est autre chose que les hauteurs du patriotisme ; un Montagnard n'est autre chose qu'un patriote pur, raisonnable et sublime : ce serait outrager la patrie, ce serait assassiner le peuple, que de souffrir que quelques intrigants, plus méprisables que les autres, parce qu'ils sont plus hypocrites, s'efforçassent d'entraîner une portion de cette Montagne et de s'y faire les chefs d'un parti. » Bourdon (de l'Oise) ayant interrompu Robespierre : a Je n'ai pas nommé Bourdon, malheur à qui se nomme luimême... Oui, la Montagne est pure, elle est sublime, et les intrigants ne sont pas de la Montagne. (Une voix : Nommezles). Je les nommerai, quand il le faudra. «Robespierre termine son discours par des généralités ; mais il insiste sur ce que l'on cherche encore à avilir la Convention, et il se plaint que l'on s'attaque au Comité de salut public. « Si les vérités que je viens de proférer ont été entendues, nous continuerons nos travaux avec courage. Observez toutefois que nous avons besoin d'encouragements, qu'on a tout fait pour rendre notre carrière pénible. C'est assez d'avoir à lutter contre les rois conjurés et contre tous les monstres de la terre, sans trouver à nos côtés des ennemis. Venez donc à notre secours ; ne permettez pas que l'on nous sépare de vous, puis, que nous ne sommes qu'une partie de vous-mêmes, et que nous ne sommes rien sans vous. Donnez-nous la force de porter le fardeau immense, et presque au-dessus des efforts humains, que vous nous avez imposé. Soyons toujours justes et unis, en dépit de nos ennemis communs. »
Ce même jour, 23 prairial, au club des Jacobins, eut lieu un incident qui marque les premières attaques de Robespierre contre Fouché. Robespierre avait dénoncé la société de Nevers comme un des principaux foyers de l'hébertisme et des factions ourdies par Chaumette. Fouché, qui présidait, essaye de justifier la société de Nevers. Robespierre
réplique qu'elle a envoyé une adresse où le décret qui mettait en accusation les hébertistes était bîâmé. Fouché observe que cette adresse a été envoyée par la société de Moulins, et non par celle de Nevers. Robespierre répond que ces deux sociétés sont voisines l'une de l'autre, que toutes deux conspirent ensemble, que leurs bannières doivent être les mômes. Fouché observe encore qu'une dépulation de la société de Nevers est venue à la barre de la société de Paris pour attaquer Hébert. « Il ne s'agit pas de jeter à présent de la boue sur la tombe de Ghaumette, reprend Robespierre. Il fallait lui livrer combat avant sa mort. » Enfin, il signale un autre fait ; c'est qu'à Nevers on a mal accueilli la féte de l'Être Suprême « qui a sauvé la liberté, en la mettant sous la garde de la probité. » On a dit : « La Convention a été trompée par des modérés ; pour nous ne changeons pas de conduite et de sentiment, et proposons toujours les mêmes, principes. Et alors on a continué à prêcher l'athéisme. » L'indignation dont Robespierre lui-même était pénétré en disant ces derniers mots, passe dans tous les cœur3, et elle éclate par de violents murmures.
Le 1» juillet (13 messidor) Robespierre dénonce, aux Jacobins, les nouveaux conspirateurs : « Il est temps que la vérité fasse entendre dans cette enceinte des accents aussi mâles et aussi libres que ceux dont cette salle a retenti dans toutes les circonstances où il s'est agi de sauver la patrie. Je dénonce ici aux gens de bien un système odieux qui tend à soustraire l'aristocratie à la justice nationale, et à perdre la patrie en perdant les patriotes; car la cause de la patrie et celle des patriotes, c'est la même chose. De tout temps les ennemis de la patrie ont voulu assassiner les patriotes au physique et au moral. Aujourd'hui, comme dans tous les temps, on s'efforcede jeter sur les défenseurs de la République un vernis d'injustice et de cruauté; on dénonce comme des attentats contre l'humanité la sévérité employée contre les conspirateurs. Celui qui protège et favorise ainsi les aristocrates
combat par là même les patriotes : il faut que la Révolution se décide pour la ruine des uns ou des autres. L'homme humain est celui qui se dévoue pour la cause de l'humanité, et qui poursuit avec rigueur et avec justice celui qui s'en montre l'ennemi ; on le verra toujours tendre une main secourante à la vertu outragée et à l'innocence opprimée. Le barbare est celui qui, sensible pour les conspirateurs, est sans entrailles pour les patriotes vertueux ; les mômes hommes qui se laissent attendrir pour l'aristocratie sont implacables pour les patriotes. La faction des indulgents, sont des termes par lesquels on a cherché à caractériser les anthropophages, dont l'humanité consiste à parer les coups portés aux ennemis de l'humanité, pour leur donner la facilité d'en porter de nouveaux aux patriotes. Ce système ne doit avoir d'autre nom que celui de contre-révolutionnaire, parce qu'il tend à égorger les défenseurs de la patrie, et à jeter sur eux une teinte affreuse de cruauté. Le premier devoir d'un bon citoyen est donc de dénoncer la faction des indulgents en public. Je ne prendrais pas aujourd'hui la parole contre elle, si elle n'était pas devenue assez puissante pour essayer de mettre des entraves à la marche du gouvernement, u Robespierre se plaint ensuite des calomnies dont il est l'objet. » C'est ainsi, dit-il, que l'on absout les tyrans en attaquant un patriote'isolé qui n'a pour lui que son courage et sa vertu. » (Robespierre, s'écrie un citoyen des tribunes, tu as tous les Français pour toi). « Quand les circonstances se développeront, continue-t-il, je m'expliquerai plus au long; aujourd'hui, j'en ai dit assez pour ceux qui sentent. Il ne sera jamais au pouvoir de personne de ni'empêcher de déposer la vérité dans le sein de la représentation nationale et des républicains. 11 n'est pas au pouvoir des tyrans et de leurs valets de faire échouer mon courage. Qu'on répande des libelles contre moi, je n'en serai pas moins toujours le même, et je défendrai la liberté et l'égalité avec la même ardeur. Si l'on me forçait de renoncer à une partie
des fonctions dont je suis chargé, il me resterait encore ma qualité de représentant du peuple, et je ferais une guerre à mort aux tyrans et aux conspirateurs. »
