‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 33 sur 179 · APOTRE · texte numérisé non relu

APOTRE

Comment nous devons nous disposer par le jeûne aux solennités des saints.

1. L'autorité des Pères a réglé que les principales fêtesdes Saints seraient précédées de jeûnes et de prières ; ils l'ont fait dans un but utile, et non sans motif, comme s'en convaincra quiconque y voudra réfléchir.

Tous les jours en effet nous péchons, et nous péchons sur mille points : il n'est pas sûr pour nous de célébrer les solennités saintes, surtout les plus grandes, sans nous être préalablement purifiés par l'abstinence, afin de nous rendre et plus dignes et plus capables des joies spirituelles. C'est ainsi que le juste commence par s'accuser et ne loue les autres qu'après s'être blâmé lui-même. Mais si le juste tremble en s'approchant du Dieu qui juge les justices, que faisonsnous, nous dont les péchés ne sont ni jugés, ni couverts? Craignons que nos offenses passées n'apparaissent au grand jouY du jugement. Quoi! le juste n'ose entreprendre de louer les saints, sans crainte et sans honte, et un pécheur sur les lèvres duquel la louange est déplacée ne redoutera pas ce reproche : Pourquoi racontes-tu mes justices1! Ou cet autre: Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir la robe nuptiale* ? Heureux donc ceux qui ont soin de garder intacte en tout temps leur robe, je veux dire la gloire de leur conscience, et de la présenter toujours dans sa splendeur ! Mais parceque le nombre est petit de ceux qui conservent ainsi leur cœur avec toute sorte de soin, et qu'il y en a bien moins encore (s'il s'en trouve I) qui le conservent dans toute sa

• Ps. xlix, 16. — » Math, xxii, 12.

pureté, il faut purifier par de fréquentes abstinences les souillures qui s'y glissent, surtout à l'approche de quelque grande solennité.

2. Le jeûne qui précède nos fêtes n'est pas seulement une préparation à ces fêtes ; c'est aussi un avertissement, c'est une leçon importante. 11 nous apprend la véritable route qui mène à la fête éternelle. Que disent en effet ces jeûnes placés aux abords de nos solennités, sinon qu'il nous faut entrer au royaume de Dieu par de nombreuses tribulations? Il est indigne des joies d'une fête celui qui n'observe pas l'abstinence prescrite la veille. Oui, en refusant d'affliger votre âme la veille vous cessez de mériter le repos et les joies de cette fête. Le temps présent, temps de pénitence, est comme la vigile d'une grande solennité, du sabbat éternel objet de notre espérance. Et vous ne la trouverez pas trop longue si vous songez à l'éternelle durée de la fête. Nos solennités d'un jour ont d'ordinaire une préparation d'un jour ; celle de l'éternité n'en demande pas une éternelle. Hais où nous emporte le doux souvenir de cette félicité, car c'est le nom le plus habituel et le plus juste de cette fête? Revenons au sujet que je dois traiter.

3. La cause donc du jeûne d'aujourd'hui, de la solennité et de la joie que nous attendons, est la passion bienheureuse de l'Apôtre saint André. Nous ne pouvons partager sa croix, il est juste au moins de jeûner avec lui. Car comment douter qu'il ait jeûné pendant les deux jours qu'il resta suspendu à la croix? Associons-nous donc, ne fût-ce

lia

que dans celte faible mesure, à ses souffrances; attachons-nous au jeûne si nous ne sommes pas cloués au gibet, afin que la miséricorde divine nous donne part un jour, à sa couronne, et présentement à ses joies spirituelles. Comment en effet ne pas tressaillir au souvenir du triomphe d'un saint saisi d'enthousiasme à la présence de son supplice? Quoi! La fête ne serait pas joyeuse, auand la croix même est si riche en joies ? Nous donnons d'habitude le nom de fête à ce qui est joyeux; comme le mot de croix vient d'un genre de torture, ou au moins le nom de ce tourment dérive du mot croix. Avec quels transports donc la terre entière doit célenrer un prodige si nouveau, une œuvre si magnifique de la puissance divine ! André était un homme semblable à nous, sujet à la souffrance, mais il avait de la croix une soif si ardente, il tressaillait d'une joie jusque-là si inouïe , qu'ayant aperçu de loin le gibet qu'on lui destinait, il s'écria : 0 croix longtemps désirée, et préparée enfin à mes vœux ! Je viens à toi plein de sécurité et de joie ; puisses-tu me recevoir avec les mêmes transports ! Vous le voyez, il ne se contient plus dans l'excès de son bonheur. Reçois-moi, dit-il, dans les mêmes transports. Est-ce donc un si grand bonheur que la croix elle-même doive tressaillir, non pas d'une joie quelconque, mais d'une joie qui la remplisse tout entière? Ou qui dira qu'il soit ordinaire, contraire à la raison et à la nature, aue la croix ressente des transports plus vifs que le crucifié ? La nature a retusé à l'une le sentiment de la joie; pour l'autre tout ce qui vient à excéder ses forces lui ravit la joie et lui apporte la douleur. Je t'ai toujours aimée , poursuit l'Apôtre, et j'ai souhaité tes embrassements. Mes frères, c'est plutôt ici un feu qui dévore qu'une langue qui parle ; aussi c'est une langue et eUe est de feu. Voilà les charbons de ce teu que du haut des cieux le Christ lui avait mis jusque dans les os. Et plaise au ciel que ces charbons nous consument, qu'ils dévorent en nous toutes les affections char-

