‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 119 sur 319 · LETTRE LVII · texte numérisé non relu

LETTRE LVII

(Écrite vers l'an 1128.) AU MÊME.

Des vœux de peu d'importance ne doivent pas être un obstacle à de plus grands biens ; il semble qu'il s'agisse des religieux dont il est question dans la lettre 55.

D'après ce que cet homme m'a rapporté de votre part, vous avez différé, jusqu'à présent,

1 Saint Norbert fondateur de l'ordre des Prémcrutrés, qui dans l'espace de vingt ^nées, atteignit presque au nombre de soixante-dix abbayes. (V.let. 253.)

* Le latin est intraduisible ; saint Bernard appelle la bouche de saint Norbert celestis fistuia ; le mot fisluia désigne le cU^lumeau avec lequel on communiait sous l'espèce du vin.

» V. Ict. 37, 38.

de satisfaire à sa demande et à son désir, parce qu'il vous a paru ayoir manqué à son premier vœu, qui était d'aller à Jérusalem. Si vous demandez notre sentiment à cet égard, pour moi, je ne crois pas que des vœux moindres doivent empêcher des vœux plus grands, ni que Dieu exige le bien même qu'on lui a promis, si, en échange, on accomplit quelque chose de meilleur. Auriez-vous, en effet, le droit de vous irriter contre quelqu'un qui , vous devant douze écus,au lieu de cette somme, vous paierait, au jour fixé, un marc d'argent? Que si vous craignez quelque chose de sonévêque, je vous assure qu'en donnant quelque secours à cet homme, non-seulement vous ne déplairez pas, mais que vous serez même très-agréable au prélat. Adieu.

LETTRE LVIIL

(Écrite vers Tan 112fi.)

A EBALE, ÉVÉQUE DE GHALONS ^

Il conseille à Ebale de s'appliquer à mettre un homoie capable à la tête du monastère ou de l'église de Tous-les-Saiats.

Au seigneur Ebale^ par la grâce de Dieu vénérable évoque de la sainte église de Chàlons, le frère Bernard abbé de Clairvaux : ce que peut la prière d'un pécheur.

1. Il n'est pas bien à vous de négliger, ou de faire semblant de ne pas voir le péril de cette petite nacelle qui flotte sous vos yeux sans pilote, je parle de l'église de Tous-les-Saints. C'est à vos soins, en effet, que cette affaire est remise : aussi je me demande a\ec surprise pour quelle raison, et sur quels fondements, vous renoncez à faire venir le clerc qui a été élu pour cette église par des personnes religieuses, et qui lui-même, dit-on, est un homme religieux. 11 est vrai que l'incurie ou la paresse

i Ebale était neveu de llilduin, comte de Rouy et fils d'André comte de Rameruc.Il succéda, en 1122, comme évèque de Chàlons à Guillaume de Cbampeauz, et eut pour successeur en 1126, Elbert ou Robert, et après lui Geoiïroyabbé de Saint- Médard auquel est adressée la lettre 66. La lettre ci-dessus est donc antérieure à la lettre 13 écrite en faveur d'Albéric qui élu après Ebale, n'obtint pas cependant la dignité épiscopale.

* Abbaye de chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin près de Chàlons.

de quelques-uns de ceux qui sont dans cette maison ne mérite pas ce bonheur. Repoussant, comme nous l'avons appris, celui qui a été élu, sans alléguer de raison, sinon que c'est un religieux, ils ont osé presser Votre Grandeur d'en faire élire un autre ; ils demandaient, en apparence, quelqu'un qui parût plus populaire, plus affable, qui ne fût pas étranger, mais connu et aimé des habitants, instruit des mœurs du pays, propre à traiter les affaires de l'église ; mais vous vouliez en réalité, dirai-je en me tournant vers ces habiles donneurs d'avis, qu'il ne reprît pas vos vices, qu'il approuvât votre misérable conduite, ou qu'il n'osât pas s'y opposer. 11 ne faut pas les écouter ; qu'ils le veuillent ou non, vous devez faire tous vos efforts pour que cet homme, dont on rend de bons témoignages, s'occupe au plus vite de cette église désolée; car, s'il est tel qu'on le publie. Dieu sera certainement avec lui, pour lui donner la grâce qui le fera plaire à tous, et réussir en toutes choses.

2. S'il arrive qu'on ne puisse pas l'avoir, peut-être parce qu'ils en sont indignes, qu'on s'applique à trouver dans quelque maison religieuse une autre personne qui semble capable; qu'elle ne soit pas telle que le demandent ces gens qui ne veulent que ce qui flatte leurs sens ; mais qu'elle sache régler les affaires extérieures, de façon à préférer à toutes choses le soin des âmes. Deux monastères, celui de Saint-Pierre et celui de Saint-Urbain \ ayant été quelque temps privés, comme celui-ci, du secours pastoral, votre prédécesseur, le seigneur Guillaume d'heureuse mémoire, sans s'arrêter aux fatigues d'un long voyage ni aux rigueurs de l'hiver, se rendit lui-même une fois à Dijon, et, si je ne me trompe, deux fois à Cluny ; il amena de Dijon le seigneur Hugues, homme de bien, qui est mort depuis; de Cluny, un homme vénérable qui vit encore, le seigneur Radulfe ; il les obtint avec peine et à force de prières, et il mit chacun d'eux à la tête d'un des monastères, car il ne trouvait pas de sécurité à en confier la direction à un moine de ces maisons. Je vous ai rapporté cet exemple pour avertir votre charité que, dans l'affaire actuellement remise entre vos mains, vous ne devez pas montrer moins de prudence que de sollicitude.

> Ces deux monastères de l'ordre de Saint-Benoit et plus tard de la congrégation de Saint-Victor étaient situés, le premier dans la ville même, le second dans le diocèse de Cbàlons. Guillaume de Cbampcaux y rétablit une discipline plus exacte.

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