VI, «. T
LETTRES DE GILLEBERT
agréables, et à cause de celui qui les dispense, et à raison de leur usage. Ils me rappellent votre souvenir et ils me servent de leçon. Les présents du sage sont éloquents ; car pourquoi vous appuyer sur moi comme sur un bâton, sinon afin de me rendre droit et ferme, et pour que je ne ressemble pas à ce roseau flexible et fragile, selon ce mot du Prophète : L'Egypte est un roseau brisé: qui s? appuie sur elle, s'y peixera la main*. Tel m'avez-vous trouvé, et vos mains risquaient bien de s'ensanglanter au contact de mes brisures ; mais elles se sont fermées, elles ont su repousser les aiguillons qu'elles rencontraient. Mains bénies, incapables, dans leur délicatesse d'achever le roseau à demi-rompu, d'éteindre la mèche encore fumante. Ceux gui travaillent le lin, seront dans la confusion*, dit le Prophète. C'est pourquoi me voilà couvert de confusion, moi qui ai voulu mêler dans un même tissu la laine de votre simplicité et le lin de ma dissimulation. C'est peut-être pour me la reprocher, que vous m'avez envoyé deux calices. Un poids et un poids, une mesure et une mesure sont une abomination devant Dieu 8. Malheur à celui gui, donnant à boire à son ami, lui verse du fiel et P enivre, afin de voir sa nudité ; il sera couvert tt ignominie au lieu de gloire \
3. A quoi bon tout cela, mon frère, sinon à louer votre douceur et à condamner mon injustice? Mais comme il serait trop long d'entrer dans les détails, j'abrège et je me résume. J'ai tenu un langage insensé , j'ai
parlé comme une femme sans raison. Je reconnais ma faute, pardonnez-moi. Vous ne refuserez pas à la prière un pardon que vous offrez gratuitement. Je pourrais apporter excuses , atténuer mon crime, en rejeter le poids sur d'autres, retourner sur la tête de qui m'a frappé le fer qui m'a blessé ; je ne le fais pas. Je préfère recourir à la prière et aux supplications. Je ne veux pas en raccommodant ce qui est déchiré, déchirer encore ce qui est réparé, ni, pour couvrir mon flanc, blesser celui d'autrui. Il est cependant un point que je ne puis taire. Votre maison n'a pas ses diverses parties bien jointes, ni solidement adhérentes les unes aux autres. Elles laissent passer trop facilement à travers leurs interstices l'esprit, non de paix, mais de dissension *. Du reste, si j'ai usé de délai, si j'ai refusé longtemps ce que j'exécute tardivement, si je vous ai dit que vous me seriez à charge, voici ma réponse catégorique : dans nos discours, nous cherchons souvent à sonder la pensée d'autrui plus qu'à dévoiler la nôtre. Mais je vous parlerai sans déguisement et à cœur ouvert : j'ai souhaité, je souhaite encore votre présence. Mais j'ai attendu un moment plus opportun, comptant trouver une consolation dans l'analogie de vos idées et de vos goûts avec les miens. Ah ! puissé-je donc vous posséder éternellement et non pour un moment seulement ! Puissions-nous demeurer à jamais ensemble, au lieu de nous voir en passant ! Adieu !