nelles ! Quelles étincelles ! Et 4e quel incendie intérieur elles s'échappent 1

4. Assurément, ô bienheureux André, votre foi est le grain de sénevé qui, dès qu'on l'a broyé, a produit une chaleur inespérée. Que serait-ce si on l'avait soumis à une pression plus forte! Quelle âme en pourrait soutenir l'ardeur ? Quelles oreilles pourraient entendre ces paroles ? Tant qu'Egée ne menaçait pas, le grain de séné semblait méprisable. 11 restait entier: nous ignorions ce qu'il recelait. Le Seigneur m'a envoyé, ditil, vers cette province où je lui ai gagné un peuple nombreux. Vienne le mortier de la menace, le grain aura un goût plus vif: André parlera avec plus de fermeté. Egée s'imagine l'effrayer en le menaçant du supplice de la croix, il se trompe. A ce mot l'Apôtre s'enflamme et s'écrie avec une sainte liberté : Si je redoutais le supplice de la croix, je ne prêcherais pas la gloire de la croix. Mais dès qu'il aperçoit le bois qui lui est préparé, cette vue l'enflamme, il applaudità la croix, il lui parle comme à une amante et la salue avec respect, il l'accueille avec transport, il la saisit avec bonheur, il lui adresse des éloges, et il lui crie du cœur plus encore que de la voix : Salut, croix précieuse, toi qui as reçu gloire et beauté des membres du Seigneur ! Salut, ô croix consacrée par le corps du Christ, et que ses membres ont ornée comme d'autant de pierres précieuses ! Les serviteurs de la croix honorent avec raison en saint André un amant de la croix. Mais il attend, et avec justice, une dévotion plus grande de ceux qui se sont plus spécialement engagés à porter leur croix. C'est à vous que je parle, mes frères, et je parle pour vous qui n'avez pas fermé l'oreille à cet oracle évangélique: Celui qui ne porte pas sa croix et ne me suit pas ne peut être mon disciple1. Soyez donc prêts à apporter à cette fête tout le soin dont vous êtes capables, et à la célébrer d'un grand cœur. Si nous savons creuser, si nous savons chercher, nous y trouverons caché un riche trésor de consolation et d'encoulagement

• Luc xiv, 2 f.

POUR LA FÊTE DE SAINT ANDRÉ

POUR LA FÊTE DE SAINT ANDRÉ

SERMON PREMIER

Des trait sortes de poissons qui sont dam la mer, dans le fleuve, dans V étang.

1. Aujourd'hui nous célébrons le triomphe glorieux de saint André, et les paroles de grâce sorties de ses lèvres nous ont fait tressaillir de joie et de bonheur. Comment s'attrister en effet en le voyant lui-même en de tels transports? Nul de nous n'a senti de compassion pour des souffrances ainsi endurées : nul n'a osé pleurer sur un homme si heureux. Autrement il aurait pu nous répondre ce que le Sauveur chargé de sa croix disait aux femmes qui le suivaient en pleurant: Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur mot, pleurez sur vous-mêmes1. D'ailleurs pendant que saint André lui-même était conduit au supplice, le peuple affligé de voir un homme si juste et si saint iniquement condamné voulut s'opposer à son supplice; mais André le supplia instamment de ne pas le priver de la couronne, que dis-je? du martyre. Il aspirait à mourir, a rejoindre le Christ, mais à le rejoindre sur la croix qu'il avait toujours aimée. Il brûlait d'entrer dans le royaume du Ciel, mais par le gibet. Que dit-il en effet à la croix objet de son amour? Que par toi me reçoive Celui gui par toi m* a racheté ! Si donc nous l'aimons il faut nous réjouir avec lui, non-seulement parce qu'il a été couronné, mais encore parce qu'il a été crucifié. Dieu a comblé ses vœux, et lui a mis au front une couronne de pierres précieuses. Cependant en le félicitant d'avoir enfin mérité les embrassements de cette croix que ses désirs appelaient, pouvonsnous ne pas admirer la joie de celui que nous félicitons ?

2. Pendant que nous célébrions les vigiles de cette nuit, et que nous chantions avec

f Luc zxiii, 28.

