‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 237 sur 319 · A LA REINB DE JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

A LA REINB DE JÉRUSALEM

11 loi recommande un de ses parente, et il lai conseille de Tivre de façon k régner éternellement.

Le bruit s'est répandu que j'ai auprès de vous quelque crédit, et beaucoup de personnes, en partant pour Jérusalem, me demandent de les recommander à Votre Excellence. Ce jeune homme, mon parent, est du nombre ; il est, dit-on, vaillant au combat et de mœurs douces. Je suis ravi qu'il ait choisi, quant à présent, de faire la guerre pour Dieu plutôt que pour le monde. Agissez-en donc avec lui selon votre habitude et traitez-le bien à cause de moi, comme vous avez traité tous mes autres parents qui ont pu, grâce à moi, arriver jusqu'à vous. Maintenant prenez garde que les plaisirs des sens et la gloire mondaine ne vous ferment le chemin du royaume céleste. A quoi sert-il, en effet, de régner quelques jours sur la terre, pour être privé du royaume éternel des cieux? Hais j'espère du Seigneur que vous agirez plus sagement, et, si le témoignage que me rend de vous mon très-cher oncle André ', en qui j'ai grande confiance, est véritable, vous régnerez ici-bas, et, par la miséricorde de Dieu, vous régnerez encore dans l'éternité. Prenez grand soin des pèlerins , des pauvres et surtout des prisonniers; c'est par de telles victimes qu'on se rend Dieu favorable. Écrivez -nous plus souvent; vous ne perdrez rien et vous me rendrez service en me faisant mieux et plus exactement connaître votre état et vos bonnes dispositions.

t C'est nn titre d'honnenr que saint Bernard donne qoelquefois aux é^èques.

* Elle s'appelait Mélisende. C'est à elle que sont adressées les lettres 289, 354 et 355.

* Celui auquel est adressée la lettre 288.

S. Bern. — Tome I.

LETTRE CCVn.

(Écrite l'an 1139.) k ROGER, ROI DE SICILE.

Il l'engage k se montrer bienveillant et généreux enyers de pauvres religieux.

Votre magnificence a été publiée de toutes parts sur la terre * ; jusqu'où, en effet, n'est point allée la gloire de votre nom? Hais écoutez le conseil de quelqu'un qui vous aime. Appliquez-vous, autant que vous le pourrez, à rapporter toute cette gloire à Celui dont elle émane, si vous ne voulez pas la perdre ou être perdu par elle. Vous y parviendrez, si parmi ceux que le bruit éclatant dé votre magnificence royale appelle de loin auprès de vous, vous savez voir avec discernement et tendre votre main plutôt vers les indigents que vers les ambitieux . Aussi est-il dit : Bienheureux celui qui pense, non à l'homme avide, mais à l'homme indigent et pauvre*] à ce pauvre, dis-je, qui demande à regret, qui reçoit avec honte et qui en recevant glorifie son Père qui est dans les cieux. Lors donc que Dieu recevra ainsi fidèlement de la bouche des pauvres, à cause de vos bienfaits, la gloire qui lui appartient, il faudra de toute nécessité, qu'un flot plus riche coule sur vous, de cette source de gloire qui aime ceux qui l'aiment et qui glorifie ceux qui la glorifient; car c'est ainsi que celui qui sème avec abondance récoltera avec abondance '. Je vous supplie en conséquence d'arrêter les yeux sur le porteur des présentes; ce n'est certes pas la cupidité qui le conduit devant votre royale personne, c*est la néces-

1 Ailleurs saint Bernard traite le même prince avec beaucoup de dureté ; il rappelle le tyran de Sicile, (voy. lettre 130 et 136) ; l'envahisseur de la Sicile, l'usurpateur de la couronne royale (voy. lettre 139) ; le duc de la Fouille que Tantipape Ânaclet a acheté an prix ridicule d'une couronne usuipée (voy. lettre 127}. Mais Roger était en efTet à ce moment un ennemi de l'Église, un perturbateur de la paix publique, un fauteur du schisme, un persécuteur du pape Innocent et un rival de l'empereur. Ce prince était si cruel, qu'il n'épargnait ni les personnes de l'Église, ni même les cadavres de ses ennemis. (Voy. Otto Frisingen, liv. 7, chap. 23, et Baronius, tom. m, an. 1136.) Plus tard Roger revint à de meilleurs sentimenL». Ayant fait prisonnier le pape Innocent, il se jeta à ses getioni, lui demanda et en obtint la confirmation de sa couronne. (Voy. Baronius, an. 1139.) U appela en outie des religieux de Clun;. et de Clteaux dans ses Etals. De là le changement de ton de saint Bernard, qui se montrait impitoyable pour les pécheur; obstinés, et plein de douceur et de bonté pour les criminel repentants.