Le 5 juillet (21 messidor), Robespierre se plaint aux Jacobins de l'inexécution du décret qui a mis la vertu et la probité àl'ordre du jour : a De tous les décrets qui ont sauvé ia république, le plus sublime, le seul qui Tait arrachée à la corruption et qui ait affranchi les peuples de la tyrannie, c'est celui qui met la probité et la vertu à Tordre du jour. Si ce décret était exécuté, la liberté serait parfaitement établie, et nous n'aurions plus besoin de faire retentir les tribunes populaires de notre voix; mais les hommes qui n'ont que le masque de la vertu mettent les plus grandes entraves à l'exécution des lois de la vertu même; ils veulent se faire de ce masque un moyen de parvenir au pouvoir. Le décret qui met la vertu à l'ordre du jour est fécond en grandes conséquences. Nous avions prévu qu'on en abuserait; mais en même temps nous avions pensé que ce décret, porté contre les oppresseurs, imposerait aux fonctionnaires publics le devoir d'exercer la vertu, et de ne jamais s'écarter des obligations qui les lient à la patrie; mais ces obligations ne les forcent point à s'appesantir, avec une inquisition sévère, sur les actions des bons citoyens, pour détourner les yeux de dessus les crimes des fripons : ces fripons, qui ont cessé d'attirer leur attention, sont ceux-là même qui oppriment l'humanité, et sont de vrais tyrans. » Robespierre continue en signalant les pièges qui sont tendus aux bons citoyens, les craintes que l'on sème dans la Convention : On cherche à persuader à chaque membre que le Comité de salut public l'a proscrit. «Mais, dit-il, les scélérats ne triompheront pas, car il est impossible que les hommes qui ont épousé le système profond de la justice et de la liberté consentent jamais « laisser à de si vils ennemis un triomphe qui Ferait à la fois la honte et la perte de l'humanité entière. H faut que ces lâches conspirateurs, ou renen-
cont à leurs complots infâmes, ou qu'ils nous arrachent la vie. Je gais qu'ils le tenteront, ils le tentent môme tous les jours, mais le génie de la patrie veille sur les patriotes. J aurais voulu donner plus d'ordre et de précision à ces îcllexions; mais j'ai suivi le sentiment de mon âme. Je cherche à étouffer les germes de division el à empêcher qu'il ne se fotme deux partis dans la Convention : j'invite tous les membres à se mettre en garde contre les insinuations perfides de certains personnages qui, craignant pour cnx-niêmes, veulent faire partager leurs craintes. Tant que la terreur durera parmi les représentants, ils seront incapables de remplir leur mission glorieuse. Qu'ils se rallient à la justice éternelle, qu'ils déjouent les complots par leur surveillance; que le bruit de nos victoires soit la liberté, la paix, le bonheur et la vertu, et que nos frères après avoir versé leur sang pour nous assurer tant d'avantages, noient eux-mêmes assurés que leurs familles jouiront du lait immortel que doit leur garantir leur généreux dévouement! »
Séance du 26 juillet (8 theivnidor). — Le Moniteur analyse ainsi le discours prononcé dans cette séance par Robespierre : a Robespierre, qui depuis longtemps n'avait paru à l'Assemblée, monte à la tribune et prend la parole. Il lit un long discours dans lequel il commence par vanter sa vertu. Il se plaint d'être calomnié, et signale comme ennemis du peuple tous ceux qui lui paraissent opposés à ses projets. H décrie ensuite, dans une longue diatribe, toutes Jes opérations du gouvernement; il déclame successivement contre les comités de salut public, de sûreté générale et des finances. Sans se plaindre formellement de l'opposition civique mise par ce dernier comité à ses projets d'envahissement des finances, il essaie de le comprendre dans la proscription, en l'accusant d'avoir contre-révolutionne les finances de la république. 11 prétend ensuite que les patriotes sont opprimé?. « Pourquoi, dit-il, ces discour3
qu'on vous a faits sur les succès des armées? Le système de Dumouriez est suivi dans la Belgique, on plante des arbrés stériles de la liberté , on éloigne les canonniers de Paris, on a formé un camp qui peut devenir dangereux, etc.» Il ajoute qu'on a voulu donner le change sur la situation de la république; enfin, il annonce qu'il proposera les seules mesures propres à sauver la patrie. »
La partialité de cette version est évidente, et ce discours, le dernier que prononça Robespierre, mérite d'être rapporté avec plus d'étendue : a Citoyens, que d'autres vous tracent des tableaux flatteurs; je viens vous dire des vé- ,rités utiles. Je veux étouffer, s'il est possible, les flambeaux de la discorde par la seule force de la vérité. Je vais défendre devant vous votre autorité outragée et la liberté violée. Je me défendrai aussi moi-même : vous n'en serez point surpris ; vous ne ressemblez point aux tyrans que vous combattez. Les cris de l'innocence outragée n'importunent point votre oreille, et vous n'ignorez pas que cette cause ne vous est point étrangère. Les révolutions qui jusqu'à nous ont changé la face des empires n'ont eu pour objet qu'un changement de dynastie, ou le passage du pouvoir d'un seul à celui de plusieurs. La révolution française est la première qui ait été fondée sur la théorie des droits de l'humanité, et sur les principes de la justice. Les autres révolutions n'exigeaient que de l'ambition : la nôtre impose des vertus... La répuniique, amenée insensiblement par la force des choses et par la lutte des amis de la liberté contre les conspirations toujours renaissantes, s'est glissée pour ainsi dire à travers toutes les factions; mais elle a trouvé leur puissance organisée autour d'elle, et tous les moyens d'influence dans leurs mains; aussi n'a-t-elle cessé d'être persécutée dès sa naissance dans la personne de tous les hommes de bonne foi qui combattaient pour elle... Les amis de la liberté cherchent à renverser la puissance des tyrans par la force de la
vérité; les tyrans cherchent à détruire les défenseurs de la liberté par la calomnie; ils donnent le nom de tyrannie à l'ascendant même des principes de la vérité. Quand ce système a pu prévaloir, la liberté est perdue; il n'y a de légitime 'que la perfidie, et de criminel que la vertu, car il est dans la nature même des choses qu'il existe une influence partout où il y a des hommes rassemblés, celle de la tyrannie ou celle de la raison. Lorsque celle-ci est proscrite comme un crime, la tyrannie règne ; quand les bons citoyens sont condamnés au silence, il faut bien que les scélérats dominent.
» Ici, j'ai besoin d'épancher mon cœur; vous avez besoin aussi d'entendre la vérité...