To:j. IV.

transport des paroles d'allégresse, n'avonsnous pas pensé, n'avons-nous pas dit en nous-mêmes: Qu'est-ce que tout cela? D'où vient une joie si nouvelle? La croix est donc précieuse? On peut donc l'aimer ? La croix porte donc la joie avec elle? Oui, mes frères, il en est ainsi ; cueillez à cet arbre, il engendre la vie, il produit le bonheur, il distille l'huile de la joie, il répand le baume des faveurs spirituelles. Ce n'est pas un arbre des forêts; c'est un arbre de vie pour ceux qui savent ie prendre: arbre fécond, arbre salutaire. Autrement comment occuperait-il la terre du Seigneur? Je veux parler de ce sol précieux sur lequel il est fixé par la racine des clous. S'il n'était pas le plus précieux, le plus fécond des arbres, il n'eût jamais été planté dans ce jardin, et le Seigneur ne l'eût pas souffert dans sa vigne. Pourquoi s'étonner d'ailleurs que Dieu ait communiqué la douceur à la croix puisqu'il l'a donnée au feu lui-même ? Comment estimer la croix sans saveur, quand la flamme elle-même en est remplie? Et quel goût n'avait pas pour saint Laurent ce feu du milieu duquel il raillait ses bourreaux et son juge? A cela que dirons-nous, mes frères? Pourquoi ne goûtons-nous pas aussi les tribulations endurées pour Jésus-Christ, et n'y trouvons-nous pas une manne cachée? Ce serait vaincre tout-à-fait le démon et lui enlever toutes ses armes. Cette seule victoire suffirait à abattre la malice de notre ennemi. 3. Car ce méchant a des pièges et des traits, comme un habile chasseur d'hommes: il n'a soif que du sang des âmes. Il lance aux uns les traits de ses perfides suggestions, et il blesse ainsi ceux dont la patience est faible. Il travaille à enlacer les autres dans les

fllefs du plaisir: et il réussit à y prendre la multitude innombrable de ceux qui rampent sur la terre, ou volent à sa surface. Réjouissez-vous donc dans la tribulation, et l'ennemi ne peut plus ni vous attirer, ni vous renverser. Nous voilà délivrés du filet des chasseurs, ainsi que de tout péril. Car l'ennemi ne peut rien contre un homme qui met ses délices dans la croix ; c'est en vain qu'il lui suggère des pensées charnelles, le fils de l'iniquité ne pourra lui nuire, en essayant d'aigrir son cœur par l'amertume. Qu'importent les délices à qui se nourrit du jeûne? Ce qui le charme ne saurait non plus lui arracher de murmurée II a placé bien haut son refuge, en une région qui ne redoute ni les pièges, ni les flèches de l'ennemi. C'est un poisson pur récouvert d'écaillés et armé de nageoires. Or, comme on jette inutilement des rets devant l'oiseau que ses ailes enlèvent, on lance inutilement des traits contre une cuirasse d'écaillés. La loi déclarait purs les poissons que leurs nageoires soulèvent et que protègent leurs écailles1, qu'il vivent dans la mer, les fleuves, ou les étangs. Or cette grande et vaste mer renferme aussi des poissons purs dignes de la table du Seigneur. Car parmi les poissons que leurs habitudes et leurs actes retiennent dans l'immensité du siècle, il s'en est réservé plusieurs milliers que le filet apostolique tire de l'eau sur le rivage pour les séparer des mauvais. C'est sur ce rivage que viendra s'asseoir notre pêcheur d'hommes qui tire après lui l'Achaïe toute entière. Le fleuve renferme aussi des poissons purs, Ce sont tous ceux en qui Dieu trouve des dispensateurs fidèles. Le fleuve, c'est l'ordre des prédicateurs toujours en mouvement, se répandant, courant, pour arroser la terre de leurs eaux. Il y a aussi des poissons purs dans les étangs, dans les cloîtres; ce sont C€ux qui y servent Dieu en esprit et en vérité. Et les monastères sont justement comparés aux étangs , les poissons s'y trouvent enfermés, privés de la facilité de s'échapper, ils sont tout prêts pour les repas spirituels, et chacun se dit: Quand viendra le moment où l'on me prendra? Tous les jours de ma lutte j'attends que mon changement arrive.

4. Or, comme nous l'avons dit plus haut en nous autorisant de la loi. tout poisson, qu'il soit dans la mer, dans les fleuves, ou dans les étangs, est pur s'il a des écailles et des Aageoires.Or, bien qu'il y ait sur le pois-

» Uvitiq. xi, 9» Deutér. xjv, 3,

son une multitude d'écaillés, elles ne forment cependant toutes ensemble qu'une seule cuirasse ; ainsi la vertu de patience est une, encore qu'elle semble se multiplier avec les tribulations. Si les écailles nous offrent une image de la patience, serait-il téméraire de voir dans les nageoires le symbole de la joie? La joie en effet élève l'âme, elle la transporte; le cœur semble bondir sous l'empire de ce sentiment. Voulons -nous donc avoir des nageoires, cherchons une double joie. Telle est peut-être la raison pour laquelle l'Apôtre qui avait des ailes, lui, des ailes qui Font ravi jusqu'au troisième ciel et emporté jusqu'au paradis, nous enseigne à nous réjouir non-seulement dans l'espérance, mais jusque dans les tribulations1. Or quel vol sublime que celui d'un cœur qui puise sa félicité non-seulement dans l'attente des biens futurs, mais jusqu'en des réalités douloureuses dans lesquelles il se glorifie môme. Tel fut ce bienheureux Apôtre lui-même. Voilà ce que nous admirons, voilà ce que nous louons en lui.

