‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 19 sur 179 · SUR LA NATIVITÉ DE SAINT JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

SUR LA NATIVITÉ DE SAINT JEAN-BAPTISTE

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t'esprit. Car ceux qui sèment dans la chair ne recueilleront que corruption. Réjouissons-nous intérieurement , et non sous le soleil» mais, selon le conseil de l'Apôtre , comme des hommes tristes, par humilité et gravité: et nous réjouissant toujours*, à cause de la consolation intérieure. Réjouissons-nous , mes bien-aimés, à la Nativité du bienheureux Jean, mais que notre joie naisse de cette nativité même.

8. Le souvenir de saint Jean est en effet un riche sujet, une matière multiple de joies. Il était une lampe ardente et luisante, et les Juifs voulurent se réjouir à sa lumière : pour lui sa joie était dans la ferveur de son dévouement, sa joie était d'écouter la voix de l'époux, comme l'ami de l'époux. Pour nous, réjouissons-nous de deux choses : réjouissons-nous de l'une pour lui, et de l'autre avec lui. Sa ferveur était pour lui : sa lumière pour nous. Réjouissons-nous de sa ferveur et imitons-la : réjouissons-noils de sa lumière non pour nous y arrêter, mais pour voir i son aide la vraie lumière, qu'il n'est pas, et à laquelle il rend témoignage. Jean est venu, est-il dit, sans manger ni boire1. Voilà pour moi un motif de ferveur et un sujet d'humilité. Qui de nous, mes frères, considérant la pénitence de Jean osera, je ne dis pas louer la sienne, mais lui croire quelque prix ? Qui osera murmurer dans le travail et dire : Je souffre bien assez, jfe souffre trop ? Quels homicides, quels sacrilèges, ou quels crimes honteux Jean puniàsait-il ainsi en lui ? Excitons-nous à la pénitence, mes frères, interrogeons nos consciences, et animons-nous à tirer vengeance de nous, afin d'éviter le redoutable jugement du Dieu vivant. Que l'humilité de notre aveu supplée à l'imperfection de notre ferveur. Dieu est fidèle, et si nous confessons fibs iniquités, si nous lui exposons nos misères, si nous ne cherchons pas à excuser nos faiblesses, il nous pardonnera.

9. Considérez ensuite la ferveur de Jean à l'égard des fautes du prochain , car la sagesse et la raison veulent que vous commenciez par vous-mêmes. Purifiez-moi de mes véchés cachés, a dit David, et épargnez à votre serviteur les véchés d' autrui*. Race de vipères , s'écriait Jean, qui vous a appris à /air la colère à venir ? De quelle ferveur devaient jaillir ces étincelles, ou plutôt ces charbons destructeurs? Ainsi encore, sans ménagement pour les pharisiens/ il criait : Ne

» II Cor. VI, 10. — «Math, xi, 18. — » Pb, xvm, 13, 14.

dites pas; nous avons Abraham pour prrè: Dieu peut de ces pierres susciter des enfants d'Abraham*. Ce n'est pas assez ; sans craindre le regard d'un homme puissant, il reprend avec une entière liberté un roi coupable, cruel et superbe : saisi d'un saint emportement, il sort du désert dans ce dessein, et ni les flatteries, ni la peur de la mort ne l'émeuvent. Bérode, est-il écrit, craignait Jean et il faisait beaucoup de choses sous son inspiration, et il t écoutait volontiers. Ce qui il empêchait pas Jean de lui dire : Il ne vous est pas permis d'avoir cette femme. Chargé de chaînes, plongé dans un cachot, il reste inébranlable dans la vérité, et succombe vaillamment pour elle1. Que ce zèle s'allume aussi en nous, mes frères : ayons cet amour de la justice, cette haine de l'iniquité. Ne flattons pas le vice, ne dissimulons pas le péché. .Ne disons pas : Suis-je le gardien dé mon frère? Ne laissons pas, en ce qui nous regarde , Tordre tomber , et la règle s'affaiblir. Se taire quand on peut reprendre, c'est consentir: et nous savons qu'un égal châtiment attend ceux qui font mal et ceux qui donnent au mal la complicité du consentement.

10. Et que dirons-nous de l'humble et ardent dévouerr*.a de Jean envers Notre-Sei- Sneur ? C'est là ce qui le fait tressaillir au seiû 'Elisabeth \ ce qui le jette dans le saisissement, quand il est près de le baptiser au Jourdain *. Telle est la cause pour laquelle il s'estime indigne de toucher, non pas seulement celui qliil regardait comme lé Christ, mais la courroie de sa chaussure *; qui le transportait de joie à la voix de l'Epoux , lui l'ami de l'Epoux e, qui lui faisait avouer qu'il avait reçu grâce pour grâce, et proclamer que l'Epoux avait reçu l'Esprit-Saint non avec mesure, mais avec une plénitude de laquelle tous devaient recevoir 7. Ne seras- tu pas soumise à Dieu, ô mon âme%? Je né SePài pftt Une lumière ardente, si je n'aime pas Dieu de tout mon cœur, de tout mon esprit, de toutes mes forces. Car la charité seule éclaire pour le salut, répandue et allumée en nous par l'esprit qu'il nous est défendu d'éteindre9. Vous savez donc en quelle manière Jean a brûlé, et si vous avez été attentifs, vous savez comment il a brillé. Vous ne pouviez connaître son ardeur qu'à l'aide de sa lumière.

