‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 215 sur 319 · LETTRE CLXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXVI

(Écrite Tan 1135.)

AU SEIGNEUR PAPE INNOCENT, DE LA PART d'aLBÉRON, archevêque de TRÊVES *.

Il exprime son dévouement personnel envers Innocent, ainsi que le dévouement et l'obéissance de TÉglise d'en-deçà des monts.

1 . Le vœu de mon cœur, mon désir impatient d'aller voir Votre Béatitude et de jouir de votre

lieu. Orderic à la fin du livre xiii, s'exprime ainsi : « L'an 1128 de rincamation, Germond, patriarche de Jérusalem, mourut; après lui, Etienne de Chartres, gouverna Sion pendant deux ans ; à sa mort Guillaume de Flandre lui succède. » Le même auteur nomme pour l'année 1137, comme évèque de Jérusalem, Radulfe, dont Papebrock ne parle pas dans son traité préliminaire au tome m de mai. Enfin, Guillaume de Tyr atteste que Guillaume, ensevelit en 1142 le roi Baudouin, et eut lui-même, en 1145, Fulcher pour successeur. Y eut-il, en effet, deux Guillaume, ou Orderic s'esUl trompé? La lettre 393 est adressée an même Guillaume.

* Est-ce André, oncle de saint Bernard, chevalier du Temple, auquel est adressée la lettre 288? Ne serait-ce pas plutôt André, frère de saint Bernard, moine de Clairvaux et dont il est parlé dans la lettre 184 ? ou enfin, André de Baudement mentionné dans la lettre 262, n« 2? Le lieu dont il est parlé ici ne serait-il pas celui que saint Bernard concéda aux religieux de Prémontré, et auquel la lettre 233 fait allusion?

* Albéron. de primicier de Metz qu'il était, quand la lettre

présence désirée, de connaître en même temps plus exactement ce qui se passe chez vous et de vous exposer à mon tour avec plus de soin l'état de nos affaires, m'engagent depuis longtemps à entreprendre ce voyage et ni'y poussent sans cesse. Mais les incommodités de la route et de la saison, et quelques obstacles qui tiennent aux exigences de votre situation, ne m'ont pas permis jusqu'ici et ne me permettent pas encore, malgré mon impatience, de satisfaire mon désir. Mais quoi ? dois-je renoncer complètement à un dessein utile et juste, parce que je ne puis entièrement l'accomplir? J'ai donc eu la pensée, pour me consoler un peu de ne pas réaliser ce souhait depuis si longtemps formé et pour alléger l'inquiétude que j'éprouve, de vous envoyer au moins, en attendant, le vénérable Hugues ^ , archidiacre de l'Église de Toul. Je ne pouvais, en effet, avoir à ma disposition une personne plus fidèle, plus zélée, ni plus prudente, soit pour vous transmettre ce dont nous le chargeons, soit pour nous rapporter votre réponse, s'il plaît à votre bonté de nous en faire une. Car nous désirons connaître vos intentions, la situation de votre santé, et les événements heureux récemment survenus dans l'Église, si par hasard la Clémence divine a fait souffler quefque vent plus favorable sur cette Église fatiguée par la rage opiniâtre, et pourtant impuissante, des schismatiques ; nous vous supplions de nous mettre pleinement au courant de toutes choses.

2. Du reste, sachez que notre Église d'en décades monts, tantdausle royaume de France que dans le nôtre, est forte dans la foi, paisible dans l'unité, dévouée à votre obéissance, empressée pour votre service. La perte de Bénéyent, de Capoue *, de Rome même ne nous effraie point, puisque Dieu ordonne qu'il en soit ainsi. Nous savons que l'état de l'Église se îuge, non au succès de ses armes, mais à ses mérites; car, nous reconnaissons que c'est à elle, et non à une autre, que s'appliquent ces paroles du psaume : Si des camps se forment contre moij mon coeur ne craindra pas^ et si le combat m'est livré j c'est en cela que j'espérerai^. C'est pourquoi nous qui sommes de l'Église, nous ne craindrons pas, quand bien même la terre serait bouleversée et que les montagnes seraient transportées dans le sein de la mer. Que le

30 lui fut adressée, était devenu archevêque de Trêves, et même légat du Saint-Siége. (Voy. Hugues Métellus, let. 6.)

i Voy. Bernardi Vita, Ub. 4, cap. 3, n» 31.

* Roger, de Sicile, s'était emparé de la Fouille.

» Ps. XXVI, 3.

tyran de Sicile se glorifle tant qu'il voudra ; que, dans sa malice, il se vante d'être puissant pour l'iniquité ; quant à nous, notre puissance se complète dans la faiblesse. L'Église a appris, par l'enseignement de Paul, qu'elle est plus puissante lorsqu'elle est faible \ Elle a appris encore de Salomon, que la prospérité des insensés les tue * : elle a appris, quand elle voit le fou affermi sur de profondes racines, à maudire aussitôt son éclat. C'est pourquoi elle est consolée avec le saint David, et par la défaite de ses ennemis, et par sa propre délivrance; et elle dit : Ceux-ci se fient à leurs char^ et à leurs chevaux ; pour nous, nous invoquerons le nom du Seigneur notre Dieu. Eux ils ont été liés et sont tombés, nous au contraire^ nous nous sommes relevés et nous avons été affermis '. D'après ce témoignage fidèle de l'Écriture, j'ai cru devoir vous transmettre ces quelques mots pour vous consoler des nouvelles que j'ai apprises, et pour alléger, au moins en partie, cette sollicitude de toutes les églises qui pèse constamment sur votre cœur. J'ajoute encore que le sei-' gneur roi *, affermi par Dieu , s'arme avec ardeur pour la délivrance de l'Église et qu'il rassemble une armée considérable. Nous aussi, nous travaillons fidèlement et de toutes nos forces à cet objet. Nous exhortons et nous sollicitons tous ceux que nous pouvons, et, quand le temps en sera venu, nous n'épargnerons ni notre personne, ni nos biens.

LETTRE CLXXVr

(Écrite l'an H39.)

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