» Eh! quel est donc le fondement de cet odieux système de terreur et de calomnies?... Nous redoutables aux patriotes! nous qui les avons arrachés des mains de toutes les factions conjurées contre eux! nous qui, tous les jours, les disputons pour ainsi dire aux intrigants hypocrites qui osent les opprimer encore! nous qui poursuivons les scélérats qui cherchent à prolonger leurs malheurs en nous trompant par d'inextricables impostures! Nous redoutables à la Convention nationale ! Et que sommes-nous sans elle? et qui a défendu la Convention nationale au péril de sa vie? qui s'est dévoué pour sa conservation, quand des factions , exécrables conspiraient sa ruine à la face de la France? qui s'est dévoué pour sa gloire, quand les vils suppôts delà tyrannie prêchaient en son nom l'athéisme et l'immoralité; quand *ant d'autres gardaient un silence criminel sur les forfaits de leurs complices, et semblaient attendre le signal du carnage pour se baiguer dans le sang des représentants : du peuple? Et à qui étaient destinés les premiers coups des conjurés? Quelles étaient les victimes désignées par Chaumette et par Ronsin? Dans quels lieux la bande des assassins devait-elle marcher d'abord en ouvrant les prions? Quels sont les objets des calomuies et des attentats des ty-.
rans armés contre la république? N'y a-t-il aucun poignard pour nous dans les cargaisons que l'Angleterre envoie à ses complices en France et à Paris? C'est nous qu'on assassine, et c'est nous qu'on peint redoutables I Et quels sont donc ces grands actes de sévérité que Ton nous reproche? quelles ont été les victimes? Hébert, Rousin, Chabot, Danton, Lacroix, Fabre-d'Églantine, et quelques autres complices. Est-ce leur punition qu'on nous reproche? Aucun n'oserait les défendre. Mais si nous n'avons fait que dénoncer des monstres dont la mort a sauvé la Convention nationale et la république, qui peut craindre nos principes, qui peut nous accuser d'avance d'injustice et de tyrannie, si ce n'est ceux qui leur ressemblent? Non, nous n'avons pas été trop sévères : j'en atteste la république qui respire !... On parle de notre rigueur, et la patrie nous reproche notre faiblesse.
» Est-ce nous qui avons plpngé dans les cachots les patriotes, et porté la terreur dans toutes les conditions? Ce sont les monstres que nous avons accusés. Est-ce nous qui, oubliant les crimes de l'aristocratie et protégeant les traîtres, avons déclaré la guerre aux citoyens paisibles, érigé en crimes ou des préjugés incurables, ou des choses indifférentes, pour trouver partout des coupables et rendre la révolution redoutable au peuple môme? Ce sont les monstres que nous avons accusés. Est-ce nous qui, recherchant des opinions anciennes, fruit des obsessions des traîtres, avons promené le glaive sur la plus grande partie de la Convention nationale; demandions- nous dans les sociétés populaires la téte de six cents représentants du peuple? Ce sont les monstres que nous avons accusés. Aurait- on déjà oublié que nous nous somjpaes jetés entre eux et leurs perfides adversaires?..,
* Telle est cependant la base de ces projets de dictature et d'attentats contre la représentation nationale, imputés d'abord au Comité de salut public en général. Par quelle fatalité cette grande accusation «rt-elieété transportée tout
a conp sur la tête d'un seul de ses membres' Étranœ m-o jet d'un homme, d'engager la Convention nationale à s'égorger^lle-méme en détail, de ses propres mains/pour ?ui
veTL ^ÏT d , U f UVOir ab60lu ! Q» e «'ant^aperco" loi U v , ndiC , U . Ie ,f' CC8 5 c'«t à moi de n'en
voir que l'atrocité. Vous rendrez au moins compte à l'opi-
Je ZS T de VOt, ' e 3ffreUse P er£ évérance à poursuivre le projet d égorger tous les amis de la patrie monstres oui c erchez à me ravir l'estime de la ConvenUoi naUnna^e
n[ l„t P , g ° neUX des travaux d ' un mortel . <I«e je n'ai n usurpée ni surprise, mais que j'ai étéforcéde conquérir! Paraître un objet de terreur aux yeux de ce qu'on révère et de ce qu'on aime, c'est pour un homme sensible et probe
t^sssjsy 1 ^ 1 lelui fairesubir> c ' estiepius
» Ah! certes, lorsqu'au risque de blesser l'opinion pu- S\™ consultant 1 ue ^ intérêts sacrés de la patrie,
monTS 86 \ W * déd8i0n préci P itée ceux dont S °Pi" S n, / uraient con duit à l'échafaud, si elles avaient
S™ ?7 rS d unefa ctionhypocrite pour réclamer les
E ZI 1 ' a f ™ te équité envers ceHX 1* "Paient nfnJJ P p S de , P reci Pi tati °n. j'étais loin sans doute de
°° dût œ c tenir compte d'une pareille conduite, j aurais trop mal présumé d'un pays où elle aurait
auttZSf' e | ° Ù Voa aUrait donné i ' «»■ Pompenx ÎSST i ? i "P eMt * 1 * de Ja Probité; mais j'é- ]'ir,« if P l0m de penser < P J ' un i° ur on m'accuserait
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Scu eraTT 1 ; 16 ï aUeDdaiS bien m= -
1 a " a . la f « de vouloir la défendre et de vouloir
g 2 Quoi qu'il en soit, rien ne pourra jamais changer
deux n,^ TV 1 ffi6S P rinc iPes... Je ne connais q°ue deux parus, celui des bons et celui des mauvais citoyens
que le patriotisme n'est point une affaire de parti, mais une affaire de cœur; qu'il ne consiste ni dans l'insolence ni dans une fougue passagère qui ne respecte ni les principes, ni le bon sens, ni la morale; encore moins dans le dévouement aux intérêts d'une faction. Le cœur flétri par l'expérience de tant de trahisons, je crois à la nécessité d'appeler surtout la probité et tous les sentiments généreux au secours de la république. Je sens que partout où Ton rencontre un homme de bien, en quelque lieu qu'il soit assis, il faut lui tendre la main et le serrer contre son cœur. Je crois à des circonstances fatales dans la révolution, qui n'ont rien do commun avec les desseins criminels ; je crois à la détestable influence de l'intrigue, et surtout à la puissance sinistre de la calomnie. Je vois le monde peuplé de dupes et de fripons; mais le nombre des fripons est le plus petit : ce sont eux qu'il faut punir des crimes et des malheurs du monde. ..
» Cependant ce mot de dictature a des effets magiques : il flétrit la liberté, il avilit le gouvernement : il détruit la république; il dégrade toutes les institutions révolutionnaires, qu'on présente comme l'ouvrage d'un seul homme; il rend odieuse la justice nationale, qu'il présente comme instituée par l'ambition d'un seul homme; il dirige sur un point toutes les haines et tous les poignards du fanatisme et de l'aristocratie...
