AU SEIGNEUR PAPE HONORIUS II
Snr le même sujet. — Ils se plaignent au Pape qne le roi de France d'abord disposé à la paix montre plus d'obstination depuis qu'il a obtenu subrepticement la levée de l'interdit.
Au Souverain-Pontife Honorius, les abbés des pauvres du Cbrist, Hugues de Pontigny et Bernard de Clairvaux : tout ce que peut la prière des pécheurs.
Nous ne pouvons pas taire la plainte lamentable des évêques et même de TÉglise tout entière, nous, ses fils, si toutefois nous sommes dignes de ce nom . Nous parlons de ce que nous avons vu. Une nécessité pressante nous a poussés du cloître dans le monde où nous nvons été témoins de ce que nous rapportons. Nous Tavons vu avec tristesse, et c'est avec tristesse que nous en parlons: Thonneur de TÉglise au temps d'Honorius a reçu une grave rtteinte. Déjà Thumilité ou plutôt la fermeté des évêques avait fléchi la colère du roi, quand tout à coup Fautorité suprême du Souverain- Pontife intervenant, hélas l a renversé sa résolution, et araffermi sou orgueil. Nous savons, et on peut le voir clairement par votre lettre, que c'est par un mensonge qu'on vous a surpris et qu'on vous a fait ordonner la levée d'un interdit si juste et si nécessaire. Mais enfin quand le mensonge sera découvert, l'iniquité ne sentiral €lle pas qu'elle a menti contre elle-même et non pas contre une si grande majesté ? Ce qui nous étonne, c'est qu'on ait jugé sur le rapport d une seule partie, et qu'on ait condamné un absent. Nous ne venons pas avec une téméraire présomption vous en faire un reproche ; mais, avec un amour filial, nous exposons à votre cœur paternel combien l'impie s'en est enorgueilli, et combien h) pauvre en a souffert. Ce n'est pas à nous devons prescrire j usqu'à quand vous devez supporter l'un, ni quelle compassion vous devez avoir pour l'autre; consultez plutôt là-dessus votre cœur, très-doux Père. Adieu.