AU CHANCELIER HAIMERIC
11 avoue qu^il ne peat être à la hauteur de ses bienfaits et qu'il ne peut lui témoigner sa reconnaissance que par ses bonnes intentions.
Si je voulais répondre par des paroles aux bienfaits dont vous m'accablez, ce serait comme si, attaqué avec des flèches, je combattais avec des brins de paille. Et encore ceci semblerait un jeu de ma part, et cela une fourberie. Il faut répondre aux faits par des faits. Mais c'est beaucoup pour moi. Indigent et pauvre, comment pourrai-je y suffire? Je suis pauvre de biens et de force, non de cœur ; ne pouvant donc égaler mes actions à vos bienfaits, j'y égalerai mes vœux. Je suis riche en désirs, je surabonde
» Ps. XXVI, 12.
de tendresse. Certes, un homme vraiment bien^ faisant ne demande pas davantage. Car com-^ ment serait-il bienfaisant, s'il n'était en mêm^) temps bienveillant? Or, s'il l'est, il n'estima rien tant que cette bienveillance qui le dis^ tingue lui-même et qui le rend bienfaisant.^ Enfin la bienveillance est le fruit du bienfait^ à moins que, par hasard, on ne considère comme bienfait ce que l'espérance sème, ou ce que lai crainte laisse échapper. Mais qui ne voit ici un abandon, là une vente, nulle part un don. Car un bienfait, pour être véritable, doit être gratuit. C'est pourquoi celui qui reçoit ne peut rien rendre de plus agréable à celui qui donne, que de se montrer reconnaissant pour ce qu'il a reçu gratuitement. Ainsi, parle moyen du bienfait, la bienveillance du donateur fait naitrci un pareil sentiment dans le cœur du donataire.' Je suis riche de ce sentiment, je l'avoue, et, de' la plénitude de mon cœur, je tire cette récompense que j'offre à mon bienfaiteur; je consacre mon dévouement à l'Auteur de tous les biens, comme un sacrifice de louange pour le salut de mon bienfaiteur.