‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 2 sur 319 · THÉODORE RATISBONNE, PRÊTRE · texte numérisé non relu

THÉODORE RATISBONNE, PRÊTRE

Bien-aimé fils, Salut et Bénédiction apostolique.

n n'existe pour Nous rien de plus désirable, rien de plus consolant que de voir ceux qui sont appelés à l'héritage du Seigneur, se produire par l'éclat de toute espèce de talents. C'est pourquoi Nous répandons de préférence les dons splendides des honneurs et les gages de Notre bienveillance sur les hommes qui brillent par leur intelligence, leur piété, leur doctrine et leur érudition, et qui s'appliquent

à étendre la gloire de Dieu et à procurer aux fimes le salut éternel.

Nous savons parfaitement quelles sont les nobles qualités qui ornent votre esprit et votre cœur, et combien vous avez cultivé les lettres et les sciences, surtout la science sacrée; Nous connaissons l'intégrité de votre vie, la gravité de vos mœurs, les fruits de votre piété, votre zèle pour la religion, qualités qui se sont particulièrement manifestées dans Vfftstoire de saint Bernard que vous avez mise au jour, et que vous avez écrite avec autant de talent que

GREGORIUS, PP. XVI, DiL. FiLio Presbytero Theodoro Ratisbonne.

Dilecte fili^ Salutem et Apostolicam Benedictionem. Cum Nobis nihil poilus^ nihilque optabilius esse possit, quam ul viri in sorlem Domini vocali virlulum omnium ornatu profulgeant, tum splendida honorum munera, et Nostrae benevolentiae testimonia lis potissimum deferimus, qui ingénie, pietale, doctrina, erudilione praestant, quique in Dei gloriam promovendam, ac sempiternam hominum salutem procurandam incumbuut. Itaque cum Nos minime lateat^ te egregiis, tum animi^

tum ingenii dotibus exomatum, litteris, ac disciplinis prsBsertim sacris excultum, vitœ integritate, morum gravitate^ pietatis laude, ac religionis studio summopere spectatum, de sancto Bernardo vitam docte sapienterque conscriptam in lucem edidisse, ac summa Nos, et banc Pétri Cathedram veneratione colère, iis fulgere virtutibus, quae virum divino ministerio addictum summopere décent, nihilque inexpertum relinquere, ut quibusqué rébus Dei glorise, et animarum saluti in-

BREF APOSTOLIQUE

de sa^cité. De plus, Nous n'ignorons pas quelle est votre vénération pour Nous et pour cette Chaire de saint Pierre, sentiment qui se joint aux autres avantages dont vous êtes doué et qui convieuiient à Tbomme consacré au divin ministère. Vous n'avez rien négligé de tout ce qui peut contribuer à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Aussi, Nous sentant porté à vous donner avec effusion de cœur une marque distinguée de Notre satisfaction, Nous avons résolu de vous décorer d'un signe d'honneur ; et vous regardant comme absous de toute excommunication, interdit, censures ecclésiastiques, sentences ou peines que vous auriez 1)U encourir, pour quelque cause que ce soit, Nous vous nommons, en vertu de ces Lettres et de Notre autorité apostolique. Chevalier de notre Ordre. Nous vous l'annonçons par ces présentes et vous donnons rang dans la milice d'honneur, restaurée par Nous, et enrichie de nouvelles prérogatives. Nous vous concédons la faculté d'user et de jouir de ces prérogatives, de toutes ensemble et de chacune en particulier, ainsi que des privilèges et induits dont les autres Chevaliers du même Ordre usent et

jouissent ou jouiront dans l'avenir, sauf les restrictions établies par le Concile de Trente et approuvées par le Saint-Siège. Nous voulons que, sous peine de perdre les privilèges de l'Ordre, vous portiez sur votre poitrine, à la partie gauche de votre habit, la croix d'or octangulaire, blanche à la surface, avec l'effigie de saint Sylvestre , Souverain-Pontife, suspendue, selon la coutume des chevaliers, à un ruban de soie noire et rouge, avec un liséré rouge, ainsi qu'il a été déterminé par nos Lettres du 31 octobre 1841, relatives à cet Ordre. Et, pour ajouter encore un témoignage de plus à la bienveillance que Nous ressentons pour vous. Nous avons ordonné que ladite décoration vous soit remise de notre part.

