COMPLAINCTE
d'ung po%Te bomme infortuné.
e froit m'assault et m'est ung peu bien aigre, Mes habis sont tous doublez de vinaigre, Mes créditeurs en ont eu la toison.
'uJt^iâ Plus que merlan ma bource Ireuve mesgre ;
Comme ung laquetz j'ay piedz et corps allègre,
}iJais de courir ne sçay plus qu'ung oison.
Rime, en mon cas, je ne voy ne raison.
S'il ne me vient d'Aucerre ou de Nemours
Or ou argent, quelque peu ou foison,
.le prens congé de mes belles amours.
La croix sur moy nullement je ne porte,
La pille aussi me laisse, et se transporte
Où il luy plaist, et m'a habandonné.
Homme ne voy qui me plainct et supporte.
Je frappe assez au guichet, à la porte.
Et neantmoins il ne m'est rien donné.
Mais s'ainsi est que Dieu ait ordonné
Que sois du tout exempt de charité,
.Te luy supply qu'il me soit pardonné
i64 COMPLAtNCTES.
De demander ce que n'ay mérité.
Ung bon coquin garny de sa besace Qui va et vient, et qui quiert et qui trace, Et qui se voit cinq, six fois esconduyt, Ne s'en va point, posé qu'on le menace, Ne pour telz motz, qu'on luy dict : preu vous Si de cryer et pryer il est duyt. [face ,
Le tout ouy et en bon sens reduyt. J'en ay conclud, du povre Infortuné, Qu'il est souvent de son esprit séduit Et de malheur par Trop importuné.