» Ils m'appellent tyran... Si je Tétais, ils ramperaient à mes pieds, je les gorgerais d'or, je leur assurerais le droit de commettre tous les crimes, et ils seraient reconnaissants! Si je l'étais, les rois que nous avons vaincus, loin de me dénoncer (quel tendre intérêt ils prennent à notre liberté!) me prêteraient leur coupable appui ; je transigerais avec eux! Dans leur détresse qu'attendent-ils, si ce n'est le 6eeours d'une faction protégée par eux» qui leur vende la gloire et la liberté de notre pays? On arrive à la tyrannie par le secours des fripons : où courent ceux qui les combattent? Au tombeau et à l'immortalité. Quel est le tyran
qui me protège? quelle est la faction à qui j'appartiens? C'est vous-mêmes. Quelle est cette faction qui depuis le commencement de la révolution a terrassé les factions, a fait disparaître tant de traîtres accrédités? C'est vous, c'est le peuple, ce sont les principes. Voilà la faction à laquelle je suis voué, et contre laquelle tous les crimes sont ligués...
» La vérité sans doute a sa puissance, elle a sa colère, son despotisme ; elle a des accents touchants, terribles, qui % j retentissent avec force dans les cœurs purs comme dans j les consciences coupables, et qu'il n'est pas plus donné au mensonge d'imiter, qu'à Salomée d'imiter les foudres du ciel ; mais accusez-en la nature, accusez-en le peuple, qui la sent et qui l'aime... Si les représentants du peuple qui défendent sa cause ne peuvent pas obtenir impunément son ! estime, quelle sera la conséquence de ce système, si ce n'est qu'il n'est plus permis de servir le peuple, que la république est proscrite, et la tyrannie rétablie? Et quelle tyrannie plus odieuse que celle qui punit le peuple dans la personne de ses défenseurs! car la chose la plus libre qui soit dans le monde, même sous le règne du despotisme, n'est-ce pas l'amitié?.. Qui suis-je, moi qu'on accuse? Un esclave de la liberté, un martyr vivant de la république, la victime autant que l'ennemi du crime. Tcyis les fripons m'outragent; les actions les plus indilTérentes, les plus légitimes de la part des autres sont des crimes pour moi ; un homme est calomnié dès qu'il me connaît; on pardonne à d'autres leurs forfaits; on me fait un crime de mon zèle. Otez-moi ma conscience, je suis le plus malheureux de tous les hommes; je ne jouis pas môme des droits du citoyen; que dis -je! il ne m'est pas même permis de remplir les devoirs d un représentant du peuple.
« Quand les victimes de leur perversité se plaignent, ils s'excusent en leur disant : C'est Robespierre qui le veul> nous ne pouvons pas nous en dispenser. Les infâmes disciples d'Hébert tenaient jadis le môme langage dans le temps
où je les dénonçais; ils se disaient mes amis; ensuite ils m'ont déclaré convaincu de modérantisme : c'est encore la même espèce de contre-révolutionnaires qui persécute le patriotisme. Jusques à quand l'honneur des bons citoyens et la dignité de la Convention nationale seront-ils à la merci de ces hommes-là? Mais le trait que je viens de citer n'est qu'une branche du système de persécution plus vaste dont je suis l'objet. En développait cette accusation de dictature, mise à l'ordre du jour par les tyrans, on s'est attaché à me charger de toutes leurs iniquités, de tous les torts de la fortune, ou de toutes les rigueurs commandées par le salui de la patrie. On disait aux nobles : C'est lui seul qui vous a proscrits; on disait en môme temps aux patriotes : veut sauver les nobles; on disait aux prêtres : C'est lui seul qui vous poursuit ; sans lui, vous seriez paisibles et triomphants; on disait aux fanatiques : C'est lui qui détruit la religion; on disait aux patriotes persécutés : C'est lui qui Va ordonné, ou qui ne veut pas l'empêcher. On me renvoyait toutes les plaintes dont je ne pouvais faire cesser les causes, en disant : Votre sort dépend de lui seul. Des hommes apostésdans les lieux publics propageaient chaque jour ce système; il y en avait dans le lieu des séances du tribunal révolutionnaire, dans les lieux où les ennemis de la patrie expient leurs forfaits; ils disaient : Voilà des malheureux condamnés ; qui est-ce qui en est la cause ? Robespierre. On s'est attaché particulièrement à prouver que le tribunal révolutionnaire était un tribunal de sang, créé par moi seul, et que je maîtrisais absolument pour faire égorger tous les gens de bien, et même tous les fripons, car on voulait me susciter des ennemis de tous les genres. Ce cri retentissait dans toutes les prisons; ce plan de proscription était exécuté à la fois dans tous les départements par les émissaires de la tyrannie. Mais qui étaient-ils ces ; calomniateurs? ■ « Je puis répondre que les auteurs de ce plan de calom-:
nies sont d'abord le duc d'Yorck, M. Pitt, et tous les lyrana armés contre nous. Qui ensuite?... Ah! je n'ose le3 nommer dans ce moment et dans ce lieu; je ne puis me résoudre à déchirer entièrement le voile qui couvre ce profond mystère d'iniquités; mais ce que je puis affirmer positivement, c'est que parmi les auteurs de cette trame sont les agents de ce système de corruption et d'extravagance, le plus puissant de tous les moyens inventés par l'étranger pour perdre la République, sont les apôtres impurs de l'athéisme et de l'immoralité, dont il est la hase.
« La tyrannie n'avait demandé aux hommes que leurs bians et leur vie; ceux-ci nous demandaient jusqu'à nos consciences; d'une main, ils nous présentaient tous les maux, et, de l'autre, ils nous arrachaient l'espérance. L'athéisme, escorté de tous les crimes, versait sur le peuple le deuil et le désespoir, et sur la représentation nationale les soupçons, le mépris et l'opprobre. Une juste indignation, comprimée par la terreur, fermentait sourdement dans tous les cœurs; une éruption terrible, inévitable, bouillonnait dans les entrailles du volcan, taudis que de petits philosophes jouaient stupidement sur sa cime avec de grands scélérats. Telle était la situation de la République, que, soit que le peuple consentît à souffrir la tyrannie, soit Qu'il ert secouât violemment le joug, la liberté était également perdue; car, par sa réaction, il eût hlessé à mort la République, et, par sa patience, il s'en serait rendu indigne. Aussi, de tous les prodiges de notre Révolution, celui que la postérité concevra le moins, c'est que nous ayons pu échapper à ce danger. Grâces immortelles vous soient rendues! Vous avez sauvé la patrie; votre décret du 18 floréal est lui seul une Révolution ; vous avez frappé du même coup l'athéisme et le despotisme sacerdotal; vous avez avancé d'un demisiècle l'heure fatale des tyrans ; vous avez rattaché à la cause de la Révolution tous les cœurs purs et généreux ; vous l'avez montrée au monde dans tout l'éclat de sa beauté
céleste. 0 jour à jamais fortuné, où le peuple français tout ; entier s'éleva pour rendre à l'auteur de la nature le seuL 1 hommage digne do lui ! Quel touchant assemblage de tous les objets qui peuvent enchanter les regards et le cœur des hommes ! 0 vieillesse honorée ! ô généreuse ardeur des enfants de la patrie ! ô joie naïve et pure des jeunes citoyens ! ô larmes délicieuses des mères attendries l ô charme divin de l'innocence et de la beauté! ô majesté d'un grand peuple heureux par le seul sentiment de sa force, de sa gloire et de sa vertu 1 Être des êtres! le jour où l'univers sortit de tes mains toutes-puissantes brilla-t-il d'une lumière plus agréable à tes yeux que ce jour où, brisant le joug du crime et de l'errelir, il parut devant toi digne de tes regards et dases destinées?
