‹ Œuvres de Roger de ColleryeChapitre 65 sur 134 · I. Ce n'est servi que chez les avares · texte numérisé non relu

I. Ce n'est servi que chez les avares

?.. M. A. de Jlontaiglon me communique sur ce passage la note suivante : Rien n'est plus fréquent que de voir aux portails des églises romanes et ogivales les figures de r Ancienne et de la Nouvelle Loi. La seconde porte la Croix et le pennon triomphal et a le front ceint de la couronne. La lance que tient la première se brise en morceaux dans sa main; la couronne tombe de sa tête, et ses j'eux sont couverts d'un bandeau pour signifier l'aveuglement qui l'a conduite à sa perte. C'est e'videmment "a cette représentation que fait allusion le vers archéologiquement si juste de R. de Collerve.

DE DEUX Enfants.

Le Freue.

Les vogues.

La Seur.

Je ne dueil que des vieilles dogues Qui font les sucrées.

C'est la guyse.

La Seur.

Mon frère, il est temps qu'on s'avise D'aller autre part caqueter.

Le Frère.

Prenons congié.

La Seur.

Pour la remise, Regardons se la nappe est mise Et nous en allons banqueter.

SEllMON POUR UNE NOPCE

LE PRESCHEiR, habillé en femme.

THEUME Audi, fiiia, et vide.

<^^.iu>i5^ e theume que j"ay dévidé h /^^^M Est escript d'une grosse j

plume

^y^ Aussi pesante qu'une enclume, Et d'un vielz psauUier enfumé

I. Il existe deux autres versions de ce sermon; l'une, in-80, de 4 feuillets, a e'té imprime'e a Rouen chez Loys Costé, libraire, rue Escuyère, aux Trois Croix couronnées, sous ce titre : Discours joyeux pour advertir la Nouvelle Mariée de ce qu'elle doit faire lu première nuicl, et réimprimée chez Guiraudet, i83o, in-i6 de i?. feuillets.

L'autre version, sans date, a été imprimée à Lyon sous ce titre : Plaisant discours et avertissement aux Nouvelles Mariées pour se bien et proprement comporter la première miicl de leurs nopces, recité à ung valet par un jeune homme Lyonnais, le jour du Jendy Gras dernier, et réimprimée chez Pinard, i83o 1 in- 12 de i5 pages, tiré à 60 exemplaires).

L'éditeur de cette dernière réimjîrcssion accuse son collègue d'avoir fait une édition honteuse ; il ignore l'existence du texte de Loys Costé, texte très-mauvais en effet, que la réimpression in-i6 a copié littéralement, de telle sorte qu'en résumé c'est a Loys Costé que remontent les reproches amers prodigués si complaisamment a l'éditeur im-

1 1 2 Sermon

Je l'ay extraict et escumé Affin d'en faire ung bon brouet.

A propos, ung chartier sans fouet Qui ne dit dea ne hurehau, Pourroit-il toucher son chevau,

primé chez Guiraudet, par réditeur imprimé chez Pinard. Ce dernier eût pu sans doute remplacer quelques-uns de ces reproches par quelques recherches qui lui eussent i)rocuré un texte plus complet et fait connaître, dans Roger de Collerye, l'auteur de la pièce.

Ces sermons grotesques tirent leur origine, indirectement, il est vrai, et a titre de caricature, des mystères. Les habitudes et les traditions littéraires nées de la Foi religieuse, existoient encore, lorsque la Foi elle-même avoit perdu cette iutiuence qui lui avoit donné presque entièrement la direction de la littérature au moyen âge. Les esprits railleurs de la tin du xve siècle et du commencement du xvie trouvoient quelque chose de ridicule et de bouffon dans les naïvetés des mystères , naïvetés dont ils avoieut oublié les origines, et ([ui étoient un des côtés d'un art admirable qu'ils ne pouvoient plus comprendre. Ils firent un premier pas , timide encore , dans cette voie de caricature, et ils créèrent le genre des Sermons et Légendes simplement gais et naïvement grotesques ; c'est à cet ordre qu'appartiennent le Récit du martyre de monseigneur Saint-Hareng et les autres Légendes bouffonnes de ce genre. Quelques autres firent un pas de plus, et débitèrent, comme le fait ici R. de Collerye, des sermons naïvement obscènes. Enfin , la Réforme s'empara habilement de ces naïvetés, et les détourna de leur but primitif; elle en méconnut l'esprit , les supposa hostiles la où elles n'étaient que gaies, les rendit, du reste, acres et venimeuses, et les fit passer de l'état de simples bouffonneries a l'état d'armes de guerre. C'est sur ces données que repose tout entière VApotogie d'Henry Estienne ; et il ne faut pas oublier ces traditions inoffensives de l'esprit trouvère, si l'on veut jeter quelque lumière nouvelle sur les mystérieusrs origines du genre et de l'art de Rabelais.

