‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 2)Chapitre 6 sur 79 · NOTA · texte numérisé non relu

NOTA

Une raison particulière a entraîné une légère modification dans la disposition des sermons. Après la Préface générale, on a dû placer immédiatement les sermons sur le Ca^Uique des cantiques; ce déplacement n'entratne du reste aucun inconvénient

SERMONS

DE

LE CANTIQUE DES CANTIQUES

s. Bmh. — Ton. III.

PRÉFACE

DES SERMONS SUK LE CANTIQUE DES CANTIQUES *

I. Tous les OQTrages de saint Bernard sont abondamment remplis de la doctrine et de la piété les plus solides : mais deux surtout ont plus de prix que les autres : ce sont les livres de la Considération^ et les Sermons sur le Cantique des cantiques. Ce qu'il y a de plus saint dans les Ecritures et les Conciles, de plus utile dans les anciens Pères, les décrets des Pontifes et les règles tracées par eux pour le gouTernement de l'Eglise, saint Bernard Ta également résumé dans ces deux ouvrages. Ce que les autres écrits du saint Docteur contiennent de plus propre à former les mœurs, à exciter la piété, ce qui regarde les vices, les Tertus et la y\e spirituelle, se retrouve dans ceç sermons traité avec plus de solidité et d'élévation; sous le voile des allégories et des flgiires, on rencontre ici les secrets de la perfection^ exposés avec autant d'agrément et d'utilité que de profondeur. Aussi ces sermons sont-ils les délices de la piété. Rien n*est plus agréable que ce genre d'écrits. « L'âme huc maine b, dit saint Bernard lui-même, a est «d'une si étonnante- et si merveilleuse mi- « fère, que tout en devant à son génie naturel c d'innombrables découvertes dans le monde c extérieur, elle a besoin de figures et d'em- «blêmes matéiiels pour s'élever des choses « extérieures et sensibles aux réalités invisibles « et intérieures ' »•

> Tirée des Béuédictios. » ' Serin, sur divers si^jets, vi, 1.

II. Saint Bernard entreprit ce remarquable ouvrage, en 1135, à son retour d'Aquilaîne, comme il résulte du second livre de sa Vie^ chapitre 6. a Ayant trouvé un peu de repos, « rhomme de Dieu se livra à d'autres tra- « vaux : il se relira dans une cellule enduite « de terre et se mit à méditer dans la solia tude. Dans cette retraite, image de Tétâble a de Bethléem, se présentent à sa pensée les « cantiques de l'amour, riche nourriture spi- « rituelle. Longtemps il répandit son âme a dans celte méditation qu'il exposa ensuite a avec une grande abondance de développe- < ments. Avec quel profit pour lui, qui chaque a jour se nourrirsait de ce cnets délicieux^ « avec quel profit pour nous à qui il a laissé, a par écrit, ces restes bénis, le lecteur en ju- « géra». Ainsi parle Geoffroi, qui ajoute au V chapitre du troisième livre : « Dans les serc mons sur les Cantiques, saint Bernard s'est c révélé profond investigateur des mystères a et magnifique moraliste ».

Ce travail fut commencé dans l'Avent de ladite année 1135, comme nous le donne à entendre l'exorde du 2* sermon : «Combien «vont se réjouir à la Nativité prochaine « etc. »

III. Le chartreux Bernard des Portes a dû porter ou du moins encourager saint Bernard à entreprendre cet ouvrage. Ceci résulte d'une lettre de saint Bernard à ce religieux (lettre

