CHANT
I^ I rivaax furieux , deux lutteurs s'embrassant , lueurs rîres ëaenraient leur effort impuissant. Vailmir est plus heureux ; dans sa douce folie Il poursuit, il atteint, il attaque Silvie; Il saisit un instant où Ton peut tout oser, , £lï~ la punit enfin par le vol d'un l>aiser : EL cm vain entre sea bras , riante, mais fiirouche , dlle oppose les mains et détourne la boucbe : lutte Tenbardit; prompt à recommencer , peine qui Fattend Pinvite à FoRenser.
CVst ainsi que leur joie , emportée, étourdie , I>e ses propres clameurs se croyait applaudie. (Cependant, le destin prend ses balances d'or. Comme il fit au combat d'Achille contre Hector ; ^on les mêmes pourtant , mais des bassins plus minces Qui servent à peser les promesses des princes , L.a foi de leurs traités , les modernes amours , J^es paroles d'honneur qu'on donne de nos jours , Ces bruits, ces grands édats de prompte renommée, Dont le feu si brillant se dissipe en fumée.
Les bassins suspendus hésitent deux instants, Leur légère amitié n'y tient pas plus long-temps, £t le souffle du vent venant à la traverse , La balance , en flottant, se tourne et se renverse. On vit en ce moment , dans le vague des .airs , Errer des feux follets semblables aux éclairs. Et le croissant pâlir; et, cette nuit entière, Vénus de son étoile éteignit la lumière.
Mais en quittant les jeux pour compter des malheurs, Suspendons nos récits et retardons nos pleurs : Prêt à gravir les monts qui couronnent la plaine, . Le voyageur prudent s'assied et prend haleine,
Fm DU PREMIER CHANT.
Ainsi, tous nos plaisirs sont vains et passagers, Les ris ont lear fatigue , et les jeux leurs dangers ; Le plas discret amour a sa folle imprudence*
Un jour de jeux publics , de festins et de danses Quand des ombres du soir T horizon fut voilé , Tout le peuple, à grands flots ^ sur la place assemblé Regardait dans la nuit de brillantes fusées Fuir en laissant au loin leurs traces embrasées , Et mille et mille feux se jouaient dans les airs ; L'un défiait la foudre, un autre les enfers : Tout-à'-coup , sort du toit d'une maison voisine L'incendie apportant la mort et la ruine.
L'épouvante , les cris , la flamme , le tocsin^ Appellent, à grand bruit, guet, pompes, capucin; Mais de l'embrasement réfléchi dans la nue L'éclat annonce au loin l'ef&oyable étendue.
Le bal est remplacé par l'horreur et le deuîl ; Ainsi tous nos plaisirs changent en un clin d'œil. Mais l'amitié qui fuit et fait place à la haine , Le scandale , les maux fpi^une rupture entraîne. Des changements humains, c'est là le vrai tableau. ^
O mille fois heureux qui , jusques au tombeau. Sans injuste dépit, sans injustes alarmes , ^. Dans les mêmes amis trouve les mêmes charmes !
Artémise , tranquille au milieu de ces jeux , Témoin de leurs plaisirs, en jouissait comme eux^
îen n'ayail ébranlé sa paisible indolence , ce défaut si doux lui tient lieu de prudence, au bord de Saint -Cast, provoquant le destin , I>^ Aiguillon retranché sur un sommet lointain , flntre T Anglais et nous vît flotter la victoire , "E^t, loin de tout péril se réserva la gloire. B/Iais Tefiort d'un torrent déracine un rocher. Clorinne k ce repos sut bientôt l'arracher.
On se plaît à les voir se défier, se craindre, Se joindre, s'éviter an moment de s'atteindre : I^a table les sépare , et ce vaste circuit , Où l'on voit devant soi courir ceux que l'on fuit , Par les tours redoublés que chaque pas commence £st dans un court espace une carrière immense.
Un vase sur la table était encor resté , D'un art des Japonais dans la Saxe imité, Aempli de cette glace aux hivers enlevée.
Que du feu des étés la terre a préservée.
Dans les dessins charmants qui régnaient à l'entour, On eût vu les malheurs de ce funeste jour.
Apollon exilé de la céleste enceinte.