a Ce jour avait laissé sur la France une impression profonde de calme, de bonheur, de sagesse et de bonté. A. la vue de cette réunion sublime du premier peuple du monde, qui aurait cru que le crime existait encore sur la terre? Mais quand le peuple, en présence duquel tous les vices privés disparaissent, est rentré dans ses foyers domestiques, les intrigants reparaissent, et le rôle des charlatans recommence. C'est depuis cette époque qu'on les a vus s'agiter avec une nouvelle audace, et chercher à punir tous ceux qui avaient déconcerté le plus dangereux de tous les complots. Croiraiton qu'au sein de l'allégresse publique des hommes aient répondu par des signes de fureur aux touchantes acclamations du peuple ? Croira-t-on que le président de la Convention nationale, parlant au peuple assemblé, fut insulté par eux, et que ces hommes étaient des représentants du peuple? Ce seul trait explique tout ce qui s'est passé depuis. La première tentative que firent les malveillants fut de chercher à avilir les grands principes que vous aviez proclamés, et à effacer le souvenir touchant de la féte nationale : tel fut le but du caractère et de la solennité qu'on donna à ce qu'on appelait l'affaire de Catherine Théos. La malveillance a bien
su tirer parti de la conspiration politique cachée sous le nora de quelques dévotes imbéciles, et on ne présenta à Pattention publique qu'une farce mystique et un sujet inépuisable de sarcasmes indécents ou puérils.
« Les lâches ! ils voulaient donc me faire descendre au tombeau avec ignominie ! Et je n'aurais laissé sur la terre que la mémoire d'un tyran ! Avec quelle perfidie ils abusaient de ma bonne foi! comme ils semblaient adopter les principes de tous les bons citoyens ! comme leur feinte amitié était naïve et caressante! Tout à coup leurs visages se sont couverts des plus sombres nuages ; une joie féroce brillait dans leurs yeux : c'était le moment où ils croyaient toutes leurs mesures bien prises pour ni'accabler. Aujourd'hui, ils me caressent de nouveau ; leur langage est plus affectueux que jamais : il y a trois jours ils étaient prêts à me dénoncer comme un Catilina; aujourd'hui, ils me prêtent les vertus de Caton. Il leur faut du temps pour renouer leurs trames criminelles. Que leur but est atroce ! mais que leurs moyens sont méprisables ! Jugez-en par un seul trait. J'ai été chargé momentanément, en l'absence d'un de mes collègues, de surveiller un bureau de police générale récemment et faiblement organisé au comité de salut public. Ma courte gestion s'est bornée à provoquer une trentaine d'arrêtés, soit pour mettre en liberté des patriotes persécutés, soit pour s'assurer de quelques ennemis de la Révolution. Eh bien ! croira-t-on que ce seul mot de police générale a servi de prétexte pour mettre sur ma tête la responsabilité de toutes les opérations du comité de sûreté générale, des erreurs de toutes les autorités constituées, des crimes de tous mes ennemis? Il n'y a peut-être pas un incfividu arrêté, pas un citoyen vexé à qui l'on n'ait dit de moi : Voilà l'auteur de tes maux ; tu serais heureux et libre s'il n'existait plus. Gomment pourrais-je ou raconter ou deviner toutes les espèces d'impostures qui ont été clandestinement insinuées soit dans la Convention nationale, soit ailleurs, pour
me rendre odieux ou reedoutable? Je me bornerai à dire que depuis plus de six semaines la nature et la force de la calomnie, l'impuissance de faire le bien et d'arrêter le mal, m'ont forcé à abandonner absolument mes fonctions de membre du comité de salut public, et je jure qu'en cela môme, je n'ai consulté que ma raison et la patrie ? Je préfère ma qualité de représentant du peuple à celle de membre du comité de salut public, et je mets ma qualité d'homme et de citoyen français avant tout.
« Quoi qu'il en soit, voilà au moins six semaines que ma dictature est expirée., et que je n'ai aucune espèce d'influence sur le gouvernement : le patriotisme a-t-il été plus protégé? les factions plus timides? la patrie plus heureuse? Je le souhaite. Mais cette influence s'est bornée dans tous les temps à plaider la cause de la patrie devant la représentation nationale et au tribunal de la raison publique; il m'a été permis de combattre les factions qui vous menaçaient, j'ai voulu déraciner le système de corruption et de désordre qu'elles avaient établi, et que je regarde comme le seul obstacle à l'affermissement de la République : j'ai pensé qu'elle ne pouvait s'asseoir que sur les bases éternelles de la morale. Tout s'est ligné contre moi et contre ceux qui avaient les mêmes principes.
« Oh ! je la leur abandonnerai safis regret, ma vie ! J'ai l'expérience du passé, et je vois l'avenir! Quel ami de la patrie peut vouloir survivre au moment où il n'est plus permis de la servir et de défendre Tinnocence opprimée ! Pourquoi demeurer dans un ordre de choses où l'intrigue triomphe éternellement de la vérité, où la justice est un mensonge, où les plus viles passions, où les craintes les plus ridicules occupent dans les cœurs la place des intérêts sacrés de l'humanité? Comment supporter le supplice de voir cette horrible succession de traîtres plus ou moins habiles à cacher leur âme hideuse sous le voile de la vertu, et même de l'amitié, mais qui tous laisseront à la postérité l'embarras de
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décider lequel des ennemis de mon pays fut le plus lâche et le plus atroce? En voyant la multitude des vices que le torrent de la Révolution a roulés pêle-mêle avec les vertus civiques, j'ai craint quelquefois, je l'avoue, d'être souillé aux yeux de la postérité par le voisinage impur des hommes pervers qui s'introduisaient parmi les sincères amis de l'Iiumanité, et je m'applaudis de voir la fureur des Verrês et des Catilina de mon pays tracer une ligne profonde de démarcation entre eux et tous les gens de bien. J'ai vu dans l'histoire tous les défenseurs de la liberté accablés par la calomnie ; mais leurs oppresseurs sont morts aussi ! Les bons et les méchants disparaissent de la terre, mais à des conditions différentes. Français, ne souffrez pas que vos ennemis osent abaisser vos âmes et énerver vos vertus par leur désolante doctrine! Non, Chaumette, non, la mort n'est pas un sommeil éternel!... Citoyens, effacez des tombeaux cette maxime gravée par des mains sacrilèges, qui jette un crêpe funèbre sur la nature, qui décourage l'innocence opprimée, et qui insulte à la mort; gravez-y plutôt celle-ci : la mort est le commencement de l'immortalité l
« J'ai promis il y a quelque temps de laisser un testament redoutable aux oppresseurs du peuple. Je vais le publier dès ce moment avec l'indépendance qui convient à la situation où je me suis placé : je leur lègue la vérité terrible, et la mort!
