‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 2)Chapitre 3 sur 79 · NICOLAS DE CLAIRVAUX, SECRÉTAIRE DE SAINT BERNARD · texte numérisé non relu

NICOLAS DE CLAIRVAUX, SECRÉTAIRE DE SAINT BERNARD

Nicolas était français d'origine , et dès son enfance, moine au monastère de Montier-Ra«mey, au diocèse de Troyes, à quatre lieues de cette ville, n avait un esprit facile, mais changeant , habile à s'insinuer dans l'affection des autres, assez cultivé pour l'époque ; aussi étaitil chargé de diriger les études du couvent : il était aimé des hommes les plus célèbres du temps» Atton, évoque de Troyes, Pierre le Vénérable, abbé de Gluny, Pierre de Celles, Henri, frère de Louis le Jeune, et de plusieurs autres encore.

Séduit par la renommée, le génie et la piété de saint Bernard, il se rend à Clairvaux, goûte la vie qu'on y mène , sollicite les anciens et demande à être reçu parmi eux, car il est fatigué d'une vie trop libre, et soupire après im régime plus sévère. L'affaire est entamée et conclue en une seule entrevue. Saint Bernard était absent. De retour à Montier-Ramey, Nico-* las écrit à Clairvaux lettres sur lettres, sollicitant sa prompte admission. (Lettres!, 44, 46). qui rencontrait de l'opposition de la part de Guy son abbé.

Enfin de son consentement (lettre 40) Nicolas est reçu à Clairvaux, avec son prieur Théobald qui en sortit ensuite, et que Nicolas cherche vainement à y ramener. (Lettre 6.) L'arrivée du nouveau religieux fut une joie. On lui confia bientôt la charge de secrétaire. Saint Bernard en avait plusieurs , dont le principal était Geoffroi^ à qui on adjoignit Nicolas. Voici la description de son cabinet de travail telle qu'on la trouve dans sa lettre 6«. J'ai, dit-il, dam mon ClaiTvauXj un cabinet à écrire entouré de tous côtéi d^officines célestes qui k cachent, La porte s'ouvre dans la salis des nordcts oà une multitude de nobles et de lettrés enfantent dans une vie nouveUe thomme nouveau. A droite s'é*- , tend lecMtre,oiisepromènet assemblée florissante des religieuXé Ld, ious une exacte discipline ^ ils ouvrent les Ivvres sacrés ^ moins pour y chercf^er une vaine science, que pour y puiser l'amowr^ la componction et la dévotion. A gauche s* élève Vinlhvierie et le promenoir des malades, où les

corps fatigués et ^isés par la diidpline régulière se retrempent dans une nourriture plus dllicate,. . Ne vas pas mépris&rmon étroite demeure, car elle est aima^^, agréable à l'onl, et offre une douce retraite. Elle est remplie délivres choisis et divins : à cette vue je me sens plein de mépris pour la sagesse mondaine, et je sens que tout est vanité... On me ta donnée cette cellule pour écrire, dicter, méditer, prier et adorer la majesté divine. Nicolas ne transcrivait pas seulement des livres , il négociait aussi des affaires, preuve sa lettre 49 à l'abbé de Celles dans laquelle il lui dit : Doux ami, je vou>s écris à bâtons rompus, ne pou/cant le faire avec suite, au milieu des nombreuses affaires qui me tirent en tous sens : mais je vous écris de ma propre main. Tous ceux qui ont des intérêts à régler viennent à moi, et je puis dire avec Jacob : tous ces maux retombent sur moi.

On voit par là que Nicolas avait sous lui d'autres secrétaires : l'un d'eux était Gérard de Péronne, son ami intime, qu'il loue en plusieurs de ses lettres. (Lettre 10.) U entretenait un commerce assidu de livres avec Pierre de Celles et d'autres encore. Ainsi il écrit(lettre 34) à Amédée, évèque de Lausanne : Jevous adresse le livre de matire Anselme sur le Saint-Esprit : il est bien ponctué, si je ne me trompe, et bien corrigé. On le voit aussi en demander à Pierre, doyen de Troyes : Renvoyex-'moi , dit-il, les lettres du seigneur du Mans, car nous voulos les copier. (Lettre 17.) S'adressant sous le nom de frère Philippe, au prétôt de l'Ëglise de Cologne, chancelier de l'Empereur, appelé aussi Philippe, et le félicitant d'un voyage qu'il méditait à Jérusalem, il lui demande en ces termes sa Bibliothèque qui était fort riche : Votre tréior, je veux dire cette bibliothèque que vous avex amassée d*une façon admirable et incompa^ rable, laissez-la aux pauvres du Christ, afin quHls prient et pleurent pour vous , et qu6 U Dieu du salut vous accorde une bienheureuse route. (Lettre 29.)

Afin de se montrer un vrai religieux, Nicocolas ne refuse pas seulement de Ure des vers^

PRËPAGB GÉNÉRALE

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à l'exemple de ses confrères, de Glairvaux , mais il renToie une tunique qu'un ami lui a adressée, sous prétexte qu'elle ne convient pas à son ordre. Je n'ai pas encore eu les vers de mon Gautier qui est aussi ton ami : je les au-' rais vus que je ne les aurais pas lusj parce que nous ne recevons rien d'emprisonné sous les lois du mitre. ( Lettre 15. ) La tunique lui avait été donnée en signe d'amitié par Odon, abbé de Pottières i, moine noir. Nicolas la renvoie en exprimant sa reconnaissance : Elle est trop belle et trop riche^ dit-il (lettre 27). EUe n*est pas bonne^ parce qu'elle est trop bonnêj etc., etc.