S. 11 y a donc ici trois classes de gens à considérer : ceux qui commencent, ceux qui progressent, ceux qui sont arrivés à la perfection. Le commencement de la sagesse c'est la crainte du Seigneur1, le progrès, l'espérance; la charité en est la plénitude. Ecoutez en effet l'Apôtre: La plénitude de ta loi c'est la charité*. Celui qui a reçu l'initiation de la crainte supporte patiemment la croix du Christ: celui qui progresse dans l'espérance la porte volontiers; mais le cœur consommé dans la charité l'embrasse avec ardeur. Seul il peut dire : Je t'ai toujours aimée, et fat désiré t 'embrasser. Cri étranger au cœur qui supporte bien la croix, mais qui souhaiterait, s'il le pouvait, ne jamais connaître cette heure douloureuse. Oui, j'ose l'assurer, ce cœur est bien éloigné de s'écrier avec Jésus-Christ : Mon]JPère> s'it se peut, que ce calice s'éloigne de moi M Eh quoi? S'il est monté sur un ânon, c'est pour échapper aux mains de ses ennemis. Je reconnais dans le

Sénéral la crainte des soldais pusillanimes, ans le médecin la voix du malade ; je vois la poule trembler avec ses poussins. Je considère la charité de Jésus-Christ, sa bonté me jette dans la stupeur, sa condescendance m'effraie. Le Dieu de miséricorde n'a pas les sentiments énergiques de saint André: mais c'est parce que les malades et non les gens sains, ont besoin de médecin '. Si une

* Rom. v, 2, 3. — * Eccli. i, 16* — » Roro. xiii, 1 ) * Math, xxvi, 39. - • M. ix, 12.

POUR LA FÉTË DE SAINT ANDRE

lis

pareille condescendance vous scandalise , tous méritez qu'on vous dise : Est-ce parce que je suis don que vous êtes mauvais ! ? L'odeur de vie devient mortelle pour vous.

6. Quelle merveille donc, Seigneur Jésus, si l'approche de cette mort, but de votre venue ici-bas, vous avait trouvé intrépide, comme un homme maître de quitter une vie que personne ne pouvait vous ravir ? Mail n'était-il pas plus glorieux, tout se faisant pour nous , qu'il endurât non-seulement une passion corporelle, mais des souffrances de cœur, et que vivifiés par votre mort* 6 Jésus I nous puisions dans vos abattements la force, dans vos tristesses la joie, dans vos ennuis l'énergie, le calme dans votre trouble et la consolation dans vos désolations? Je lié dans la résurrection de Laiare que Jésus-Christ frémit en esprit et se troubla luUmbne** Hais ce trouble fut moins en loi le résultat de la nécessité que de la volonté propre. Voici quelque chose de plus saisissant. L'amour fort comme la mort maîtrisa si bien Jésua*Christ, qu'un Ange de Dieu vint lui prêter sa force. Qui vint donc? Et qui vint-il fortifier? Ecoutes l'Evangéliste s Un ange apparut le réconfortant*. De qui parle-t-il donc? De Celui qui à sa naissance s'ouvrit un chemin à travers le sein fermé d'une Vierge, dont la volonté changea l'eau en vin, dont le contact mit la lèpre en fuite; sous les pieds duquel la mer affermit ses flots; dont la voix tira les morts du sépulcre; de Celui enfin qui soutient tout par sa puissante parole, par qui tout, l'Ange lui-même, subsiste. Que dirais-je encore? Comment le désigner? J'hésiterais moins s'il n'était ineffable. Un ange fortifie donc Celui dont il ne peut même comprendre la majesté.

7. 0 Ange I Qui donc soutenez-vous, je vous prie? Ne connaissiez- vous pas celui que vous veniez consoler? Hais c'est le Consolateur même , c'est le Paraclet ; il ne dirait pas à ses apôtres : Je vous enverrai un autre consolateur de la part de mon Père % s'il n'était pas lui-même consolateur. Oui, je reconnais ici un très-grand Paraclet , un Paraclet plein de bonté qui se tient près des cœurs affligés» Je ne désespère plus, Seigneur, si violentes que paraissent les tribulations que j'endure, si faible que je sois moi-même, et malgré les vifs désirs que j cprouVe de Voir oe calice s'éloigner de mes lèvres. Mon, je ne désespère pas, dis-je* pourvu que j'ajoute aussi : Cependant que

* Matb. xx, 15. — *taù il, *3> dft, *? • fcQOfcSt!» 43» Jean av, 16.

votre tolante son faite et non pas la mienne .f J'appivnds de lui à ne pas recourir aux consolations passagères et charnelles, mais aux consolations angéliques, spirituelles, célestes. Ce qui arrivera , si je ne murmure pas (ce serait élever un mur de séparation entre vous et moi, si je ne jetais vers vous un regard rapide). Je ne refuse pas la souffrance, eussô-je besoin de consolation. Eh quoi ? Je reconnais ma voix dans celle de mon Sauveur, et je désespérerais de mon salut? Ah! je posséderai mon âme dans la patience.