POUR UNE NOPCE. ii3

Sa j amont, son asnc ou sa beste?

Jamais, car ung homme sans teste N'a point besoing de chapperon Ne de picquer de l'esperon ; Qu'il soit ainsi, sans faire espreuve Soubdainement je vous le preuve :

Je prens le cas qu'une fillette Frisque, gaillarde et guillerette Veult estre aujourd'huy mariée Et à ung masle apparée, Assavoir mon s'il se peult faire Pour à son plaisir satisfaire?

Je veulx dire que ouy, pourveu Que le marié soit pourveu D'ung baston à feu et d'oultilz Soudains, ligiers, chaulx, et hatifz.

Sans instrumens on ne faict rien En telz cas, vous le scavez bien.

Laissons cela et retournons ' A nostre theume, et revenons Au point principal : qui pourra, En face ainsi comme il vouldra; Car je suis bien seure et certaine Qui joustera à la quintaine *, Avant qu'il soit demain matin, Sans trop escumer le latin,

I. Les 20 vers suivants manquent dans les deux autres versions.

■>. Que celui qui joutera, etc., pourra bien de'fricher, etc.

ii4 Sermon

Je dy qu'on peull bien défricher Ung terrouer, sans dénicher Le trou où estoienl les oyseaulx.

Tout soudain chaussa ses houseaulx', Puis après monta à cheval, Et en courant à mont, à val, Pour éviter les grans dangers, Cuydant arriver à Angiers Il vint coucher à Carcassonne ^.

Or, avant que la cloche sonne.

De peur de perdre mon mémoire, Je vous pry donnez moi à boire.

{Elle boijt.) Beaucoup de gens treuvent estrange De veoir ung dyable avec ung ange ; Petis musequins, fines trongnes, Friquelimiques fatrillonnes, Escoutez bien et retenez, Oyez, entendez, aprenez Le bien f[u'on a en mariage :

Le premier an, de franc courage On s'entrebaise, on s'entracoUe, On jaze, on caqueté, on bricolle.

On faict le dvable de Vauvert ' ;

I. Sans cloute ce de'fi'icheur dont il parle plus haut ; cette partie, du reste, semble vouloir prendre les allures du coq-a-l'âne.

s. Jeu de mots sur aage et sur carrasse.

3. Vauvert , habitation située a l'endroit où se trouve actuellement l'Observatoire de Paris. Les diables s'en étaient

POUR UNE NOPCE. Il5

Jamais il n'y a feu couvert ;

Tout va sen dessoubz, pelle melle.

S'il vient qu'el soit belle fumelle,

Le povre mary s'esvertue

De labourer, tant qu'il s'en lue;

Puis à deffricher il s'aplique

Si fort, qu'il en demeure éthique.

L'an d'après, jà escorniflé Voyant qu'elle a le ventre enflé ', 11 se commence à soucyer.

Et à chagrin s'assocyer; Il plaint la teste, puis les dents.

Et a les oreilles pendans Ne plus ne moins comme un lymier.

S'il advient qu'il soit coustumier De faire ung enfant tous les ans, Telz jeux ne luy sont plus plaisans; Et bien souvent, pour leur entrée.

Font deux enfans d'une ventrée.

Qui est lors esbay? C'est il.

En disant: « mauldit soit l'ostil.

Le fourneau, la forge, et le moule, »

On le faict tenir pied à boule Et recommancer à l'ouvrage

emparés, et y firent rage jusqu'en laSi, époque où saint Louis y installa un couvent de Chartreux.

I. Ce vers est omis dans l'édition de Rouen; il est remplacé dans l'édition de Lyon par celui-ci :

Eschioé, blesme, essoufflé.

ii6 Sermon

Qui est subject à mariage.