« Ps. XL, 1. — » II Cor., IX, 6.

LETTRES DE SAIirr BERNABD.

tUé qui Vj pontie. le né perle pasde sa néceafité propre, mais de ceUe des siens, c'est-à-dire d'un grand nombre de fidèles serrifeors de Dieu qui Tenroient. Écoutez patiemment le récit de ce qu'ils souffrent ; écoutez et montrez-Tous compatissant, car si tous êtes compatissant pour eux, tous régnerez aTec eux. Un roi même n'a pas à dédaigner de régner aTec de tels hommes, car le royaume des cieux est à eux, qui ont méprisé la Tie du monde. Faites- Tous donc des amis aTec les richesses de l'iniquité, afin que lorsque tous quitterez Totre royaume terrestre, ils tous reçoiTcnt dans leur royaume étemel.

LETTRE CCVm.

(Coite l'an 113S.)

AD VÉlfl.

Ai»pelé ptr It fof , il hii envoie qoelqnetHH» de lei religieni qQ*U le prie d'aecneilUr avee tieDTeUlance conne nue partie de loMDièiiie.

Si TOUS me demandez, me Toici et aTec moi les enfants que Dieu m'a donnés. On dit en effet que ma petitesse a trouTé grâce deTant Totre majesté royale, et que tous désirez me Toir. Qui suis-Je pour faire semblant de ne pas entendre le bon plaisir d*un roi 7 J'accours et puisqu'on me demande, me voici ; non sans doute dans cette faible chair, sous laquelle le Seigneur fut méprisé par Hérode, mais dans la personne de ceux qui sont mes propres entrailles. Qui en effet me séparera d'eux ? Je les suivrai partout où ils iront, et s'ils habitaient aux extrémités des mers, ils n'y seraient pas sans moi. Vous possédez, ô roi, la lumière de mes yeux, tous possédez mon cœur et mon âme ; qu'importe si une minime partie de moimême TOUS manque, je parle de ce faible corps, de ce Til esclaTe que la nécessité retiendrait, même si la Tolonté le poussait en aTant. Il ne peut pas suivre mon esprit dans son vol, parce qu'il est malade, et qu'il n'a plus guère besoin que d'un sépulcre. Hais de quoi m'iuquiéterai-Je? Mon âme demeurera dans la jouissance de ses biens, lorsque mes enfants obtiendront une terre en héritage ^ ; ils sont mes enfants, ma semence, une bonne semence qui germera, pourvu qu'elle tombe en bonne terre. Mon

' âme se réjouira et se délectera dans son abondance, car j'ai conflance qu'elle recevra le

' fruit de ses travaux. Cette espérance repose au fond de mon cœur et me foit patiemment

* P1.ZZIV, 18.

supporter d'être séparé iTeox, même oorptK rellement. Ne tous étonnez pas, 6 roi. Aupsk rarant j'eusse choisi de quitter DM» corps, |diitM que de les bire partir, si IKeu ne se fiât trouTé nitéreasé a cette affaire. ReceTez-les comme des étrangers, comme des Toyageurs, et cependant comme étant de la cité des saints et de la maison de Dieu ; de la cité, je dis trop peu, ce sont des rois, carie royaume des cieux est à eux par le droitet le mérite de leur pauvreté. Il ne conTÎendrait pas de les aToir appelés en Tain de si loin et de les laisser, exilés de leur demeure, errer en d'inutiles Toyages. Croyez-Tous qu'ils pourraient chanter le cantique du Seigneur sur une terre étrangère ? Mais j'ai tort peut-être d'appeler étrangère une terre qui d'elle-même s'ouTre à la bonne semence, et qui se dispose aTec joie à réchauffer tendrement dans son sein ce précieux dépôt. Je le Tois, le bon grain est tombé dans une terre bonne et excellente; yesfère que, par la grâce de Dieu, il prendra racine, qu'il germera, se multipliera et par la patience portera des fruits ^ Alors je partagerai ces fruits aTec le roi et chacun de nous en recoTra selon ses traTaux.

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