* Luc m, 7, 8. — • Marc, vi, 17, 18. — • Luc i, 4 i. — ♦ Math, m, 4. — * Marc. I, 7. — • Luc i, 44, — ' Jean, i, 16, et m, 34. — » Ps. lxi, 1. — • I Thess. v, 19.

il. Donc il a lui, comme je me souviens de l'avoir dit plus haut, par l'exemple, le doigt, la parole : il s'est révélé à nous par ses œuvres, il nous a révélé Jésus-Christ en le montrant, et par ses discours il nous a révélés nous-mêmes à nous-mêmes. Et toi, enfant, tu seras le prophète du Très-Haut, disait son père : car tu marcheras devant le Seigneur pour lui préparer la voie, et donner la science du salut à son petfole. Pour donner, non le salut, il n'est pas la lumière, mais la science du salut, et rendre témoignage à la lumière : la science du salut pour la rémission des péchés % . Le sage peut-il estimer peu de chose la science du salut? Supposons cependant que Jean n'est pas venu , et ne nous a pas encore indiqué Jésus-Christ. Où chercherons-nous le salut? J'ai commis de grands péchés que ne saurait effacer le sang des génisses et des boucs, puisque le Très- Haut ne se complaît pas dans les holocaustes. Ma mémoire est souillée par la lie de ce résidu. Le rasoir ne saurait enlever la membrane tout imbibée de cette lie. Si j'oublie mon péché je suis ingrat et insensé: s'il reste en mon souvenir il me condamne à jamais. Que ferai-je donc? j'irai vers Jean: j'écouterai sa voix qui répand la joie, voix de miséricorde, de grâce, de rémission et de paix. Voici, dit-il, l'agneau de Dieu, voici celui qui ûte te péché du monde *, et ailleurs : Celui qui a Vépouse, celui-là est l'époux \ Il nous montre donc Jésus-Christ venu comme Dieu, comme époux, comme agneau. Parce qu'il est Dieu, il est certain qu'il peut remettre les péchés: mais le veut-il? La chose est encore en question. Il le veut assurément, parce qu'il est époux plein d'amabilité. Et Jean est l'ami de l'époux qui ne sait avoir que des amis. Encore qu'il veuille avoir une épouse glorieuse, sans tache ni

1 Looi, 10» 71. —•Jean, x, to. — • Id. m, 29.

rides , il ne la cherche pas telle (car où la trouver?) mais plutôt il la fait, et la rend telle. Car, écoutez ce qu'il dit par le prophète : On dit vulgairement; si une femme commet le crime avec un autre homme reviendra-t-elle à son premier époux? Mais vous, vous vous êtes souillée avec de nombreux amants. Cependant revenez à rroi, et »e votes recevrai1. Voici ce qu'il peut, voici ce qu'il veut.

12. Mais vous redoutez peut-être cette purgation des péchés que Jésus-Christ vient accomplir: vous redoutez que le fer et le feu ne jettent le trouble jusqu'à la moelle de vos os et ne vous causent une douleur plus cruelle que la mort? Ecoutez: c'est un agneau ; il vient avec la douceur de la laine et du lait, et d'une seule parole il justifie l'impie. Or , comme le dit le comique, qu'y a-t-il déplus facile que la parole". Dites seulement une varole et mon serviteur sera guéri9. Pourquoi donc hésiter, mes frères, et ne pas approcher avec confiance du trône de la gloire? Rendons grâces à Jean, et par son intermédiaire, allons à Jésus Christ, puisque, comme il l'a déclaré, Jésus-Christ doit croître; moi je dois m' amoindrir*. Comment sera-t-il amoindri? En éclat, et non en ferveur. Il a retiré ses rayons, il s'est concentré en lui-même pour ne pas ressembler à celui qui déploie toutes ses forces. Celui-là doit grandir, dit-il, qui ne peut s'épuiser, et de la plénitude duquel tous reçoivent. Je dois être amoindri, moi à qui l'Esprit a été donné avec mesure, et je dois veiller plutôt à toujours échauffer qu'à briller. Pareil à une étoile matinale, j'ai procédé le soleil ; le soleil est jevé : il faut que je me cache. Je n'ai plus à mon usage qu'un peu d'huile ; je veux la conserver, et plus sûr est-il de l'enfermer en un vase que de la garder dans la lampe.

1 Jért?m. in, i. — » Térenc. Phormi *• Act I» 70. — * Mutli. mu, 8. — * Jean ni, 30.

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