‹ Œuvres de Rulhière (volume 3)Chapitre 9 sur 56 · FIN DU SEC0I9D CHANT · texte numérisé non relu

FIN DU SEC0I9D CHANT

CHANT III. 3a5

CIependai^t , la planète où la scène se passe,

Le globe de la terre avan^t dans Fespace ;

Il a (ait sur son axe on grand tiers de son tour,

Et rhémisphère obscur allait s'offrir au jour.

De reflets argentés Thorizon se colore ^

Une clarté douteuse a prévenu Faurore ;

Les objets, revêtus de ses sombres pileurs,

Montrent déjà leur forme, et non pas leurs couleurs.

Les travaux renaissaient dans les cbamps, dans les villes ;

Et le sommeil , fuyant les humbles domiciles ,

Rentre dans les palais , où , dans plus d'un réduit.

Jusqu'au milieu du jour il retrouve la nuit.

Jeunes beautés , voici les heures fortunées

Sous le nom du sommeil à l'amour destinées :

Ah ! pressez les instants de vos riants adieux ;

Il faut se séparer pour se rejoindre mieux.

Leurs regards sont remplis des plus tendres promesses \

Leurs cheveux détachés tombaient en longues tresses ;

Ce désordre charmant ressemblait au hasard ;

Mais l'art de leur toilette est détruit avec art.

Hélas ! on oubliait un oracle terrible;

Et dans un tel moment aurait-on cru possible ,

Quand l'essaim des plaisirs promet de nouveaux jeux ,

De brouiller ces amis , de rompre de tels nœuds .^

Les cartes toutefois l'ont prédit dès la veille ;

Adorons les destins ^ et prêtez-moi l'oreîHe.

326 LES JEUX DE BfÂlN S.

Il est un moDStre affireux qui choisit son séfour Aux afttres où jamais n'a pénétré le jour, Qui la nuit , en tous lieux , errant dans les ténèbres-. Peuple Fobscurîté de (ant6nies funèbres.

Du vide des tombeaux £iit sortir les esprits , Change un souffle de vent en formidables cris , Une ombre en assassin, un buisson- en armée, Mais aux yeux attentifs il se perd en fumée ; H se nomme la Peur :»AiitBefbÎ8 iê$ mortels L^encensaient , et le sang arrosa ses autels : Aujourd'hui , djMinda à toutes vos maîtresses ,. Des Agnès aux Sapbos, des LaSs aux Lucrèces ; 11 est encoT plus grand i|tt'autrcfois , et les soirs Il se promène , il ^f^n %n fond de leurs boudoirs r £t si les feux do ciel et les bruits du tonnerre Ont rompu de I9 onit le jcalme solitaire f O quel est son poiiveir sur les pMes humains ! Églé sautant du 17, court, «es japons en lyains ; L'incrédule tremUwt , et son 3rap sur sa tête , Trouve Dieu dans son £iBur, au fort de la tempête , Et les jeunes époux que ce trouble saisit , Par la frayeur glacés , se serrent dans leur 'Mt.

Ce spectre de la Peur , sous les yjeux à^Afiém^ Se présente , et voici I9 forme qu^U a prise : Un voile à vastes plis djc son frxp^t àièsç6vui(A 1 Un saint et long rpsajre à spJi côté perdait; Ce voile , au gré du vept , se relève xxu s'abaisse ^ En laissant sur son sfiin ypir 1^ £^oix 4'une abbe^e* C'était, n'en donnez jp^, .cçlfe j^e Bo»-S(ecn>urs , Qui s'avance, et l\ii tiç^t ce teffible discours : ^ « Dans votre jç^ne çopnr les plu$ futiles cr^iintes

t ^ ^^^ ^*<^ par mes soins prpCbjadément empreîat€s;

