CHAPITRE VII
Le jubile de l'annëe 1676 dowa owasion à ce nouveau mouvement de piété, qui fat aussi ardent et tout aussi pen durable que le premier ravait ë*é. Mais ici conmence une suite d'ëvënemcnts, qui, sans plan, sans projet, par leur seul enchaîneroent , amenèrent la révocation de l'àfit de Natte» , et qui fmmt quelquefois accélérés, qudq«ef»i» ralentis, suivairt les progrès on le rcfroidisstmenl de cette dévotion longtemps incertaine,
A cette époque les calvinirtes comptaient encoffe parmi eux quelques noms très-illustres: Duqoesnequi eu cette même année 1676^ gagna sur le plus grand homme de mer qu'ait jamai^ en la Hollande , trois victoires n»vaJes et à qui le roi prodigua de >ustes réeofmpenses ; Schomberg qui parvint daw qaa«»e pajrs différente , m Fra«» , en Portugal , eu Prusse et en Angieterrean coranonderaent àes armées , et qui, cette année nséme , commandant ea Ptondrê les troupes françaises , celles qui la campagne
précédente avaient servi SOUS le grand G>ndé, se )oua de toutes les espérances que les alliés plus nombreux avaient osé concevoir; le duc de la Force et sa maison ; une branche des la Rochefoucault; de laquelle sont issues les deux branches aujourd'hui les plus florissantes ; Ruvigny alors plénipotentiaire de France à Londres pour les plus importantes négociations ; son fils député général des protestants à la cour par le choix du roi , et qui , dans la suite , servit utilement les Anglais sous le nom de* lord Gallo^ray. Un assez grand nombre de noblesse calviniste se distinguait sur nos flottes et dans nos armées, et revenant ensuite habiter les provinces, n'avait pas encore trouvé, dans le désir de plaire au roi, un motif suffisant pour changer de religion ; et , sans parler des plus riches bourgeois de nos villes commerçantes, ni de cette multitude de pasteurs , au nombre de deux mille , dont quelques-uns étaient des hommes vénérables par leurs mœurs , et d'autres renommés par leur science et par leurs talents , les conversions n'avaient encore fait aucun progrès parmi le peuple des campagnes.
On demandera quel était précisément alors le nombre des calvinistes. Mais jpersonne ue pensait à s'en informer: et quelques années après la révocation , ce fut une matière de dis-
pute assez vaine , le parti des persécuteurs assurant que ce nombre n'avait jamais passé six cent mille , et le parti contraire soutenant qu'il avait atteint près de deux millions. Quoiqu'il en soit, le nombre des convertis suffisant dès lors aux yeux de la politique, était peu considérable aux yeux de la religion, à qui Tâme d'un plébéien est aussi précieuse que celle d'un . grand. C'était sur-tout à ce sentiment de piété qu'on allait obéir. Mais il est plus difficile qu'on ne le croit communément , d'engager les hommes d'une condition médiocre , et sur-tout le peuple des campagnes, à changer de religion. Il n'a que ses pasteurs pour amis , pour conseils , pour arbitres. Les occupations religieuses lui servent de dissipation , de consolation , de délassement; la religion lui tient lieu de morale , de politique , de physique même ; elle exerce sur lui toutes les autorités; elle possède son esprit et ses sens de toutes les manières. La signification qui reste encore , parmi nous , aux noms de pàien et de paganisme y dérivés du nom qu'on donnait aux habitants des villages, prouve que leur conversion au christianisme fut bien plus difficile à obtenir que la conversion des habitants de la cour et des villes.
Peut-être même la conversion des païens
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était-elle moins difficile que celle des calvinistes. Peut-être Tidolâtrie avec ses sacrifices, $es expiations , ses apothéoses, était-elle moins distante de nos mystères et de nos cérémonies^ que le culte des réformés. On n^exigea point des païens de renoncer, dans leurs prières^ àFusage de leur langue maternelle , et de se résigner à ne prononcer toute leur vie, aux pieds des autels, que des mots sans aucun sens pour eux. ,
De pareilles conversions ne pouvaient être que Teffet des soins qu aurait pris , dans tout le royaume , un clergé instruit , laborieux , bienfaisant , qui eût suivi les vrais principes de la charité chrétienne, et n^aurait pas confondu l'ardeur de la persécution , avec le ^tèlè de Tapostolat.
