A LA MÊME
AU JOUR DE L'AN i75«.
Ambition, vaine chimère, Source de craintes et de maux ; Et toi , moÎDA Êrtat an repos , Mais non pas moins imaginaire.
Savoir, dont )e fus occupé.
Enfin r Amour m'a ^létrompé.
Un mot, un geste, un regard tendre Un doux sourire de Chloé,
EPlTliKS. 357
Sont les honneurs qu^il faut attendre :
Le savoir , est de les entendre.
Chloë, qui savez embellir ,
Par des grikes toi^ours nonvelles ,
La beaoté trop froide sans elles ;
Chioéy qui savez réunir
Les talents et.rartd^cn îûinr,
Cette année oà ^e vous ai ywts
Où mes transports vo«8 ont émue ^
Sans pouvoir asseï vous flédw^
Qu^est-elle daos nn destinée ?
La nommerai-)e infertunée ?
Ah! périsse riosiaotblàl
Où , par une pitié crueUe^
Vous m'annonçâtes ub rival
Absent, et souvent infidèle,
Mattre pourtant de votre coeur, £t qui s'oppose à mon bonheur !
Biais ^ si j'en ai bien fiât Fétode, C'est au pouvoir de Thabitude Que votre cœur est arrêté.
Amour ! c^est toi seul que j'implore : Donne , pour détromper Chloé,
Au nouvel amant qui l'adore.
Tout l'attrait de la nouveaaié.^
Permets une infidélité
Qui ne sera point une offense,
Si tu fais qu'au même moment ,
Dans les bras d'un nouvel amant ,
Chloé retourne à la constance.
358 ÉPITRSS.
A LA MÊMK
Toi y que les tendres amour», Pour le bonheur de tes joun , Ont (aîte, sur leur modèle , Aussi sensible que belle.
Tu m'aimes, j'en suis certain ; Tes yeux , ta bouche, ton sein M'en ont donné plus d^un gage r Et je doute seulement Si j'en croirai davantage Tes baisers ou ton serment.
Maïs quel caprice bizarre Fait encor couler mes pleurs ^ £st-ce Ghloé qui sépare Son amour et ses faveurs ?
Si des mains de la nature Tu reçus une àme pure , Songe que par ce présent , Chloé y la nature même Te fit une loi. suprême D'obéir au sentiment.
Pourquoi yeuz-tu donc , cruelle , Ne pas chercher ton bonheur Dans ta passion nouvelle P Et dis-moi par quelle erreur , L'amant qui n'a plus ton cœur Te retrouverait fidèle ?
l^PITRES. 359
A MADAME ***
J'ai bravé, dans le nord , h (ureur des hivers; lies Muses m'ont snivi> non loin de ces déserto
Où l'étemelle destinée, Des jours et des saisons détruisant le retour ,
A composé toute Tannée
D'une nuit seule, et d'un seul jour.
D'un peuple soulevé j'ai contemplé la rage.
Tranquille spectateur au milieu de l'orage, J'ai tombé dans la mer, et je n'ai point fâlî; Au vaste sein des flots , bientôt enseveli , Lorsqu'on m'en arracha j'ai ri sur le rivage. Dans mes derniers beaux jours, dans l'âge de jouir.
J'ai vu détruire ma fortune.
Sans adresser aux dieux une plainte importune. Sans donner à sa perte un regret, un soupir.
Églé, j'ai vu votre colère.
J'ai frémi, j'ai tremblé, j'ai souhaité la mort; Ce que n'ont pu les dieux , les vivants , ni le sort ,.
Un seul mot de vous l'a pu Ëûre.
Est moÎDs blanclie qne ton lein :
Que ta gaUé , tes caprices Ont fidt un lieu de délices D^un lieu maudit du destin.
Ton humeur libre et volage Leur ofi&e un espoir trompeur Mais Fimprudent qui s'engage Sur la foi d'un badinage^ Pleure bientôt son erreur. .
Bientôt on l'entend maudire Tes regards et ton sourire^ Mais de sa vaine fureur Les Gr&ces ne font que rire.
Et l'Amour s'en fidt un jeu ; Dieu cruel , qu'on représente Aiguisant des traits de feu Sur une pierre sanglante.
O cent fois infortuné Qui, par l'espoir amené , N'a vu de toi que tes charmes l Hélas ! à combien de larmes L'idiprudent est destiné !
Pour moi , battq de l'orage y Las des maux que j'ai soufferts , ' Les débris de mon naufrage Sont offerts sur le rivage Au terrible dieii des mers.
A MADAME DE ***
■^£yai9GILE, la (Me, en leçons si féconde, mille vérilés éternel fondement, Accosent un sexe charmant I> ''avoir cansé les maux qui désolent le monde. C'est votre curiosité , Si j'en croîs la métamorphose ; Et MoYse en trouve la cause l>ans votre ambition , dans votre vanité.
A qui des deux devons-nous croire ?
Leur double autorité balance notre foi :
Chacun d'eux eut long-temps la gloire D'avoir de grands peuples pour soi.
Mais , comment concevoir que le courroux céleste
Vous punisse de ces déiauts ?
Vous n'eussiez point cueilli cette pomme funeste , Vous n'eussiez point ouvert la boite de nos maux. Rien n'altère dans vous les charmes qu'on adore ; Vous en avez l'éclat et non la vanité ; Tous les dons séduisants qu'avait reçus Pandore j Et non sa curiosité.
De l'une ou l'autre allégorie , Suivez y à votre gré, les systèmes rivaux; Mais vous seule, belle Sophie , Vous seule Êtites , de ma vie ^ Tous les plaisirs et tous les maux.