‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 140 sur 179 · Tome IV · texte numérisé non relu

Tome IV

1 Ps. Lxxxr, 6.

TRAITÉ

raison de toutes ces considérations, une joie supérieure à tous les sentiments. Qui peut en effet, mesurer la félicité que chacun trouvera en soi, quand enfin il possédera une beauté, une agilité, une force, une liberté, une santé, un plaisir, une durée, une sagesse, une amitié, une concorde, une puissance, des honneurs, une sécurié semblables ? Nul ne peut rendre ce qu'est ou ce que sera cette félicité, puisque personne n'a rien éprouvé de pareil dans cette vie. Mais, ô vous qui êtes destiné à arriver à ce terme, si le Tout-Puissant accordait ce même bonheur à quelqu'un de vos amis, que penseriez-vous ? Ne seriezvous pas bien joyeux ? et s'il raccordait à deux, à trois, à un plus grand nombre de personnes que vous aimeriez comme vousmême, que diriez-vous ? Vous éprouveriez un grand bonheur, un bonheur au-dessus de toute expression. C'est ce qui aura lieu ; puisque à nos vrais amis, à nos parents, à tous ceux que nous aimerons, nous q^e la divine miséricorde admettra dans ce séjour, Dieu accordera cette même joie, en sorte que nous serons heureux de sa grandeur, heureux en nous-mêmes, heureux en nos proches. Cette félicité, en effet, est assez grande pour embrasser tous les cœurs ; elle débordera en tous, elle les entourera tous, elle les enveloppera tous et de toute part. Comme les poissons trouvent partout l'Occéan autour d'eux, ainsi les saints de Dieu rencontreront de toute part cette magnifique suavité de joie, de laquelle il est dit au bon serviteur : Entre dans la joie de ton maître !.

19. Ces quatorze éléments de la béatitude des saints rapidement envisagés, on demandera peut-être la raison ou l'utilité de tant de beauté , d'agilité ,' etc., quand il suffirait de vivre heureux, et d'avoir les choses indispensables à Ja vie. Mais il faut savoir que Dieu ne manque de rien, et comme il est richement pourvu de tous les biens, ses amis, ses ministres le seront aussi ; si l'un d'eux se sentait impuissant n'importe sous quel rapport, il goûterait une félicité inférieure à celle qui le remplira quand il connaîtra la toute-puissance de sa volonté. Par conséqnent, afin que notre joie soit entière, rien ne manquera à ceux qui craignent le Seigneur, disons mieux à ceux qui l'aiment.

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