Le tout, nonobstant toutes constitutions, sanctions apostoliques et autres décisions contraires.

Donné à Rome, à Sainte-Harie-Hajeure, sous l'anneau du Pêcheur, le huitième jour du mois de juillet mil huit cent quarante-deux, et la douzième année de Notre Pontificat.

A. Card. Lambrusghini.

servira possis; idcirco aliquam propensœ Nostrae in te voluntatis significationem alacri libentique animo exhibendam censuimus. Peculiari ergo te honore decorare volentes, et a quibusvis excommunicationis^ et interdicti^ aliisque ecclesiasticis censuris^ sententiis^ etpœnis quovis modo et quacumque de causa lalis, si quas forte incurristi, hujus tantum rci gratia absolventes^ et absolutum fore consentes, te bisce Litteris Aucloritate Nostra Âpostolica, auratsB nostrae militiae Equitem eligimus et renuntiamus, atque in splendidum eum Ordinem a Nobis innovatum, et majore auctum honore cooptamus, tibiqne concedimus, ut omnibus et singulis privilegiis, indultis, juribus perfrui possis, quibus alii Equités illius Militise utuntur, fruuntur, vel uti, ac frui possunt, et poterunt, citra tamen facultates sublatas a Concilio Tridentino hujus Sedis auctoritate confirmalo. Yolumiis

vero, ut Crucem auream octangulam albse superficiei imaginera S. Silvestri S. P. in medio referentem ad pectus taenia serica rubro nigroque distincta colore extremis oris rubris appensam ex co^imuni Equitum more in parte vestis sinistra juxta formam in nostris similibus Litteris die XXXI Octobris anno MDCCCXLI de eodem Ordlne editis gestare omnino debeas, alioquin ab hujus indulti juribus excidas. Quam quidem Crucem Nos ipsi tibi dandam mandamus, ut Nostram erga te benevolentiam magis magisque peispicias. Non obstantibus constitutionibus et sanctionibus apostolicis, caeterisque contrariis quibuscumque. Datum Romae> apud Sanctam Mariam Majorem, sub annuio Piscatoris, die vin Mensis Julii MDCCGXLII, Pontifîcatus Nostri anno duodecimo.

A. Card. Lambruschlni.

PRÉFACE

Le douzième siècle est sans contredit une des plus mémorables époques du moyen âge : on y Yoit éclore et croître les germes de toutes les grandes idées qui ont porté leurs fruits dans les temps modernes; époque de transition laborieuse où la yie fermente au sein de la corruption et se débat contre les obstacles qui FenTeloppent; temps de crise et de luttes violentes qui préparent Fenfantement d un nouvel ordre de choses; temps héroïque où le souffle puissant de l'Eglise fait surgir les croisades, la chevalerie, les constitutions politiques, les sciences , l'architecture , et tous les éléments d'une civilisation chrétienne et grandiose.

C'est de la France que ce mouvement est parti d'abord, se communiquant de proche en proche à tous les Etats de la Catholicité. La France semble avoir été choisie dès ce temps par la Providence pour ouvrir les voies à une ère nouvelle. Sa monarchie venait d'être renouvelée, par la dynastie des Capets, pleine de force et de sève; sa langue se forme et se propage par les conquêtes dans les principales régions du monde, en Angleterre, en Italie, en Sicile, en Asie. Foncièrement attachée au Centre de l'unité catholique, elle devient à son

tour le foyer de l'union intellectuelle et politique, le pivot du monde chrétien.

