Fou, niais. Dans les pièces de cette première moitié
LES HABIT ANS d'AuXEURE y
Ou on n'en viendra point à bout.
Faictes les soustenir debout, Entendez-vous, Peuple Fninçois.
Hz sont larrons comm' Escossoys, Qui vont pillotant les villaiges.
PEUPLE FRANÇOIS
Boullengiers payez de leurs gaiges Seront, pour vray, quelque matin.
JENIN
Se je sçavois parler latin , Ainsi que font ces Cordeliers, J'arois de blé les plains garniers, Et si en ferois bon marché.
Toutesfois, si ont ilz craché, Depuis peu de temps, au bassin, Maulgré leurs dents, pour leur larcin; Mais quoy ! ilz font pis que devant.
PEUPLE FRANÇOIS
Laissons ce propos.
du xvie siècle, le badin e'toit un personnage de convention destiné a jouer un rôle analogue a celui du gracioso du théâtre csjjagnol et des pièces de Shakspeare. Mais c'est un gracioso gaulois, chez lequel dominent , comme qualités destinées a faire rire, la bonhomie, la naïveté, la simplicité crédule, etc. Il présente fréquemment pourtant ce double caractère de folie et de ruse qui distinguoit les fous en titre d'office. Il avoit du reste un habit de convention, et on en rencontre dans les pièces de ce temps : ici entre un tel accoustré en badin. Ce personnage ne dura guère; peut-être même ne joua-t-il un rôle fréquent que dans le théâtre de certaines provinces, et en p.irticulier de la province Bourguignonne.
10 bATYRE POUR
JENIN
Tout avant :
On scet bien qu'ilz ne valent rien.
Or, je m'en vois par bon moyen Entretenir Joyeuseté.
La belle, où avez-vous esté Depuis le temps que ne vous veiz ?
JOYEUSETÉ
Jenin Ma Fluste, à ton advis.
Que te semble de ma personne ?
JENIN
Quant ce vient que la cloche sonne, .le m'en vois courir au moustier.
JOYEUSETÉ
(Test bien rentré.
JENIN
.l'ay bon mestier D'avaller ung verre de vin ; Hé! hé! j'ay esté au devin Pour sçavoir quant Bon Temps viendra En ce pays, et s'y tiendra.
Ma foy, j'ay grant fain de le veoir.
Ha! se Bon Temps je puis avoir Vous verrez bien Jenin Ma Huste Tirer souvent contre la bute, J'entens au pot et au godet.
Jamais ce folastre Bodet
LES IIABITANS d'AuXERBE. h
Ne fut si brave que je suis.
Quantz chevilles en ung pertuys Y en fault-il, dictes le moy?
JOYEUSETÉ
Tu n'es qu'un sot.
JENIN
J'ay veu le Roy, Et aussi la Royne Aliéner, Qui est richement parée d'or, Voire vrayment qui est bien fin, Et aussi monsieur le Dauphin Et le petit Duc d'Orléans.
LE VIGNERON
Tu les a veuz?
JENlN.
J'estois leans.
Et vous y veiz, Joyeuselé.
PEUPLE FRANÇOIS
Jenin, c'est assez caqueté Parler nous fault d'autre matière.
JENIN
Je prins arsoir en ma ratière Plus de quatre-vingts souriceaux.
PEUPLE FRANÇOIS
Tais-toy, ou tu aras les seaulx '.
T. Des douches, a, titre de fou. Peut>être faut-il voir là un jeu de mots sui- le mot seau, sceaux, tu seras assez fou pour
12 Satyre pour
Enteus-tu bien, Jenin Ma Flûte?
JENIN
Pour tirer d'une hacquebute
Je n'en crains Martin ne Gaultier. '
LE VIGNERON
Il fault mectre sur le mestier Aucuns usuriers dépravez, Gros et gras et plus detravez ^ Que pourceaulx en la mengeoire.
JENIN
Coupper leur fault comme a ung haire '^ La queue près du cul
LE VIGNERON
C'est raison ; Car, par finesse et traïson.
En se monstrant fier et reberbe, Vont achapter le blé en herbe Et n'en font point de conscience.
PEUPLE FRANÇOIS
Et par leur damnable science Sur aucuns jeunes marjolletz,
être cliaiiceliev ; mais ce genre de raillerie rabelaisienne est rare chez CoUerye , dont la satire est généralement simple, brutale, sans recherche et sans arrière-pensée.
1 . Deux noms qui sont , dans la bourgeoisie champenoise du xve siècle, synonymes de gens malins, habiles, et a bonnes fortunes.