8. Mais je suis jaloux d'avancer, si je le puis, et je ne me contente pas sitôt d'avoir trouvé le salut. Celui qui craint le Seigneur, dit le Sage, fera le bien *. Ce n'est pas assez, car il est écrit ; Évitez le mal et faites le bien, cherchez la paix et poursuivez-la*. Ne voua contentez pas du salut, cherchez la paix, de peur que votre salut même ne soit en péril. Entendez l'Ange, à la naissance de celui qui s'est fait notre paix, tressaillir et chanter: La paix aux hommes de bonne volonté*. Or qu'est-ce que la bonne volonté sinon la volonté ordonnée? Qu'est-ce que cette volonté, dites-vous ? Celle qui est conforme à la raison qui nous dit; Les tribulations momentanées et légères de cette vie n'ont aucun rapport avec la gloire future qui nous sera révélée*. Si vous avez commencé à bien sentir cela, vous porterez certainement volontiers la croix du Seigneur, et vous direz: Me voilà prêt, Seigneur, je ne suis pas troublé, je suis disposé à garder vos commandements 6.

9. Cependant si vous voulez être parfait, une chose encore vous est nécessaire : laquelle dites-vous? La joie dans le Saint-Esprit, car si celui que la crainte retient est patient, celui que l'espérance guide est bienveillant; S'il n'a Ift ferveur de l'esprit il peut tomber facilement. Or la charité que l'Esprit répand en nous est patiente et bénigne ; il y a plus, elle ne défaille jamais. Dans le premier commandement donné à nos parents, si vous êtes attentifs, vous remarquerez la patience d'Eve et la bienveillance d'Adam. Mais tous les deux en tombant ont montré qu'ils n'étaient guères solidement établis dans le degré où ils se trouvaient. La femme vit le fruit, dit l'Ecriture, et elle le trouva agréable à la vue et suave au goùl. Ne vous semhle-t-il pas qu'elle retient difficilement sa main ? Aussi quand le serpenr l'interroge, comme toutes les expressions dont Eve se

* Math, XXVI» 3»i — * Eocli. xv, 4. — * Ps. xxxvi, 27, * Luc ix, il, — • Rom. vin, ta. ~ • P*t «VHi, 60.

sert indiquent bien que le précepte de Dieu lui était pesant. Nous mangeons, dit-elle, du fruit de tous les arbres du paradis. Mais pour celui de t 'arbre de la science du bien et du mal Dieu nous a défendu d'en manger *. Elle ne dit pas: C'est la volonté du Créateur; pourquoi cela, il le sait : nous n'avons qu'à obéir, parce que notre vie est dans sa volonté. Aussi la femme fut-elle aisément séduite, elle crut aux promesses du démon, elle se laissa persuader par lui. L'homme ne fut pas séduit *. Il céda à l'amour qu'il portait à sa femme. Volontiers il aurait observé un précepte dont il connaissait l'utilité, si sa femme ne lui eût persuadé le contraire. D ne semble pas même qu'il ait eu de la difficulté à garder ce précepte, mais sa volonté qui était bonne manqua de force parce qu'elle était sans ferveur.

10. Mais c'est l'amour qui est fort comme la mort*, et non la patience ou l'espérance : ce n'est ni la crainte ni la raison, c'est l'esprit de force. La patience dit: cela doit être, elle est pressée par la crainte. La volonté bonne dit à son tour : il est expédient d'agir de la sorte : elle est attirée par un motif d'espérance. Mais la Charité enflammée par l'Esprit ne dit pas : cela est nécessaire, cela

est expédient ; elle dit : voilà ce que je veux, ce que je désire, ce que je souhaite ardemment. Quelle élévation ! quelle sécurité ! quelle suavité dans la charité! Heureuse l'âme parvenue à ce degré de charité 1 Ne désespérons pas, car si nous célébrons la mémoire de celui qui est arrivé à ce degré, c'est pour invoquer son secours, c'est pour demander des encouragements à son exemple.

le vais plus loin : il me semble qu'il y en a parmi nousjqui ont aussi atteint ce degré. Vous me direz que saint André est un Apôtre, et que, dans votre petitesse, vous êtes incapable de suivre ses pas : rougissez au moins de ne pas imiter ceux qui sont avec vous. Personne n'arrive d'un bond aux cimes les plus hautes ; c'est en montant et non en volant qu'on atteint le haut d'une échelle. Montons donc portés sur les deux pieds de la méditation et de la prière. La méditation, en effet, nous apprend ce qui nous manque : et la prière nous l'obtient. L'une nous montre la route, l'autre nous y conduit. Par la méditation nous connaissons les dangers qui nous menacent, par l'oraison nous les évitons, avec la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne, avec le Père et l'Esprit-Saint, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

