‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 20 sur 179 · POUR LA VEILLE DE SAINT PIERRE ET DE SAINT PAUL · texte numérisé non relu

POUR LA VEILLE DE SAINT PIERRE ET DE SAINT PAUL

Du triple secours que nous recevons aes saints*

I. Aux Vigiles des Saints, l'homme spirituel doit veiller, s'il désire célébrer leurs solennités en esprit et en vérité. Car autres sont les veilles des hommes charnels, autres celles des hommes spirituels. Les uns préparent des parures soignées et des repas plus recherchés : peut-être même, dans leurs veilles, se livrent-ils à des œuvres de ténenres, mettent-ils leur plaisir à mal faire, et trouvent-ils leur bonheur dans le crime. Ce n'est pas là ce que vous avez appris de Jésus- Christ, vous qui l'avez suivi, après avoir tout quitté, et qui devez apporter à ces veilles un œil vraiment vigilant. Car ces veilles nous sont offertes pour nous donner l'occasion de nous réveiller, si nous étions endormis dans le péché et la négligence, et pour louer Dieu en ses saints. Telle n'est pas la conduite des enfants de ce siècle qui sont puissants pour boire le vin, et torts pour s'enivrer, qui sommeillent dans leurs désordres et leurs crimes. Sachez que ceux qui s'enivrent, s'enivrent la nuit, et que ceux qui dorment, dorment aussi la nuit. Pour eux, le mot de veilles saintes est un vain son, puisqu'ils préfèrent dormir. Pour vous, vous n'êtes pas les enfants de la nuit ni des ténèbres, mais du jour * ; que les solennités ne vous surprennent pas ; qu'elles vous trouvent préparés.

2. Il y a donc trois choses à considérer dans les fêtes des saints : le secours du saint, son exemple, notre confusion. Son secours : car celui qui a été puissant sur la terre, est plus puissant au ciel, devant la face du Seigneur sou Dieu. Si pendant sa vie il a été

1 Ttacss. v, 59 a*

plein de pitié pour les pécheurs, s'il a prié pour eux, aujourd'hui il prie pour nous le Père, avec d'autant plus de force qu'il connaît mieux nos misères : la bienheureuse patrie n'a pas changé sa charité : elle l'a accrue. En devenant impassible, il n'est pas devenu insensible : il a plutôt revêtu des entrailles de miséricorde en s'approchant de la source de la Miséricorde. Une autre raison inspire aux saints de la sollicitude pour nous : selon le mot de l'Apôtre, Dieu veille à ce qu'ils ne soient pas perfectionnés sans nous ', comme le dit le saint prophète David : Les justes m'ahenden. jusqu'à ce que vous me recompensiez \ Nous devons aussi considérer l'exemple du saint : tant qu'il a vécu sur la terre et conversé avec les hommes, il n'a décliné ni à droite ni à gauche. Il a suivi le chemin royal jusqu'à ce qu'il fût arrivé à celui qui a dit : Je suis ta Voie, la \crLe, la Vie1. Etudiez l'humilité de ses œuvres, l'autorité de ses paroles, et vous verrez comment il a brillé parmi les hommes par ses exemples et par ses discours : quelles traces il a laissées, afin que nous y marchions sans nous égarer. Le prophète a eu raison de dire : Le seiUier du jus^e est droit; droite est La route ou il marche \

3. Mais portons sur notre indignité un regard plus attentif. Cet homme a été comme nous passible et formé du même limon. Pourauoi donc estimons-nous difficile, impossible même, de laire ce qu'il a fait, et de suivre ses pas? Confondons-nous, mes frères, et tremblons à ce langage ; peut-être notre confusion tournera à notre gloire, et cette crainte engen-

1 Hébr. xi, 40. — • Ps, csu, 8. — » Jean, xiy, 6, — * Isaïe. xxvi, 7«

cirera en nous la grâce. Ils étaient hommes ceux qui nous ont précédés, qui ont parcouru les routes de la vie d'un pas si étonnantqu'à peine les croyons-nous des hommes. Ainsi les fêtes des saints doivent exciter notre joie et notre confusion. Notre joie : ce sont des protecteurs partis en avant ; notre confusion : nous ne pouvons les imiter. Ainsi en cette vallée de larmes, nos joies sont assaisonnées d'un pain de larmes, de sorte que le deuil se trouve non-seulement au terme mais au début même de nos joies. Si nous avons de grands sujets de nous réjouir, nous en avons de très-grands pour nous attrister. Je me suis souvenu de Dieu, crie le juste, et je me suis réjoui. Mais il ajoute aussitôt : Mon espri. a éit dans Vahailement ij'ai été troublé, et j'ai garde te siœnce *.

4. Si telles sont les pensées qui doivent nous occuper aux Vigiles de chaque saint, que ferons-nous donc dans la solennité de nos saints et grands apôtres Pierre et Paul? La fête d'un seul suffirait à répandre l'allégresse

sur la terre entière : mais les deux réunies mettent le comble à notre joie. Comme ils se sont aimes dans la vie, la mort ne les a pas séparés. Quelle puissance plus grande que celle qu'ils avaient ici-bas! A l'un furent confiées les clefs des cieux : à l'autre fut remis le soin d'instruire les nations : l'un d'un mot de ses lèvres tue Ananie et Saphire : l'autre donne au nom du Christ tout ce qu'il donne, et quand il est iaible, c'est alors qu'il est plus fort. Qu'ils sont bien plus puissants aux cieux ceux qui furent déjà si puissants sur la terre ! Quels saints nous ont laissé des exemples supérieurs aux exemples de ceux qui n'ont cessé d'être affligés par la faim, la soit, le froid, la nudité et par tous ces maux énumérés par saint Paul1, et dont l'heureux martyr a conquis le royaume céleste? Oui, ils nous couvrent vraiment de confusion ; loin d'oser les imiter, nous n'osons les regarder Prions-les donc de nous rendre favorable leur ami, qui est notre juge, le Dieu béni dans les siècles. Ainsi soit-il.

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