‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 102 sur 319 · LETTRE XXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIX

(Ecrite l'an 1127.) AU MÊME.

Il Ini recommande les affaires de plnsicnrs personnes. K la fin il rengage à donner des marques d'honneur et de respect anx évèques assemblés en concile dans la ville de Troyes.

i . Entre tous les témoignages que vous m'avez donnés de votre considération pour moi, ce qui m'attache à vous de toute la tendresse de mon cœur, c'est qu'après avoir osé tant de fois m'adresser à votre Dignité, je ne me souviens pas d'avoir jamais éprouvé de. refus. Rendu par là plus confiant avec raison , je viens, sans hésiter, vous solliciter encore pour les chanoines de Larzicourt*. Ce n'est pas, sans doute, pour faire valoir leur droit, que je vous prie aujourd'hui ; j'ai tellement foi en votre amour de la justice et de la loi, que je crois que votre ennemi lui-même, plaidant devant votre tribunal, n'aurait rien à craindre pour son droit. Mais, vous suppliant de loin, aussi instamment que je le puis, je vous demande, avec eux et pour eux, ce que je sais leur être absolument nécessaire : c'est que vous leur accordiez auprès de Votre Sérénité un accès |)lus favorable et plus prompt qu'à l'ordinaire ; leurs voisins, connaissant votre bienveillance pour ces religieux, apprendront ainsi à rendre à la religion le respect qui lui est dû ; et si par hasard quelqu'un de vos soldats ou de vos ministres tente de s'emparer injustement de leurs biens ou de troubler de quelque façon le repos qu'ils doivent avoir dans le Seigneur, il saura, avec certitude, que par là il s'aliénera gravement votre faveur.

2. Je vous supplie encore de m'accorder autre chose. En passant dernièrement par la ville de Bar, j'ai rencontré, par hasard, une femme très-digne de pitié, car son âme était

« Chanoines réguliers de Tordre de saint Augustin, dans le dovenné de Perlhes, diocèse de Châlons.

plongée dans l'amertume; sa douleur m'a ému jusqu'aux entrailles, et elle a tant fait par ses prières et ses larmes, que je suis obligé d'intercéder pour elle auprès de vous. Elle est la femme de ce Belin, votre sujet, auquel vous avez fait infliger, il y a quelque temps, des peines sévères, à cause du mal qu'il avait commis. Faites miséricorde à cette femme, afln de trouver vous-même de la miséricorde auprès de Dieu.

3. Puisque j'ai commencé, je continuerai de parler à mon seigneur. Un duel a eu lieu, il y a quelque temps, dans la juridiction du prévôi de Bar. Le vaincu a perdu aussitôt les yeux, par votre ordre. En outre, comme si c'était peu d'avoir été vaincu et privé de la vue, tous ses biens, c'est lui-même qui s'en plaint, lui ont été enlevés par vos ministres. 11 est juste, s'il vous plaît, que votre piété les lui fasse rendre, afin qu'il puisse de quelfjue manière soutenir sa misérable vie. De plus, l'iniquité du père ne doit pas être imputée aux enfants innocents, et les empêcher d'hériter des biens paternels qui peuvent exister.

4. Enfin, nous désirons que les saints évêques, assemblés dans votre ville pour les affaires de Dieu, reçoivent de vous le meilleur accueil. Assistez avec obéissance et dévouement en toutes choses, autant qu'il dépendra de vous, le légat qui a voulu vous honorer, vous et votre ville, par la célébration d'un si grand concile * ; ayez soin de maintenir et de confirmer toutes les bonnes décisions qui auront été prises par ses ordres. Recevez encore avec de grands honneurs, comme il convient, Tévêque de Langres, qui est votre évêque comme le nôtre, et offrez-lui humblement et avec respect l'hommage que vous lui devez pour le fief que vous tenez. Adieu.

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