‹ Œuvres de Rulhière (volume 3)Chapitre 28 sur 56 · LES MÉTAMORPHOSES · texte numérisé non relu

LES MÉTAMORPHOSES

D'ÉRÊSICTÉE.

La naliade Érésictée Se jouait sur son roisseau; Et sans bruit , l'heureux Protée S^approchait en nageant sous Teaa.

Soudain la nymphe éperdue Voit son amant , se yoit nue :

Elle fuit dans les airs , et s'envole en oiseau ; Elle s'abat toute agitée

Sur un rameau j Près d'un moineau :

C'éuit Protée, Elle fait, et le dieu n'atteint au haut des airs, Qu'une flamme pareille à ceUe des éclairs.

Heureux modèle Des amants , Il la suit dans ses changements , Change comme elle , Et la poursuit dans tous les éléments.

Se mêlant aux feux du tonnerre, Il entraîne avec lui cette vapeur légère.

La nymphe en pleurs Echappe à la nue embrasée»

Tombe en rosée :

CONTES. 4oi

kSais le dîea la devance , et l'attend sous les fleurs.

Nymphe sévère , Vous fuyex vainement :

Rien n'est seal; tont a son aimant ,

Et tout ce qui pourra vous plaire

Cachera toujours votre amant.

£Ue a cessé de se défendre , £t le premier plaisir que son âme ressent ,

Est le doux pbisir de reprendre

Tous ses attraits pour son amant*

LA CHANOINESSK

Une superbe chanoinesse Portait dans ses sourcils altiers L'orgueil de trente- deux quartiers.

Un jour , au sortir de la messe.

En présence de TEltemel, En £ice de tout Israël, Tandis qu'elle fendait la presse , Et s'avançait le nez au veut , Uq faux pas fit choir la déesse, Jambe en l'air, et front en avant.

Cette chute fut si traîtresse, Qu'en dépit de tous ses aïeux , Qui voulut , vit de ses deux yeux Le premier point de la noblesse ; Car on ne peut nier cela ,

Œuvres diyerses. - ^g

4o2 CONTES.

Tonte noblesse vient de là.

Ce point en valait bien la peine,

L'ivoire , le rubi&, Fébène

N'ont rien de plus éblouissant ;

Elle avait raison d'être vaine.

Le beau chevalier qui la mène,

Noble et timide adolescent ,

La relevait en rougbsant,

£t rassurait d'un ûr décent ,

Mais plein de feu > mais plein de gi4ce ,

Sa pudeur prise au dépourvu :

Ah ! monsieur, dit-elle à voix basse ,

Ces messieurs bourgeois l'ont-ils vu ?

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