AUTRES SENTENCES
de piété la componction, l'esprit de science le renoncement, l'esprit de force l'humilité véritable (l'humilité, en effet, triomphe de tout), l'esprit de conseil la confession, l'esprit de sagesse la parfaite pureté du cœur et l'amour.
35. Dans la maison de Dieu il y a quatre classes de fidèles. Les uns se prosternent aux pieds de Jésus comme les Ethiopiens, comme Marie pénitente et confessant ses péchés. D'autres sont assis à ses pieds, comme cette même Marie qui écoutait la parole de Jésus- Christ ; d'autres reposent sur son cœur, et d'autres sont assis à ses côtés. Les deux premiers ordres vivent pour eux-mêmes, le troisième vit pour lui et pour le prochain, comme Jean l'évangéliste puisant, et suçant, si on peut parler ainsi, la paix dans le sein du Seigneur et l'annonçant ensuite au monde. Le quatrième vit pour le prochain, à l'exemple de l'Apôtre qui s'écrie : J'ai vaillamment combattu, j'ai achevé ma course, j'ai été fidèle. Et il ajoute avec confiance : La couronne de justice m'est réservée1. Et c'est pourquoi j'aspire après la rupture de mes chaînes, et après r heure qui me réunira au Christ: Mais votre bien demande que je reste encore dans cette chair*. Les fidèles qui appartiennent à cette classe ne craignent pas de mourir, et ne refusent pas de vivre.
36. Il y a un orgueil aveugle, un orgueil vain, et un orgueil qui réunit ces deux caractères. L'orgueil est aveugle quand on s'imagine avoir ce qu'on n'a pas. Il est vain, quand on se glorifie d'être estimé par les autres ce qu'on n'est pas, et il est tout à la fois atteint de cécité et de vanité, quand nous nous glorifions en nous-mêmes, et que nous prétendons être glorifiés par les autres de qualités qui nous manquent.
37. Il y a une humilité suffisante, une humilité abondante, et une humilité surabondante. L'humilité suffisante est soumise aux supérieurs et ne se préfère pas à ses égaux. L'humilité abondante se met au-dessous de ses égaux, et ne se préfère pas même à ses inférieurs. L'humilité surabondante s'incline même devant eux. C'est elle qui faisait dire par le Seigneur à Jean : Laissez-moi faire aujourd'hui ; c'est ainsi qu'il nous faut accomplir toute justice • .
38. Ceux qui veulent plaire complètement à Dieu doivent être resplendissants de chasteté et de charité. Or, la chasteté embrasse cinq choses : les oreilles, les yeux, l'odorat,
* II Tira, iv, 7, 8. — » Phllipp. i, 23, 24. — » Math.
le goût et le toucher. La charité de son côté se rapporte à quatre points : en effet, au dire de l'Apôtre, elle croit tout, c'esi-à-dire qu'elle n'est pas soupçonneuse ; elle espère tout, c'està-dire qu'elle n'est pas lâche; elle souffre tout, elle ne murmure pas ; elle supporte tout i, elle n'est pas impatiente. Voilà neuf choses : qui les a est parfait, et mène sur la terre la vie des neuf chœurs des anges. Aussi l'Apôtre dit-il encore : Notre conversation est dans h ciel1. Et l'homme qui vit de cette façon, a pour ainsi dire, plus de mérite que Tange, puisque cette vie chez l'homme est vertu, et chez l'ange une dignité.
39. Une âme sainte s'applique à purger sa chair de la corruption du vice ; elle renonce par la continence aux voluptés du monde. Ainsi elle entoure de myrrhe son corps mortel, afin qu'après le jugement il soit préservé de l'éternelle corruption. Mais brûlet-elle d'un désir ardent des biens célestes, et bannit-elle du sanctuaire de son cœur toutes pensées superflues, elle fait de ce cœur un encensoir qui s'élève devant Dieu : les vertus que l'amour y rassemble sont comme les charbons ardents de cet encensoir dans lequel l'âme se consume elle-même devant Dieu. Quand elle élève vers lui des prières ferventes et pures elle tire de l'encensoir une fumée embaumée, de sorte qu'elle exhale une odeur suave pour son bien-aimé et ne cesse par ses bons exemples de porter le prochain à l'amour de Dieu.
