‹ Œuvres de RulhièreChapitre 9 sur 53 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

Pendant que ces choses commençaient , msi* 4ame de Montespaq rendait encore toute la cour et toute la France témoins de son triomphe, et semblât toujours p\w adoréç. Mais la dévotion prenait secrètement plus d'empire ^ur le coeur du roi , soit par Tamortis^ement des premiers feux de la jeunesse 9 soU par les insi* QWItions perséyérantes de mad^une de Maiptenqn; celle-ci écnvait, le ig^vfil 1679 : «Le roi » ^ pass^ detw heures d^ns mop cabinet; c'est

» Thomme k plw aimable dç ww royîmme. Je » lui ai parlé du P, Bpiirdaloue, Jll m'9 écoutée » ^veç attention,. Peut-être n'e^t-^il pas aussi » éloigné dp pçw^r à ^n sal^t, que sa cour le » croit. Il a de bons seniim^pts* et desretP^^s » fréquent^ ver» Dieu. » Nous allons de plg3 en plus faire usage des I^ettres de cette nouvelle favorite, et nous devou? pbservçr d'abord qwf! jamais on n'a jeté sur ce recueil Iç plus léger ^qpçpn d'infidélité. A}, de Volt^ûre W laisse

poipt échapper une occasion de cenanrer T^di-

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leur ; il Taccuse |le mensonge dans ses propres rëcits, mais il reconnaît dans les Lettres ellesmêmes un caractère de naturel et de vérité quHl est presqit itnpossible: de. contrefaire. U dit « qu^elles sont un monument bien plus pré- » cieux qu^on ne pense ; qu^elles découvrent ce » mélange de religion et de galanterie , de di- » gnité et de faiblesse , qui se trouve si souvent » dans le cœur humain , et qui était dans celui » de Louis XIV. »

En effet , il s^en faut bien que madame de Maintenon fût aussi m;fstérieuse , ou même ausài discrète que le succès invraisemblable de son anlbitioh pourrait le faire penser. Sou* vent dans ses Lettres elle se trahit; et souvent elle y décèle volontairement ses sentiments les plus secrets. Elle avait été accoutumée de bonne heure aux charmes des conversations les plus spirituelles, à ceux même des confidences et des plus doux épiânchements du cœur. On sait que ces plaisirs , si naturels et si vrais » étaient, au temps de sa jeunesse, des plaisirs de mpde ; et que cette mode tenait à un goût généralement répandu pour un genre de romans que nous avons cessé de lire ; mais de ce tour d^esprit qui peut si aisément tomber dans l'exagération , Taffectation, et dans tous ces autres ridicules que MoHère jotia sous le nom

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des Précieuses y madame de Maintenon ii^en arait pris que Fagrément , la finesse, la solidité, ime profonde connaissance des passions, un usage réfléchi de tous les moyens de plaire.

Si I^diteur de ces Lettres , au lieu de composer de misérables Mémoires , pleins d'erreurs et d'anaduronismes , avait pris soin de ranger les lettres elles-mêmes dans leur ordre chronolo^qae , ce qui n^eût pas été difficile, en suppléant par le sujet au manque de date , comme nous VaTons d^à fait sur quelques-unes , il se* rsdt peu de lecture plus agréable et plus ins« tracthfe. Il n'en est point dans l'histoire s ni dans les romans , qui contienne une aventure plus étonnante, et où Ton puisse mieux étudier le cœnr humain , et pénétrer dans ses plus secrets replis. On la verrait s^élever de la qaaison d'un poète burlesque , et de l'intime société d^une femme galante , de la célèbre Ninon , à l'intimité du • monarque le plus occupé des bienséances du trône , d'tai monarque si imposant au milieu de sa cour, et qui semblait toujours si maître de lui-même, que, suivant la remarque des plus fins observateurs, on n'apperçnt quelque altém^n sur sa physionomie , ^W seule fois dans le cours d'un si long I ^^goe. (tous l'avons déjà vue, à Tinstant même I ^^ 1 pour la première fob , elle approcha du

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roi , en reconnaître le caractère arec la plus 1 heureuse sagacité, et donner à la favorite les plus adroits et les plus sages conseils. Mous la voyons maintenant se saisir du rôle que celle^ n^avait pas eu la force d'embrasser. TouIqots attentive à plaire par la piétë , bientôt elle blâmera la piétë trop rigide , et voudra qa^on attende tout du temps ^ c^est-è-dire » des prcigrès lents qu'elle fera ellcHEnéme sur le cœur de ce prince. Continuons à recueillir ainsi dao^ ses Lettres les rapports évidents et nécessaires qui s'y trouvent avec les recherches qui noua occupent; ils en deviendront, a-la^fois, TexpUcation et la preuve.

