‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 71 sur 179 · AUTRES SENTENCES · texte numérisé non relu

AUTRES SENTENCES

sache qu'il sait, pour vendre sa science,pour édifier les autres, pour s'édifier lui-même. Pour savoir -.curiosité; pour être cru savant, vanité ; pour vendre sa science, simonie ; pour édifier, charité ; pour s'édifier, humilité. Ceux qui avaient été nourris dans la pourpre ont embrassé la fange1, c'est à-dire, ils n'ont eu souci que de leur ventre.

20. La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse *. La crainte commence à rappeler ceux qui marchent à la mort : elle est suivie de la tristesse mondaine, qui disparaît devant l'espérance de l'éternité.

21. On a coutume de mettre en doute si l'amour de Dieu précède chronologiquement l'amour du prochain. Il semble, en effet, que nous ne pouvons aimer le prochain en vue de Dieu si déjà nous n'aimons Dieu, puisqu'il est écrit : Celui qui n% aime pas son frère qu'il voit , peut-il aimer un Dieu qu'il ne voit pas*. Mais il faut savoir ici qu'on peut envisager l'amour de Dieu sous u n double aspect : il y a l'amour à ses débuts, et l'amour formé. Car rhomme commence à aimer Dieu avant son prochain : mais cet amour ne pouvant arriver à la perfection, s'il n'est alimenté, s'il ne grandit sous l'influence de l'amour du prochain, il faut aimer ce prochain. Ainsi donc l'amour de Dieu précède et débute, puis il est précédé à son tour par la charité envers le prochain qui doit le nourrir. Avezvous des âmes confiées à votre direction, exercez sur elles une pression affectueuse, une contrainte charitable, en vue de leur salut éternel; n'allez pas en épargnant la chair perdre ces âmes. Faites cela, et vous devrez en subir beaucoup sur lesquelles vous ne pourrez exercer la discipline; supportez leurs menaces et soyez tranquille. Dieu fera miséricorde et justice à tous ceux qui sont victimes de l'injustice.

22. Vous aimerez votre prochain comme vous-même 4. Chacun est tenu d'aimer son prochain comme lui-même; de façon à gagner ses frères au service de Dieu, soit par les consolations de la bienfaisance, soit par les lumières de la doctrine, soit par la pression de la discipline. Celui qui choisit librement ces choses est prudent : celui qu'aucune affliction n'en détourne est fort, et il est tempérant et juste s'il y reste fidèle malgré le plaisir et l'orgueil.

23. La louange est déplacée dans la bouche du pécheur ', mais elle est féconde dans le pécheur pénitent et belle dans le pécheur

* Thren. iv. 5. — * Ps. ex, ta. — » I Jean iv, 20. — * Math, xu, 19. — Ecoli. xv, 9.

justifié. Ainsi le fumier qui recouvre un champ n'est pas beau, mais il est fructueux : il devient beau au jour de la récolte.

24. Quatre choses nous empêchent d'avouer nos fautes : La crainte de perdre, la honte, l'espérance d'un honneur ou d'un profit terrestre, si on est cru innocent, et le désespoir d'obtenir ces avantages, si on est réputé coupable.

25. Il y a huit trinités : la première est cette trinité souveraine et indivise, le Père, le Fils et le Saint-Esprit: la seconde est celle qui est tombée, la troisième celle qui est l'occasion de cette chute, la quatrième celle où cette chute a abouti ; la cinquième celle qui relève de cette chute : cette dernière se divise en trois autres trinités. La mémoire a été affaiblie de trois manières, à savoir par les pensées molles, pénibles et oiseuses. La raison a été frappée de cécité de trois manières aussi, parce que souvent elle prend le faux pour le vrai et réciproquement : ce qui est licite pour ce qui est illicite, et réciproquement. La volonté a été souillée également en trois manières : par la concupiscence de la chair, par la concupiscence des yeux et par l'ambition du siècle. La trinité principe de la chute c'est la suggestion, la délectation, le consentement. La trinité dans laquelle elle est tombée c'est la faiblesse, la corruption, la cécité. La trinité qui la relève, c'est la foi , l'espérance, la charité. La foi est triple ; foi aux préceptes, foi aux miracles, foi aux promesses. L'espérance est également trine : espérance du pardon, espérance de la grâce, espérance de la gloire. La charité enfin est trine aussi, puisqu'on aime de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces.

26. Dans une congrégation il doit y avoir deux murailles, l'une intérieure, l'autre extérieure. L'intérieure ce sont les religieux cloîtrés, l'extérieure les frères voués à l'obéissance. Les uns doivent se garder de la curiosité et de la volupté, les autres du bruit et de la fraude. Et parce que la paix est rare entre eux, il faut une troisième muraille qui les rapproche et les unisse ; c'est l'abbé ou le prieur, et les autres frères spituels ; le saint propos est le fondement de ce mur.

