POUR LA FÊTE DE U PENTECOTE
entre les Anges et les apAtres un juste et agréable échange qui donnerait aux premiers la chair du Christ et aux seconds le vin du ciel, attirerait l'Esprit ici-bas, porterait làhaut la chair de Jésus-Christ et rendrait ainsi, et pour jamais, tous ces biens communs à tous ? Si je ne m'en vais pasy disait le Sauveur, le Paraclet ne viendra pas à vous^ c'est-à-dire, si vous ne donnez ce que vous aimez, vous n'aurez pas ce que vous désirez ; il vom est donc avantageux que je m* en aille i, afin de vous transporter de la terre au ciel, de la chair à l'esprit. Car le Fils est esprit, le Père est esprit, le Saint-Esprit est esprit. L'Esprit qui est devant nous est le Christ, le Seigneur. Le Père aussi parce qu'il est esprit cherche des adorateurs en esprit et en vérité. Cependant l'Esprit-Saint porte plus particulièrement le nom d'esprit parce qu'il procède de l'un et de l'autre, ferme et indissoluble nœud de la Trinité, et il est proprement saint, parce qu'il est le don du Père et du Fils, et qu'il sanctifie toute créature. Toutefois le Père est aussi esprit et saint, comme le Fils est également esprit et saint ; et de lui, dit samt Paul, toutes choses émanent; tout est en lui et par lui 2.
3. Dans l'œuvre si vaste de ce monde, il nous faut considérer trois choses : qu'est-il ? comment et à quelle fin est-il établi? L'existence des êtres proclame d'abord une puissance merveilleuse qui les a créés si nombreux, si grands et si magnifiques. Dans leur manière d'être reluit une sagesse singulière qui a placé les uns en haut, les autres en bas, les autres au milieu et, si vous songez à la raison de l'existence de ce monde, vous rencontrez une bonté si utile, une utilité si bienveillante, qu'elles peuvent accabler l'ingratitude sous la multitude et la grandeur de leurs bienfaits. La puissance a donc tiré tous les êtres du néant, la sagesse leur a donné leur beauté, et la bonté leur a communiqué leur utilité. Cependant il y a toujours eu, nous le savons, et il y a encore, nous le voyons, une multitude d'hommes plongés par leurs sens, au milieu des biens inférieurs de ce monde visible, livrés aux choses créées, qui ne s'inquiètent ni du mode, ni du but de leur création. Comment les appeler, sinon charnels 1 II en est d'autres, en très-petit nombre, je crois, et il y en a eu jadis, nous le lisons, dont toute l'étude et l'unique travail consistent à rechercher le mode d'existence et l'harmonie des ouvrages de Dieu, qui n'ont pas négligé seulement de s'enquérir de l'utilité des choses créées, mais qui les ont elles-
» Jean, xvi, 7. — • Rom. , xi, 36.
mêmes noblement méprisées, contents d'une nourriture simple et frugale. Ces hommes s'intitulent philosophes. Nous les nommons avec plus de raison des hommes curieux et vains.
4. Tous ont été remplacés par des hommes plus sages qui, s'élevant au-dessus des êtres créés et du mode de leur création, se sont exclusivement appliqués à l'étude de ce problème : quel est le but de ces êtres ? Us ont compris que Dieu a tout fait pour lui-même, tout fait pour les siens. Cependant c'est d'une façon qu'il a agi pour lui-même, et d'une autre qu'il a agi pour les siens, 'car s'il est dit : Il a tout 'fait pou/r lui-même i, c'est pour relever l'origine des êtres, et ces mots, il a tout fait pour les siens, expriment surtout le fruit qui en résulte. Dieu a tout fait pour lui-même, c'est-à-dire, par une bonté gratuite. Et il a tout fait aussi pour ses élus, c'est-à-dire pour leur utilité : là est la cause efficiente, ici la fin. Voilà les hommes spirituels qui usent de ce monde comme n'en usant pas, qui cherchent Dieu dans la simplicité de leur cœur, sans même s'inquiéter comment fonctionne cette machine du monde. Les premiers sont esclaves du plaisir, les seconds remplis de vanité, les derniers riches de vérité.
8. Je me réjouis de vous voir appartenir à cette école, à l'école du Saint-Esprit, où vous apprendrez la bonté, la discipline et la science, et où vous direz avec un saint : JTai surpassé en intelligence tous ceux qui m* enseignaient. Et pourquoi? Est-ce parce que j'ai revêtu la pourpre et le fin lin, et que ma table est chargée de mets délicats? Est-ce parce que j'ai pénétré toutes les arguties de Platon, toutes les subtilités d'Aristote? ou parce que le travail m'a conduit à cette intelligence? Non, certes, c'est parce que j'ai cherché vos témoignages ^. Heureux celui qui demeure dans cette chambre nuptiale du Saint-Esprit, afin de pouvoir comprendre ce triple Esprit, qui donnait à un serviteur de Dieu une intelligence supérieure à celle des vieillards, et lui arrachait ce cri, ce chant : Ne me rejetez pas loin de votre face; ne m'ôtez pas votre Saint-Esprit; créez en moi un cœur pur, d Dieu! et renouvelez en mes entrailles un esprit droit. Rendez-moi la joie de votre visage^ et affermissez-moi par un Esprit principal ' I Entendez ici l'Esprit-Saint désigné par son nom propre. David demande donc à n'être pas rejeté loin de sa présence, comme un objet immonde ; car cet Esprit a en horreur tout ce qui souille, et il ne peut habiter en un corps asservi au péché. Sa propriété étant
« Prov., XVI, 4. — • Ps. cxvm, 199. — » Ibid.L, 12, U.
d'éloigner le péché, il doit aussi le haïr, et la même demeure ne saurait abriter à la fois tant de pureté et tant d'impureté. Mais l'Esprit- Saint étant reçu par la sainteté, sans laquelle nul ne verra Dieu, qui osera se présenter devant lui, comme lavé et pur, sinon celui qui s'abstient de tout mal et met un frein à ses actions et à ses pensées?
