TOME TEOISIÊME
PRÉFACE GÉNÉRALE
leur accorde donc la vision intuitive de Dieu, même avant la Résurrection.
J'arrive au dernier objet de cette préface , qui est la critique et la détermination des ouvrages authentiques de saint Bernard. Je ne serai pas long, puisqu'on est d'accord sur les sermons du temps admis par Horstius. Nous rejetons comme n'étant pas du saint le second sermon pour le jeudi saint sur les mots : Vous êtes assis à la table d'un riche, sedisti ad mevn sam dvDttis : il n'est pas de la manière du saint Docteiur; on ne le rencontre dans aucun des vieux manuscrits, que j'ai vus, pas même dans l'ancienne édition de Lyon de 1514.
Après le sermon venait ime méditation sur la vie ou la passion de Notre-Seigneur, commençant par les mots : Jésu^ de Nazarethy etc. Jesum Nazarenum, qui manque aussi dans ces manuscrits et dans l'édition de Lyon, et que Trithémius et Bellarmin attribuent plus justement à saint Anselme,. sous* ce titre Y Aiguillon de V Amour.
Le sermon sur le combat de David avec Golia (on écrivait ainsi) pour le 4<' dimanche après la Pentecôte, se trouve après les sermons de Nicolas de Clairvaux, dans le manuscrit dont s'est servi Bertrand Tissier, auteur de la Bibliothèque Cistercienne. Mais comme il se trouve dans les bons manuscrits, ceux de Clairvaux, d'Anchin, des Blancs-Manteaux de Pans, etc., et comme il est loué dans les fleurs de saint Bernard, compilées il y a quatre cents ans, on a cru devoir le laisser parmi les œuvres du saint Docteur.
Pusqu'il est question des sermons de Nicolas de Clairvaux , il est bon de rappeler que, devenu moine de Clairvaux après l'avoir été de Montier-Ramey ^ secrétaire de saint Bernard;, qu'il quitta ensuite, il dédia à Henri, comte palatin deTroyes, dix-neuf sermons composés par lui, et qui ont été imprimés au troisième volume de la Bibliothèque Cestercienne indiquée plus haut , avec une préface de Nicolas luimême au comte Henri , où il est dit : f envoie à Votre Excellence dix-neuf sermons de la fite de saint Jean-Baptiste à celle de saint Jean l'ÉvangéUste, quelques autres sermons et quelques versets du psautier arrangés à ma façon, et écrits par moi ; en quelques endroits fai emprunté à autrui, c'est-à-dire à saint Bernard son Maître, dont il a imité le style. Voici ce qu'il en dit en effet dans le sermon sur Noél : J'emprunterai mes pensées mi trésor de celui dont les conseils sont ceux de Dieu : à celui dont la religion, la discrétion, la sagesse^ l'éloquence, la vie et la réputation ont justement parcouru
^ Aube.
le monde latin. C'est là un bel éloge de saint Bernard. Si Nicolas de Clairvaux en parle si froidement dans la préface précédemment mentionnée, c'est qu'il l'adressait après sa désertion au comte deTroyes. Du reste après ces dixneuf sermons on en trouve, dans le manuscrit, quatre autres que Nicolas indique clairement dans sa préface : le premier sur les paroles de la sagesse : le Seigneur a conduit le juste, etc.; le second sur les cinq pierres lancées contre Golia; le troisième sur la chair, la peau et les os; le quatrième sur la triple gloire, à propos de ces paroles de l'apôtre. Que celui qui se glorifie se glorifie en Dieu. Tous sont attribués à saint Bernard : le second est olacé au 4« dimanche après la Pentecôte ; les trois' autres sont rangés parmi les sermons sur divers sujets , dans la première édition de Lyon, et dans tous les manuscrits : j'ai donc cru devoir les attribuer au saint , d'autant plus que Nicolas de Clairvaux aurait bien pu se les attribuer à luimême ; il se montra assez peu délicat d'ailleurs, à propos d'autres sermons, comme on en a fait la remarque dans les notes sur la lettre 298.
