UNG AMOUREUX
se complaignant.
ni pstcelluyqui pourroit raconter, ^> Dire et conter, et sans se mesconter.
Les grands regretz que mon las cueui-
[ endure ?
Qui est celluy qui se vouldroit vanter De lamenter et son dueil augmenter Pour absenter le mien qui tousjours dure? Chaleur me point, si fait aspre froidure ; Fiebvre dure me saisist et pourchasse, Joye me fuyt, courroux me suyt et chasse.
Que vault avoir port, sup])ort, acointance, Aliance, nouvelle congnoissance.
Et estre prins et ravy de quelqu'une ? Que vault amour, qui n'a la jouissance? Sans ses ' pointz là, amour n'est chose aucune. Quant est de moy, je ne veulx aymer qu'une, Et prens plaisir à la veoir et ouyr;
I. CoUerye met souvent se ou ses pour ce ou ces, et re'ciproquement. Xous nous contentons d'indiquer ce de'tail d'orthographe, qui est peut-être une faute, et que du reste nous ne respecterons pas, à cause de l'obscurité qu'il jetteroit dans la plupart des passages oii nous le rencontrerons.
■20 Épistres.
Mais neantmoins, d"elle ne puis jouyr.
Triste et pensif, à part moy je me plains Et me complains par chemins et par plains, Voyant sur moy courir telle fortune.
En souspirant tous mes membres j'estrains, Et me contrainclz par très angoisseux trains En larmoyant ma tristesse importune Helas, Dame, soyez moy oportune.
Ou aultreraent vous voirrez soubz la lame Mon corps gésir, et de moy partir Famé. A tout jamais je me veulx dédier, Estudier, et plus huy que de hier, A vous aymer ; las ! ne l'ignorez pas ! Donc, pour garder mon cueur de tedier, Fastidier, veuillez remédier A mon grief mal, plus viste que le pas. Si vous voulez de moy veoir le trespas, Tost le verrez, se n'en avez pitié.
Au grant besoin congnoist on l'amytié!
Il vous plaira, considéré mon faict En dit et faict, d'ung bon vouloir parfaict Entériner ma demande et requeste ; En ce faisant, mon cueur pale et deffaict , Sans autre effait sera gay et refait, Comme ung amant qui gaigne et qui conqueste. Pour le présent ne veulx faire autre queste Fors seullement que vous veoir face à face, Et mon plaisir avecques vous je face.
.PISTRES.
A la plus des plus gracieuse Demourant en ceste cité, Doulce , humaine et solacieuse , Luy soit cest escript recité > .
^) u mouvement de mon cueur et esprit, Ung jour passé, grant désir me surprit De collauder et priser une Dame ; *&> En la voyant son doulx maintien me prist Par ung regard que mon œil y comprist De l'estimer de cueur, de corps et d'ame.
Or de l'aymer je n'en puis avoir blasme. En luy gardant en tous lieux son honneur, !) ne m'en peult advenir que bon heur. De grant beaulté, de doulceur, de clémence, Remplie elle est, là fault que je commence Sans reciter ne déclarer son nom.
Ses père et mère, ayant fait la semence De telle fleur, une louange immense Doibvent avoir, et par tout bon renom.
Est il besoing que je la nomme? Non; Pour le dangier qu'on ait sur elle envie Ne le diray, tant que seray en vie.