SERMON LXXIX(A
// faut soumettre en tout et toujours sa volonté à celle de Dieu.
Mon cceur est prit, Seigneur, mon cœur est prit1. La voie royale, mes frères, ne s'écarte à droite ni à gauche. On peut sans doute trouver une fois un homme bien disposé, mais rarement deux fois. Que Dieu lui dise : Chassez la servante et son fils ■ (j'entends par là les œuvres de la chair), il n'hésite pas. Mais qu'il lui dise ensuite : Immolemoi ton fils chéri. Isaac *, il ne l'entend plus qu'avec peine, et il semble qu'il ne puisse travailler à l'avantage ou à l'union de son
prochain, sans dommage pour ses exercices spirituels. Il est facile, pour un serviteur de Jésus-Christ, de repousser tout ce qui a trait au plaisir charnel ; mais se priver des satisfactions spirituelles , quand l'obéissance l'exige ou que la charité fraternelle le réclame, c'est offrir à Dieu un sacrifice bien grand et bien agréable. Souvenez-vous cependant que dans ce sacrifice c'est moins Isaac qn'il faut immoler que le bélier de l'orgueil.
SERMON LXXXW
Union multiple.
1. Qu'il est doux et agréable à des frères if habiter ensemble M II y a l'union naturelle, l'union charnelle, l'union virtuelle, l'union morale, l'union spirituelle, l'union sociale, l'union personnelle, l'union principale. L'union naturelle est celle du corps et de l'âme. L'union charnelle est celle de l'homme et de la femme, dont il est dit : Ils seront deux en une même chair*. L'union virtuelle est celle de l'homme avec lui-même, union telle qu'il ne peut s'épancher sur toute sorte de choses, mais que, avec le Prophète, il n'en demande
i Pb. lvi, 8. — ■ Gen. xxi, 10.
* Ps. cxxxn, !. — • Gen. h. 24.
(a) Ou 43* des Petits Sermon».
(a) Ou 44* des Petit» Sermons.
— 8 ld. xxii, 2. —
qu'une seule au Seigneur '. L'union morale est celle qui nous lie à notre prochain, et qui fait dire au Psalmiste: Dieu donne les mêmes sentiments aux habitants de sa maison*. L'union spirituelle est celle qui nous unit à Dieu, selon ces paroles de l'Apôtre : Celui gui s'attache à Dieu n'est qu'un esprit avec lui*. L'union sociale est celle des anges, qui ont tous les mêmes désirs et les mêmes répugnances. L'union personnelle est en Jésus-Christ. L'union principale, substantielle, se rencontre dans la sainte Trinité. 2. Qu'il est doux et agréable! Il y a des choses qui sont bonnes et agréables ; d'autres
1 Ps. xxvi, 4. — f Ps. lxvii, 7. — • I Cor. vi, 17.
qui ne sont ni bonnes ni agréables; certaines qui sont bonnes sans être agréables; plusieurs enfin qui sont agréables sans être bonnes. De celles qui sont bonnes mais non agréables, on arrive à celles qui sont bonnes et agréables. De celles qui sont bonnes et non agréables, on arrive à celles qui ne sont ni bonnes ni agréables. Celles qui sont bonnes, mais non agréables, sont la continence, la patience, la discipline. Celles qui sont agréables mais non bonnes, sont la volupté, la curiosité et la vanité. Celles qui ne sont ni bonnes ni agréables, sont l'envie, la tristesse et la paresse. Celles qui sont bonnes et agréables sont l'honneur, la charité et la
pureté. Pour obtenir ce qui est bon et agréable, on a un besoin indispensable de l'union virtuelle et de l'union morale. La première est chassée par la pusillanimité et la légèreté. Par la pusillanimité nous abandonnons nos résolutions; par la légèreté, nous les changeons. La seconde est détruite par l'obstination, les soupçons et la dissimulation. L'obstination n'écoute pas le prochain; les soupçons empêchent la confiance ; et la dissimulation, l'union. L'espérance des biens éternels exclut la pusillanimité ; l'obéissance soumise chasse la légèreté ; l'obstination se guérit par l'humilité, les soupçons et la dissimulation, par la charité.
SERMON LXXXIM
De la louange de Dieu sur les lèvres du pichezxl
La hmanffe de Dieu est déplacée sur les lèvres du pécheur1. Elle n'est même pas belle sur les lèvres du pécheur pénitent; le souvenir de ses désordres passés lui inspire de la confusion et des sentiments fréquents de componction. Cependant, si la louange ne sied pas sur ses lèvres, la confession y est utile et fructueuse. Mais quand raine avance
* Eccli. xv, 9.
(a) Ou 45« <te» Petits Serttpos»
en profitant des bienfaits de Dieu, et qu'elle s'attache à le louer , qu'elle se complaît dans cet exercice , qu'elle y trouve sa joie et ses délices, alors aussi la louange est belle en sa bouche. Ainsi tout souillé du fumier qu'il jette sur son champ, le laboureur ne trouve guère son travail agréable, encore qu'il ait son utilité. Hais à la moisson, quand il ramasse ses gerbes, il recueille le fruit de ses
f ajjgues qui lui semblent beUes alors.
SUR DIVERS SUJETS