‹ Œuvres de Rulhière (volume 3)Chapitre 36 sur 56 · LE QUIPROQUO · texte numérisé non relu

LE QUIPROQUO

Deux quidams visitaient un jour

L'atelier d'un apothicaire.

L'un était bien sexagénaire ;

Sous son froc , l'autre était Tamour :

Contre un vœu fait dans son jeune âge ,

De celui-ci le cœur souffrait ,

4ia CONTES.

Et do droguiste il implorait

Le poayoîr de demeurer sage :

L^aatre, aux ans devant ce qu'à Tart

Dut jadis le triste Abailard ,

Demandait que certain breuvage 1

Lui flt retrouver quelquefois

Ce doux moyen, le seul, je crois, \

D'avoir la paix dans son ménage.

Cependant , le docte a-poco

De chacun prépare la prise :

Mais soit malice , soit méprise ,

Le commis fit un quiproquo*

Le preux, comptant sur sa vaillance ,-

Boit, et va chez lui tout d'un trait :

Plein du bonheur qu'il se promet,

Son cœur le savourait d'avance.

L étonnement qu'il va causer

A son épouse jeune et belle y

Qui commence à le mépriser,

A presque tourné sa cervelle.

Tout fier, il s'empresse auprès d'elle ;

Mais dès qu'il veut à sa moitié

Parler ce vif et doux langage.

Qu'en dix-huit mois de mariage

Il a , tout au plus , bégayé ;

Dieux! qu'il se sent humilié !

Tout fléchit.... orgueil et... courage.

Il se trouve , non sans regrets ,

Moins époux qu'il ne fut jamais.

Ce n'est tout , le chaste breuvage ,

De veine en veine circulant,

Le glace; il est mourant , tcemblant.

On co'art avertir le notaire , Lie médecin , le confesseur :

Ce dernier 9 pour notre bonhenr , On le demande aa monastère , Où , priant son ange gardien , Le jeune profis n^eatend rien Aox feux dont l'ardeur le dévore.

« Quoi ! disait-il, dans sa ferveur, ti Quand de ce feu trop séducteur » Je croyais délivrer mon cœur , » Ce feu d^enfer redouble encore ! »

Craignant de succomber enfin Au salutaire et prompt remède Que nature a mis sous sa main, Ou de sentir avec chagrin Songe un peu vif prêter son aide Aux ruses de l'esprit malin , Il avait quitté sa cellule, Et tristement dans le jardin.

Rêvait d^amour et de scrupule.

Au fort de la tentation, Notre Adonis en capuchon , Apprenant qu'un malade implore L'appui du célèbre cordon , Dans cet] événement adore D'un Dieu juste le doigt sacré.

Dont, sans doute, en frappant cet homme ^ Le but est qu'un suppôt de Rome Des réseaux d^ enfer soit tiré.

11 court offrir son ministère , Et dans ses chastes vœux espère Détourner vers son créateur

lÉPIGRAMMES. /^*îS

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