« Représentants du peuple français, il est temps de reprendre la fierté et la hauteur du caractère qui vous convient. Vous n'êtes pas faits pour être régis, mais pour régir les dépositaires de votre confiance : les hommages qu'ils vous doivent ne consistent pas dans ces vaines llagorneries, dans ces récits flatteurs prodigués aux rois par des ministres ambitieux, mais dans la vérité, et surtout dans le respect profond pour vos principes. On vous a dit que tout est bien dans la République : je le nie...
« Notre situation intérieure est critique. Un système rar
sonnablede finances est à créer; celui qui règne aujourd'hui est mesquin, prodigue, tracassier, dévorant, et dans le fait absolument indépendant de votre surveillance suprême. Les relations extérieures sont absolument négligées; presque tous les agents employés chez les puissances étrangères, décriés par leur incivisme, ont trahi ouvertement la République avec une audace impunie jusqu'à ce jour.
« Le gouvernement révolutionnaire mérite toute votre attention : qu'il soit détruit aujourd'hui, demain la liberté n'est plus. Il ne faut pas le calomnier, mais le rappeler à son principe, le simplifier, diminuer la foule innombrable de ses » agents, les épurer surtout : il faut rendre la sécurité au peuple, mais non à ses ennemis. Il ne s'agit point d'entraver la justice du peuple par des formes nouvelles; la loi pénale doit nécessairement avoir quelque chose de vcgue, parce que le caractère actuel des conspirateurs étant la dissimulation et l'hypocri3ie, il faut que la justice puisse les saisir sous toutes les formes. Une seule manière de conspirer laissée impunie la rendrait illusoire et compromettrait le salut delà patrie. La garantie du patriotisme n'est donc pas dans la lenteur ni dans la faiblesse de la justice nationale, mais dans les principes et dans l'intégrité de ceux à qui elle est confiée, dans la bonne foi du gouvernement, dans la protection franche qu'il accorde aux patriotes, et dans l'énergie avec laquelle il comprime l'aristocratie; dans l'esprit public, dans certaines institutions morales et politiques qui, sans entraver la marche de la justice, offrent une sauve- . garde aux bons citoyens, en comprimant les mauvaises passions, par leur influence sur l'opinion publique et sur la direction de la marche révolutionnaire, et qui vous seront proposées quand les conspirations les plus voisines permettront aux amis de la liberté de respirer...
« Le gouvernement révolutionnaire a sauvé la patrie; il faut le sauver lui-même de tous les ôcueils : ce serait mal conclure de croire qu'il faut le détruire par cela seul que les
ennemis du bien public Pont d'abord paralysé, et s'efforcent maintenant de le corrompre. C'est une étrange manière de protéger les patriotes, de mettre en liberté les contre-révolutionnaires, et de faire triompher les fripons ! C'est la terreur du crime qui fait la sécurité de l'innocence...
o La contre-révolution est dans l'administration des finances.
a Elle porte en entier sur un système d'innovations contre-révolutionnaires, déguisé sous lesdebors du patriotisme. Elle a pour but de fomenter l'agiotage, d'ébranler le crédit public en déshonorant la loyauté française, de favoriser les riches créanciers, de ruiner et de désespérer les pauvres, de multiplier les mécontents, de dépouiller le peuple des biens nationaux, et d ? amener insensiblement la ruine de la fortune publique.
a Quels sont les administrateurs suprêmes de nos finances? Des brissotins, des feuillants, des aristocrates et des fripons connus; ce sont les Cambon, les Mallarmé, les Ramel : ce sont les compagnons et les successeurs de Chabot, de Fabre et de Julien (de Toulouse)...
« Voilà une partie du plan de la conspiration. Et à qui faut-il imputer ces maux? A nous-mêmes, à notre lâche faiblesse pour le crime, et à notre coupable abandon des principes proclamés par nous-mêmes. Ne nous y trompons pas ; fonder une immense République sur les bases de la raison et de l'égalité, resserrer, par un lien vigoureux toutes les parties de cet empire immense n'est pas une entreprise que la légèreté puisse consommer ; c'est le chef-d'œuvre de la vertu et de la raison humaine. Toutes les factions naissent en fouie du sein d'une grande Révolution ; comment les réprimer si vous ne soumettez sans cesse toutes les passions à la justice? Vous n'avez pas d'autre garant de la liberté que l'observation rigoureuse des principes et de la morale universelle que vous avez proclamés. Si la raison ne règne pas, il faut que le crime et l'ambition régnent; sans elle la vic-
toire n'est qu'un moyen d'ambition et un danger pour la liberté môme, un prétexte fatal dont l'intrigue abuse pour endormir le patriotisme sur les bords du précipice ; sans elle, qu'importe la victoire même! La victoire ne fait qu'armer l'ambition, endormir le patriotisme, éveiller l'orgueil et creuser de ses mains brillantes le tombeau de la République. Qu'importe que nos armées chassent devant elles les satellites armés des rois, si nous reculons devant les vices destructeurs de la liberté publique! Que nous importe de vaincre les rois, si nous sommes vaincus par les vices qui amènent la tyrannie!...
Dans la carrière où nous sommes, s'arrêter avant le terme c'est périr, et nous avons honteusement rétrogradé. Attendons-nous donc à tous les fléaux que peuvent entraîner les factions, qui s'agitent impunément. Au milieu de tant de passions ardentes, et dans un si vaste empire, les tyrans dont je vois les armées fugitives, mais non enveloppées, mais non exterminées, se retirent pour vous laisser en proie à vos dissensions intestines, qu'ils allument eux-mêmes, et à une armée d'agents criminels que vous ne savez pas môme apercevoir. Laissez flotter un moment les rênes de la révolution ; vous verrez le despotisme militaire s'en emparer, et les chefs des factions renverser la représentation nationale avilie ; un siècle de guerre civile et de calamités désolera notre patrie, et nous périrons pour n'avoir pas voulu saisir un moment marqué dans l'histoire des hommes pour fonder la liberté ; nous livrons notre patrie à un siècle de calamités, et les malédictions du peuple s'attacheront à notre mémoire, qui devait être chère au genre humain !...
a Peuple, souviens-toi que si dans la République la justice Tie règne pas avec un empire absolu, et si ce mot ne signifie pas l'amour de l'égalité et de la patrie, la liberté n'est qu'un vain nom ! Peuple, toi que l'on craint, que l'on flatte et que l'on méprise ; toi, souverain reconnu, que Ton traite toujours en esclave : souviens-toi que partout où la jus-
tice ne régne pas, ce sont les passions des magistrats, et que le peuple a changé de chaînes et non de destinées !
