‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 253 sur 319 · A TOUTE LA COUR DE ROME · texte numérisé non relu

A TOUTE LA COUR DE ROME

Sur le même s^jet.

A nos révérends Seigneurs et Pères, aux Évoques et Cardinaux de la Cour, le frère Bernard, dit abbé de Clairvaux : le salut et nos prières telles quelles.

1 . Sur une affaire qui intéresse tout le inonde, il a fallu écrire à tout le monde. Je ne crains pas que par hasard on ne m'accuse de présomption ; car, quoique je sois le moindre de tous, je ne regarde pas pourtant comme m'étant étrangère une injure faite à la Cour romaine. Nous sommes consumé sans relâche, je vous le dis, nous sommes consume d'une façon par trop cruelle, au point que la vie même nous pèse. Nous voyons des choses horribles dans la maison de Dieu, et, comme nous ne pouvons pas les réformer nous-même, nous avertissons au moins ceux que cela regarde. S'ils corrigent ce mal, tant mieux ; sinon nous jurons mis notre conscience à rai)ri: quant à vous, votre péché sera sans excuse. Vous n'ignorez pas que le seigneur pape Innocent, d'heureuse mémoire, par une sentence rendue avec l'assentiment général de la Cour de Rome etavec le vôtre, a déclaré que l'élection ou plutôt l'intrusion de Guillaume d'York serait nulle, si l'autre Guillaume, alors doyen, n'affirmait, par serment de sa propre main, la fausseté de ce qu'on imputait au premier. Vous avez su que cette sentence était pleine, non de justice, mais de miséricorde; et, en effet, c'est ce que Guillaume lui-même avait demandé. Or, plaise à Dieu qu'elle soit du moins maintenue et que ce qu'on a fait contre elle ne puisse pas subsister. Mais quoi, l'un n'a pas prêté son serment, et l'autre est encore assis dans sa chaire de pestilence. Qui nous donnera de voir Phinées procéder avec le glaive contre cette fornication, ou Pierre revivre sur son siège pour faire périr les impies d'un souffle de ses lèvres. Plusieurs crient vers vous du fond de leur cœur, afin que vous vous appliquiez à frapper ce sacrilège de la peine qu'il mérite. Autrement, je vous le

déclare, il y aura un trop grand scandale dans l'Église de Dieu et j'appréhende que l'autorité du Siège de Rome n'éprouve une grave atteinte et un grand préjudice, si Ton n'inflige pas à celui qui a violé une sentence formelle rendue contre lui, un châtiment capable d'inspirer de la crainte aux autres.

2. Que dirai-je encore de ce fait, que ce Guillaume se glorifie d'avoir reçu des lettres secrètes et ténébreuses? Plût à Dieu, en effet, qu'elles vinssent des princes des ténèbres et non des princes des apôtres. Les enfants des incirconcis ont appris cette nouvelle, et ils raillent la Cour romaine qui, après avoir rendu une décision si manifeste, envoie furtivement, disent-ils, des lettres qui la démentent. Que vous dirai-je? Si vous n'êtes pas consumés par ce grave scandale dont sont touchés, non-seulement les petits, mais les âmes grandes et parfaites, si vous n'avez pas de compassion pour ces pauvres abbés que les ordres apostoliques ont fait venir à Rome des extrémités de la terre, si vous n'avez pas pitié de ces grands et religieux monastères qui sont menacés d'une ruine imminente sous cet usurpateur, si, ce que j'aurais dû dire d'abord, le zèle de la maison de Dieu ne vous dévore pas, les artifices de l'ennemi prévaudront-ils au point que des princes de l'Église supportent avec indifférence leur propre déshonneur et une si honteuse infamie?Que faire donc, si cet homme a reçu une consécration sacrilège? Certes, il sera bien plus glorieux de faire tomber Simon déjà parvenu à cette hauteur que de l'empêcher d'y monter. Autrement, que ferez-vous à l'égard de ces personnes religieuses qui ne croient pas pouvoir recevoir en sûreté de conscience, même les sacrements ordinaires, d'une main couverte de lèpre? Si je ne me trompe, elles aimeront mieux fuir que de se livrer à la mort, et elles préféreront s'exiler plutôt que de manger des viandes offertes aux idoles. Que si la Cour de Rome les contraint de plier contre leur conscience le genou devant Baal, que Dieu voie et juge; et que cette Cour céleste voie également, elle dont aucune ambition ne pourra corrompre le jugement. En terminant, votre serviteur vous supplie par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu : s'il y a encore en vous quelque zèle pour le Seigneur, ayez au moins pitié de la sainte Église, vous qui êtes ses amis, et donnez autant que possible vos soins pour qu'on ne confirme pas une opération si détestable.

