AU BAL
Beau masque , on vous connaît ; la preuve , la voici.
Vous êtes et belle , et jolie;
£t pourtant la nature oublie Sur cbacun de vos yeux la moitié d'un sourcil.
Ce caprice a même son charme , '
Uamour a su s'en feîre «ne arme ;
Et n'a-t-il pas souvent blessé,
En se servant d'un arc cassé ?
Vous savez bien que votre oreille
A le renom d'une merveille ; Dans vos yeux noirs, tout se pemt vivement ^ La rougeur aisément colore votre joue ;
Et dans ce visage charmant,
11 n'est pas un trait qui ne joue Et n'ait l'expression de quelque sentiment.
Vos lèvres sont faites de rose : ^
Trop petite est celle d'en haut.
Sa forme naturelle est d'être demi-close.
EPITBES. 349
Et l'agrément naU du dé&ut.
Plus ëclaUut que Talbâtrey ou l'ivoire,
Votre col a plus de beauté ,
Inspire plus de volopté, Qae ce cygne fameux, d'amoureuse mémoire.
Un jour, vous fiiisiex un serment,
Votre main pressait doucement
Votre gorge qu'on ne voit guère.
Alors, votre robe légère
En marqua bientôt le contour:
Les dieux que vous juriei, soupirèrent d'amour,
Et les déesses, de colère.
Beau masque, sont-ce 14 vos traits ?
Tous vos débuts y sont, et peu de vos attraits :
La louange et la iatterie
Ne sont point la langue du bal ;
Et je vous ai peint tout le mal Qu'a découvert en vous l'œil perçant de l'envie.