« Souviens-toi qu'il existe dans ton sein une ligue de fripons qui lutte contre la vertu publique, qui a plus d'influence que toi-même sur tes propres affaires, qui te redoute et te flatte en masse, mais te proscrit en détail dans la personne de tous les bons citoyens !...
« Sache que tout homme qui s'élèvera pour défendre la cause et la morale publiques sera accablé d'avanies et proscrit par les fripons; sache que tout ami de la liberté sera toujours placé entre un devoir et une calomnie ; que ceux qui ne pourront être accusés d'avoir trahi seront accusés d'ambition; que l'influence de la probité et des principes sera comparée à la force de la tyrannie et à la violence des factions ; que ta confiance et ton estime seront des titres de proscription pour tous tes amis; que les cris du patriotisme opprimé seront appelés des cris de sédition, et que, n'osant t'attaquer toi-même en masse, on te proscrira en détail dans la personne de tous les bons citoyens, jusqu'à ce que les ambitieux aient organisé leur tyrannie! Tel est l'empire des tyrans armés contre nous, telle est l'influence de leur ligue avec tous les hommes corrompus, toujours portés à les servir. Ainsi donc les scélérats nous imposent la loi de trahir le peuple, à peine d'être appelés dictateurs ! Souscrirons-nous à cette loi? Non! Défendons le peuple, au risque d'en être victimes ; qu'ils courent à l'échafaud par la route du crime, et nous par celle de la vertu !
« Dirons*nous que tout est bien? Continuerons-nous de louer par habitude ou par pratiquece qui est mai? Nous perdrions la patrie. Révélerons-nous les abus cachés? Dénoncerons-nous les traîtres? On nous dira que nous ébranlons les autorités constituées, que nous voulons acquérir à leurs dépens une influence personnelle. Que ferons-nous donc ? Notre devoir. Que peut-on objecter à celui qui veut dire la vérité, 4 et qui consent à mourir pour elle? Disons donc qu'il
existe une conspiration contre la liberté publique; qu'elle doit sa force à une coalition criminelle qui intrigue au sein même de la Convention; que cette coalition a des complices dans le comité de sûreté générale et dans le? bureaux de ce comité, qu'ils dominent; que les ennemis de la République ont opposé ce comité au comité de salut public, et constitué ainsi deux gouvernements; que des membres du comité de salut public entrent dans ce complot; que la coalition ainsi formée cherche à perdre les patriotes et la patrie. Quel est le remède à ce mal? Punir les traîtres, renouveler les bureaux du comité de sûreté générale, épurer ce comité luimême, et le subordonner au comité de salut public; épurer le comité de salut public lui-même, constituer l'unité du
ouvernement sous l'autorité suprême de la Convention nationale, qui est le centre et le juge, et écraser ainsi toutes les factions du poids de l'autorité nationale, pour élever sur leurs ruines la puissance de la justice et de la liberté ; tels sont les principes. S'il est impossible de les réclamer sans passer pour un ambitieux, j'en conclurai que les principes sont proscrits et que la tyrannie règne parmi nous, mais non que je doive le taire ; car que peut-on objecter à un homme qui a raison et qui sait mourir pour sou pays?
« Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner. Le temps n'est point arrivé où les hommes -de bien peuvent servir impunément la patrie; les défenseurs delà liberté ne seront que des proscrits tant que la horde des fripons dominera. »
Sur la motion de Couthon, et malgré l'opposition de Bourdon de l'Oise la Convention vote l'impression de ce discours et son envoi aux départements. Mais Cambon, Vadier, Billault-Varennes s'élèvent contre diverses parties du discours de Robespierre; ils l'accusent de paralyser la volonté de la Convention nationale et d'aspirer à la dictature.
Panis reproche à Robespierre de faire chasser des Jacobins oui bon lui semble. 11 se plaint des calomnies dont il
a été abreuvé, et tous les meilleurs patriotes avec lui. Il demande que Robespierre s'explique sur son compte ainsi que sur le compte de Fouché 1 (on applaudit).
Robespierre. Mon opinion est indépendante : on ne tirera jamais de moi une rétractation qui n'est point dans mon cœur; en jetant mon bouclier, je me suis présenté à découvert à mes ennemis ; je n'ai flatté personne, je ne crains personne, je n'ai calomnié personne. J'ai fait mon devoir, c'est aux autres à faire le leur.
Bentabole et Charlieu insistent pour que le discours de Robespierre soit renvoyé à l'examen des comités.
Robespierre : Quoi! j'aurai eu le courage de venir déposer dans le sein de là Convention des vérités que je crois nécessaires au salut de la patrie, et l'on enverrait mon discours à l'examen des membres que j'accuse! (on murmure.)
Amar, Barère, Thirion reprochent à Robespierre de n'avoir pas nommé ceux qu'il accuse et d'être resté dans des inculpations vagues : « 11 ne faut pas, dit Amar, qu'un homme se mette à la place de tous, il ne faut pas que la Convention nationale coit troublée par les intérêts d'un amour-propre blessé. » Sur ces observations le décret qui ordonnait l'envoi du discours est rapporté.
Le lendemain, 9 Thermidor, Saint-Just monte à la tribune et il entame un discours dans le môme sens que celui que Robespierre avait lu la veille. 11 est interrompu par Tallien et par Billault-Varennes, qui reprochent à Robespierre et à
1. Robespierre avait dénoncé Fouché aux Jacobins, pour sa conduite à Lyon. Celui-ci ayant écrit à la société pour lui demander de ne statuer à son égard que lorsque les comités de salut public et de sûreté générale auraient prononcé sur son sort : « Pourquoi ne se montret-iipas? s'était écrié Robespierre à la lecture de cette lettre, craintil les yeux et les oreilles du peuple? craint-il que sa triste figure ne présente visiblement le crime? que six mille regards fixés sur lui ne découvrent dans ses yeux son âme tout entière, et qu'en dépit de la nature qui les a cachés, on y lise ses pensées ? »
Saint-Just d'avoir arrêté les meilleurs patriotes, de vouloir mutiler, détruire la Convention. Billault-Varennesdit que si Robespierre s'est retiré du Comité de salut public, c'est parce qu'ayant fait sa volonté pendant six mois, il y a trouvé de la résistance au moment, où, seul, il a voulu faire rendre le décret du 22 prairial : ce décret qui dans les mains impures qu'il avait choisies pouvait être si funeste aux patriotes ! Tallien dénonce la séance de la veille aux Ja- « cobins : « J'ai vu hier la séance des Jacobins : j'ai frémi pour la patrie; j'ai vu se former l'armée du nouveau Cromwell, et je me suis armé d'un poignard pour lui percer le sein si la Convention nationale n'avait pas le courage de le décréter d'accusation. » Les deux propositions de Tallien que la Convention décrète la permanence de ses séances jusqu'à ce que le glaive de la loi ait assuré la Révolution et que l'on ordonne l'arrestation des créatures de Robespierre, à commencer par Henriot et son état-major, — sont adoptées au milieu des plus vifs applaudissements et des cris de vive la république.
