A MADAME BOURRET
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LA MUSE LlMQNADIÈRi:,
SUR UN PORTRAIT DE MADAME I.A COMTESSE d'£GM:0:NT.
Granb merci, madame Bourret , Du portrait que vous avez fait ; ^ On n'y trouve qu'un mot à dire , C'est que vous lui donnez un air trop sérieux , Cette jeune déesse aime beaucoup à rire:
Et ne savez-vous pas qu'Homère peint les dieux ,
Riant beaucoup sur la voûte des cieux, Riant, à ce qu'il dit, d'un rire inextinguible: Elle rit justement comme eux ; Tout le reste est on ne peut mieux ; La ressemblance en est visible.
Pour tout le reste du portrait.
Grand merci, madame Bourret Vous avez cependant trop donné dans la verve, Quand vous l'avez peinte en Minerve, Je sais qu'elle aime les béros ; Elle en est sœur , épouse, fille ; Mais elle embellit leur repos, El ne conduit point leurs travaux.
D'ailleurs, n'ayant jamais fait quatre points d'aiguille Son sein qu'amour a formé , Ne fut jamais enfermé
EPITBES. 353
Soos les serpents de la Gorgone; ^^ les arts de Pallas , les métiers , les rouets
N'ont pas plos endurci ses do^, Que le bouclier de Bellone.
PâÉ-cmi les dieux qui vous sont si connus ,
Cfaerchex donc qùelqu'autre modèle 9 Hébé , Flore, Psyché, Vénus^ Il n'en est fùini d'autre pour elle.
Pour tout le reste du portrait , Grand merci ^ madame Bourret»
Il lui ressemble irait povr trait :
Cependant, vous Tavex yantëe D'un esprit de discussion , £t ce trait l'a beaucoup flattée :
lAais comment serions-nous de yotre opinion?
Tout , dans ce charmant modèle , Est agrément Ou sentiment; £t lorsque sous les mams de la jeune immortelle, ^ Lia persuasion étend Be& filets d'or.
C'est , je ne sais , quel charme encor; Maïs la discussion est trop froide pour elle ^ Pour tout le reste du portrait.
Grand merci, madame Bourret, On ne peut mieux trouver pour donner un bouquet. Que désormais ApoUon,s'il sommeille.
Pour votre c^fé se réveille; Que les Muses viennent s'asseoir.
Toutes les neuf, près de votre comptoir ; Sur-tout que Plutus §oît logé dans le tiroir , Et que l'Amour et les trois Grâces Ne viennent qu'à propos prendre chez vous des ^aces. ŒoFTes diverses. 23
354 iPlTRES.
A MADAME ***
Oui, mes jours sont abandonnes
Ans conseils qne tous me donnez.
J'ai résolu, belle Sophie,
D'être sage ; mais par ce mot ,
Je n'entends point la maladie
Des élèves de Diderot,
Sages de l'Encyclopédie ;
Réformateurs avantageux,
Sophistes toujours pleins d'eux-mêmes ,
Qui s'en vont criant anathème
A qui ne pense pas comme eux ;
£t nous répétant que leur gloire
Va £iire époque dans l'histoire.
Pardonnez ; vous avez pris goût
A leur audace singulière ,
Aimant en cela , comme en tout ,
Moins la chose que la manière. '
Pardonnez ; je veux être franc.
Je hais encor plus la cabale ,
Ennemie et non pas rivale ,
Dont le chef est monsieur Le Franc.
De son ambition , couverte
Sous un zèle religieux,
Il ne remporte à tous les yeux ,
Que le ridicule odieux
D'être hypocrite en pure perte.
Les pères prêchent à leur fik Une sagesse plus commune ; Tous leurs éloges sont compris Dans un mot: « 11 a ùit fortune. »
On se conduit bien sagement Quand , aux genoux de leur idole, On vit tristement, on immole Tout plaisir, tout amusement J^abjure aussi cette àéease 5 Et ce que je nomme sagesse.
C'est d'avoir de la fermeté , En conservant quelque souplesse; D'unir avec habileté La raison et la volupté; Si parmi la foule importune.
On veut quelque temps se pousser, Savoir bientôt y renoncer; Et travailler pour la fortune En apprenant à s'en passer.
A MADAME C
Les Grâces l'ont avoué, Les amours ont dérobé La ceinture de leur mère, Pbur la donner à Chioé.
On sait que le don de plaire, Tout ce qui séduit les cœurs, La brillante étourdcrie, La gatté, la rêverie,
L^ sourires endunteurs y Tout et qui éamê U nalvre j Pique y flatte, amme , flatt , Et 4ioBiie «tt i&kàre intérêt , Dépend de œtlie ceinture.
San^ ce toI ^ qu^auriet-vous eu ?
Ce grand eeîl noir bien fendu , Tous ces traits, dont i'asseaiUage Fait la rëgvdarité , Vous auriei eu la beauté , Un cœur drok , un esprit sage.
Avec tons œs beaux présents, ' Dont les dieux vous ont parée, On vous aurait admirée :
La troupe 4t$ dieux en£mts Vous donna les agréments , Et vous êtes adorée.