LES MÉTAMORPHOSES
D'ÉRÊSICTÉE.
La naliade Érésictée Se jouait sur son roisseau; Et sans bruit , l'heureux Protée S^approchait en nageant sous Teaa.
Soudain la nymphe éperdue Voit son amant , se yoit nue :
Elle fuit dans les airs , et s'envole en oiseau ; Elle s'abat toute agitée
Sur un rameau j Près d'un moineau :
C'éuit Protée, Elle fait, et le dieu n'atteint au haut des airs, Qu'une flamme pareille à ceUe des éclairs.
Heureux modèle Des amants , Il la suit dans ses changements , Change comme elle , Et la poursuit dans tous les éléments.
Se mêlant aux feux du tonnerre, Il entraîne avec lui cette vapeur légère.
La nymphe en pleurs Echappe à la nue embrasée»
Tombe en rosée :
CONTES. 4oi
kSais le dîea la devance , et l'attend sous les fleurs.
Nymphe sévère , Vous fuyex vainement :
Rien n'est seal; tont a son aimant ,
Et tout ce qui pourra vous plaire
Cachera toujours votre amant.
£Ue a cessé de se défendre , £t le premier plaisir que son âme ressent ,
Est le doux pbisir de reprendre
Tous ses attraits pour son amant*
LA CHANOINESSK
Une superbe chanoinesse Portait dans ses sourcils altiers L'orgueil de trente- deux quartiers.
Un jour , au sortir de la messe.
En présence de TEltemel, En £ice de tout Israël, Tandis qu'elle fendait la presse , Et s'avançait le nez au veut , Uq faux pas fit choir la déesse, Jambe en l'air, et front en avant.
Cette chute fut si traîtresse, Qu'en dépit de tous ses aïeux , Qui voulut , vit de ses deux yeux Le premier point de la noblesse ; Car on ne peut nier cela ,
Œuvres diyerses. - ^g
4o2 CONTES.
Tonte noblesse vient de là.
Ce point en valait bien la peine,
L'ivoire , le rubi&, Fébène
N'ont rien de plus éblouissant ;
Elle avait raison d'être vaine.
Le beau chevalier qui la mène,
Noble et timide adolescent ,
La relevait en rougbsant,
£t rassurait d'un ûr décent ,
Mais plein de feu > mais plein de gi4ce ,
Sa pudeur prise au dépourvu :
Ah ! monsieur, dit-elle à voix basse ,
Ces messieurs bourgeois l'ont-ils vu ?