SERMON II

Des quatre bras de la croix:

4. Nous célébrons aujourd'hui la fête de saint André , apôtre : si nous la méditons attentivement, nous y trouverons pour notre âme de nombreux sujets d'édification. Dès le début de sa conversion, il nous offlre un grand exemple d'obéissance parfaite. Nécessaire à tous les chrétiens, cette vertu doit nous être d'autant plus chère que notre profession même nous oblige à la pratiquer plus strictement. Le banquier à qui nous devons rendre la pièce d'or de l'obéissance c'est le Sage, c'est la Sagesse même. Or on ne

« Gen. m, 6, 2, 3. - » I TU», n, 14. — • Uoliq. vm, «.

l'acceptera que si elle est entière et vraie. Si nous discutons, si nous distinguons, si nous nous soumettons à ce oréceote et non à cet autre, la pièce est rompue : le Christ n'en voudra pas, puisque nous lui devons une pièce entière et exempte de toute fracture. Tous, en effet, nous avons promis une obéissance simple et absolue. Obéir, mais avec dissimulation et à l'œil, et murmurer en secret c'est altérer la pièce, c'est y substituer le plomb à l'argent, c'est un crime. Nous fraudons, mais sous le regard de Dieu, et on ne se moque point dç Di'*u.

POUR LA PÉTE DE SAINT ANDRÉ

2. Or votilez-toùs connaître la forme de l'obéissance parfaite ?Zi Seigneur, dit l'Evangile, vit Pierre et André jetant leurs filets dans la mer. et il leur dit : Venez après mot, je ferai de vous des pécheurs d'hommes. De simples pêcheurs que vous êtes, je vous ferai pêcheurs d'hommes, ou plutôt prêcheurs. Et eux aussitôt, sans balancer ni hésiter, sans s'inquiéter comment ils subsisteraient, sans considérer comment des hommes grossiers et sans lettres pourraient devenir prédicateurs, sans adresser à Jésus une seule question, sur le champ, quittent leurs filets et leur barque pour ie suivre*. Mes frères, reconnaissez que ces choses ont été écrites pour tous, et c'est pour vous que l'Eglise les redit chaque année : c'est afin que vous appreniez la forme de la véritable obéissance, et que vous corrigiez vos cœurs dans une obéissance inspirée par la charité. C'est elle, en effet, qui donne à la monnaie de l'obéissance sa valeur ; c'est elle qui la compose d'un argent éprouvé et sans alliage. Car la charité seule rend l'obéissance agréable et chère à Dieu. Dieu aime celui qui dorme avec joie1. Et encore : Si je livre mon corps aux flammes nour être brûlé, et si je n'eu pas la charité, tout cela ne me sert de rien*.

3. Mais voulez-vous que de la Passion du saint Apôtre que nous célébrons aujourd'hui, je vous dise quelques mots à la louange du Christ et pour votre édification? Vous le savez : quand le bienheureux André futarrivé au lieu où une croix lui était préparée, il fut soutenu par le Seigneur : et, grâce à l'Esprit qu'il avait reçu avec les autres apôtres en langues de feu, il se mit à prononcer des paroles vraiment embrasées. Apercevant en effet de loin la croix, au lieu de pâlir, comme l'infirmité humaine semblait l'exiger, il ne sentit en ses veines aucun frisson : ses cheveux ne se dressèrent point sur sa tète ; sa langue ne se glaça pas; son corps ne trembla pas : il garda toute sa présence d'esprit; son intelligence ne perdit rien de sa vivacité. Ses lèvres parlèrent de l'abondance du cœur, et la charité qui brûlait son âme, fit passer dans ses paroles des étincelles ardentes. Que disait, en effet, le bienheureux André, quand il vit la croix dressée pour lui ? O croix longtemps désirée, s'écria-t-il, et préparée à mes voeux ardents, ;c viens à wi vlein de sécurité et de foie! Ah 1 reçois moi avec allégresse, moi le disciple de

.. Mbi vf 9 «, «0. — » II Cor. ix, 17. — » I Cor. un, 3.

Celui qui fut suspendu à tes bras : je fai toujours armée et j'ai souhaité de t* embrasser. Mes frères, je vous le demande, est-ce un homme qui tient ce langage ? N'est-ce pas un ange ou une créature nouvelle? C'est un homme semblable à nous, passible comme nous. Et ce qui le prouve, c'est sa passion même dont l'approche lui cause cet enthousiasme. Et d'où viennent en un homme ces transports inaccoutumés, cette joie inouïe ? D'où vient dans une si grande faiblesse une pareille constance, un esprit si spirituel, une charité si brûlante, un cœur si intrépide? Ah ! n'allons pas croire qu'il ait puisé en lui cette énergie. C'est un don parfait descendu du Père des lumières, de Celui qui seul a la vertu d'opérer des miracles.

