‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 114 sur 319 · LETTRE LU · texte numérisé non relu

LETTRE LU

(Écrite vers Tan 1128.)

AU MÊME

Il l'assure que Tévéque de Chartres n'a pas eu Tintentioa d'aller à Jérusalem ; et il lui demande à être déchargé des causes et des affaires publiques.

Notreami commun, le seigneur de Chartres*, a voulu vous assurer encore par mon entremise, qu'il n'avait été ni dans ses désirs ni dans ses intentions de demander au seigneur Pape la permission de partir pour Jérusalem, comme quelques personnes, à ce que nous avons appris, en avaient persuadé Sa Sainteté. Quand même U l'aurait beaucoup désiré, il n'aurait pu s'en aller sans scandaliser gravement tous les gens de bien que nous avons ici ; car ceux-ci auraient craint que son absence ne fit aux siens plus de mal que sa présence ne ferait de bien aux étrangers. Voilà pour l'évêque.

Maintenant, pour parler aussi un peu de moi, selon cet avertissement de l'Écriture: Ayez pitié de votre àme et vous plairez à Dieu *, voulezvous donc que je sois accablé de causes, occupé d'affaires et qu'il n^ me serve à rien d'être

1 Geoffroy. (V. lettre 55.) s Ecd. XXX, 24.

débarrassé des miennes, puisque je suis tout absorbé parcelles d'autrui? Si j'ai trouvé grâce à vos yeux, faites que je sois entièrement délivré de ces occupations, afin qu'il me soit permis de prier pour mes péchés et pour les vôtres. Sans doute, je ne juge rien de plus sûr pour moi que d'obéir à la volonté du seigneur Pape ; mais, qu'il daigne, lui aussi, considérer ce que je puis. Plût à Dieu, en effet, qu'il sût combien ces affaires me sont impossibles ou difficiles. Mais j'en ai dit assez là-dessus à un sage.

L'évêque dont je vous ai parlé m'a demandé quelques-uns de mes opuscules pour vous les envoyer ; mais je n'en ai eu sous la main aucun qui me parût digne de votre attention. J'ai cependant publié dernièrement un petit traité sur la grâce et le libre arbitre; je vous l'enverrai volontiers, quand je saurai que vous le voulez. Adieu.

a vu, bien qu'il n'ait vu de moi cependant qu'une partie et une partie minime. Combien donc ne dirai -je pas avec plus de vérité, que je suis, même à défaut de mon corps, là où je sens ma volonté, mon esprit, mon amour, qui sont sans doute la meilleure et la plus noble partie de moi-même? Sachez donc que dans ces trois corps nous ne formons qu'un, non par une égale sainteté, car en cela je suis au-dessous d'eux, mais par une même volonté et par la parfaite union de nos esprits. Pourquoi donc le lien de la charité ne produirait-il pas cette unité entre plusieurs réunis dans un même esprit, quand les rapports des époux font qu'ils sont deux dans une même chair? Je voudrais, si vous daigniez y consentir, vous admettre pour quatrième dans cette union d'amitié. Vous obtiendrez cela facilement, si vous ne le dédaignez pas; faites-nous seulement savoir que vous ne le dédaignez pas. Adieu.

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