Dans les sermons>ur^ saints, le second sur la conversion de saint Paul manque dans la plupart des manuscrits, même celui des Feuillants. On le trouve cependant dans celui du Vatican, n^' 663, et je ne doute pas qu'il ne soit de saint Bernard. Le sermon pour la fête de sainte Madeleine, qui est un des dix-neuf de Nicolas de Clairvaux, est rejeté au tome VI* après avoir été retranché du V* où se trouvent et le S"" sermon pour l'Assomption, et les panégyriques de la sainte Vierge autrefois rangés dans les œuvres de saint Bernard. Nous avons omis à dessein quelques sermons qui lui étaient attribués, et dans la nouvelle édition de Cologne , et dans le supplément des Pères, et dans quelques manuscrits; nous les avons trouvés trop différents du style et de la manière du saint; nous n'avons pas même cru devoir les ranger parmi ses œuvres apocryphes.
Ceux des sermons sur divers sujets intitulés en quelques manuscrits : Extraits des paroles de saint Bernard, sont attribués les uns àGuerric, abbé d'Igny, les autres à Nicolas de Ckdrvaux; trois, le 6% le !• et le 21% à celui-ci; et six, (8, 28, 71, 13, 76, 79) à l'autre. Mais, au témoignage d'Horstius, les sermons n'étant pas dans le manuscrit de Cologne parmi les sermons de Guerric, et se trouvant dans la plupart des exemplaires de saint Bernard, on a cru devoir les conserver parmi les sermons sur divers sujets : ce sont des ruisseaux sortis de la source même de saint Bernard : c'est ce qu'on lit à la fin du manuscrit du collège de Navarre à Pa-
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ris et qui renferme les sermons sur divers sujets et sur les saints. On y trouve ces paroles : suivent le sermon de la conversion adressé aux clercs et divisé en 31 sections; puis des extraits abrégés des divers sermons du Saint qu'il a foits en différents lieux et différents temps, recueillis par ceux qui vivaient jour et nuit avec. lui. Ensuite un traité de Geoffroi, secrétaire^ qu*il a composé et envoyé au seigneur Henri, évèque et cardinal : il roule sur ces mots : Pierre dit à Jésus; viennent enlin les lettres de saint Bernard à différentes personnes. Bien que les écrits soient transmis par une autre main que la sienne, ce sont cependant tous des ruisseaux venus de la source. Ces extraits sont les sermons sur divers sujets qui, pour la plupart, sont plutôt des abr^és de sermons que de vrais sermons.
Des cinq paraboles attribuées au Saint et qu'on trouve à la suite des sermons sur divers sujets, la première est authentique : la seconde et la troisième semblent composées à l'imitation de la première : la quatrième et la cinquième sont rangées, dans les anciennes éditions, parmi les œuvres apocryphes. Le poème à Raynaud paraît indigne de saint Bernard. Les vers rythmés sur le nom de Jésus , et qui sont bien connus , et quelques autres doivent être aussi éliminés de ses œuvres. J'en ai dit les raisons au tome Y, où on les trouvera.
Ce que nous venons de dire dessermons du saint Docteur s'appuie sur le Livre des fleurs composé, il y a cinq cents ans, par Guillaume, moine de Saint-Martin de Tournai, et qu'il a intitulé Bernardinum, et aussi sur un manuscrit français que Nicolas Lefèvre, précepteur de Louis le Juste a donné aux Feuillant^, couvent de saint Bernard de Paris. Dans le Bernardin num se trouvent rapportés presque tous les sermons du temps et sur les saints^ et la plupart des petits sermons sur divers sujets.