Après la lettre que nous venons de citer, elle. écrit, le 28 octobre de la même année ( 1679) • ^ I"^ ^ ^^^ plein de bons sentiments ; » il lit quelquefoisFÉcriture sainte , et il trouve » que c'est le plus beau de tous les livres* Il » avoue ses faiblesses ; il reconnaît ses lautes : » il faut attendre que la grâce agisse. 11 penâe » sérieusement à la conversion des hérétiques; >» et, dans peu, on y travaillera tmit /d^ bon.» Pourrait^on maintenant s^'obstiner à douter de ce que nous avons dé^à proûvié , que. cette en^ treprise fut un acte de dévotion, etnon pas une affiure de politique? Ces preuves vont se multiplier à ^infini. Dans toutes les sévérités que

nous verrons bientôt exercer contre les protestants , dans les préambules de tant de déclara* tions, d^arréts, d^édits rigoureux, nulle part enfin on ne trouve un seul reproche contre leur fidélité. Dans aucun des mémoires faits à cette époque, et conservés dans les archives du gou^ vernement, on ne les peint comme un parti dangereux.

Aucun ne porte , ni Taccusaiion la plus légère ni la moindre vue politique : ce n'est pas un parti qu'il faut affaiblir : ce n'est même pas une hérésie dangereuse t]u'on veuille extirper : ce sont des sujets errants quMl faut convertir.

On ne tarda pas à envoyer de toutes les pro- ^ces du royaume des états détaillés sur leur nombre , aiir leurs richesses , sur leurs disposi* tiQQs. Ils y étaient indiqués par noms , par f»* ailles, par métiers; on y joignait souvent des notes particulières sur le caractère personnel d( quelques-uns d'entre eux, sur leurs liaisons intimes : dans aucun de ces états . ils ne sont Hcnsés d'aucune intrigue, d'aucune mauvaise «isposiiiori contre le gouveruiement , d'aucune haison suspecte ; mais de £c que leur cimetière ^«t trop voisin de celui des catholiques ; de ce qu'ils chantent les psaumes à voix trop haute ; ^^ ce que leurs cloches les appellent au temple » <i^s le même temps que. les cloches des catho^

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liques appellent aux églises. Ceux qu^on veut noter comme des hommes dangereux , c^esl uniquement parce qu^on les suppose opiniâtres dans leur croyance. On va jusqu^à leur faire un tort d^étre charitables entre eux , et de veiller avec soin à Tinstruction et aux mœurs de leur jeunesse. Les éloges que Louis XIY lui-même avait constamment donnés à leur fidélité , ne permettaient pas de les inculper ; et c^est précisément parce qu^ils ne formaient plus une faction dans Tétat, qu'on ne craignit pas de v^ les traiter avec une rigueur qui passa bientôt

« toutes les bornes de la justice. '

Ces notes mêmes envoyées de toutes parts sur leur nombre, sur leurs professions, sur

. leurs richesses, ne tiennent à aucun plan général que le gouvernement eût formé pour s'en instruire. Vous ne trouverez point, quelles^que soient vos recherches , un dénombrement formel , ce qui eut dû précéder T exécution d'un grand projet. Ce ne Sont que des feuilles éparses, isolées, infidèles ou suspectes, envoyées sans qu'on les eût demandées, et telles que les dictait, tantôt dans une ville , tantôt dans une autre , le zèle de quelques convertisseurs. Nous Pavons déjà dit : on ne savait pas dans ce temps-; là , avec plus de justesse , à combien se montait le nombre de cette infortunée tribu., qu'on ne

le sait aujourd'hui. On ne s'en informait pas. En un mot , à Tëpoque même où nous sommes parvenus, il n'y avait encore aucun dessein général, aucun plan, aucun ensemble.