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153] ; à la demande qui lui est faite d'une exposition des cantiques ou d*un autre ouvrage ascétique, le Saint oppose son incapacité; il cède enfln aux instances qu'on lui fait. Il est vrai qu'à la rigueur ce passage peut s'entendre de la composition, de la publica« iion, ou de l'envoi de l'ouvrage. Je préfère la seconde interprétation. Geoffroi, dans les textes suivants, ne dit pas que Bernard des Portes ait contribué à décider Fauteur à la composi-tionde ces sermons; il insinue que le saint Docteur en a lui-même conçu la pensée, et cette opinion s'appuie sur ces mots tirés de la lettre 53*: « Je cède à vos importunités, pour a que la réalité dissipe vos soupçons. J'ai af- « faire à un ami. Pourvu que vos désirs soient « satisfaits, je mettrai de côté la modestie. Je c fais transcrire 95 sermons sur le commen- « cernent du Cantique de Salomon, et je vous « les envoie de suite, bien que je ne les aie a pas encore publiés. Quand j'aurai du temps, « et que le Christ aura diminué le nombre de c mes soucis, je continuerai ce travail n. Ces paroles permettent seulement de conclure que Bernard des Portes avait demandé quelques traités spirituels au saint qui lui adressa les premiers sermons sur le Cantique. Ne serait-ce pas à ce même Bernard qu'on devrait appliquer ce passage du sermon 1*', n® 52: ail « n'aura plus à murmurer contre nous, j'esc père, l'ami arrivé de voyage, quand il aura c pris ce troisième pain ». Je laisse à d'autres le soin de décider ce point. Les premiers sermons furent donc adressés à Bernard des Portes avec la lettre 154* dans laquelle on lit: a Je vous envoie les premiers sermons sur le a début du Cantique que vous m'avez deman- « dés et que je vous avais promis : lisez les et « au plus vile, et à la même occasion dites-

< moi si je dois poursuivre ou m'arrêler ». Ce passage peut encore s'entendre de la transcription ou de l'envoi de l'ouvrage.

IV. Saint Bernard adressait presque tous les jours ces entretiens aux moines deClairvaux: et cependant, durant les dix-huit ans qu'il vécut encore, il lui fut impossible d'achever son œuvre, distrait qu'il était par les affaires de l'Eglise ou de l'Etat, l'affluence importune des visiteurs dont il se plaint souvent, comme à la fin du 3* discours : a Mais voici que le mal

< du jour nous appelle, et les hôtes qu'on « nous annonce m'obligent à interrompre « plu ôi qu'à flnir cet entretien. Je vais à eux f pour ne pas manquer aux devoirs de celte 0 charité dont nous parlons d . Et au sermon

5â% n"" 7 : a II est rare que les survenanls tne a laissent une heure pour me reposer ». Que saint Bernard, absorbé par le gouvernement d'une nombreuse communauté et les affaires du dehors, ait pu concevoir ces discours dont la science est si profonde, et les prononcer chaque jour, c'est chose prodigieuse. C'est ce qu'il nous atteste cependant au sermon 22* n"" 2 : a J'éprouve de la fatigue et de la peine a à-aller ainsi chaque jour puiser aux sources « de l'Ecriture... etc. » Il faisait ces discours les jours fériés et presque sans interruption, comme il résulte du sermon 83% où il dit avoir consacré trois jours de suite à expliquer un passage. Il prononçait ces discours de vive voix. Aussi, à la fln du 42** ajoute-t-il : <x Ma a faiblesse qui vous est connue ne me permet a pas d'aller plus loin » ; et à la fln du W : a C'est assez : ma faiblesse m'ordonne de me c reposer, comme il arrive souvent ».

V. Pour la préparation de ses sermons, l'homme de Dieu unissait la méditation à la prière ; cependant il parlait quelquefois d'abondance et sans avoir écrit, comme divers passages le prouvent. Car, dans ces entretiens, il se trouve des choses de circonstances, par exemple ce trait du sermon 36* contre les dormeurs : a Je pensais pouvoir en un seul a discours remplir ma promesse touchant la a double ignorance : je l'aurais fait^ si je n's^avais craint d'être trop long pour ceux, que a l'ennui a saisis. J'en vois qui baillent, et a quelques-uns qui dorment ; ce qui n'est pas a étonnant. Les veilles de la nuit précédente a qui ont été fort longues les excusent ». Rien ne prouve mieux que saint Bernard improvisait^ que ce passage du sermon 9% n° 6 : a Un a autre sens s'offre à moi que je n'avais pas a prévu : je ne le tairai pas ». Ajoutez qu'il insinue lui-même que les sermons prononcés par lui étaient mis par écrit par ses disciples : a Ceci a été écrit comme il a été dit (sermon a 54% n* i], et recueilli, ainsi que les autres « sermons, en sorte qu'on peut aisément rea trouver ce qu'on aurait oublié ». Au même sujet se rapporte ce qu'on lit au sermon 77*, n"" 2 : a Et si on met par écrit ce que nous c nous disons, il en est qui ne daigneront pas a même le lire.