Ainsi Tavaient toujours pensé les hommes les plus sages de ce royaume. Nous avons vu Louis XIV lui-même , dans ses Mémoires , regarder la réforme du clergé comme le moyen le plus indispensable , et s'applaudir du succès qu'il croyait avoir eu. Mais il eu faut convenir, et nous citerons , pour l6 prouver, des témoignages irrécusables , le plus grand nombre des ecclésiastiques n'avait encore ni les lumières ni les mœurs nécessaires à cette mission, Quelques hommes d'un génie sublime et d'une vertu émiriente, honoraient ce premier corps de l'état;
HISTOBIQUES. êj
mais le corps même du clergé était loin de leur «deitce, lie léuci talents et de leurs vertus. Rendons justice à la nation française ; les vrais apôtres étaient alors k la comr , et la cour se icoavertit. Le reste n'avait pas même dans ses mœurs cette décence qui supplée à la sainteté, cette bienséance qui honpre aujourd'hui le clergé français, et qui le distingue de tous les corps ecclésiastiques de tous Les- pays. Il y avait, au contraire, parmi les pasteurs {protestants^ des lumières plus généralement répandues ^ une condtiite plus régulière y plus de soin du troupeau ifiii leur était confié. Et comment engager tout un peuple a quitter une croyance qu'on lui fpisatt aimer et respecter , pour embrasser une religion que les vices et Tignorance de ses ministres dépouillaient ^ en apparence, de ce qu'elle a de plus vinérable ? Une simple assertion ne suffit pas ; et }e dois citer des garants qu'on ne puisse récuser. Le due de Noail|es, comsnandaat alors en Languedoïc , ne cessait de s'en plaindre. Le sage rédacteur de ses Mémoine5 (i) , aujourd'hui publics , raconte^ sur la foi de tous les titres authentiques : ^ Que des con- » férences proposées jeativ.des pi^étres ca^o- » liques et des mlnstres protestants, n'eurent » pas lieu, parce qu'on ne trouva point de
(])L'iiUiéMllUt«
j» docteurs catholiques assez savants pour sou-
» tenir la cause de Dieu ; que le zèle des con-
n çerUsseurs , n^étant soutenu dans la province,
» ni par la science , ni par les mœurs du clergé,
» ressemblait moins au vrai zèle , qu'à l'esprit
» de haine et de vengeance ; que les évêques et
» les prêtres négligeaient entièrement les
» moyens de conversion ; que, dans les Cé-
» vennes sur-tout , ce rempart de Thérésie ,
» les vices du clergé méritaient les plus grands
» reproches ; qu'une cathédrale , des collé-
» giales, des cures, plusieurs communautés
» fournissaient à peine aux catholiques un
» sermon par mois , tandis que les calvi-
» nistes du même lieu en avaient un par j our ,
» sans avoir plus de deux ou trois minis-
» très. » Et il ajoute cette réflexion : « Quoi-
» que Tëglise de France eût alors de célèbres
» théologiens, de grands évêques , desavants
^ prédicateurs, des lumières enfin, et des
« mœurs vraiment respectables, les mêmes
» causes qui avaient favorisé les progrès des
>> nouvelles sectes , subsistaient encore dans
» la province. »
Le duc d^ NoaiUes revient sans cesse à ce inême reproche :^« Nous n'avons rien fait que » d'mutile, si le roi n'obUge les évêques d'en- « voyer de bons prêtres pour instruire les
» peuples qui veulent être prêches; mais je » crains que le roi ne soit plus mal obéi en cela » par les prêtres que par les religionnaires. » Tous les rapports faits au gouvernement et conserves dans les archives , sont d'accord sur ce point, ^intendant de Languedoc, c^était alors M. d'Aguesseau, père de celui qui fut chancelier de France, s^exprime en ces termes : « Une des choses qui retient le plus les hugue- » nots dans leur créance , est la quantité dHns* » tructions quHls reçoivent dans leur religion , » et le peu qu'ils en voient dans la nôtre. » Un Mémoire sur la Saintonge dit positivement « que de six cents paroisses, il n'y en avait que » six où Ton prêchât pendant Tavent et le ca- » rême. » L'intendant de la Rochelle écrivait à la cour : « Il n'y a rien qui fasse tant de » tort à la religion , que la vie licencieuse , la » mauvaise conduite et l'avarice des prêtres. Ce » sont ces vices qui autrefois ont servi de pré- » texte au schisme : ce sont encore eux qui em- » pèchent que ceux qui se sont séparés , ne se » réunissent. »
