‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 277 sur 319 · A SUGER, ABBÉ DE SAINT-DENIS · texte numérisé non relu

A SUGER, ABBÉ DE SAINT-DENIS

n l'engage k recevoir la mort avec courage. 11 lui exprime le désir qu'il a de le Toir avant sa mort.

À son très- cher et intime ami, à Suger, par la grâce de Dieu abbé de Saint- Denis, le frère Bernard : la gloire qui vient du dedans et la grâce qui vient d*en-Haut.

i. Homme de Dieu, ne craignez pas de dépouiller cet homme fait de terre qui vous abaisse jusqu'à terre, et tend à vous abaisser jusqu'aux enfers. C'est lui qui vous tourmente, qui vous accable, qui vous persécute. Que vous importent ces dépouilles terrestres, à vous qui, près d'aller au ciel, aurez bientôt à vous revêtir d'une robe de gloire? Elle est prête, mais elle ne vous sera donnée que si vous êtes dépouillé de toute autre : elle revêt Thomme, mais elle ne se porte pas sur un premier vêtement. Supportez donc patiemment, ou plutôt acceptez avec joie d'être trouvé nu et dépouillé de tout. Enfin, Dieu lui-même a voulu s'en revêtir, mais quand il était nu et non quand il était

> La mort de Snger n'était pas éloignée ; elle arriva en 1152, et elle est ainsi rapportée par la chronique de Saint-Denis, c Cette année est la dernière de l'abbé Suger, d'heureuse mémoire. Comme personne n'est affranchi de la mort, lorsqu'il eut commencé à être tourmenté par la maladie, k laquelle il auccomba, il demanda à être conduit dans le chapitre, et il s'y rendit soutenu par la main des frères. Là, après leur avoir adressé des paroles édifiantes, il se prosterna à leurs pieds en pleurant et en gémissant, et il leur demanda d'une façon trèstouchante de lui pardonner charitablement les fautes ou les négligences tju'il avait pu commettre envers eux. Tous le firent de grand coeur, et non sans répandre beaucoup de larmes. Ce père trépassa entre les paroles de l'Oraison Dominicale et celles du Symbole, le jour des ides de janvier de l'an 1152, le 70« de son Age, la 60« environ depuis qu'il avait pris l'habit monastique, la 29« depuis qu'il avait été élevé à la dignité d'abbé : k ses obsèques assistèrent six évèqnes, beaucoup d'abbés, et le très-chrétien roi de France, Louis, qui, se souvenant de l'afiiection de Suger pour lui et oubliant ses grandeurs royales, pleura amèrement. » On mit sur son tombeau celte courte et expressive épitaphe : Ci-glt l'abbé Suger. Dom Mabillon dans l'édition de saint Bernard en rapporte une autre très-élégante, composée par un chanoine de Saint-Victor.

encore couvert de vêtements. L'honune de Dieu ne retournera point à Dieu, si l'homme de la terre, terre lui-même, ne va dans la terre. Ces deux hommes, en effet, se combattent l'un l'autre; et il n'y aura pas de paix entre eux, qu'ils ne soient séparés; ou si la paix nait, ce ne sera pas celle dû Seigneur et elle ne sera pas faite avec le Seigneur. Vous n'êtes pas de ceux qui disent : Paixf tandis que la paix n existe pas *. La paix qui vous est destinée dépasse toute prévision : les justes vous attendent pour que vous receviez votre récompense : la joie du Seigneur est préparée pour vous.

2. Pour moi, mon très-cher, je désire ardemment vous voir auparavant, afin que votre bénédiction de la dernière heure descende sur moi. Hais comme l'homme n'est pas maître de ses voies, je n'ose vous promettre ce dont je ne suis pas certain; cependant je travaille à le pouvoir, sans savoir encore si je réussirai. Peut-être irai-je, peut-être n'irai-je pas. Mais quoi qu'il arrive, je vous ai aimé dès le commencement, je vous aimerai toujours. Je vous le dis avec assurance, je ne puis pas perdre quelqu'un que j'ai chéri ainsi jusqu'à la fin. 11 n'est pas perdu pour moi, il va devant moi, celui dont l'âme a été unie à la mienne par un ciment qui ne sera pas brisé, par un lien qui ne sera pas rompu. Seulement souvenez-vous de nous quand vous serez parvenu là où vous nous précédez, afin qu'il nous soit donné bientôt, à nous aussi, d'y parvenir et de vous y rejoindre. En attendant ne croyez pas que votre doux souvenir nous quitte jamais, quand bien même votre présence serait ravie à notre cœur afOigé. D'ailleurs, Dieu a la puissance de vous laisser encore à nos prières, de vous conserver à nos besoins, et nous ne devons pas en désespérer.

LETTRE CCLXVU.

A l'abbé de gluny.

Le frère Gaucher, votre fils, est devenu aussi le nôtre, conformément à cette règle : Tout ce qui est à moi est à vous, et ce qui est à vous est à moi^. De ce qu'il est à nous deux, ne l'en aimons pas moins; mais si cela est possible, ayons plus d'affection et de bienveillance pour lui : moi, parce qu'il est à vous, et vous de même, parce qu'il est à moi.

> Ézéch., xiir, 10. — * Jean, xvii, 10.

LETTRE CCLXVUl.

AU SEIGNEUR PAPE EUGÈNE

il l'avertit d'une promotion indigne qu'il a faite par surprise, et il rengage à la révoquer.

Que d'autres se laissent intimider par Votre Majesté et que, le tremblement dans les mains et sur les lèvres, ils n'arrivent au sujet qu'avec peine, par des circonlocutions et par de longs détours. Pour moi, en ne considérant que votre intérêt et votre honneur, je vous expose franchement et ouvertement l'affaire telle qu'elle est. Je ne crains pas de dire au représentant des apôtres, comme je le dirais à l'un de nous, ce qui est nécessaire, et je le fais sans hésitation, sans périphrases. On vous a trompé gravement; si j'en doutais, je ne l'affirmerais pas ainsi. Qui vous a donné la pensée de faire monter aux dignités ecclésiastiques un homme flétri pour son ambition, convaincu et condamné? N'a-t-il pas assez voulu par lui-même y prétendre? N'est-ce pas lui que l'évêque Lambert ^, de sainte mémoire, après l'avoir surpris dans des crimes exécrables que son ambition l'avait poussé à commettre, a, comme il le méritait, non-seulement dégradé solennellement du rang qu'il occupait, mais encore privé de tout espoir d'aspirer à un poste quelconque? Il ne vous reste qu'à révoquer votre décision, à cause de l'inquiétude où sont les saints frères de la Cou- Ironne, qui crient vers vous à ce sujet; vous le devez par respect pour le saint et docte évêque qui a été l'auteur de cette mesure, par conscience aussi, et c'est de votre conscience que je parle, non de celle d'autrui. Je n'ai plus qu'à ajouter encore pour obéir à la mienne : Irritezvous et ne péchez pas^. Or vous pécherez, si vous ne vous irritez pas contre l'auteur d'une telle ^imposture, contre celui qui vous a arraché une si indigne sentence.

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