I. Les ^6 vers suivants manquent aux deux autres e'ditions
I20 Sermon
Or, ay-je assez bien procédé Jusques icy, comme il me semble.
Pendant que nous sommes ensemble Je vous veulx apprendre et monstrêr Ung peu de bien, et remonstrer L'ignorance de ces fillettes Qui ayment le jeu des billettes, A plusieurs se laissent picquer Sans riens gaigner ne praticquer.
Escoutez, dresses voz oreilles :
Nous avons veus de grans merveilles Depuis certains temps. N'avons pas?
Or disons, ])arlant par compas, Esse raison, à vostre advis, Que, pour quaquet ou pour devis.
Pour promectre et rien ne tenir, Ung monsieur doibve parvenir.
Du premier coup, à son ataincte ?
Je dy que non : telle contraincte Ne rend point la fille subjecte.
Mais s'il advient qu'il luy gecte.
Pour acquérir sa bonne grâce, Dix, douze escuz de prime face, La fillette, sans se surprendre Les doit empoigner et les prendre.
Car il n'est acquest que de don Ne dancer qu'au joly bedon '.
r. Petit tambour qui accompagne géne'ralement la flûte.
Mais de s aller habandonner.
Sans quelque chose luy donner, Je n'en suis pas d'oj)pinion.
Jamais de son corps l'union Ne doit consentir, s'elle est sage, Sans or, ou argent, ou bon gage; Et par ainsi il est brydé Aiidi^ Jilia, et vide.
J'ay veu tel galant qui se vente Que les filles luy doibvent rente, Et qu'il leur faict tel grant honneur De les prier de deshonneur ; D'autant qu'il est plus fier qu'ung pet, Laissez le là comme suspect Et comme sot oultrecuydé .ludi, Jilia, et vide.
Encor ung mot, et puis après Nous ferons fin ; car, par exprès, Je suis icy pour tesmoingner.
Et pour fillettes enseigner, Qui ne sont fines ne ruzées Jusques à ce que soient usées.
Sainct Jehan ! Ce n'est pas la façon, Car jeune chair et vielx poisson Ont le bruyt, pour le temps qui court. J'ay autresfoys hanté la court Où j'ay aprins et retenu, Et maint bon gallant soustenu.
Du temps qu'estoye en jeune aage
112 Sermon pour une >jopce.
Il ny avoit varlet ne page Qui ne fust joyeulx de me voir.
Mais depuis qu'on m'a veu avoir Les grans rydes que j'ay au fronc On ne m'a prisé ung estronc.
Et par ainsi, mes jeunes filles, Ne faictes fourbir vos coquilles A seigneurs n'y à coquibus, S'ilz ne vous baillent des quibus.
Ce pendant que vous estes jeunes , Ne gardez ne festes ne jeunes ; Toutesfois, ne vous laissez pas Tumber plus viste que le pas.
Mais si quelqu'un de vous s'abuse ', Monstrez que vous sçavez la ruze Comment on se doibt gouverner Affm de le bien yverner ; Qu'il me soit mené et guydé.
.4udi, Jilia, et vide.
Qui sera, sansdilation, De nostre prédication L'achèvement, et bien couché Ainsy que je vous ay touché.