‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 57 sur 179 · SERMON LXXXII(A · texte numérisé non relu

SERMON LXXXII(A

i. Gardez votre cœur avec toute sorte de soins y car c'est de lui que la vie procède '. La vie procède du cœur de deux façons : soit parce que, comme l'Apôtre le dit, on croit du cœur pour la justice, que le juste vit de foi*, qtielle purifie le cœur, que le cœur pur voit Dieu, et le connaît, et que la vie éternelle consiste à connaître Dieu et Jésus -Christ qttil a envoyé1-, soit parce que le Christ notre vie, qui présentement habite par la foi en nos cœurs4, sera un jour dans la gloire, lorsqu'il nous apparaîtra et que nous lui serons associés*; que celui qui est aujourd'hui caché dans le cœur passera du cœur au corps, en réformant ce corps si vil actuellement, et lui communiquera sa clarté «. Aussi un autre apôtre dit-il : Maintenant nous sommes les enfants de Dieu, et on n'a pas vu encore ce que nous serons \

â. Mais remarquons comment il est dit : Gardez votre cœur ave toute sorte de soins '. Les gens du monde disent vulgairement : il garde une place importante, celui qui garde son corps. Ce langage n'est pas le nôtre, nous disons plutôt avec l'Apôtre que garder son corps c'est garder un fumier. Celui qui sème dans la chair, dit saint Paul, recueillera la corruption; mais celui qui sèmera dans l'esprit, recueillera la vie éternelle •; comme s'il disait qu'il faut soigner et garder avec un soin tout spécial le château de rame, parce que la vie éternelle sort de là. Mais ce château, situé en pays ennemi, est attaqué de toutes parts. C'est pour cela qu'il faut le garder avec toute sorte de soins, c'est-à-dire de tous les côtés; qu'il faut le couvrir d'une sollicitude vigilante, en bas, en heut, en

1 Prov. iv, 28. — » Rom. x, 19. — » Àct. xv, 9, — * Jean xvii, 3. — » Ephéa. m, 17. — • Coloss. ni, 4. — 7 Philipp. m, 21. — » I Jean ni, 2. — • CHlat. Vf, 8.

(a) Ou 46* des Petll* Sermons.

avant, en arrière, à droite et à gauche. En bas,il est atttaqué par la concupiscence de la chair qui livre i l'âme une guerre éternelle, parce que la chair est en lutte constante avec l'esprit. Le jugement de Dieu le presse par en haut, puisqu'il n'est rien de plus redoutable que de tomber aux mains du Dieu vivant '. Il avait fidèlement gardé son cœur de ce côté celui qui disait: J'ai toujours redouté Dieu comme on redoute les flots d'une mer irritée prêts à fondre sur moi1. Ce qui attaque le cœur par derrière c'est le plaisir, le mortel plaisir qui naît du souvenir des désordres passés : les tentations essaient de le surprendre par devant. Le trouble suscité par des frères arrogants et mécontents, l'assaillent à gauche, et à droite, il rencontre le dévouement et l'obéissance des frères dociles. Ces derniers, en effet, si on n'y veille, peuvent causer un double dommage, soit en portant envie aux bonnes actions, soit en souhaitant passionnément une faveur particulière.

3. Que la sévérité de la discipline veille donc sur la chair ; prévenons le jugement de Dieu par le jugement d'une confession personnelle Jugement secret pour les choses secrètes, manifeste pour les fautes manifestes ; ce qui fait dire à l'Apôtre ; Si nous nous jugions nous-mêmes nous ne serions pas jugés1. Aux délectations qui viennent du souvenir des péchés passés, opposons des lectures fréquentes, à l'obsession des tentations, les instances suppliantes de la prière, aux inquiétudes que nous causent nos frères, la patience de la compassion ; à la ferveur des frères obéissants, la discrétion et la congratulation. La congratulation bannit la jalousie, et la discrétion modère les excès dans l'émulation.

» Hébr. x, 31. — » Job. xxxr, 23. — » I Cor. xi, 31.

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