Fénélon , que les siècles modernes peuvent opposer à tout ce que l'antiquité nous offre de plus beau dans la conduite morale, Fénélon s'exprimait de la même manière. On sait qu'il fut envoyé en mission dans la Saintonge , deux
mois après la révocation. Nous avons retrouvé presque toutes* ses relations, encore inconnues au public, écrites de sa main et signées de lui: « Les huguenots, écrivait-il, paraissent firap- » pés de nos instructions jusqu^à verser des
» larmes ; et ils nous disent sans cesse , nous
» serions volontiers d'accwïi açec vous , mais » vous n 'êtes ici qu *en passant. Dès que vous » serez partis, nous serons à la merci des » mornes qui ne nous prêchent que du latin , des
» indulgences et des confréries; on ne nous\ lira » plus rÉ^Huigile ; nous ne l entendrons plus ecD- » pliquer, et on ne nous parlera qu*apec me-
» naces Il est vrai, ajoute M« de Fénélon,
» qu^il n*y a en ce pays que trois sortes de » prêtres, les séculiers, les jésuites et les récol- » lets ; les récollets sont méprisés et hais , sur- » tout des huguenots , dont ils ont été les delà- » teurs et les parties en toute occasion. Les je- » suites de Marennes sont quatre têtes de fety » qui ne parlent aux nouveaux convertis, pour A ce monde, que d amende et de prison, et, i> pour l'autre, que du diable et de l'enfer. » Nous avons eu des peines infinies à empé- » cher ces bons pères d'éclater contre notre » douceur, parce qu'elle rendait leur sëvérite » plus odieuse^ et que tout le monde les fuyait '> pour courir aprè^ nous, avec mille bénédic**
HISTORIQUES. 9 c
» lions. Mais nous avons tëmoignë tant de de- » fërence à ces bons pères, qu'ils n'ont osé se » fâcher, et que nous sommes tous les jours » chez eux pour entretenir une grande corres- » pondance. Us vivent bien , et sont respectés. » Si , au lieu de ces têtes dures et chaudes, leur » compagnie veut mettre en ce lieu des esprits » modérés et droits , ils pourront être utiles » dans tout le pays. Après tout il n'y a rien de » si bon qu'eux. Pour les curés , ils n'ont aucun » talent de parler ; et c'est une grande confu- » sion pour l'église catholique ; car les hugue- » nots étaient accoutumés à avoir des minis- » ires qui les consolaient et les exhortaient par » des paroles touchantes de l'Ecriture.... » Il répète souvent ces mêmes plaintes : « Ce qui » manque dans toute cette côte, ce sont des » prêtres qui aient quelque talent pour parler, » qui édifient les peuples, et qui sachent gagner » leur confiance. »
 ces témoignages que nous pourrions multiplier , nous n'en ajouterons plus qu'un seul. M. de Pontchartrain, ministre d'état, disait, en 1698, dans un mémoire lu an conseil du roi : « On ne peut s'empédier d'observer, que la » plupart des ecclésiastiques n'agissent , dans » cette affaire , que par faux sèlc et par pas- » sion. i>
92 ÉCLAIHCISSEHENTS
II aurait donc fallu commencer la conversion des huguenots par la reforme et, pour tout dire , par la conversion du clergé. Nous verrons dans la suite que ce moyen fut essayé trop tard, et dans un temps où Tentreprise était déjà manquée. Ces deux tentatives faites alors à-la-fois y échouèrent ensemble , et Louis XIV trouva ainsi dans les deux religions les bornes de sa puissance.
La manière dont on s^engagea d'abord dans cette affaire fut bien différente. Tous les Mémoires du temps racontent que , dans Tannée 1676, les gens de bien de la cour parvinrent à séparer de nouveau les deux amants, et qu'après avoir fait cesser le scandale de leur liaison , on voulut faire cesser même le scandale de leur rupture.
