‹ Œuvres de Roger de ColleryeChapitre 15 sur 134 · UNE AMOUREUSE · texte numérisé non relu

UNE AMOUREUSE

escoutant parler ledit Amoureux,

qnerant pareillement et demandant son amy,

luy respond ainsi qu'il s'ensuit.

ostre amour n'est pas à blasnier, Gentil seigneur, veu voz beaulxditz; Vous oyant, me faictes pasmer.

Et presque mon cueur entamer,

Et est ainsi que je le dis.

Vous demandez, par voz esditz,

Une qu'aymez de cueur entier;

Ainsi que vous, sans contreditz.

Le mien amy, des foys bien dix,

Ay demandé en ce quartier.

Je ne le veiz puis avant hier.

Qu'à mon gré avec moy l'avoye.

Je l'ay quis icy, au moustier ;

Helas! de le veoir m'est mestier

24 Épistres.

Où qu'il soit, en place ou en voye !

J'ay grant pour qu'on ne le forvoye En quelque lieu, où on l'escoute!

En effecl, se je le sçavoye, Et feust-il jusques en Savoye, .l'yrois après, sans quelque doubte.

Las! son amour beaucoup me couste, Non pas en or, ny en argent, Mais en regretz où je me boute, Qui ma joye et plaisir déboute.

Et rend mon cueur tout indigent.

C'est le plus gay, c'est le plus gent. C'est le meilleur qu'onques je veiz; De bien aymer n'est négligent, Et sçait trop mieulx son entregent Qu'homme qui soit, à mon advis.

Mes espritz en sont si ravis Qu'à chose qu'il soit je ne pense, Sinon pour ouyr ses devis Et de se tenir viz-à-viz De moy. pour toute recompense.

Épistres.

Page 1