LETTRE CCXXXIX
(Écrite Tan 1145.)
AU MÊME
Il demande iostamment la déposition de Guillaume d'York an Pontife, qui seul a le pouvoir de la prononcer.
Je suis importun, mais j'ai une excuse ; le
* Act., viif, 20.
pontificat d'Eugène me justifie. On dit que ce n'est pas vous qui êtes Pape, mais que c'est moi, et de toute part ceux qui ont des affaires viennent à moi. Dans un si grand nombre d'amis, il s'en trouve auxquels je ne pourrais refuser mes services, jion-seulement sans scandale, mais môme sans péché. Aujourd'hui, j'aî encore une autre excuse non moins valable, c'est qu'il s'agit d'une affaire très-recommandable. Je dirige une seconde fois ma plume contre cette idole d'York, etj'y suis forcé, puisqu'après avoir si souvent lancé mes traits contre lui, je ne l'ai point encore atteint. Pourquoi cela ? Parce que peut-être nous n'avons dirigé contre lui rien de semblable à ce glaive de Jonathas qui n'est jamais revenu en arrière. Ce n'était point sans doute la faute du trait en luimême, mais la faute de la main qui le lançait. Il est évident, en effet, qu'il n'a point été lancé avec la force qui eût été nécessaire, et à cela rien de surprenant. Qui peut, en effet, lancer des flèches d'une main vaillante, comme les fils de ceux qui ont été frappés. Celui qui tient la place de Pierre peut d'un seul coup renverser Ananie, d'unseulcoup, Simon le magicien ; et pour rendre plus clair ce que nous disons, il n'appartient qu'au Pontife romain, comme on le sait, de rendre une sentence définitive de déposition contre les évêques ; car si plusieurs sont appelés à partager sa sollicitude, lui seul a la plénitude du pouvoir. C'est pourquoi, si j'ose le dire, il est seul coupable, quand la faute qui devait être frappée ne l'est pas ou ne l'est pas du coup qu'elle mérite. Je laisse à votre conscience le soin de décider, je ne dirai pas quel coup, mais quelle foudre devait atteindre le crime de cet évêque d'York. Au reste, nous croyons que ce qui n'a pas été fait vous était réservé, afin que l'Église de Dieu, à laquelle par la grâce divine vous commandez, éprouvât ainsi la ferveur de votre zèle, la puissance de votre bras, la sagesse de votre esprit, et que tout le peuple craignît le prêtre du Seigneur, en apprenant que la sagesse divine est en lui pour faire justice.