Hais, pendant que la France est si particulièrement appelée à donner l'essor aux autres peuples, un homme de Dieu est envoyé pour diriger le mouvement en France, pour hâter l'impulsion, tracer la voie, marquer le but à toute idée féconde, à toute entreprise vaste et généreuse, pour éclairer à la fois l'Etat et l'Eglise.

Cet homme de Dieu, c'est saint Bernard.

La vie d'un tel homme, on le conçoit, ne saurait être présentée sous un point de vue restreint, comme une simple histoire édifiante. Elle se rattache à toutes les grandes choses d'un grand siècle ; et dès lors, pour l'envisager d'une manière complète, il faut l'étudier dans ses rapports avec le mouvement religieux et avec la politique contemporaine.

Encore ce double aspect ne suffit-il point aux exigences actuelles de l'histoire. De nos jours, et au degré avancé où se trouvent les connaissances acquises, on demande plus que des

PRÉFACE

récits édifiants, plus que des données purement historiques : on veut embrasser dans leur ensemble les faits accomplis; on veut suivre l'enchaînement et les liens vivants des choses, afin de saisir dans le passé les causes qui expliquent le présent. Car les temps ont marché ; les divers éléments de l'histoire humaine se sont développés, manifestés par leurs produits ; et en définitive, l'humanité a atteint un degré de maturité qui permet, non-seulement de raconter les événements, mais encore de leur appliquer une mesure d'appréciation et de les envisager sous leur aspect général et providentiel.

C'est ce que la science réclame aujourd'hui. On veut de la vie en tout, même dans l'histoire du passé, parce que le passé ne meurt point; il subsiste dans ses fruits. Les siècles se succèdent, les formes changent; mais c'est toujours la même humanité qui vit, qui se développe, qui accomplit ses destinées. Sans regretter les temps qui ne sont plus, puisqu'ils ont rempli leur tâche, il faut se garder de rompre la chaîne qui les unit au présent; car les expériences du passé, aussi bien que les espérances d'un immortel avenir, forment le trésor de l'humanité.

L'histoire ne saurait s'animer de cette idée vivifiante, si elle ne s'éclaire tout à la fois de la science religieuse et de la science philosophique : la Religion lui présente son point d'appui; la philosophie, son point de vue. L'une lui révèle la raison des choses; l'autre lui explique la liaison des faits : Tune et l'autre concourent à résoudre les problèmes de la vie actuelle, en ouvrant le double sceau du passé et de l'avenir. C'est ainsi que l'histoire atteint

son but. Sa mission est d'exposer la réalisation successive du plan providentiel dans ses rai ~ ports avec les actes et les conséquences de la liberté humaine; de manière à constater les vicissitudes et les progrès par lesquels les hommes ot les peuples reviennent du mal au bien, des ténèbres à la lumière, de l'erreur à la vérité.

Il importe done, avant d'entrer en matière, de poser nettement les principes qui nous ont guidé dans l'étude de ce siècle fécond. Pour élever un édifice, il faut d'abord en déterminer les bases, le dessin et les proportions. L'histoire d'un développement vivant n'a de sens que lorsqu'on en connaît le moteur et le but final. Que signifie le progrès pour ceux qui méconnaissent le terme où ce progrès doit aboutir? Comment le pèlerin sait-il qu'il se rapproche ou se détourne de son terme, s'il ignore ce terme et le chemin qui y mène? Il marche. C'est tout ce qu'il peut affimer; mais il ne sait s'il avance ou s'il recule. Le progrès sans bi»t connu et déterminé n'est qu'une agitation stérile.

Nous avons essayé d'exposer, dans une Introduction préliminaire, quelques considérations graves sur l'histoire de l'Eglise, notamment sur les grandes phases qui ont précédé et amené le douzième siècle.