Si

LETTRE CCXXXVIL

a toute la cour dk rome, quand on eut choisi l'abbk de saint- anastase pour être pape

SOUS LE NOM d'eUGÈNE ^

II s'étonne que Bernard, abbé de SainUAnastase, ait été tiré du repos et de la solitude, pour être chargé du gouvernement de toute TEglise ; il craint qu'un homme accoutumé à une vie paisible et peu exercé à la conduite des affaires, soit au-dessous d'un si grand fardeau ; c'est pourquoi il prie les cardinaux de le lui alléger par leur fidèle assistance.

A ses révérends Seigneurs et Pères, à tous les Cardinaux et Évèques de la Cour, le serviteur de leur Sainteté.

1. Que Dieu vous pardonne, qu'avez-vous fait? Vous avez rappelé parmi les hommes un homme déjà enseveli; vous avez de nouveau plongé dans les affaires et mêlé à la foule, quelqu'un qui avait fui la foule et les affaires. Vous avez mis au premier rang celui qui était au dernier, et cet état est pour lui hicn plus dangereux que le précédent. 11 était crucifié au monde etvousl'avez fait revivre pour le monde ; il avait choisi d'être humilié dans la maison de son Dieu et vous l'avez élu pour être le maître de tous. Pourquoi avez-vous confondu les desseins de l'indigent? Pourquoi avez-vous bouleversé les projets d'un homme qui est pauvre, qui est mendiant, et quia la contrition dans le cœur?ll courait facilement, pourquoi avez-vous jugé à propos d'encombrer d'épines ses sentiers, de le détourner de ses voies et d'embarrasser ses pas?ll est tombé entre les mains des voleurs, comme s'il fût descendu de Jérusalem, au lieu de monter à Jéricho. Après avoir eu la force de s'arracher en quelque sorte des mains cruelles du diable, des séductions de la chair et de la gloire du siècle, il n'a pas pu cependant vous échapper. A-t-il donc quitté Pise pour être Chargé de Rome? Après n'avoir pu soutenir le

> L'an 1144, le papcLucius II, successeur de Célestin, étant mort, Bernard, disciple de saint Bernard et abbé de Saint- Anastase à Rome, fut élevé sur le trône pontifical, sous le nom d'Eugène III. Le traité de la Considération lui est adressé. On trouvera ci-dessous deux lettres de lui, n^* 273 et 344. Eugène avait été d*abord vidame de l'église de Pise, puis disciple de saint Bernard à Clainraux, puis abbé du monastère de Saini-Anastase près de Rome; il fut élevé au souverain-pontificat sans être cardinal, comme c'était Tnsage. Le vidame, vice-dominns, était une sorte d'économe que Tévéque désignait pour prendre soin de sa maison, pourvoir aux besoins des bétes et s'occuper de certames aflaires de l'évèché. Quelques auteurs distinguent l'économe du vidame auquel ils attribuent la connaissance des affaires litigieuses, en remplacement de l'évèque. Quelques églises en Franre ont conservé longtemps la dignité de vidame.

second rang dans une seule Eglise, cherchait-i) le premier dans l'Église universelle?