CHANT m. 327

» ^lais des prédictions et des pvessentimeots

» Tous annoocentid d'aflBreuz éYéoemcnts*

m Dès que le jour laissant chassera les ténèbres ,

» Partez et rassemUea tons les docteurs célèbres ,

» Les Pomme, les Mesmer , les Barthez, les Priolemps ;

» Hâtes-Yous, ces gens^li ne guérissent qu'un temps,

» Uâtei-vous 9 préyenei les célestes menaces. »

Il dit et disparaît, et laisse sur ses traces

Xous ces maux renommés sous les noms de vapeur,

Ces mouvements de nerù, ces battements de ccéur,

Ces frissons où TeiBroi devient le danger même*

£Ue , près d'obéir k cet ordre suprême ,

Jette sur son époux le plus tendre regard,

£t d'une voix tremblante annonçant ce départ :

Combien elle en gémit dans le fond de son Ime !

Elle est de ce palais et la nympbe et la dame ;

£t vous' savez trop bien que nos frivoles mœurs

Dans leur douce licence ont encor leurs rigueurs ;

Il &ut , ainsi le veut b décence cruelle,

Qu'elle seule partant , tout reparte avec elle.

G décence ! c'est toi qui gouvernes Paris ,

Capricieuse arbitre et des pleurs et des ris,

Souvent prude, souvent aussi plus indulgente.

Sous les frêles réseaux d'une gaze diangeante ,

Ne voilant presque rien , laissant voir ton sein nu ^

Mais tenant à la main un masque de vertu.

D'abord on se récrie : on concevait à peine

Un dessein si f&çbeux , une alarme si vaines

Faut-il quitter des lieux si durs à leurs désirs ?

La peur doit-elle £ure envoler les plaisirs ?

Le jour devait sept fois succéder à l'aurore.

Et dans les mêmes jeux les retrouver encore ;

Et, si l'on ne prévient ce funeste départ,

Les plakîrs de sept jours sont remis au hasard. Mais ces grandes raisons , chacon les dissimule. On oppose à sa peur la peur du ridicule , Les fêtes qu^on attend, les amis invités , Ces nombreux biribis si gatment projetés.

Un mot de son époux a seul plus d'éloquence ; Il le dit en secret , elle hésite en silence.

Quand du flambeau du jour ou de Tastre des notts , Aux fentes d^un volet les rayons introduits , D'une onde transparente ont touché la sur&ce , Ou d'un trumeau dans T ombre ont effleuré la glace ^ Si , par quelque hasard , ce vase ou ce miroir Dans cette obscurité viennent à se mouvoir , Des mobiles reflets la lueur incertaine Du parquet au plafond se jolie et se promène , Vient , fuit , et , dans ses jeux rapides et croisés > Frappe et refrappe encor tous les^ murs opposés ; Ainsi notre indolente , encor mal décidée , Passe de crainte en crainte , et d'idée en idée : Mais au plus triste choix son esprit s'est fixé ^ Et l'arrêt du départ est enfin prononcée

Muses ^ divinités de tous mes sacrifices, Si j'ai de vos concerts préféré les délices y. Aux jeux de la fortune et du monde et des cours ,. Maintenant j'ai besoin de tout votre secours ! Haussez ma voix , quittons enfin le badinage Pour chanter la douleur, la colère, la rage Peinte sur tous les fronts, sortant de tous les yeui. A cet arrêt fatal , un cri séditieux Et des rires moqueurs.... Mais ne doîs-je pas craindre »e rallumer ua feu q^ue ie voudrais éteindre ,

I>^ envenimer le mal que je voudrais guérir, ^ £0 rappelant ici ce (^heiix souvenir P

ces jeunes amis, ces modernes Achllles, Ce Nestor des soupers, ces trois jeunes sibylles, Q^ t chaque soir , cherchant Favenlr incertain , Dans les débris du jeu font parler le destin ; Ct ces époux tracés sous mes crajons fidèles i I>a bon goût , du bon ton les plus par£iits modèles ; Tous enfin dans mes vers reconnaissant leurs traits , Peuvent , en souriant , avouer leurs portraits ; Tous avalent conservé , . dans ce désordre même , Ce ton si renommé , ce mérite suprême :

Mais de quelles couleurs peindre leur changement , £t comment raconter ce grand événement ?