« Cette rupture , dit madame de Caylus , se » fit dans un temps de jubilé. Le roi avait un » fonds de dévotion qui paraissait même dans » ses plus grands désordres avec les femmes. >y Car il n'eut jamais que cette faiblesse. Il était » né sage , et si régulier dans sa conduite , qu'il » ne manqua jamais d'entendre la messe tous » les jours que deux fois dans sa vie ; et c'était » à l'armée. Les grandes fêtes lui causaient de « grands remords; également troublé de ne » pas faire ses dévotions ou de les mal faire.
mSTORIQUES. 1)3
x> Madame de Montespan avait les mêmes sen^ » timents , et ce n^était pas seulement pom* se » conformer à ceox du roi qu^elle les faisait
» parsatre Enfin le jubile ^ dont je viens de
» parler, arriva. Ces deux amants, presses » par leur conscience , se séparèrent de bonne » foi, ou du moins ils le crurent. Madame de » Montespan vint à Paris, visita les ëglises, » jeûna, pria, pleura ses péchés. Le roi, de » son côté , fit tout ce qu^un bon chrétien doit » faire. Le jubilé fini, gagné ou non gagné, il » fut question de savoir si madame de Montes* » pan reviendrait à la cour. Pourquoi non ? » disaient ses parents et ses amis même les » plus vertueux. Madame de Montespan, par » sa naissance et par sa charge , doit y être ; » elle y peut être ; elle peut y vivre aussi chré- » tiennement qu'ailleurs. M. Tévêque de Meaux » fut de cet avis. Il restait cependant une dif- » ficulté : madame de Montespan paraîtra-t-elle » devant le roi sans préparation ? Il faudrait A qu'ils se vissent avant de se rencontrer en » public , pour éWter les inconvénients de la » surprise. Sur ce principe, il fut conclu que » le roi viendrait chez madame de Montespan ; » mais, pour ne pas donner à la médisance le » moindre sujet de mordre, on convint que » des dames respectables, et les plus graves
» de la cour , seraient présentes à cette entrais vue, et que le roi ne verrait madame de » Montespan qu^en leur compagnie. La visite » se fit comme il avait été décidé ; mais insen- 9> siblement il la tira dans une fenêtre. Us se >» parlèrent bas assez long-temps , pleurèrent, » et se dirent ce qu^on a accoutumé de se dire » en pareil cas. Us firent ensuite une profonde » révérence àt ces vénérables matrones^ pas- » sèrent dans une autre chambre , et il en ad- » vint mademoiselle de Bloîs , et ensuite M. le » comte de Toulouse. » Madame de Caylus ajoute que n^idemoiseUe de Blois avait toujours dans les yeux et dans tonte sa personue je ne sais quel mélange de Famour et du jubilé.
Madame de Maintenon, êmv cette catastrof^e, prend un ton plus sérieux. « Je vous l'avais bien tt dit ) que M. Bossuet jouerait dans toute cette n affaire u» personnage de dupe. Il 9t beau- >v coup d^esprit , mais il n'a pascelui de la cour. » Avec tout son xèle , il a précisément fait ce » que Laïunm aurait eu honte de faire v il ▼ou- » laît les couvertior , et il: les a raccommodés. » C'est «le chose iiwtiie que tous ces projets ; >» il u^y a que le P^. de la Chaise qui puisse les » faire' réussir. U a dttploré vingt fois avée moi » les égareuients du roi , mais pourquoi ne lui » T»terd^t-il i$as absolument l'usage des sacre^^
HISTORIQUES. gS
» ments? Il se coatente d^une deim-conversion. » Il y a du vrai dans les Lettres provinciales. » Le P. de la Chaise est un konnéte homme , » mais Tair de la cour gâte la vertu la plus » pure y et adoucit la plus sévère. »
Le roman qu'on a mis en tête des Lettres de McàaUnon, sous le titre de ses Mémoires, deplace ce récit , le transporte au carême de 1675 , et en arrange toutes les circonstsmces sur d'^itres événements de cette année. Il serait peu important de rétablir les dates, si cette conversion peu durcie n'avait donné occasion à des bits qui ont eux-mêmes une grande importance* Rien n'était plus aisé que de les fixer avec certitude : le )qbilé n'eut lieu, pour la France , qu'en 1676 ; le P. de la C^iso ne fet confesseur du roi qu'em février 1675 ; et il ne serait pas possible que , trois semaines après, madame de Maintenon en eût parié comme elle fait ici. Enfin mademoiselle de Bkûs, depuis duchesse d'Oriéans , naquit en mai 1677. Ces faits bien éclaircis , voyons ce qu'il en arriva.
