CHAPITRE XI
\jSL zèle pour les conversions parut un moment se ralentir. Les ordres les plus secrets de la cour n^ avaient plus la même violence. Louvois ëcritle 1 6 juin 1682 : « LHntention du roi n'est '» point de faire de distinction de religion, » pour les compagnies de cadets; et sa majesté » trouve bon que vous y admettiez tous ceux » qui se présenteront. » Quelques administrateurs dans les provinces, qui continuèrent à se conduire avec emportement, reçurent de nouvelles réprimandés.
Il y eut , cette année , une fameuse assemblée du clergé qui se déclara contre léé maximes des ultramôntains sur la toute-puissance quMls attribuent au pape. Ses décisions brouillèrent ouvertement la cour de France avec le siège de Rome. Mais cette assemblée voulût laisser à la postérité un monument public de sa vigilance pout les vrais intérêts de T Église. Elle adressa we exhortation à tous les j*eligionhairës, pour leur représenter l'injustice des reproches qu'ils
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faisaient à la communion romaine , et les inviter à rentrer dans le sein de letir mère. Cette exhortation devait être remise solennellement à tous les consistoires. Le roi écrivit aux évéques^ et fit écrire aux intendants , afin qu^ils concertassent ensemble les mesures qui pouvaient contribuer au succès de ce projet. Aux évéques,. il recommandait de ménager les esprits , et de n^employer que la force des raisons ; il ordonnait aux intendants de veiller à ce qu^il ne Bt donné aucune atteinte aux édits dont jouissaient les calvinistes.
Cependant, aussitôt que Marillac eut été révoqué , les malheureux qui , pour se dérober à la persécution, avaient abjuré, et dont les nonis avaient servi à grossir les prétendues listes des nouveaux convertis » ne doutèrent pas que 1» punition de leur tyran ne leur rendît la liberté. "--^ Ils voulurent retourner au prêche ; mais la jurisprudence contre les relaps subsistait. Ils ten- \^ tèrent de s'évader; la j.urisprudence contre les émigrations subsistait également ; et ils se trouvèrent pris dans ce double piège. C'est ici surtout que nous devons l'observer : il est si fdux qu'il y ait eu , pour la ruine du calvinisme , un projet fixe et préparé de longue main, que toute cette grande révolution tient uniquement à la combinaison fortuite de ces deux lois, toutes
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deux presque récentes, toutes deux renouvelées dans des circonstances absolument étrangères à celles où elles avaient été promulguées.
A peine le successeur de Marillac fut-il arrivé en Poitou, qu'on lui donna, et c'en fut le premier exemple , cette attribution souveraine qui fut si fréquemment accordée dans la suite aux intendants , pour juger, sans appel, ce double délit de rechute et d'évasion, dont on commença à faire un crime si grave aux nouveaux convertis. Ce successeur était M. de Bâville , qui devint si célèbre dans cette révolution. Tous les nœuds de l'amitié et de la reconnaissance mutuelle unissaient sa famille à celle de Louvois. Il passait dans ce temps-là pour un homme doux et modéré. Sa douceur consistait à employer la terreur plus que les supplices. Il mettait en procès les relaps et les fugitifs. Aussitôt qu^ils témoignaient quelque repentir, il leur faisait grâce ; et , quand le repentir étail tardif, il obtenait pour eux des lettres de réhabilitation.
Une doctrine secrète qui se forma par le concours de toutes ces circonstances inopinées, qui devint bientôt presque générale dans le corps du clergé , et que tout le corps du clergé a généralement abandonnée dans notre siècle, naquit certainement à cette époque^ et elle se
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fondait uniquement sur Texécution sévère et invariable des deux lois nouvelles. Cette doctrine qui fut avouée , discutée , approfondie , quelques années plus tard, par de célèbres évéques, dont nous avons recouvré tous les mémoires, sans que jamais aucun d'eux ait osé la publier hautement , est en quelques points différente de Tancienne intolérance usitée dans les siècles barbares. 11 ne s^agissait pas , comme autrefois, de brûler, de massacrer, d'exterminer les hérétiques ; il y entrait en apparence moins ^e cruauté , moins de fanatisme ; mais pourquoi aurait-on voulu exterminer des gens qu'on avait cessé de craindre , et qu'on se flattait de faire entrer aisément dansTÉglise , et d'y retenir ensuite par la crainte, comme on fait entrer et comme on retient des troupeaux dans un bercail ?