2. Quelle raison, quelle sagesse y a-t-il donc eu, à la mort du Souverain-Pontife, à fondre tout à coup sur un homme de la campagne, à s'emparer de lui dans sa retraite, à arracher de ses mains la hache, la pioche ou le boyau, a l'entratner au palais, à l'élever sur une chaire, ^ à le revêtir de pourpre * et de lin et à le ceindre d'un glaive pour qu'il châtie les nations, qu'il corrige les peuples, qu'il tienne leurs rois'dans ses chaînes et qu'il mette des fers aux mains de leurs grands? Ainsi, il n'y avait parmi vous aucun homme habile et sage auquel ces fonctions pussent mieux convenir? Il parait en vérité ridicule de prendre un pauvre homme en haillons pour présider les princes, commander aux évêques, disposer des royaumes et des empires. C'est ridicule ou miraculeux, Tun ou l'autre assurément. Je ne nie pas que cela n'ait pu être l'œuvre de Dieu qui accomplit seul de grandes merveilles; j'en doute d'autant moins que j'entends dire de tous côtés et par la bouche d'un grand nombre de personnes, que c'est le Seigneur qui a fait cela. Je n'ai point oublié, moi non plus, les antiques jugements de Dieu, ni ce témoignage de l'Écriture qui parle d'un grand nombre d'hommes choisis autrefois dans la vie privée ou même dans la vie des champs pour être élevés de là, par la volonté du Seigneur, au gouvernement de son peuple. Enfin, pour ne rappeler qu'un seul exemple entre beaucoup d'autres, n'est-ce pas d'une manière analogue qu'il a choisi son serviteur David? Ne l'a-t-il pas tiré du milieu de ses troupeaux de brebis * ? ne l'a-t-il pas pris lorsqu'il suivait celles qui étaient pleines? Oui, dis-je, oui, il en a pu arriver de même de notre Eugène, par la volonté du Seigneur.

3. Cependant, je ne suis pas tranquille; c'est un enfant délicat, d'une modestie tendre, plus accoutumé au silence et au repos qu'au maniement des choses du dehors, et il est à craindre qu'il n'accomplisse point les devoirs de son apostolat avec l'autorité dont il aurait besoin. Quel courage voulez-vous qu'apporte un homme, qui, semblable à un enfant subitement arraché des bras et du sein de sa mère, se voit tirer de l'asile de sa contemplation intérieure et d'une solitude chère à son âme pour être jeté au milieu du monde, et conduit à une vie si nouvelle et si dure, comme une brebis

* Le^ Papes portaient alors une chape rouge. (V. Pierre Damien, liv. i, lettre 20.)

« Ps. LXXVII, 70.

MB

(|u'on mène au sacrifice? Si Dieu ne le soutient de sa main, hélas, il sera nécessairement accablé et écrasé par ce poids inaccoutuméet trop lourd qui, dit-on, semblerait redoutable aux épaules d'un géant et même à celles d'un ange. Cependant, puisque cela est fait, et comme beaucoup l'assurent, fait par Dieu, il est de votre intérêt, mes très-cliers, de soutenir avec sollicitude, par la ferveur de votre zèle et la fidélité de vos services, ce qui est certainement l'œuvre de vos mains. Si donc il y a en vous quelques consolations, si vous possédez la vertu de charité dans le Seigneur, si vous avez une piété compatissante et des entrailles de miséricorde, assistez-le et travaillez avec lui dans cette œuvre, h laquelle le Seigneur l'a appelé par votre entremise. Inspirez-lui, conseillez-lui, faites-lui pratiquer tout ce qui est vrai^ tout ce qui est honnête, tout ce qvii est juste, tout ce qui est saint, tout ce qui est aimable, tout ce qui est d'un bon exemple, et le Dieu de paix sera avec vous,

LETTRE CCXXXVin.

(Ëcrileran 1145.) PREMIÈRE LETTRE AU SEIGNEUR PAPE EUGÈNE.

Bernard exprime ses sentiments de félicitation et de condoléance à Eugène, récemment élevé au pontificat; il l'excite à remplir courageusement ses fonctions apostoliques, afin de répondre aux espérances qu'un grand nombre de personnes ont conçues de lui.

A son très-tendre Père et Seigneur, à Eugène, par la grâce de Dieu Souverain-Pontife, Bernard, dit abbé de Clairvaux : le peu qu*il est.

i. Le bruit de ce que le Seigneur a fait de vous s'est répandu dans notre pays, et tout le monde parle de cette nouvelle. Jusqu*ici j'ai retenu ma plume et considéré cet événement en silence. J'attendais une lettre de vous, qui me prévînt et m'apportât la douceur de vos bénédictions. J'attendais un messager fidèle qui vint de votre part me raconter toute la suite de cette affaire, pourquoi, comment, de quelle façon la chose s'était passée. J'attendais qu'un de mes fils revint pour adoucir la douleur de son père et lui dire : Votre fils Joseph est vivcmt et c'est lui qw commande sur toute la terre d'ÉgypteK Aussi je ne vous ai pas écrit cette lettre volontairement, mais par contrainte; elle m*a été arrachée par les prières de mes amis auxquels je ne puis refuser le peu de vie qui me reste. Car désormais mes jours seront courts, et je n'ai plus devant moi que le tombeau. Cependant, puisque j'ai une fois com-