Guidé par ces idées fondamentales, nous aborderons les faits, nous attachant à saint Bernard commeau pointcentral d'une immense sphère d'activité.

Nous étudierons ce grand hoihme dans sa

PRÉFACE

Tie domestique, dans sa vie monastique, dans sa yie politique, dans sa yie scientifique, dans sa Tie apostolique : cinq époques qui caractérisent les diverses périodes de sa prodigieuse existence, telle qu'elle s'est formée dans le mystère, sanctifiée dans la religion, produite dans les affaires publiques, et manifestée au grand jour par les travaux de la science et de Tapostolat.

1863. En publiant les premières éditions de cet ouvrage, nous étions loin de prévoir que les aberrations de nos temps, poussées à l'excès, s'appuieraient sur saint Bernard pour combattre le pouvoir temporel des Papes. C'est cependant ce qu'une fausse érudition a tenté de nos jours. On a extrait des divers écrits de notre Saint quelques phrases incomplètes, incohérentes; et, par un procédé facile, on en a tiré une doctrine subversive que la vie entière de saint Bernard désavoue et réprouve.

En effet, toutes ses lettres, ses discours, ses enseignements, aussi bien que son intervention personnelle dansles affaires publiques, attestent l'inflexible dévouement qu'il a mis au service du Saint-Siège; et si d'une part nous lisons avec émotion les dbnseils ascétiques qu'il a donnés aux Pontifes dont il était le guide spirituel, pour les porter au détachement des choses de la terre et à la modération dans l'exercice de l'autorité suprême ; d'une autre part, nous constatons le zèle ardent et persévérant avec lequel il revendiquait les titres sacrés de la royauté terrestre des Pontifes romains.

Saint Bernard , en ce point, ne diffère d'aucun

autre docteur de l'Eglise; car je ne sache pas que jamais nul d'entre eux se soit mépris sur le sens des deux glaives que Jésus-Christ a laissés entre les mains de saint Pierre. Comment aurait-il pu méconnaître la signification du symbole de cette double puissance , lui qui Ta expliquée, publiée à la face du monde pour confondre les sophistes du XIP siècle? a C'est une injure solennelle qu'on a faite à saint Bernard ^ , » s'écrie en cette circonstance le grand et éloquent Évéque de Nîmes. Bien loin d'avoir approuvé les agresseurs de la souveraineté temporelle des Papes, saint Bernard les a poursuivis et flétris; il a soulevé contre eux la conscience publique, aussi bien que les armes des princes chrétiens; il a sacrifié son repos, il a épuisé ses forces et sa vie dans la défense de la sainte cause qui unit ensemble le sceptre royal à la houlette du Pasteur suprême.

Interprète fidèle de l'Évangile et de l'Église, il a soutenu la prééminence spirituelle et temporelle du successeur du Prince des Apôtres^ placé par la main divine au sommet de la société catholique, afin que nulle puissance de la terre ne s'élève au-dessus de la puissance de Dieu, et que la couronne du Vicaire de Jésus- Christ abrite et consacre toutes les autres couronnes.

Il est hors de doute que l'Église, avec l'assistance perpétuelle de TEsprit-Saint, accomplirait ses glorieuses destinées, lors même que

^ Lettre pastorale tie M*' Plantier, évèque de Nîmes, sur cette question : Saint Bernard a-Hl combattu ou désap* prouvé ie youvoir temporel des Papes ?

Vï

PRÉFACE

le inonde lui refuserait une pierre pour reposer sa tête. Mais ce qui n'est pas moins manifeste, c'est que la Providence, dans l'intérêt des peuples et des rois, a voulu placer le Chef de l'Église dans une sphère éminente et indépendante, d'où sou action médiatrice pût s'étendre

avec une souveraine impartialité sur tout l'univers, et subordonner les gouvernements des hommes à la royauté de Dieu.

Telle est la doctrine des saints; nous verrons avec quel éclat saint Bernard l'a professée.

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