Les archives les plus secrètes , et les événements, publics se trouvent également d'accord sur cette époque avec les deux lettres de madame de Maintenon , que nous venons de citer. Ce fut alors que le secrétaire d'état Phely peaux de Châteauneuf , instruit des pieuses intentions du roi 9 mais trop jeune encore lui-même , et trop inexpérimenté , consulta à la hâte , sur la manière d'accélérer les conversions, ceux qui connaissaient le mieux les provinces les plus infectées de l'hérésie. Châteauneuf avait ' le même département qu'avait eu la Vrillière son père , les affaires générales de la religion prétendue réformée. Ce département que , Louis XIV, en commençant de régner, avait jugé ne contenir rien d'important , et pouvoir être exercé par le moins capable de ses secrétaires d'état , allait être chargé de l'affaire la plus importante du royaume. L'homme de la plus singulière sagacitë aurait à peine suffi pour, choisir entre les différents projets qu'allait suggérer le zèle apostolique , toujours confiant , parce qu'il se croit toujours secondé par la puissance divine. Ce Châteauneuf resta vingt-cinq ans en place

avec le peu de considération que nous atons vue denos jours à cette branche de Phely peaux, dont la destinée a été singulière. Elle avait enlevé la charge de secrétaire d^état à sa branche cadette : elle s*y est maintenue un siècle et demi , sans faveur, mais sans disgrâce , et sans | qu^aucun d^eux ait montré même les plus mé- | diocrés talents. On en peut juger par la situation \ déplorable et si embarrassante pour le royaume, | où se trouvent réduites en France les affaires de | la religion prétendue réformée , uniques affaires i qui, pendant la plus grande partie de ce long in- i tervalle , aient composé presque tout le départe- | ment de celte branche. Au contraire , la branche | cadette exposée à plus de vicissitudes , est h seule qui ait produit des hommes distingués, tels que le chancelier de Pontchàrtràih , et sott i petit-fils dont nous avons vu la vieillesse hoiiorée pat la confiance de Louis XVI.

Oilteàuneuf , dans ses premières années , avait été vpué à Téglisê ; il avait récemment abandonné celle vt>cation pour être fait secît^taire d^étât ;tt,h cette époque où madame de Mâintehon nous apprend que le dessein du roi était d^ tf avalUer incessamment à la conversion dès hérétiques, Châteàuneuf se pressa d'éfîrire dans les provinces pour s'informer des moy^fts les plus propres à accélérer les conversions. H

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demanda les réponses les plus promptes; et f on troave dans les archives de ce département deux mémoires très-remarquables, dans Tun desquels on commence en effet par se plaindre du peu de temps qu^on a eu. pour répondre. Ces deux mémoires réunis contiennent la plus .^ande partie de ce quW vit exécuter cette an-née et les années suivantes.

Haïs ce qui est bien plus remarquable , ces deux mémoires , d'accord entre eux sur quelques points, sont infiniment difIGérents dans leurs principes. Il sVn fallait bien , eh effet, que k$ disptttes du jansénisme et du molinimie , maligTé cette conciliation qu^on avait appelle la pmxde V Église^ fussent véritablement éteintes. Chacun des deux partis persistait dans la haine qtt%se portaient mutuellement. Chacun des deut contitmait \ regarder ses adversaires comme dévoués k Fanathème^ et nourrissait ea secret Tespérance d^attirer tôt ou tard sur eux le reproche dliérésie et les foudres de TÉ* glise. Des hommes , également respectables par l^rs verttfs, par leurs talents et par leurs lumières , conservaient en silence leurs pieuses ^imosit^s. Cette haine les conduisait à desopiûiofts inconciliables , et leur silence force en- ^etea&it seul une paix apparente. On ne le sait q^e trop ; mais ce qo^on a ignoré jusqu^ici ,

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c'est qu'à Tinstant même où Louis XIV s^occup sérieusement de convertir les calvinistes, d que ses ministres demandèrent secrëteme des conseils sur ce sujet , chacun des deux p qui divisaient ainsi Fëglise romaine , voulu! s'emparer de ces conversions, proposa un< méthode différente , songea à les convertir à s manière , et ambitionna d'ajouter à ses ancie prosélytes ces nouveaux catéchumènes et uo sî nombreux troupeau.

