LETTRE LI
(Écrite Tan 1128.) A HAIMERIG, CHANCELIER.
Sur le même s^jet.
A rillustre Haimeric, chancelier du Saint-Siège romain, Bernard dit abbé de Clairvaux : le salut et ce que peut la prière d'un pécheur.
Jusqu'à quand durera cette vérité : Tous ceux qui veulent vivre avec piété dans le Christ souffrent persécution * ? Jusqu'à quand l'héritage ,des justes sera-t-il laissé sous la verge des pécheuis? Qui donnera aux saints le pouvoir de commencer à se lever contre ceux qui les ont
i U Tim., m, 12.
accablés? Qui peut souffrir encore cette dissemblance entre le ciel et la terre que, tandis que les anges se réjouissent de la correction des méchants, les enfants d'Adam en frémissent et en sèchent de douleur, comme si Jésus par ses souffrances n'avait pas purifié dans son sang ce qui est sur la terre et ce qui est au ciel, ou comme si Dieu ne s'était pas réconcilié avec le monde dans la personne de son fils? Autrefois on louait cet archevêque dans les désirs de son âme, on le bénissait dans sa vie et dans ses mœurs mondaines. Mais maintenant on cherche la simonie sous les langes de Jésus enfant; une curiosité maligne scrute parmi des vertus naissantes pour y découvrir jusqu'à des cadavres de vices expirés. Vous voyez comme Jésus est élevé aujourd'hui en signe de contradiction. Je vous supplie donc pour lui, je vous conjure en son nom. U a certainement en lui de quoi vous inspirer de la crainte et aussi de la pitié. Levez-vous aujourd'hui pour défendre l'archevêque dans l'intérêt de Celui devant lequel vous aurez à vous lever un jour pour être vous-même examiné. Adieu.