Tous ces sermons contenus en deux volumes furent envoyés à Pieire de Celle par Nicolas de Glairvaux, comme le prouve sa lettre 24 : Moi qui avais jeté la plume, m*estimant plus digne de l'obscurité et de la solitude, voyant votre avidité pour les paroles d'un homme dont la vie et la renommée remplissent le monde latin ^ foi repris mes tablettes , et j'ai fait ce que faipu. On retrouve ces mêmes paroles (Uns le sermon sur Noël du même Nicolas de Clairvaux.
Dans la lettre précédemment citée il faut en core remarquer le passage suivant : Vous dites : Vous avez pu faire cela en silence, et ce travail demandait le silence. Je m'étonne que vous émettiez un pareil sentiment. Qui est même plus au
milieu du bruit qu un homme embarrassé du soin d^ écrire! A ses oreilles retentit une foule de mots dont il faut trouver le sens vrai^ la meilleure liaison^ la place, l'emploi , et vous up^ peUerez cela repos et silence^ surtout pour un homme inexpérimenté^ dénué du sentiment et du style nécessaires pour habiller des idées? Nicolas indique clairement la peine qu'il a eue à écrire, à polir le style et à disposer l'ordre des sermons qu'il envoie. Mais quels sont ces sermons? Ceux de saint Bernard, puisqu'il ajoute : Je me suis forcé moi-même et je vous envoie deux volumes des sermons de l'homme de Dieut dans l'un desquels j'ai dicté ce qui commence ainsi : l'apôtre saint Paul a coutume d^itre bref en paroles et riche en pensées. Un autre volume a déjà été dicté aussi; il est limé et arrangé : cherchez qu>elqu'un qui le transcrive avec soin ' et inteltigence : car il est rempli de sens. Si je comprends bien ces textes, voici ce qu'ils permettent de conclure. Nicolas a dicté ou écrit en son langage, c'est-à-dire en latin, un volume de sermons qui commençait par ces mots : t apôtre a coutume, etc. C'est le 19* sermon sur divers sujets. S'il en est ainsi, voici revenir les arguments que nous avons combattus plus haut et qui tendent & établir que saint Bernard a prononcé ses sermons en français , et qu'ensuite ses disciples les ont mis en latin. Il y a, en effet, dansles sermons sur divers sujets une grande variété de style , variété dont la raison se trouverait dans la différence même des traducteurs. Geoffroi, secrétaire du saint , dit avoir composé un opuscule sur ten^ tretien de Jésus avec Simon, à l'aide de plusieurs sermons de notre Père. Pourquoi les autres secrétaires n'en auraient-il pas fait autant? Et en ce cas pourquoi ne se seraient-ils pas attribué ces sermons?
Cependant en y réfléchissant bien, il m'a semblé que cette perplexité de Nicolas à écrire et dicter ne regardait pas les sermons de saint BeiTiard, mais ses lettres , qu'il veut se dispenser d'écrire. Cette interprétation est favorisée par ce titre même d'une lettre : A labbé de Celles pour m^excuser d'écrire et de dicter. Peut-être encore Nicolas avait-il en vue ces deux choses et désirait-il et se débarrasser de la charge d'écrire les lettres, et de dicter les sermons sur le manuscrit, ou à tout le moins voulait-il faire valoir son travail en ces deux points. Du reste il a copié a peu près littéralement ici la 81* lettre de saint Bernard adressée à Oger, lettre oii le saint s'excuse aussi sur le même sujet : et on doit croire que Nicolas n'avait pas d'autre but en employant ce passage. On peut donc rétablir le texte fautif de Nicolas
xu
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d'après cette lettre écrite par saint Bernard vingt an$ atant la retraite de Nicolaâ à Clairvaux. C'est ainsi que le secrétaire, nous l'avons déjà observé, employait à son propre usage
les paroles du Saint. Mais comme une notice sur Nicolas servira à éclaircir l'histoire du saint Docteur, il faut peindre ici cet hooune sous ses vraies couleurs.
Seconde partie de la Préface.