Obtenons d'eux, soit par séduction, soit par crainte , des actes de catholicité : la loi contre les relaps , autorisera à les leur faire pratiquer tout le reste de leur vie : ils voudront passer dans les pays où leur religion est libre : la loi contre les émigrations les tiendra enfermés dans le royaume. Ainsi , sans se donner ni le . temfïs y iii le soin d'instruire ceux qu'on voulait ramener au sein de l'Eglise , on établit en principe qu'il était également utile à la religion et
I rétat de se contenter de conversions , quelles
]u Viles fussent; et que les ëvéques devaient
fermer les yeux sur les perpétuels sacril<^ges
de cette multitude d^hommes forcés > malgré
leurs consciences, à de tels actes. Leurs enfant»,
disait-on, se trouveront, à la longue, élevés
dans les pratiques de la vraie religion ; et si
Fon parvient à étendre ce procédé sur tout le
royaume , les signes extérieurs du calvinisme
étant par-tout aboHs , les générations suivantes
seront converties réellement , et il n'y aura plus
en France qu^un même troupeau et un même
pasteur.
On ne peut douter que le jésuite la Chaise n^ait été le plus ardent apôtre de cette doctrine. Elle eut pour apologistes et pour sectateurs , tous les partisans de sa société ; et tour-à*tour «lie fut adoptée ou proscrite , suivant que cet : ordre fut en faveur ou en disgrâce. Mais le moment n'était pas venu de révéler au roi un système si nouveau.
La religion n'avait pas encore pris sur son coeur cet empire souverain et absolu qu'elle ne tarda pas à y exercer, et qu'enfin elle y conserva sans retour , jusqu'au dernier instant de son règne. Devons nous ici nous arrêter à observer comment madame de Maintenon blâmait dans ces temps d'irrésolution, la piété
trop rigide, s^accordait sur ce point avec confesseur lui-même , se plaignait que le dir< teur de la reine conduisait cette princesse pi un chemin plus propre à une carmélite qu^à ui souveraine; comment, enfin, elle retardaii dans la dëvotion du roi , les. progrès qui n'é^i taient pas son propre ouvrage ? « Madame lat » dauphine , écrit-elle , est en prière ; sa piété » a fait faire au roi des réflexions sérieuses. » Elle s^est fait un point de conscience de tra- » yailler à la conversion du roi. Je crains A qu^elle ne Fimportune , et ne lui fasse haïr » la dévotion. Je la conjure de modérer son » zèle. » Mais la reine mourut au mois de juillet i683, et , aussitôt après cette mort , aussitôt que le roi fut devenu libre , nous la voyons redoubler d'efforts, hâter le moment décisif. Nous voyons la faveur de cette nouvelle maîtresse , le crédit du jésuite la Chaise , et le zèle pour la conversion des calvinistes, trois choses depuis long temps inséparables, qui éprouvaient les mêmes alternatives, et qui s'avançaient toujours de front, parvenir ensemble àleurplus haut période. Elle écrit d'abord à une supérieure de couvent : « Ne vous lassez point de faire prier » pour le roi ; il a plus besoin de grâces que » jamais pour soutenir un état contraire à ses » iiiclinations et à ses habitudes Donnez-
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» VOUS toute à Dieu..... et méprisez les granm deurs. » Trois mois après, elle écrit: « Je »> crois que la reine a demandé à Dieu la conn version de toute la cour. Celle du roi est ad- » mirable. Les dames qui en paraissaient le j> plus éloignées, ne quittent plus les églises.... » Toutes nos dévotes n^y sont pas plus souvent
» que madame de Montespan Les simples
» dimanches sont comme autrefois le jour de » Pâques. .. » Et enfin , quelques semaines après : « On est fort content du P. de la Giaise ; il » inspire au roi de grandes choses. Bientôt tous » ses sujets serviront Dieu en esprit et en » vérité. » Tant il est vrai que le projet de convertir les calvinistes , tenait uniquement à cette dévotion , faisait les mêmes progrès , et ne devint un projet fixe et déterminé , que dans le temps où la piété rendue plus fervente , amenait le mariage de cette adroite favorite.
Ce ne sera donc pas une discussion étrangère au sujet que je traite , de prouver que ce mariage ne fut pas différé autant qu^on Ta dit , et que le roi, devenu veuf, ne donna que six mois à son deuil.
