AUX ABBÉS ASSEMBLÉS A CÎTEAUX
n désire qu'ils soient témoins de ses travaoz et de ses peines, et il cherche par là à hire excuser son absence, n Bonbalte de ne pas mourir en voyage, mais an miliea des siens.
C'est au milieu d'une grande faiblesse de corps et d'une grande angoisse de cœur. Dieu le sait, que j'ai dicté pour vous ces mots, malheureux que je suis, homme né pour la peine, et pourtant votre frère 1 Plaise à Dieu que je mérite d'avoir pour intercesseur auprès de votre assemblée, l'Esprit même au nom duquel vous êtes réunis, pour qu'il ^ave dans vos cœurs les calamités que je souffre, et qu'il représente à votre affection fraternelle la triste et suppliante image de ce que je suis. Je ne demande pas qu'il crée en vous une miséricorde nouvelle , car je sais combien cette vertu est familière a votre congrégation; mais je prie pour que vous sentiez au fond de votre cœur avec quelle affection et quelle grande affection vous deve2 avoir pitié de moi. Je suis certain, en effet, que si cela vous est donné, aussitôt les larmes jailliront du trésor de votre charité, que les sanglots, les gémissements et les soupirs s'en échapperont et frapperont le ciel. Dieu les entendra, il s'apaisera envers moi et il dira : Je t'ai rendu à tes frères, tu ne mourras pas parmi les étrangers, mais au milieu des tiens. Je suis en vérité accablé par tant de travaux et de douleurs que souvent la viçmème me pèse.
en U30. n ne dédaignait point de servir de secrétaire à saint ^Bernard. Voy. lettres 245, 201 ci-dessous.) 1 Haimeric.
* Luc, créé en 1132 cardinal au titre de Saint-Jean et de Saint-Paul; Chrysogone, créé en 1134 cardinal au titre de Sainte-Marie du Portique ; Yves, chanoine régulier de Saint- Victor de Paris, créé en 1 130 cardinal an titre de Saint-Laurent à Damas. La lettre 193 lui est adressée.
* Bruno est dit, dans la lettre 209 ci-dessous, avoir eu beaucoup de disciples en Sicile. Gérard parait être le frère de saint Bernard.
Je parle humainement à cause de ma faiblesse, car je désire que ma mort soit différée jusqu'à ce que je sois revenu auprès de vous, afin de ne mourir qu'au milieu de vous. Au reste, frères, rendez droits vos désirs et vos voies ; ne réglez et n'établissez rien que de juste, que d'honnête, que de salutaire; préoccupez-vou3 avant tout de conserver l'unité de l'esprit dan? le lien de la paix, et le Dieu de paix sera en vous.
LETTRE CXLVL
A BURGHARD, ABBÉ DE BALERNB ^.
n se réjouit de ce que ses peines pour le former niaient point été inutih» ; il dit cependant que Thetireux succès en doit être attribué à Dien.
i . Votre parole est véhémente et enflammée, enflammée de ce feu que le Seigneur a envoyé sur la terre. Je l'ai lue, et mon cœur s'est embrasé dans ma poitrine; j'ai béni cette fournaise qui laissait échapper de telles étincelles* Votre coBur n'était-il pas ardent en vous-même, quand vous dictiez ces choses? l'honuoe de bien tire le bien du bon trésor qui est en lui^ Si j'ai travaille pour vous, comme vous le rappelez humblement, je ne le regrette pas. J'ai labouré dans l'espoir de recueillir des fruits, et mon espoir ne m'a pas trompé. C'est là le fruit de mes œuvres, dont mon cœur se rassasie sur une terre étrangère ; je sens par ma propre expérience que ma semence n'est tombée ni le long du chemin, ni sur les pierres, ni au milieu des épines, mais dans une terre bonne et très-bonne.Si, quand j'enfantais, j'étaid dans la tristesse, au milieu de ma joie présente je ne me souviens plus de mon accablementi parce qu'un enfant est venu au monde. Je dis enfant pour Tinnocence, non pour la raison; le Sauveur pourrait le proposer aux vieillards comme un modèle, en disant : Si voui ne vous convertissez et si vous ne devenez comme ces petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des deux *. Cet enfant pourra dire : J'ai eu plus d'intelligence que les vieillards , parce que j'aa cherché vos commandements. Et encore ; /e suis jeune et dédaigné^ mais je n'ai point oublié les pré* ceptes de votre justice *.