Le roi, dans ce nouvel accès de dévotion « oa peut-être pour expier cette rechute , consacra le tiers des économats à la conversion des hérétiques. Cette destination fut assez longtemps secrète , soit parce qu'on eût craint de jeter du décri sur les conversions, et de rendre
suspecte la sincérité de ceux à qui rintérét al lait tenir lieu de conviction , soit plutôt par ce sentiment de bienséance qui dominait dans toutes les actions de Louis XIY , et qui ne lui permettait pas de montrer ce zèle d^apôtre , quand toute sa conduite y répondait si mal. Pélisson , célèbre converti , et que ses talents avaient fait admettre à Tintime confiance de ce prince , dont il rédigea les Mémoires, eut l'administration de cette caisse ; il dressa les règlements pour ceux qui travailleraient sous lui. Il avertit les évêques qu'un moyen sûr de plaire au roi était d'envoyer de nombreuses listes de convertis , et d'observer les instructions contenues dans un écrit qu'il leur adressa ; il ne se chargeait que des conversions à faire , et déclarait qu'il s'était engagé à né point parler au roi de celles qui étaient faites avant cette singulière époque de 1676.
Les évêques , après avoir reçu les fonds qu'il leur faisait passer, lui renvoyaient les listes avec le pri?: des conversions en marge , et toutes les pièces justificatives, c'est-à-dire les abjurations et les quittances. Le prix courant des converr sions , dans les pays éloignés , était à six livres par tétç de converti. Il y en avait à plus bas prix. La plus cbèreque j'aie trouvée , pour une famille nombreuse, est à quarante - deux livres. Des
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commis examinaient ensuite si chaque quittance était accompagnée d^une abjuration en forme. D^abord chaque province ne fournissait par an que trois ou quatre cents convertis. Dans les entreprises ordinaires , plus la somme demandée est considérable , plus le succès semble difficile : mais les choses étant montées de cette manière, et la somnie se distribuant par tête, et à si bas prix, plus un évéque demandait d'argent , plus il montrait de ferveur. Bientôt on s^entreCint à la cour des miracles qu'opérait Pélisson. Les dévots eux-mêmes eurent peine à s'empêcher d'y plaisanter de cette éloquence dorée, « nioins savante , di$aient*ils , que celle » de Bossuet, mais bien plu^ persuasive. » D'année en année on augmenta les fonds destinés à cette corruption religieuse , et les circonstances favorisèrent U, piété du roi; car ce fut dans ce temps*là même que Tautorité royale décida à son profit cette question si long-temps litigieuse , du droit qu'ont nos rois de disposer, pendant la vatance d'un bénéfice ,. de tous ses l'evenus , ce que nous . nommons le droit de régale : expression ancienne , qui ne signifiait pas un droit régalien , mais ui^ avantage inattendu , un régal qui survenait au seigneyr d'un fief; et peut-être cette équivoque a--t-elle beaucoup servi à Légitimer le droit prétendu par
98 KCLAntCISSEMEHTS
nos roi». Quoi qu'il ctt soit , \t clergë en corps ne tarda pas à reconnaître ce droit que, pendant plusieurs siècles , il ayait opiniâtrement combattu. Oserions-nous remarquer qu'on aTait proposé de prendre sur les gros bënëftces le prix des conrersions , et que , selon toute apparence, ie plus grand nombre de ceux qui étaient pourvus aima mieux abandonner les bénéfices vacante que de sacrifier un peu de ce * qu'il possédait. Mais enfin, une caisse nouvelle, et qu'on devait naturellement destiner à des œuvres pieuses , se trouvant ainsi à la disposition du gouvernement , fut destinée à cet achat des conversions. On chercha tous les moyens d'en augmenter les fonds : on étendit ce droit par-tout le royaume : on prit soin de prolonger les vacances Ats bénéfices ; en un mot , ce fut à cette occasion et à celte époque que cette partie de l'administration des biens ecclésiastiques prit la forme qu'elle conserve encore aujourd'hui, let que Missbn réussit à en faire une espèce de ministère. 11 est fâcheux qtie^ du moment où il fut parvenu à ce point , ses comptes aient cessé d'être en bon ordre. $t ne veui pas jeter un soupçon d'infidélité sur sa gestion. Mai* cet homme , recommandable à plusieurs titres, !e pi^emi^r peut-être qui ait r««du à notre langue une élégante et rapide
HlSTOlUQUfiS. 99
simplicité » jointe au noui^eau caractère de noblesse auquel on travaillait alors k Tëlever , cet homme dont la màraoire est'honorce , parce qu^étant premier commis de Fouquet , il défendit, dtt fond de sa prison « la cause de son maître qui était devenue la sienne , n^a laissé que des comptes en désordre. La tradition conservée dan les bnreauK des économats i où nous avons étendu nos recherches « ne lui est pas âivorable ; et toutes les apparences sont que ce fameux converti est mort dans la foi qu^il avait abandonnée.