Madame de Caylus raconte que , pendant le voyage de Fontainebleau qui suivit la mort de la reine, la faveur de madame de Maintenon parvint au plus haut degré. « Je vis tant
» d^agitation dans son esprit, que j^ai jogé » depuis , en le rappelant à ma mémoire , 1 >» qu elle était causée par une incertitude ^ioj» lente de son état, de ses pensées, de ses » craintes , de ses espérances ; en un mot, son » cœur n^élait pas libre, et son esprit était » fort agité. Pour cacher ses divers mouvey> ments , et pour justifier les larmes que ses » domestiques et moi lui vîmes quelquefois » répandre, elle se plaignait de vapeurs, et » elle allait, disait -elle, chercher à respirer » dans la forêt, avec la seule madame de Mont- » chevreuil ; elle y allait même quelquefois à
» des heures indues » Toute la suite du
récit, sans donner la date précise du mariage, ne laisse aucun doute quHl n'ait suivi de près.
Saint-Simon Taffirme : « Ce qui est très- » certain , c'est que , quelque temps après le » retour du roi de Fontainebleau , et au mi- » lieu de l'hiver qui suivit la mort de la reine, » le P. de la Chaise dit la messe en pleine nuit; » Bontemps , l'un des quatre premiers valets » de chambre , le plus confident des quatre , » et alors en quartier , servit celte messe , où >i ce monarque et madame de Maintenon fu- » rent mariés , en présence de Harlay , arche- » véque de Paris, comme diocésain. »
Examinez ses propres lettres ; cette femme
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qui, jusqu^à cette époque , avait recommandé à son frère V économie la plus sévère, le conjure alors de manger tout son retenu. Elle lui écrit dès Tannée i684 : ^ C^est une aventure person- » nelle , et qui ne se communique point. » La lettre par laquelle elle refuse de le faire connétable j est datée de i684 ; c^est depuis la (in de i683 qu^elle le tient toujours éloigné d^elle ; c^est alors que le dessein de faire élever quelques jeunes demoiselles enlevées à leurs familles calvinistes , et rassemblées d^ abord à Ruel , ensuite à Noisi , produit le magnifique établissement de Saint-Cyr. Lisez la lettre suivante , qui est certainement du mois de juin 1684. ^^ Nous attendons des nouvelles du roi... » Il a bien voulu partager, avec M. de Créqui, » Fhonneur de cette conquête. Je ne respire » qu'après la paix ; je ne donnerai jamais au » roi des conseils désavantageux à sa gloire , » mais, si j'en étais crue, on aurait moins » d'ambition ; on serait moins ébloui de cet » éclat d'une victoire , et Ton songerait plus » sérieusement à son salut. Mais ce n'est pas à » moi à gouverner l'état. Je demande tous les » jours à Dieu qu'il lui fasse connaître la vé- » rite ; * qu'il lui inspire des sentiments de
» paix Noisi m'occupe beaucoup, et fort
» agréablement. Je veux contribuer aussi de
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>* mon côté au grand ouvrage de la conversion • de nos frères séparés ; ces pauvres filles m^en » auront une obligation infinie en ce inonde et
» en l'autre Le Nostre fera de mon jardin
» un lieu charmant.... J'avais espéré d^ mou- » rir , et je n aurai pas seulement le plaisir d'y » vkre, » Enfin , c'est dans le courant de cette année 1684 que nous la verrons admise aux entretiens les plus secrets du roi et de ses ministres , sur les projets pour la conversion générale du royaume.
Tous les Mémoires du temps rapportent qu'à cette époque Tarchevêque de Paris eut des conférences avec le roi , et , sur la foi de ces mystérieux entretiens , ils l'ont associé au projet des conversions. Est-il vraisemblable que cet archevêque, fort décrié, à qui le roi ôta bientôt le droit d'influer sur la nomination des bénéfices, ait eu grande part à cette entreprise? Madame de Maintenon, qui y revient tant de fois dans ses Lettres, jamais ne l'y associe ; mais il était alors un confident nécessaire pour le mariage ; c'était le véritable mystère. Les conversions y servirent de voile ; la méprise fut générale; et, sans doute, elle servit beaucoup à accroître parmi les courtisans et les ministres le zèle pour les conversions.
Mais ce qui est indubitable , c'est que trox$
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mois après la mort de la reine , dans la plus grande ferveur de la dévotion du roi, et au moment où Golbert mourut y le P. de la Chaise inspira au roi le dessein et Tespérance <c de » voir bientôt tous ses sujets servir Dieu en » esprit et en vérité. » Ce sont les expressions que nous venons de lire.
Eclaire, bift I [
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