Eux-mêmes , alarmés de leur nouvelle audace , Reprenaient de ce ton Tenjoûment et la grâce. Valmîr, plus empressé, plus vif^ plus séduisant. Jusque dans son chagrin, soigneux d^être amusant, Joint la plaisanterie ensemble et la prière , Et veut de ses frajenrs Faccuser la première; Mais elle s^Iudîgnalt de leur sécurité; La langueur disparaît de son front irrité , Elle sourit de rage à ces plaisanteries , Et la nymphe devient Tune des trois furies.

Le chagrin les conduit au même emportement , , Et perdant, sans retour, un espoir renaissant, Les plaintes, et bientôt les reproches^ Finjure Dont Taiguillon demeure au fond de la blessure.... Quoi , rinjure P oui , Tinjure , et ce ton si vanté ^ Plus fin que Fatticisme et que l'urbanité.

Quand au fond de nos cœurs nos passions émues

33o LES JEUX DE ITAINS.'

S^éveillent en ^rsaat, se montrent toutes nnesi» Au moindre mouvement d'oo seccet intérêt ^ Ce ton s^évanouit , cette fleur disparaît ; Tout est peuple, et la cour , b WUe, le village; Le dais et le comptoir ont un même langiy.

Le vieux seigneur Dîmas , fiappé <d'étonne»ncnt , Va , vient, parle , s'oppose k cci empattement : 4c Et qu'est-ce qu'on dira ? Dès demain par la ville , 9 Tout ceci va courir sur Tair d'un vaudeville. » Vous qui depuis deux an»,, donnez le ton du jour; » Depuis deux ans , ce sont deu: «ècles à la'conr ! » Vous allez , de vos mains , œnver^er votre empire ;. » Un ridicule, un rien, un tort peut le détniîre. » Qu'un éternel aeeret , entre nous concerté , » Dérobe ce plaisir à la maUgnité» »

Les vents ont emporté tous les conseils d'un sage> Déjà l'ordre htA est donné dans k rage :

Les cochers réveiUés se lèvent en yarknt ^ Un camp surpris n'est pas dans nn trouble A grand v £t lorsque les Ang^s , au (dos Ceoid é^ l'année , Parurent tout-à-coup dapsla Hesse étonnée, Avec moins de désordre , on vît nos grenadiers , Et nos filles de joie , et nos saints aumAnier^ Inonder les chemins , déserter les villages , Nos deux cents généraux {^ier vite bagage , Tout se hâter , tout (air jusqu'aux murs de Frîstar, Où, joignant la valeur, et la constance et l'art , Se jouant des périls , et de se^ sang prodigue , Karbonne à ce torrent sut peser une digue , Et du nom de FrizW son nom fut couronné Maïs déjà le château demeure abandonné , Et Taube du matin voit fuir de ces contrées Les amours en courroux, les grâces éplorées.

Vous donc qui , dans les jours du plus riant été R.ecaeillex tons les fruits de ta maturité , Voos leur commune amie, en leur haine insensée , Osez entre vos mains prendre le caducée ;

Ce traité ; \e le sais , oiïre plus d'un écueil ;

Il faudrait un d^Avaux , un d'Estrade, un Breteuil:

Il laut , à leur exemple y et contredire et plaire ,

JBlclairer Tintérét, désarmer la colère ;

^flais Yos séductions égalent leurs travaux ;

Vous qui sûtes, parfois , accorder vingt rivaux t

Venez, et parmi nous ramenez sur vos traces, lua paix et Tamitié^ ces compagnes djcs gi^es*

FIN DU TROISIÈME ^T pERNIER CH\NT.

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