Et, après qu'il a folâtré,

Il vouldroit bien estre châtré

Quant il voit que sa femme est grosse.

Si en arez vous ceste endosse,

Vous aultres jeunes mariez.

Et serez tansez, hariez

De voz femmes à tous propos.

Y cuydez-vous avoir repos

En mariage, mes mignons?

Ouy dea ! de beaulx bons compaignons

Ne s'en font aujourd'huy que rire;

Et puis à chacun ilz vont dire.

Quant quelcun s'est apparié :

Et voyla Trop tost maryé,

Qui en est Jobelin bridé.

Audi, Jilia, et vide.

Prinse ' .

Avant qu'en ma matière entrer, A genoulx il vous fault veautrer Devant nostre belle espousée, En luy disant : « doulce rosée, Dieu te doint ung bien bon confort, S'il advient que trop grant effort Te face la nuyt ton mary ; Et que ton cœur ne soit marry

I. Entrée en matière. Ce mot manque dans les deux autres éditions.

De l'assault qu'il te donnera, Car je croy qu'il s'adonnera Celle nuyt entre deux blancs draps A t'acoller gay, bras à bras.

Et te donra tel coup de lanc€ Qu'elle entrera jusqu'à ta pance ; 11 est vrai, c'est un point vuydé. »

Audi, filia, et vide.

Pour tant qu'il n'advient pas souvent ' Qu'en ung monstier n'en ung couvent On veoit ainsi prescher les femmes, Je vous diray, seigneurs et dames.

Qu'il est bien de nécessité.

Autant en ville qu'en cité Que femmes preschent la raison; Le temps le veult et la saison.

La femme retient à ung coup Choses assez, et plus beaucoup Que ne faict l'homme en maintz endroitz, Posé que les loix et les droitz Soustiennent que l'homme comprent Plus que la femme ; mais el' prent A toutes mains quant on luy baille.

A celle fin que je ne saille Du coq à l'asne* , somme toute,

i. Les i5 vers suivants manquent aux autres éditions. 2. Cet hémistiche est remplacé dans les deux autres éditions par celui-ci :

Faictes silence.

"8 Sermon

li est besoing que l'on escoute Mon preschement et ma doctrine.

Se l'espousé plaint la poitrine Demain au matin, ou la teste, Je suys d'avis qu'on lui appreste Le beau petit cliaudeau Flamant ', Et qu'il ne soit point si gourment De le humer tout seul, sans elle, Qu'il a gardée d'estre pucelle.

Si est il bien en lui d'atendre Jusqu'à troys jours sans y entendre.

Ainsi que fist le bon Tliobie.

Mais s'elle veult estre fourbye, Ainsi qu'il survient en sursault, Sans luy livrer trop dur assault, Je suis bien d'avis qu'il la traicte De trois bons coups tous d'une traicte. Et si le courage luy croist, Qu'elle ait des verges sainct Benoist, Car l'église l'a décidé, Audi, filia, et vide.

Les œuvres de miséricorde Vous recommander je m'accorde Avant que plus loing procéder.

Qu'il vous plaise d'intercéder Pour toutes femmes çà et là Qui, par la faulte de cela,

I. Voyez la recette de ce potage dans le Ménagier de Paris, tome II. page a4r.

Meurent en grant affliction,

Comme on dict, sans confession.

Seigneurs d'esglise, pourvoyez

En leurs cas, ainsi que voyez,

Congnoissant leur fragilité.

Secourez les en charité :

Sans charité nul n'entrera

En Paradis, ne montera.

En a{)rès, je vous recommande.

Ainsi que la loy le commande,

Tous povres amoureux transifz.

J'en congnois plus de trente-six

Qui chassent fort, mais rien ne prennent.

Quant ilz voient que bien peu comprennent

Avec leur dame, ilz vont les nuytz

Baiser la cliquette de l'huytz.

Bien souvent, quant on les y voit,

Quelqu'un la cliquette pourvoit,

Autant les lundys que mardys,

De bran ou de dyamerdys.

Voyant, les povres amoureux,

Qu'ils sont trompez, tresdouloureux

S'en vont coucher sans faire bruyt

Et ne vont plus courir de nuyt.

En général et en commun *

Vous recommande tout chascun

.-Judi, filia, et vide.

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