VI. Saint Bernard prononçait habituellement ses sermons dans a l'assemblée » des frères, et en présence des novices (sermon 63*, n* 6). Les frères convers n'assistaient pas à ces réunions. Aussi insinue-t-il que ses auditeurs sont habiles dans les saintes Ecritures , et il

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déclare que leur génie devance sa parole (sermon ib% n« 2 ; 16% n* 4 ; 39% n« 2). Ces entretiens avaient lieu tantôt le matin, avant la messe, et tantôt le soir. Il convient d'entendre du matin les deux passages dans lesquels il interrompt son discours, à cause du travail manuel et de l'office divin. Ainsi à la fln du i** sermon, il dit : a Mais l'heure s'avance où < la pauvreté et la règle nous obligent à nous c rendre au travail manuel ». Sur ce point un passage plus expressif encore est celui du sermon 47* que saint Bernard interrompt à cause de Tbeure de l'offlce. Pour ce qui est du soir, il y a un témoignage très-clair au sermon 71*, n* 5 : 0 Hais pendant que je discute trop lon- « guement, le jour a baissé s.

VIL Saint Bernard avait achevé vingt-quatre sermons, en 1137, année du schisme. Revenu Tannée suivante, il reprit son travail interrompu, en redisant le sermon 24* avec un exorde nouveau et une conclusion différente : ce qui a donné lieu à des variantes. Pour le sermon 65* et le suivant, qui commencent l'exposition du verset : Prenez-vous les jeunes renards^ etc., le Saint les composa contre des hérétiques de Cologne, et à Toccasion d'une lettre qui lui fut écrite par Evervin, prévôt de Steintelden ; c'est pour cette raison qu'on a jugé devoir placer cette lettre en tête des dits sermons. Enfin le 80* sermon fut prononcé après le concile tenu à Reims, en 1148, devant Eugène, et dans lequel on condamna l'erreur de Gilbert de la Porée, évoque de Poitiers, comme saint Bernard le rappelle dans ce discours.

VIII. Dans la plupart des manuscrits les sermons sont au nombre de 86 : dans quelques autres il y en a 87 : mais cela tient, soit à la répétition du 24« sermon, comme dans le manuscrit de Colbert : soit à la division d'un autre sermon, comme dans notre manuscrit de Saint-Germain. Des cinq manuscrits du Vatican consultés à ma prière, par notre confrère Jean Durand, un seul contient 86 sermons ; un autre, qui porte le n*" 6G5, renferme une préface qui ne se trouve ni dans les imprimés ni dans les manuscrits, et dont voici le début : a Commencement de la préface du « Bienheureux Bernard, abbé de Clairvaux, « sur le Cantique des cantiques. Dieu a proie posé à la vertu un stimulant souverain : c c'est le plaisir de la béatitude future. Le € démon a aussi imaginé une délectation qui c est à l'erreur un éperon puissant. Ces deux c senlimenls nous sont indiqués par Adam