4. Oui, mes chers frères, c'était l'esprit de Dieu qui venait en aide à sa faiblesse, et qui versait en son cœur un amour fort et même plus fort que la mort. Ah ! si nous participions à cet esprit! La pénitence nous lasse, la mortification corporelle nous pèse, l'abstinence nous estun fardeau. Dans les veilles, notre âme s'endort d'ennui, elle succombe à l'absence de l'esprit. S'il était là, il aiderait assurément notre faiblesse, et comme à saint André, il a rendu la croix et la mort même agréables, il nous rendrait notre labeur et notre pénitence non-seulement supportables, mais désirables, mais délicieux. Car mon Esprit, dit le Seigneur, est plus doux que le miel1, au point que la mort la plus amère ne saurait éteindre ses douceurs. Que n'adoucira donc point ce qui est capable de rendre la mort suave ? Quelle aspérité résistera à une onction qui transforme le trépas en douceur? Quand il aura accordé le sommeil à ses amis, est-il dit, viendra l'héritage du Seigneur*. Quelle tristesse ne chassera donc pas une joie qui saura communiquer à la mort les charmes les plus vifs? Mes frères, cherchons cet esprit : mettons tous nos soins à le mériter, ou plutôt à posséder dans une plus large mesure celui que nous avons "déjà. Car celui qui n'a pas l'esprit de Jésus-Christ n'est pas à lui 8. Pour nous, nous n'avons pas reçu l'esprit du monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu, afin que nous sachions les biens que Dieu nous a départis \ Et la preuve qu'il est en nous se trouve dans les œuvres de salut et de vie que nous ne pouvons réaliser qu'avec l'aide de l'esprit du Sauveur qui communique la vie à nos âmes.

» Eccli. wv, 27. — * Pb. cxxvi, 2, 3. — » Ront vin, 19, — * 1 Cor. n, 12.

Faisons donc que Dieu multiplie ses œuvres en nous, qu'il y accroisse l'esprit dont il nous a déjà donné les prémices. Le témoignage le plus assuré de sa présence c'est le désir d'une grâce plus grande, puisqu'il a dit lui-même : Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif1.

5. Mais peut-être beaucoup répondent av fond d'eux-mêmes : nous désirons bien cet Esprit qui aide notre faiblesse : mais nous ne pouvons le trouver. Et moi je dis : vous ne le trouvez pas parce que vous ne le cherche/ pas; et yous ne le recevez pas parce que vous ne le demandez pas. Ou vous demandez sans recevoir, parce que vous demandez avec tiédeur (a). Dieu n'attend, Dieu ne cherche qu'une chose, c'est d'être cherché avec soin et avec de vifs désirs. Et comment peut-il refuser à ceux qui demandent, lui qui provoque la prièro , et nous exhorte à demander? Si vous, dit-il, si vous, tout méchants que vous êtes, vous savez pourtant donner à vos enfants de bonnes choses, à plus forte raison votre Père du Ciel donnera-t-il un bon esprit à ceux qui le sollicitent*. Demandez donc, mes tres-chers frères, demandez sans relâche, demandez sans hésitation, et dans toutes vos œuvres appelez la présence et l'aide de cet esprit si doux et si suave. Car nous aussi, mes frères, nous avons besoin, avec saint André, de prendre notre croiï , que dis-je? de la porter avec le Sauveur qu'il a suivi. Sa joie, ses transports, c'est qu'il mourait non-seulement pour lui, mais avec lui. c'est qu'il étaitgreffé en lui par la ressemblance de la mort, c'est qu'il allait partager son règne, après avoir partagé ses sou (Irances. Pour être à notre tour crucifiés avec lui, écoulons des oreilles du cœur ce qu'il nous dit : Celui qui veut venir après moi, qu'il se renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive*. Comme s'il disait: Vous soupirez après moi , méprisez-vous. Vous voulez faire ma volonté, apprenez à#briser la vôtre.

6. Mais sur le champ la guerre éclate, et nos ennemis s'arment contre nous. Armonsnous donc contre eux : imitons les armos de notre Roi : prenons aussi notre croix afin de triompher par elle. Ecoutez, en effet, les promesses du Psalmiste ou plutôt du Saint- Esprit parlant par sa bouche : Sa Véritévous environnera d'un bouclier. Il est évident qu'il

(a) Voir le 21« sepm. sur divers sujets.