Dans aucun des deux mémoires , on ne pro-l posait de révoquer Fédit de Nantes ; et ceux même que leurs principes devaient conduire a l'intolérance , ne parlaient point d'une persécution. L'observation de l'édit, mais stricte, littérale et gênée , était des deux parts le point d'où l'on partait. Mais l'un des deux se fondait presque uniquement sur les fréquentes instructions que le clergé devait répandre , et^sur les exemples édifiants qu'il devait donner : l'autre , au contraire , sur un usage ferme et perpétuel de l'autorité souveraine. Le premier était dicte par cette piété austère qui tenait aux principes de Port-Royal , mais que son austérité même conduisait à une sorte de tolérance chrétienne^ parce que , suivant cette doctrine, il vaut mieux rester hors de l'Ëglise que d'y entrer sans une •sainte disposition. Dans ce mémoire on de-

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plore le relâchement du clergé catholique ; on n^ propose d^employer Tautorité du roi que pour exciter le zèle des ëvéques. On veut surtout qu^on évite dans les prédications les sujets de controverse, qy^on s^attache à bien faire connsatre les vérités morales de FÉvangile ; mais avant tout , qu^on produise quelque heureux changement dans les mœurs des catholiques , afin d^opérer la conversion des calvinistes par rédification et Fexemple.

Quant aux moyens humains , ce sont les expressions que le mémoire emploie , il veut que, sans violence , sans injustice , on prive les calvinistes de plusieurs grâces , dont le roi est Tunique dispensateur, et que le clergé , dans son assemblée prochaine , destine un fonds de cent mille écus en faveur des nouveaux convertis ; mais que ce fonds soit prélevé sur les gros bénéfices et non sur les petits, qui ne sont, dit-il , que déjà trop chargés ; il recommande de ne point apporter de précipitation dans cette affaire. « Il est à observer , ajoute-t-il , que, quand » on approuverait ces propositions , il ne serait » pas à propos de les exécuter toutes présen- » tement ni à-la-fois, mais qu^il les faudrait » prendre les unes après les autres , selon que » la prudence et les conjonctures Findique- » raient. »

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Ce Mémoire était Touvrage de M. d^Aguesseau, intendant de Languedoc , magistrat chéri de M. Colbert, et célèbre par les grands établissements qui, en vivifiant cette province , ont honoré la France. Sa piété tenait aux principes de Port-Royal , et il parvint dans la suite , mais un peu tard , à les faire prévaloir dans la conduite du gouvernement à Tégard des calvinistes.

Le second Mémoire ^ dicté par les principes qu^on a reprochés au parti opposé , ne portait pas , dans la même entreprise , tant de circonspection, de prudence et de lenteur. U s^occupait plus d^étouffer à la hâte Fhérésie que de convertir les errants. U se servait de Tautorité du roi bien plus que des instructions du clergé. Il proposait plusieurs édits sévères, entre autres la suppression des chambres mi-parties, que les protestants conservaient encore , et leur expulsion de tous leurs emplois dans les fermes du roi. On y attribuait à la pauvreté des ecclésiastiques le peu d^instruction quUb donnaient au peuple ; et on y proposait, comme un moyen de conversion , d^augmenter le revenu des jésuites : « Les règlements qu'on peut faire , dit » ce Mémxiire en finissant , ne produiront aucun » fruit, si tous les officiers du roi ne prennent » un grand soin de punir sévèrement toutes les » contraventions. » Ainsi, dès les premières

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délibérations sur cette affaire , on y remarque cette diversité d'opinions qui , aussitôt après la révocation de Tédit de Nantes , apporta tant dHncertitude dans la conduite du gouvernement , et occasiona , comme nous le verrons , plusieurs révolutions successives.

Combien la fortune n'usurpe-t-elle pas d'influence sur les événements mêmes qui devraient être hors de son pouvoir! Des circonstances absolument étrangères éloignèrent alors du conseil M. de Pompone , ami , parent et disciple des solitaires de Port-Royal , qui eût soutenu les opinions modérées ; qui , dans les provinces soumises à son département , se conduisait par ces mêmes maximes ; et qui ne fut rappelé au conseil du roi que plusieurs années après la révocation.

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