De cette caitoe i^ comparée par les huguenots ^ la boite de Pandore , sortirent en effet presque tous les maux dont ils ont k se plaindre. Il est aisé de sentir que Tachât de ces prétendues conversions dans la lie des calvinistes , les sutpriste 9 les fraudes pieuses qui s* y mêlèrent, (t tous ces comptes exagérés i rendus par des commis infidèles , persuadèrent faussement au i^oi que les réf<Hinés n^étaient plus attachés à leur religion , et que le moindre intérêt suffirait pour les engager a la sacrifier. Ce préjugé dicta presque seul les lois que nous allons voir ^ttccessivement paraître. Le gouvernement se flatta que toutes ces lois ne seraient que comoiii^atoires. Cette fausse opinion ^ trop légè-
t OO ECLAIRCISSEMENTS
rement prise, et trop malheureusement démentie par Texpërience , fut le seul principe de cette vaine et fameuse entreprise.
Et d'abord il fallut employer la contrainte pour retenir dans nos églises la plupart de ceux qu'on y avait attirés par une si faible amorce. Quelques fripons, à qui il n'en coûtait qu'une abjuration pour obtenir une modique récompense, aussitôt qu'ils avaient escamoté le prix de leur marché ,.retoumaient au prêche. D'autres , après avoir reçu un léger secours sous lé nom de charité , et tracé , faute de savoir écrire , une croix pour marque au bas d'une quittance , ne croyaient pas avoir renoncé à leur culte. On renouvela donc, au mois de mai^ '67g, là déclaration contre les rélaps; on ajouta à la peine du bannissement, celle de l'amende honorable et de la confiscation des biens. Le préambule de la nouvelle loi en dit positivement le motif. « Nous avons été infor- » mes que , dans plusieurs provinces de notre » royaume , il y en a beaucoup qui , après avoir » abjuré la religion prétendue réformée, dans » l'espérance de participer aux sommes que » nous faisons distribuer aux .nouveaux con- » vertis , y reloument bientôt après. » On pouvait , il est vrai , regarder cette nouvelle espèce
HISTORIQUES. lOI
de relaps comme des profanateurs qui s^ëtaient joués des missionnaires , qui ayaient dérobé un prix dû à de véritables conversions , et qui avaient trompé le roi ; mais il s^établissait ainsi une jurisprudence toujours plus sévère contre cette faute , et nous verrons bientôt quel étrange parti on tira de ces sévérités, en les augmentant de degré en degré.
Enfin, pour réunir sous un même point de Tue tout ce qui concerne cette caisse , et montrer , dès à présent , avec combien de légèreté fut conduite toute cette affaire des conversions, disons ici d^avance qu'on eut soin de suspendre la nomination d'un assez grand nombre de bénéfices , pour fournir à ces premiers achats des consciences ; mais que , du moment où la caisse ne fut plus chargée que de payer des pensions promises à ceux qui , en se convertissant , avaient perdu leurs emplois, on oublia d'y faire verser les fonds nécessaires. Le dispensateur des bénéfices se rendit moins sévère , et ne songea plus à en laisser vaquer un ^ez grand nombre pour suffire à ces engagements. La plupart de ces pensions ne furent plus payées. Ceux qui avaient sacrifié leur état àleur changement de religion, et que le^roi en ^vait ainsi dédommagés , tombèretit dans l'opprobre qui, parmi nous, suit toujours la mi-
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ière ; et cet étrange spectacle de conrertift aba* êéêf et de convertisseurs infidèles, doit être cmnpU^ parmi les causes innombrables qui ont fait ëchouer cette entreprise.
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