Billault-Varennes demande l'arrestation de Dumas, de Boulanger, de Dufraisse. Cette proposition est décrétée.
Robespierre insiste pour avoir la parole.
Sa voix est étouffée par les cris de : A bas le tyran! à bas le tyran!
La parole est donnée à Barère, qui au nom du Comité de salut public, dénonce les efforts pour produire des mouveinen ts dans le peu pie, pour saisir le pouvoir national au milieu d'une crise préparée. Les comités se sont demandé notamment pourquoi il existait encore au milieu de Paris un régime militaire semblable à celui qui existait du temps des rois ; pourquoi tous ces commandants perpétuels, avec étatmajor, d'une force armée immense. Il propose un décret qui est aussitôt adopté, portant que tous grades supérieurs ù celui de chef de légion sont supprimés, et que la gardo nationale reprendra sa première organisation.
On reprend la discussion.
Vadier recommence les récriminations contre Robespierre, et rappelant l'affaire de Catherine Théos, il dit qu'on lui faisait l'honneur d'un culte nouveau. Il lui reproche ses vexations contre les patriotes : « A entendre Robespierre, il est le défenseur unique de la liberté; il en désespère, il va tout quitter; il est d'une modestie rare, et il a pour refrain perpétuel : « Je suis opprimé, on m'interdit la parole; » et il n'y a que lui qui parle utilement, car sa volonté est toujours faite. Il dit : « un tel conspire contre moi, qui suis Tarni par excellence de la république, donc il conspire contre la république. » Cette logique est neuve.
Tallien demande la parole pour ramener la discussion à son vrai point.
Robespierre : Je saurai l'y ramener (on murmure).
La Convention accorde la parole à Tallien, qui trouve toute la conspiration de Robespierre dans son discours prononcé la veille à la Convention et répété aux Jacobins, et qui énumôre les actes d'oppression particuliers dont il fait remonter la responsabilité à Robespierre.
Robespierre interrompt, au milieu des violents murmures de l'Assemblée.
Louchet demande le décret d'arrestation contre Robespierre.
Loseau : Il est constant que Robespierre a été dominateur; je demande par cela seul le décret d'accusation.
Robespierre jeune : Je suis aussi coupable que mon frère; je parlage ses vertus. Je demande aussi le décret d'arrestation contre moi.
« Robespierre, dit le Moniteur, apostrophe le président (Thuriot) et les membres de l'Assemblée dans les termes les plus injurieux. » On connaît le mot fameux : «Président, d'assassins, je demande la parole. »
L'arrestatiou de Robespierre est décrétée, ainsi que celle de Saint-Just, Couthon, Robespierre jeune. Fréron s'écrie
alors : * Citoyens collègues, la patrie, en ce jour, et la liberté sont sorties de leurs ruines.» — Robespierre : « Oui, car les brigands triomphent. »
Gollot-d'Herbois : « Citoyens, il esf vrai de le dire, vous venez de sauver la patrie. Vos ennemis disaient qu'il fallait encore une insurrection du 31 mai. »
Robespierre : a 11 en a menti. » L'Assemblée fait éclater la plus vive indignation. On réclame l'exécution du décret d'arrestation, et les accusés sont amenés pendant que Gollotd'Herbois poursuit son discours, reprochant à Robespierre et à Saint-Just devoir accusé et poursuivi « tous les hommes courageux qui s'opposaient au despotisme de ces nouveaux tyrans. »
Nous empruntons à la biographie de Robespierre, par M. Hamel, le récit de son dernier jour :
« Conduit d'abord au Luxembourg, où il avait été refusé par le concierge, Robespierre s'était fiait mener à l'administration de la police, dont les bureaux occupaient quai des Orfèvres l'hôtel de la préfecture de police récemment démoli. Ce fut là que Coffinhal le délivra presque de force, pour le conduire à l'Hôtel-de-Ville, où, à la nouvelle des événements, le maire Fleuriot Lescot et l'agent national Payan, qui n'avaient pas balancé un instant à prendre parti pour Robespierre, avaient convoqué les membres de la commune. Là, furent menés aussi Robespierre jeune, Saint-Just, Couthon et Lebas. Au dehors, Henriot parcourait la ville en criant qu'on voulait perdre les meilleurs patriotes, et tel était l'ascendant moral de Robespierre qu'un moment son influence balança celle de la Convention tout entière. Pour la détruire, les thermidoriens furent obligés de recourir à un mensonge; ils firent courir le bruit que Robespierre venait d'être convaincu de conspirer pour les Bourbons, £t prétendirent qu'on avait trouvé chez lui un cachet à fleurs de lis. Cependant, à la commune, on le conjurait d'adresser une proclamation au peuple et à l'armée;
mais « au nom de qui? » demanda Robespierre, qui donna en ce moment une dernière preuve de son respect pour la Constitution. On était enfin parvenu à obtenir qu'il signât un appel à la section des piques, rédigé par Lerebours, commissaire de la commission des.secours publics; déjà il avait écrit deux lettres de son nom, quand un gendarme du nom de Méda pénétra dans la salle du conseil, et tira sur lui à bout portant un coup de pistolet, qui lui brisa la mâchoire. Cet assassinat mit fin à la résistance de la commune ; il était alors une heure et demie du matin. Transporté sur une civière au comité de sûreté générale, Robespierre y fut l'objet de toutes sortes d'insultes. Pas une plainte ne s'échappa de sa bouche dans ces cruels instants ; son calme ne se démentit pas une minute. »
Le 10 thermidor au soir, on dressa exceptionnellement l'échafaud sur la place de la Révolution, d'où on Pavait banni depuis quelque temps, et les têtes de Robespierre et de ses amis tombèrent « au milieu des acclamations d'un peuple immense et des cris mille fois répétés de : Vive la République! Vive la Convention! »
« Robespierre mourut pauvre comme il avait vécu, dit M. Hamel. On ne trouva chez (lui qu'un assignat de cinquante livres et quelques mandats pour son indemnité de député à l'Assemblée constituante qu'il avait négligé de toucher. Il avait trente-six ans et trois mois. »