40. Vous ne ferez pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère *, ou lorsqu'il tête encore le lait de sa mère. Le chevreau c'est le pécheur : la mère ce sont les premiers parents dont nous sommes tous issus : le lait ce sont les vices dérivés du péché originel. Vous ne ferez pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère ; cela signifie : Ne laissez pas le pécheur rester jusqu'au jour de sa mort dans le péché, mais avant la mort ramenezle au bien et empêchez-le de périr.
H. lien est trois qui rendent témoignage sur la terre, r esprit, l'eau, le sang \ Par sa venue ici-bas le Seigneur a mis fin à la circoncision et aux autres purifications. Mais il a établi le baptême dans lequel il a voulu que les trois éléments qu'on vient d'énumérer rendissent, sur la terre, le témoignage de la Chrétienté. Et écoutez comment le sang de Jésus-Christ agit et devient le signe de notre mort au péché, selon ce mot de l'Apôtre : Ignorez-vous que nous tous qui
1 1 Cor. xni, 7. — « Philipp. ni. 26. — » Exode xxxîy, 26. — * I Jean v, 8.
avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés dans sa mort? L'eau qui enferme le corps, comme une sorte de tombeau, indique que nous devons cesser d'être les esclaves du péché. Nous sommes ensevelis avec lui par le baptême dans la mort. L'esprit donne la vie et fait qu'après avoir été ensevelis dans l'eau, nous ressuscitons régénérés par l'esprit môme, afin que comme le Christ est ressuscité par la gloire du Père, nous à son exemple, nous suivions les sentiers (Tune vie nouvelle1. Et ces trois choses , parce qu'elles opèrent un même effet, sont un, comme saint Jean le dit : un dans le mystère, non point dans la nature. Le sang est donc un témoignage do mort, l'eau un témoignage d]ensevelissoment, l'esprit un témoignage de vie. Le sang se rapporte au prix, l'eau à la purification, l'esprit renouvelle l'esprit. Le sang du Seigneur nous a rachetés, l'eau de la piscine sacrée nous a lavés, et l'esprit nous rend enfants de Dieu par adoption.
42. A la quatrième veille il vint à eux (les Apôtres), en marchant sur la mer%. Le premier sommeil est la crainte nocturne, la crainte de l'adversité : la veille qui suit est
* Rom. vi, 3, 4. — > Math, xiv, 25.
inspirée parla prudence. Le second sommeil c'est la flèche qui vole durant le jour, la tentation qui vient de la prospérité : la veille qui suit est l'œuvre de la force. Le troisième sommeil c'est le monstre qui marche dans l'ombre, la vaine gloire : la veille d'après c'est la justice. Le quatrième sommeil c'est le démon du midi avec les assauts qu'il nous livre, c'est l'intempérance. Alors le Seigneur vient à ses disciples en marchant sur la mer. Le Seigneur reste au-dessus des eaux, Pierre s'y enfonce. On le prend d'abord pour un fantôme, on finit par le reconnaître. Les plus tièdes qui pourtant lui sont restés fidèles louent le Seigneur de ce spectacle.
43. La prière suppose sept qualités. Elle doit être fidèle selon ce mot de l'Evangile : Tout ce que vous demanderez dans ta prière, croyez que vous le recevrez, et vous le rece*' vrez en réalité1. Elle doit être pure, à l'exemple d'Abraham qui écartait les oiseaux des victimes qu'il offrait. En troisième lieu elle doit être juste, puis assidue, puis humble ; sixièmement fervente, ces deux dernières qualités se trouvent dans le grain de sénevé, et en septième lieu dévote.
* Marc xi, 24.
Ton. IV;
PARABOLES
VULGAIREMENT ATTRIBUÉES A SAINT BERNARD
PARABOLES
VULGAIREMENT ATTRIBUÉES A SAINT BERNARD