> Gen., XLv, SG.

mencé, je continuerai de parler à mon seigneur, je n'ose plus dire à mon fils, car le fils est devenu le père et le père est devenu le fils. Celui qui venait après moi a été mis avant moi ; mais je n'en suis pas jaloux : je suis certain de trouver en lui ce qui me manque, puisque ce n'est pas seulement après moi, mais par moi qu'il est parvenu. En effet, si vous daignez vous en souvenir, je vous ai en quelque sorte engendré par l'Évangile. Quelle estdonc notre espérance, notre joie, notre couronne de gloire devant Dieu ? N'est-ce pas vous ? Le fils sage est la gloire de son père ^ Cependant désormais vous ne serez plus appelé du nom de fils, mais d'un nom nouveau que la bouche du Seigneur a prononcé *. Ce changement est l'ouvrage de la droite du Très-Haut, et beaucoup s'en réjouissent. Car, de même qu'autrefois Abram a été changé en Abraham*, Jacob en Israël*, et pour vous proposer de préférence l'exemple de vos prédécesseurs, de même que Simon est devenu Ccphas', que Saul est devenu Paul*, de même par une transformation heureuse et utile, je l'espère, mon fils Bernard s'est élevé au rang d'Eugène mon père. Le doigt de Dieu est là, tirant l'indigent de la poussière, et relevant le pauvre de son fumier, pour le faire asseoir avec les princes et lui donner un trône de gloire.

2. Ce changement opéré, il vous reste à améliorer également la condition de l'épouse du Seigneur qui vous a été confiée, afin qu'elle ne s'appelle plus désormais Sarai, mais Sara^. Comprenez ce que je dis ; au surplus. Dieu vous en donnera l'intelligence. Si vous êtes l'ami de l'Epoux, n'appelez pas sa bien-aimée ma princesse, mais Princesse' ; ne vous appropriez rien de ce qui est à elle, donnez plutôt votre vie pour elle, s'il le faut. Si c'est le Christ qui vous a envoyé, vous jugerez que vous êtes venu, non pour être servi, mais pour servir et pour donner, non -seulement votre temps, mais même votre vie, comme je l'ai dit. Un vrai successeur de Paul dira avec Paul : Nous ne sommes pas les maîtres de votre foi^ mais les auxiliaires de votre joie *. Un héritier de Pierre entendra cette parole de Pierre : Ne dominez pas sur l'héritage du Seigneur^ mais rendez- vous le modèle du troupeau *®. Étant ainsi libre et belle, et non plus servante, elle sera conduite par vou$ aux tendres embrassementsde son très-brillanf Epoux. Autrement de qui donc espérerait-elle

' ProT. X, I. — * Isale, Lxir, 2. — » Gen., ivii, 5. — * Gen., xxxii, 28. — » Jean, i, 42. — • Acl., xiii, 9. — "^ Gen., XYii, 15. — * Sarai Teat dire ma princesse, Sara Te* dire princesse. — • U Cor., i, 23. — *• 1 Pierre, v, 3.

cette liberté si légitime, si, ce qu'à Dieu ne plaise! vous cherchiez, vous aussi, dans l'héritage du Christ, vos propres intérêts, vous qui aviez appris auparavant, non-seulement à ne pas conserver ce qui vous appartenait, mais encore à renoncer à vous-même ?