a père du genre humain, placé par Dieu dans c le paradis de délices, afin que l'éternelle féliacité le portât à pratiquer la vertu, en vue a des siècles à venir b. Puis, il ajoute que l'innocence étant perdue, la délectation qui raccompagnait, le fut aussi, mais qu'elle est rendue par la douceur et le chant des psaumes et des cantiques. Rien dans cette préface ne rap[)elle le génie ni le style de saint Bernard. A la préface sont joints 83 sermans, sous ce titre : a Commencement de l'exposition du a Bienheureux Bernard, abbé de Clairvaux, a sur le Cantique des cantiques b. Un autre manuscrit porte : « Commencement du traité «du Bienheureux Bernard, abbé de Clairvaux, a sur le Cantique des cantiques d. Et d'autres : 0 Commencement du traité du Bienheureux cf Bernard, abbé de Clairvaux, sur le Cantique a des cantiques p. Dans un des manuscrits de Colbert, ces sermons sont désignés par le mot de traité, selon l'ancien usage, et non par celui de sermon. Ce sont là des points de légère importance. Cette explication finit au 3* chapitre du Cantique, à ce verset : Dans mon lit^ durant les nuits^ etc. Gilbert d'Oyland, Cistercien Irlandais, l'a continuée jusqu'à ce verset du cinquième chapitre : Mon bien-aimé est blanc et rouge; il a composé quarante-huit sermons, égalant presque la science et la piété de saint Bernard. La mort l'empêcha de pousser plus loin son travail, indignée contre lui, dit Sixte de Sienne, de ce qu'il avait eu l'audace de continuer une œuvre interrompue par saint Bernard, et de prétendre l'achever. Sixte se trompe en disant que le travail de saint Bernard fut commencé la dernière année de sa vie,

IX. Outre cette exposition, saint Bernard en a dicté une plus courte à Guillaume de Saint- Thierry, comme Guillaume l'atteste lui-même au livre 1*' de la Vie du Saint, chapitre 12 : mais nous en parlerons plus à propos quand nous rapporterons l'explication abrégée tirée de saint Bernard , sur les deux premiers chapitres du Cantique.

X. Dans le premier sermon de sa grande explication, saint Bernard semble laisser entendre qu'il a aussi donné des commentaires sur les Paraboles de Salomon et sur TEcclésiaste. Il dit par exemple, au n* 2 : 0 Pour les a paroles de l'Ecclésiaste, grâce à Dieu vous «êtes suffisamment dressés, si je ne me < trompe, à connaître, et à mépriser la vanité a de ceUe vie. Quant aux paraboles, votre vie « et vos mœurs n'ont-elles pas été assez corri-

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a gées, et façonnées selon la doctrine qui s'y «trouve contenue? Ayant donc goûté à ces a deux pains que vous avez pris du gardea manger de l'ami^ prenez ce troisième, afin a d'y trouver un goût supérieur peut-être ». Mais ces paroles ne signifient qu'une seule chose : c'est que les religieux de Clairvaux s'étaient mis à lire les Paraboles et l'Ëcclé- « siaste, et avaient réglé leur conduite sur les préceptes de ces deux livres. Ni GeotTroi, qui Indique assez fidèlement Tordre des ouvrages de saint Bernard, ni aucun des anciens n'ont, que je sache, attribué à saint Bernard ces commentaires. Par le mot a d'ami », peutêtre désigne-t-il quelque autre auteur de ce temps, tel que Hugues de Saint-Victor qui a composé 19 homélies sur TEcclésiaste.

XI. Je reviens aux sermons sur le Cantique. Guerric, abbé d'Igny *, nous a donné son sentiment sur ce travail ; il était lui-même un disciple fidèle du saint Docteur : dans son 3* sermon sur saint Pierre et sur saint Paul, qu'on trouve au tome 6, il dit : c Notre maître, a cet interprète du Saint-Esprit, a commencé « à parler de tout ce chant nuptial, et ce qu'il a a déjà publié, nous laisse Tespoir, s'il arrive 0 jamais à ce passage qui éveille vos questions « (jusqu'à ce que le jour souffle et gue les a ombres décliuent), de changer les ombres c mêmes en lumière pour l'intelligence : «ce qui a été dit, ou le sera dans Içs «ténèbres, il nous le dira, lui, dans la lu- «mière».

' Champagne (llarne).

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