27. Application des sept dons du Saint- Esprit aux apparitions du Christ ressuscité. Premièrement. Jésus-Christ est «ipparu aux femmes à qui Fange dit : Ne craignez pas ' :

i M*to* xxviii., 9, 5.

voilà l'esprit de crainte. Jésus-Christ est apparu à Pierre qui l'avait renié ' : voilà l'esprit de piété. Il est apparu à Madeleine en lui disant : Ne me touchez (tas, car je ne suis pas encore remonté vers mon Père : voilà l'esprit de science. Il est apparu aux onze sur la montagne qu'il leur avait désignée, quand il leur disait : Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre* : voilà l'esprit de force. Il est apparu aux deux disciples voyageant pour Emmaùs et desquels il est écrit : Il leur ouvrit l 'intelligence, pour qu'ils entendissent les Ecritures : voilà l'esprit d'intelligence» Enfin il apparut aux Apôtres pendant qu'ils étaient à table le jour de l'Ascension *, parce qu'il est dit de lui : Je suis la Sagesse et j'habite au plus haut des deux ■ : voilà l'esprit de sagesse .

98. La grâce peut être envisagée sous un quadruple aspect : grâce qui crée, grâce qui rachète ou nous prend en piété ; grâce qui donne, grâce qui rémunère. Voici la première : tout a été fait par lui ; la seconde : le Verbe s'est fait chair ;la troisième : 77 était plein de grâce; la quatrième, et plein de vérité6.

29. Il y a aussi une quadruple paix : la paix avec Dieu, la paix avec le prochain, la paix dans la chair, la paix dans l'esprit -Pour être solide, chacun doit avoir sa base. La paix dans la chair repose sur la tempérance, celle de l'esprit sur la force, la paix à l'égard du prochain sur la prudence, la paix avec Dieu sur la justice. Gloire à Dieu au plus haut des deux : voilà la paix avec Dieu : et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté 7 : voilà la paix avec le prochain. La paix soit avec vous : voyez mes mains et mes pieds * ; c'est la paix de la chair ; Recevez le Saint-Esprit » : c'est la paix de l'esprit.

30. Les mouches gui meurent dons un parfum en détruisent Tarome 10. Ces mouches sont la vanité» la curiosité, le plaisir : toutes choses qu'on trouve en Egypte, qui abondent autour des sacrifices égyptiens ; aussi ne pouvons-nous offrir en ce pays à notre Dieu un sacrifice de justice et de charité. Voilà pourquoi nous prenons la route du désert, de la solitude du cœur, et nous y marchons trois jours11* Au sujetdu premier jour l'époux dit à Tépouse : Venez dans mon jardin ma sœur y mon épouse w, c'est-à-dire dans la pépinière des vertus. Le second est un sujet de

1 Luc xxiv, 34. — * Jean xx, 17. — » Math, xxviii, 18.

— * Luc xxiv. 27, 45, 51, — • Eccli. xxiv, 7. — • Jean i, 4. — T Luc il, 14. — • Id. xxiv, 36, 39. — • Jean xx, 22.

— ** Êcclé. x, 1. — 1J Exode vm, 26, 27. — " Gant, v, 1.

joie pour l'épouse, et lui fait dire : Le roi m'a introduite dans le cellier au vin », c'està-dire au sein des délices de l'Ecriture. Le troisième jour est la chambre nuptiale, la plénitude de l'amour où répoux et l'épouse jouissent l'un de l'autre. Remarquez que le remède à la vanité est dans la solidité des vertus, celui de la curiosité dans les jouissances variées puisées aux Ecritures, et le remède au plaisir dans le sanctuaire de la charité parfaite.

31. La charité a deux mamelles, la compassion et la congratulation. A la première on suce le lait de la consolation, et le lait de l'exhortation à la seconde.

32. Trois choses conservent l'unité; la patience, l'humilité et la charité. Ce sont les armes d'un soldat de Jésus-Christ : la patience doit être le bouclier qu'il porte partout et qu'il oppose à toutes les adversités : l'humilité la cuirasse qui protège son cœur ; la charité la lance à l'aide de laquelle, selon la parole de l'Apôtre, il provoquera les autres aux luttes de l'amour2, et se fera tout à tous pour combattre les combats du Seigneur. Il lui faut encore le casque du salut; c'est l'espérance qui protège et conserve la tète, partie principale de rame. Qu'il aitaussi le glaive de la parole de Dieu, et le cheval du bon désir. Il faut tuer Goliath avec son propre glaive, et détruire la vaine gloire par la considération même de la vaine gloire.

33. Deux Ans dernières, la mort et la vie. Nous y volons sur deux ailes, la crainte et l'espérance. Avec deux de nos ailes, la pénitence du cœur et l'aveu des lèvres, nous nous voilons les pieds ; selon cette parole de l'Apôtre : On croit de coeur pour la justice et on confesse de bouche pour le salut*. Nous nous .voilons la tête avec deux autres ailes, l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Ce qui fait encore dire à l'Apôtre : Si nous sommes emportés hors de nous-mêmes, c'est pour Dieu; si nous nous modérons, c'est pour vous *.

34. Remarquez que la crainte engendre la componction, la componction le renoncement absolu, le renoncement la véritable humilité, l'humilité la vraie confession qui débarrasse l'âme de tous les vices. De la confession jaillissent toutes les vertus qui, en se fortifiant, constituent la pureté du cœur, et celle-ci à son tour est la vraie sagesse et la charité parfaite. Il faut savoir encore que l'esprit de crainte donne la crainte, l'esprit

1 Gantiq. i, 3. — • Hébr. v, 24. — » Rom. x, 10. — * II Cor. v, 13.

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