‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 101 sur 319 · LETTRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXVIII

crite l'an 1128.)

AU MÊME

Sur le même sujet.

Au pieux prince Thibauld, BeTiard abbé de Clairvaux : salut et prières.

1. Je crains fort de devenir importun, en intervenant avec trop de hardiesse, par mes fréquentessollicitations, au milieudes occupations

^ Psa. ixxiv, 3. — « Matt., vn, 2. — » Malt., v, 7.— * Jac:]ucs, II, 13.

qui vous accablent. Mais, que ferai-je? Si j'ai peur de vous déplaire en vous écrivant trop souvent, combien plus, si je n'interviens pas pour un malheureux, n'ai-je pas à craindre d'ofTenser Dieu, que je dois redouter plus encore ? Ainsi, que votre bonté me pardonne, car je ne puis pas ne pas avoir pitié de cet infortuné, pour lequel je suis venu à vous une autre fois déjà*, suppliant, peut-être importun ; il s'agit d'Humbert, mendiant et pauvre, et devenu tel de riche qu'il était, ce qui est encore plus malheureux. Il m'est impossible de n'avoir pas pitié de cette veuve et de ces orphelins privés, par surcroît d'infortune, de leur père qui est vivant. Je vous remercie de la grâce que j'ai pu trouver devant vos yeux pour cette afTaire, lorsque vous avez daigné agréer qu'Humbert entreprît lui-môme de se défendre, et que vous avez repoussé très-justement la fausse accusation portée contre lui. Pour achever l'œuvre de votre piété, vous aviez, avec une grande bonté, décidé que son patrimoine serait rendu à sa femme et à ses enfants, et je ne saurais comprendre ce qui a pu empêcher cette parole, si bienveillante de votre part, de recevoir, jusqu'à présent, son exécution.

2. Quand nous surprenons en d'autres princes de la légèreté ou même de la fausseté de parole, nous ne considérons cela ni comme nouveau ni comme étonnant. Mais, du comte Thibauld nous ne pouvons pas accepter le oui et le non ; de lui, dit-on, une simple parole vaut un serment, et un léger mensonge compte comme un parjure grave. Entre un grand nombre de vertus éclatantes qui ennoblissent votre Dignité, et rendent votre nom illustre et glorieux dans l'univers, on loue principalement en vous l'attachement à la vérité. Qui donc, par ses exhortations ou par ses conseils, a essayé d'ébranler la fermeté inflexible de votre cœur? Qui par ses artifices a tâché, je le répète, de vous enlever cette constance si sainte, si noble, si digne de servir d'exemple aux autres princes? C'est n'avoir pour vous qu'une amitié trompeuse et non sincère, c'est vous donner des conseils frauduleux et non fidèles, que de vouloir jeter l'ombre de la cupidité sur votre répu« tation si glorieuse de véracité : ce qu'on fait, en essayant, je ne sais par quelle malice, de nuire à ce pauvre homme, et de rendre vaine cette parole agréable à Dieu, digne de vous, pieuse avec justice et juste avec piété, qui est sortie de votre bouche. Je vous en conjure

^ Saint Bernard veut probablement parler de la lettre qui porte le n<> 39 et qui doit èlre antérieure à celle-ci.

donc par la miséricorde de Dieu, afln que vous obteniez vous-même miséricorde, prenez garde que Timpie ne s'enorgueillisse de ce qui consume le pauvre; faites plutôt que la vérité de votre promesse s'accomplisse, car vous avez promis au seigneur Norbert d'abord, et ensuite à nous, de rendre les biens d'Humbert à sa femme et à ses enfants. Adieu.

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