1 Eccli. xxiv, 20. — * Luc xi, 13. — » Id. ix, 23,

s'agit ici de la vérité du Très-Haut, puisque le Prophète parlait de lui, comme l'indiquent assez les paroles qui précèdent. Hais pourquoi, mes frères, nous environner d'un bouclier, sinon parce que des attaques nous pressent de toutes parts. Et remarquez pourquoi il nous environnera d'un bouclier ? La Vérité nous couvrira d'un boxwlier, Pourquoi encore une fois? Vous ne craindrez pas les terreurs de la nuit, la flèche qui vole durant le jour, ni ce gui marche dans les ténèbres, nilos attaques du démon du Midi\ Yoyesvous comme il est nécessaire que la Vérité vous couvre de son bouclier, quand les traits ennemis vous environnent de toutes parte? D'en bas viennent les terreurs de la nuit ; à gauche volent les flèches lancées pendant le jour ; à droite marchent les projets ténébreux, et pour que rien ne manque ici, d'en haut s'avance contre nous le Démon du Midi. Et nous, hommes malheureux, misérables, à côté de tant de serpents, parmi ces traits de feu qui volent de toutes parts, de tous ces ennemis, nous dormons dans une fatale sécurité, dans une négligence funeste, nous restons plongés dans l'oisiveté, nous nous livrons à des vanités bouffonnes ; nous portons dans les exercices spirituels une telle nonchalance qu'on dirait que nous jouissons de la paix et de la sécurité, et que la vie de l'homme ici-bas n'est pas un combat éternel. A vous dire vrai, mes très-cbers frères,voilà ce qui m'épouvante, ce qui transperce mon âme du glaive de la plus cruelle inquiétude* C'est qu au milieu de tant de périls nous vivons sans crainte, nous ne nous exerçons point au combat, et nous ne montrons nullement la sollicitude qu'il faudrait déployer. De notre part cette négligence prouve une de ces deux choses : ou nous sommes déjà au pouvoir de l'ennemi sans le savoir ; ou, si nous avons échappé à tant de périls, nous payons d'ingratitude la main qui nous protège. Dans l'une et l'autre supposition, il est aisé de voir le danger qui nous menace. C'est pourquoi, je* vous en conjure, mes bienaimés, que la vigilante malice de nos adversaires, que leur persévérance hostile qui consacre à notre perte tant de zèle et d'efforts, excitent notre sollicitude et notre circonspection, et nous portent à opérer notre salut avec crainte et tremblement.

7. C'est en effet dans la croix qu'est notre salut, pourvu que nous nous y attachions virilement. La parole de la croix, dit l'Apôtre,

1 Ps. xc, 5, 6.

POUR LA ïfcTE ME SAINT ANDRË.

est folie voter ceux qui périssent : mais pour ceux qui sont sauvés, c'est-à-dire pour nous, c'est la vertu de Dieu *. C'est le bouclier qui nous enveloppe de façon que ses quatre extrémités repoussent les traits de l'ennemi . Que l'extrémité inférieure soit opposée à la crainte nocturne, k la pusillanimité qui procède de l'affliction de la chair, afin que nous nous efforcions de châtier énergiquement ce qu'il y a d'inférieur en nous, le corps, et de le réduire en servitude. Vient-on à nous parler du mal en face ; quelqu'un vient-il nous le proposer sans voile : c'est la flèche qui vole le jour ; elle vient du côté gauche, recevons-la avec le bras gauche de la croix. Un autre me flatte; sous prétexte de me servir, il me verse le poison de la médisance, il essaie de semer la haine ; enfin, il tente de me persuader que l'iniquité est justice. Voici un adversaire qui vient du côté droit; mais c'est nu Judas, il me trahit par un baiser, et c'est avec le bras droit de la croix qu'il faut repousser ce monstre qui marche dans les ténèbres. Mais voiei le démon de midi, l'esprit d'orgueil qui, d'ordinaire, se dresse avec plus de violence dans la plus grande splendeur des vertus. Que l'orgueil est pernicieux ! C'est ce que nous avons soin de vous inculquer souvent. Le commencement de tout péché, la cause de toute perdition, c'est l'orgueil. Qui donc que vous soyez, si vous êtes jaloux d'opérer votre salut, n'oublies pas

' I Gor. i, 49.

de dresser au-dessus de votre tête, pour vous protéger contre le vice, le bélier de la croix, afin que votre cœur ne s'enfle pas, que vous n'alliez pas concevoir des pensées superbes. Que les traits venus d'en haut soient reçus par la tête de la croix qui domine la vôtre. C'est en effet le seul bras qui porte le titre du salut et de la royauté ; car celui-là seul qui s'abaisse mérite d'être sauvé et exalté.

8. Pour me résumer donc, les quatre bras de la croix sont la continence, la patience, k prudence et l'humilité. Heureuse l'âme qui met sa gloire en cette croix et qui triomphe en elle, pourvu qu'elle y persévère sans céder à aucune tentation ! Que celui qui est sur cette croix prie, avec saint André, son Seigneur et son Maître, de ne pas permettre qu'il en soit détaché. A quels excès n'osera pas se porter, en effet, l'esprit du mal ? Que ne tentera pas cet impie? Ce qu'il voulait exécuter par les mains d'Egée sur le disciple, il avait songé à le faire par la langue des Jhifs. Hais dans ces deux occasions il dut se repentir et s'éloigner vaincu et couvert de confusion. Puisse-t-il s'éloigner aussi de nous, terrassé par celui qui a triomphé et dans sa propre personne et dans son disciple ! Que le Dieu béni dans les siècles des siècles nous acecorde de consommer heureusement notre vie sur la croix de la pénitence que nous avons prise pour lui. Ainsi soit-iL

SERMON

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