‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 276 sur 319 · LETTRE CCLXV · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXV

RÉPONSE DE l'abbé BERNARD AU MÊME.

Il repoQSse ses éloges, comme n*en étant pas digne ; et il lui en adresse à son tour.

Homme de bien, que faites-vous? Vous louez un pécheur, vous faites un saint d'un misérable 1 II vous reste maintenant à prier pour que je ne tombe pas dans l'erreur. Or, je tomberai certainement si, séduit par de si grands éloges, j'en viens à ne plus me connaître. Cela m'était presque arrivé en lisant la lettre de votre Béatitude et de ma propre béatification. Comme je serais heureux aujourd'hui, si des paroles suffisaient pour me mettre au nombre des saints. Cependant je me dirai bienheureux, non de vos' éloges, mais de votre bienveillance, bienheureux de vous aimer et d'être aimé par vous. Et encore ce bonheur, si doux qu'il soit,' je ne puis, je crois, le boire que goutte à goutte, et non pas, comme on dit, à pleine gorgée. Vous vous en étonnerez peut-être ? C'est que je ne vois pas en moi ce qui peut me valoir d'être tant aimé, surtout d'un homme tel que| vous. Je sais qu'un juste ne doit pas vouloir être aimé plus qu'il ne le mérite. Qui me don-: nera de pouvoir imiter cette insigne humilité, autant que je l'admire? Qui me procurera le bonheur de jouir, je ne dis pas toujours, je ne dis pas souvent, mais au moins une fois dansl'année, de votre présence sainte et désirée? Je sais que jamais je ne reviendrais d'auprès de vous sans profit. Non, dis-je, je ne contemplerais pas en vain le modèle de la vertu, le vivant abrégé de la discipline, le miroir de la sainteté; ma foi ouvrant les yeux ne verrait pas sans fruit combien vous êtes, vous aussi, doux et humble de cœur; vertus que jusqu'ici, j'en conviens, j'ai trop peu apprises du Christ. Mais si je continue à faire pour vous ce qui, de votre part, a motivé mes plaintes, quand bien même je dirais la vérité, je ne me conformerais pas à cette loi de la vérité, où on lit : Ce que vous ne voulez pas quon vous fasse ^ ne Je faites pas aux autres ^ Je réponds maintenant à la petite demande par laquelle vous terminez votre

* Tob., IV, 16.

lettre. Celui que vous me priez de vous envoyer n'est pas en ce moment avec moi, mais avec le seigneur d'Auxerre ; et il est si malade, qu'il ne pourrait pas encore revenir auprès de nous sans de graves inconvénients.

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