6. Mais parce que les pensées perverses et impures séparent de Dieu ^ il faut demander à Dieu de créer en nous un cœur pur : ce qui arrivera quand un Esprit droit aura été renouvelé en nos entrailles. Par cet Esprit droit, on peut entendre le Fils : il nous a dépouillé du vieil homme pour nous revêtir du nouveau. Il a opéré une rénovation au fond de notre âme, comme en des entrailles , alin que nos pensées soient droites, que nous marchions dans la nouveauté de l'Esprit, et non dans la vétusté de la lettre. Il nous a apporté du ciel et il a laissé à la terre la forme de cette rectitude. Dans toutes ses œuvres, il a mêlé la douceur à cette rectitude, selon que Tavait prédit de lui le môme Prophète : Le Seigneur est doux, il est droit, cest pourquoi il donnera une loi à ceux qui chancellent sur la route 2. Le corps étant donc discipliné par la sainteté des œuvres, le cœur purifié, ou plutôt renouvelé par la rectitude des pensées, la joie salutaire vous est rendue, afin que désormais vous marchiez à la lumière du visage de Dieu, et que son nom vous inspire des transports continuels.
7. Que vous reste-t-il, sinon à être affermi par l'Esprit principal? Par cet Esprit principal, entendez le Père. Ce n'est pas qu'il soit plus grand, mais c'est que, seul, il n'émane de personne, puisque le Fils naît de lui, et que le Saint-Esprit procède de tous les deux. Mais en quoi consiste cet affermissement, sinon dans la charité? Quel autre don est si digne du Père? Quel présent est si paternel? Qui nous séparera, dit l'Apôtre, de la charité du Christ? La tribulation? les angoisses? la faim? la nudité? le péril? la persécution? le glaive? Soyez certains que ni la mort, ni la vie, ni aucune des choses que l'Apôtre exprime dans sa longue et audacieuse énumération, n'est capable de nous séparer de la charité de Dieu, qui est en Jésus-Christ 3. Tous les détails de ce texte n'indiquent-ils pas un affermissement? Savez- vous posséder votre corps dans la sainteté et l'honneur, et non dans les passions? Vous avez reçu TEsprit-Saint. Voulezvous faire aux autres ce que vous désirez pour
* Sagea, i, 3. — « Ps. xxiv, 8 . — « Rom., viii, 35, 38,39.
vous, et ôtes-vous dispjosé à ne pas faire à autrui ce que vous ne voulez pas qu'on tou> fasse? Vous avez reçu un Esprit droit pour servir le prochain. Car c'est là cette rectitude que les deux lois nous recommandent, que la nature nous dicte et que l'Écriture nous enseigne. Persévérez- vous solidement dans ce^ deux excellentes dispositions et dans celles qui s'y rapportent, vous avez reçu l'Esprit principal, seul agréable à Dieu. Celui qui existe Traiment ne peut agréer ce qui tantôt est, tantôt n'est pas, et l'éternité ne saurait se plaire en ces choses caduques. Si donc vous désirez que Dieu ait en vous sa placer ayez soin, après avoir possédé l'Esprit de sainteté pour vous, l'Esprit de droiture pour le prochain, de lui offrir en vous, comme au Roi et au Père dt*s Esprits, l'Esprit principal.
8. Il est vraiment multiple, cet Esprit inspiré en tant de manières aux enfants des hommes, en sorte qu'on ne peut se dérober à sa chaleur. Il leur est donné, en effet, pour l'usage, le miracle, le salut, le secours» la consolation, la ferveur. Pour l'usage de la vie : il dispense en abondance des biens communs aux bons et aux méchants, à ceux qui en sont dignes et aux indignes; il semble ne faire ici aucune distinction. C'est de Fingratitude de ne pas reconnaître en tout cela un bienfait du Saint-Esprit. Pour le miracle : dans les signes et les prodiges, dans les vertus diverses opérées par toutes les mains. Il renouvelle les antiques miracles, afin que les nouveaux accréditent les anciens. Mais comme il accorde à certaines personnes cette grâce, sans aucun profit pour elles, il est, en troisième lieu, donné pour le salut, quand nous revenons de tout notre cœur au Seigneur notre Dieu. 11 est donné comme secours quand il aide notre faiblesse dans nos luttes diverses. Et quand il rend à notre esprit ce témoignage que nous sommes les enfants de Dieu, cette inspiration a un but de consolation. Il est encore donné pour la ferveur, quand il répand aux cœui-s des parfaits un souffle énergique qui y allume le feu puissant de la charité. Il les porte à se glorifier non plus seulement dans l'espérance des enfants de Dieu, mais dans les tribulations, à trouver l'honneur dans l'opprobre, la joie dans l'outrage, l'élévation dans le mépris. Tous, nous avons, si je ne me trompe, reçu le Saint-Esprit pour notre salut, mais non pour la ferveur. Il en est peu qui soient remplis de cet Esprit, peu qui soient jaloux de le mériter. Nous nous contentons de nos étroites limites. Loin de travailler à respirer à l'aise dans cette liberté, c'est à peine si nous aspirons