Nicolas eut soin de conserver par sa corres* pondance les amis qu'il s'était faits à Montier* Ramey, surtout les deux Pierre, abbés de auny et de Celles. (Lett. 20, 24, 28, 48, 52.) Dorant son séjour à Clairvaux il écrivit \LU8si diflérentes lettres au nom de saint Bernard, du Prieur Rualène et d'autres religieux : il y en a plusde cinquante, qu'iladédiées à ses tris^hers frères Girard et Henri, c'est-à-dire, à Girard de Péronne et à Henri, fils de Louis-le-Gros, alors moines à Clairvaux. Il était cher à Pierre le Vénérable à qui saint Bernard l'envoyait, de temps en temps, pour recevoir les communications secrètes et confidentielles de ce grand homme. (Lett. 124 de Pierre-le-Vénér.) Mais, 6 fragilité humaine! Nicolas abusa de la bonté et de l'indulgence de saint Bernard, se servit de son sceau pour des usages criminels, et se laissa entraîner à une triste défection : il est douteux qu'il l'ait jamais sérieusement réparée. (Lettres de S. Bernard à Eugène, m, 298.) Il quitta Clairvaux en 1151 ; on croit qu'il s*enfuit en Angleterre et se retira au monastère de Saint-Alban, et qu'il est le même que ce Nicolas qui, après la mort de saint Bernard, attaqua le sentiment du saint Docteur sur la Conception de la sainte Vierge et trouva un adversaire dans Pierre de Celle. Ce religieux s'appelait en effet de ce nom; mais les deux lettres de Pierre de Celle prouveraient qu'il était anglais. (Liv. VI, xxiii; liv. IX, x.) Que ta légèreté anglaise ne s'irrite pas^ si la maturité gantoise a plus de poids. Tai l'expérience quHl y a plus de rêveurs parmi les Anglais que parmi les Français. Le Français tiendra l'Anglais lié et emprisonné dans son antre. La suite de la lettre étiÂlit que Pierre de Celle ne connaissait pas ce Nicolas : Plût à Dieu que je te visse en face toi que les beaux écrits ne m^ont pas permis d'en* tendre! Je laisse la différence entre le style de Nicolas l'Anglais et celui de Nicolas de Clairvaux, style ftpre et dur chez le premier, net,

< Htnie-Maroe.

poli et cultivé chez le second. Ce qui précède établit que Nicolas de Clairvaux, avant sa fuite, était connu de Pierre de Celle et lié avec lui; il n'était donc pas anglais, mais français, n faut donc le distmguer de l'autre.

Mais où Nicolas se retira-t-il? Après avoir erré çà et là, il se fixa au monastère qu'il avait quitté, et après la mort de saint Bernard, il y vécut en sûreté et tranquille. Ceci résulte de la lettre 59 d'Amoul, évôquç de Lisieux, à Nicolas lui-même, et d'une lettre de celui-ci à Guillaume, évêque de Reims, publiée par Et. Baluze, au tome II, de ses Mélanges. Cette lettre n'a pas été écrite avant 1176, année ou Guillaume occupa le siège de Reims. Nicolas y loue l'fivé^e de l'avoir reçu dans le sanctuaire de la fiuniliarité, et de n'avoir point écouté les médisans et les détracteurs. Il s'excuse ensuite d'être resté longtemps éloigné de lui, et allègue la difficulté du voyage et la distance qui sépare la ville de Reims de Montier-Ramey. C'était donc là que Nicolas s'était retiré.

Qu'y fiiisait-il? La suite de cette lettre le dit : nous en extrayons seulement ce passage : Ajouterai-je que je n'ai pu obtenir la permission d^àUervous voir? Non^ puisque je vais et je mens, je sors et je rentre tout U jour. Je le dirais si fêtais soumis à une autorité, et si je n'étais pas maUre de moi. Nicolas était donc tout à fait libre. Triste condition |d'un homme qui avait été le disciple et le secrétaire de saint Bernard! Pourquoi s'étonner? Les Anges sont tombés du Ciel. Mais ce qui met i nu sa vanité c'est le soin qu'il met à se vanter, comme autrefois, du nombre de ses amis. Ainsi dans une lettre à Henri comte de Champagne, publiée aussi au même volume des Mélanges de Baluze, et écrite à la même époque que la précédente, il dit : Dis mon enfance, je me suis plu avec les grands et les prinas de ee monde : mms je dois à voire suzeraineté ce qu» je suis, et à votre amitié ce que je puis. U rteulte de ce texte, 1<* que Nicolas était originaire de la Champagne, 2* que sa chute n'eut d'autre cause que cette vanité et cet orgueil qui tournent la plupart des tètes.

Ce que nous venons de dire montre assez quel a été le caractère de Nicolas de Clairvaux, homme vain, inconstant, une de ces natures inquiètes qui ne permettent guère d'espérer d'elles rien de bon. Nous ignorons comment il a fini. Il me reste à accomplir la promesse faite plus haut, de donner ici un ft*agment du premier sermon de saint Bernard traduit en français, et tiré du manuscrit des Feuillants. En voici le titre et le début.

PRÉFACE GÉNÉRALE

CI ENCOMMENCENT Ll SERMON SAINT BERNART

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