Oubliait tous les dieux pour le jeune Hyacinthe ; Mais d'un coup de son disque, imprudemment lancé, Ce malheureux enlant , à ses pieds renversé , Tombe , et sur le gazon que le sang fertiUse , En le changeant en fleur , ce dieu l'immortalise. ^ Des biens qu'il a perdus, vain dédommagement : £t quelles fleurs vaudraient les baisers d'un amant .'^ Ce vase qui semblait l'ouvrage du dieu même , Au milieu de ces jeux en offre ainsi l'emblème. Corinne, menaçant des yeux et de la voix.
Le soulève à deux mains qui tremblent sous le poids.
Œuvres diverses. 21 *
322 liES JEUX DE MAINS.
Artémise eo frémit, la conjure, s'écrie , Et du froid qu'elle craint se sent déjà saisie. Mais vous^ Grâces , Amours j accoures , hàtes-yoos ^ Fléchissez du destin Tinflexible courroux.
Que dis-je ! les Amours et les Gràces légères Réparent bien des maux , et n'en prérîennent gucres. Corinne dont la course eût devancé le vent , Lève et penche le yase, et Yarse en relevant. L'autre esquive y et son front touche contre le vas« A Tangle du contour qui teraîoe sa base.
Avez -vous jamais vu dans un beau jour d'été Une éclipse ravir au monde épouvanté Les cîeux , les champs , les bois, les cités , la lumière , Et le riant aspect de la nature entière F Tels, aux cris douloureux dont les cœurs sont glacés^ Tous les jeux sont finis , fous les combats cessés : On ne sait un moment qui des deux est atteinte, Une égale douleur sur leurs fronts était peinte. Maïs Artémise court en (ace d'un miroir ; Son premier mouvement fut le soin de se voir ; Et de sa pâleur même encor plus alarmée , Au bras de son amie elle tombe pâmée :
Vingt sonnettes alors précipitant leur son , Font retentir l'efiroi dans^ toute la maison ; Et cent voix parvenant aux chambres éloignées, Appellent^ à grands cris^ ses lennnes' étonnées. Qui , laissant lentement leur souper commencé , Savent en arrivant prendre un àif empressé.
Lise vient en courant, Lise adroite et gentille , A qui Minerve même a- laissé spn aiguille; Et la vieille Manon qui souffle en la suivant, Qu' Artémise auprès d'elle avait même au couvent,
CHANT II. 3^i
Qui dît, en conseillant ce «pi'on doit dire ou taire : « Je connais bien madame, » et ne la connaît guère, Sert encor par honneur , n'a ni talent ni goût, £t toujours s'empressant nuit et déplatt en tout : £stlier qui la suivait et qui Ta devancée , Par les Griices instruite et sans cesse exercée, I>es moins souples cheveux sait varier le tour, Suivant Tinteniion, Thumeur, le ton du jour; Met Fadresse aux hîllets , suit madame aux campagnes , I>étestée en secret de toutes ses compagnes. Déjà , le vieux Dimas , tant soit peu médecin , De la beauté mouranl^ a découvert le sein ; Il lorgne, en usurpant un si doux privilège, Deux roses qui semblaient éclore dans la neige. Les invisibles nœuds et les rubans cachés Sous de plus doctes mains sont bientôt détachés : Le sang plus librement circule dans ses veines ; Son corset soutenu des plus souples baleines , Abandonne^ à regret^ les trésors de Tamour Aux baisers du zéphjr et même à Tœil du jour. Sur les bords où le Rhin roule ses flots superbes , Les Germains consommés dans F étude des herbes, Ont Fart de les réduire en subtiles vapeurs , £t composent une eau du pur esprit des fleurs : C'est aux murs de Cologne où ce baume s^appréte. De nos derniers exploits c'est la seule conquête , £t de tous mes héros tous les flacons ouverts Raniment Artémise en parfumant les airs.
Ainsi , dans ce jardin , sous la main qui Farrose , On voit se relever et le lis et la rose.
Mais déjà vous craignez que le ressentiment Ne Fîrrite , ou du moins ne Faigrisse un moment.
ai.
O cBarmes de nos mœurs ! 6 vertu de notre âge !
On ne se Giche plus d'un fâcheux badînage 9
£t la plaisanterie aux temps de nos aïeux .
Fut meilleure , on le sait, mais nous la prenons mieux.
Hélas ! pour amener cette grande rupture , Il fallait renverser la mode , la nature,
11 fallait mais je sens que ma lyre et ma voix
Ont besoin de repos une seconde fois.