3. Toute l'Église des saints ayant en vous une confiance, qu'elle ne parait pas avoir eue depuis longtemps en aucun de vos prédécesseurs, est dans une légitime allégresse et se glorifie partout dans le Seigneur ; mais c'est surtout l'Église* qui vous a porté dans son sein et dont vous avez sucé les mamelles qui est dans la joie. Quoi donc, ne mesera-t-ilpas permis, à moi aussi, de partager cette joie ? Ne serai-je pas du nombre des heureux? Oui, je me suis réjoui, je l'avoue, mais en tremblant; je me suis réjoui, et au milieu même de mes transports, la crainte et l'efl'roi ont fondu sur moi. Car si j'ai perdu le titre de père, je n'en ai perdu ni les craintes, ni les angoisses, ni les sentiments, ni les entrailles. Je considère le rang et je crains la chute; je considère la hauteur de votre dignité, et j'aperçois le gouffre de l'abîme qui s'ouvre au-dessous de vous. J'examine l'élévation de ce poste, et je tremble en voyant près de vous ce péril dont il est écrit : L'homme^ tandis qu'il était dans tes honneurs, n'a pas compris^ ; ce qui me semble être plus un rapprochement de cause à efiTet qu'un rapprochement de temps, en sorte qu'il faut comprendre ces paroles comme s'il était dit : Les honneurs ont absorbé son intelligence.

4. Vous aviez choisi de vivre humilié dans la maison de votre Dieu et de vous asseoir à la dernière place de son banquet ; mais celui qui vous a invité s'est plu à vous dire : Ami^ montez plus haut *. C'est pourquoi, vous êtes monté plus haut ; ne vous enorgueillissez pas, mais craignez d'avoir plus tard à faire entendre cette triste parole : Après m'avoir élevé, vous m'avez brisé devant votre face pleine de colère et d'indignation''. Car vous avez obtenu une place plus élevée, mais non pas plus sûre; plus éclatante, mais non pas plus tranquille. Ce lieu est terrible, tout-à-fait terrible. Je le répète, le lieu où vous êtes, est une terre sainte. C'est la place de Pierre, c'est la place du Prince des apôtres, celle où ses pieds se sont arrêtés. C'est la place de celui que le Seigneur a établi maître de sa maison et prince de toutes ses possessions. Si par hasard vous vous écartez de la voie du Seigneur, Pierre est enseveli dans

^ L'église de Clairvaux, sans doute.

« Pg. XLViii, 13,21. — » Luc, XIV, 10. — * P8. Cl, 11.

ce lieu et il s'élèvera contre vous en témoi« gnage. C'est avec raison que l'Église encore tendre, encore dans ses langes, a été confiée à un tel pasteur, à un père nourricier comme celui-là^ afin que, instruite par ses enseignements, élevée par ses exemples, elle foulât aux pieds tous les biens de la terre, ainsi qu'il faisait lui-même, lorsque, secouant ses mains vides de tout présent, il disait avec un cœur pur et une conscience droite : Je n'ai ni or ni argent *. Voilà sur ce sujet.

5. Maintenant voici la cause pour laquelle je vous ai écrit avant le temps : l'évêque de Winchester et l'archevêque d'York ne vivent pas en bonne intelligence avec l'archevêque de Cantorbéry • ; ils se font entre eux de l'opposition. C'esttoujours l'ancienne querelle relative à la légation. Cependant quel est l'un, quels sont les autres ? N'est-ce pas ce même archevêque d'York à qui, en votre présence et lorsque vous étiez encore parmi nous, vos frères ont résisté en face, parce qu'il était répréhensible? Mais il a compté sur l'abondance de ses richesses et il y a trouvé des forces-pour la vanité. Il est certain cependant qu'il n'est pas entré par la porte dans le bercail des brebis, mais qu'il s'y est introduit par une autre voie. S'il eût été un pasteur, il aurait fallu l'aimer; s'il eût été un mercenaire, il aurait fallu le supporter ; mais à présent, il faut se défier de lui et le chasser comme un brigand et un voleur. Que dirai-jedu seigneur de Winchester? Les œuvres qu'il accomplit rendent de lui témoignage. Au contraire, l'archevêque de Cantorbéry qu'ils combattent, est un homme religieux et d'une réputation excellente. Nous prions pour lui afin que sa justice le défende. Mais que l'iniquité des autres retombe sur eux et qu'ainsi cette parole de l'Écriture s'accomplisse : La justice du juste sera sur lui et V impiété de r impie sera sur lui '. Lorsque vous en aurez trouvé le temps, vous les récompenserez selon leurs œuvres, afin qu'ils sachent qu'il y a un prophète en Israël.

Page 1